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Author: kaelig
Fiction Rated: M - French - Romance - Reviews: 18 - Published: 11-28-08 - Updated: 02-01-09 - Complete - id:2601605

Voici le dernier chapitre de cette co-écriture. J'espère que ça vous aura plu. A bientôt pour de nouvelles histoires.


Jaad avait dormi le reste de la journée et une bonne partie de la nuit jusqu'à ce qu'on rossignol vienne lui chanter une sérénade. Il était toujours vexé, mais la chanson et la voix de Rubis avaient fini part le détendre et il s'était rendormi rasséréné.

Lorsque le gong sonne ce matin, Jaad se sent en meilleure forme et sans trop forcer il commence à se réoccuper des affaires de son royaume. Il commence par annoncer la fin du concours dans son harem au vu des derniers évènements puis va ensuite voir ses conseillers pour les affaires internes. Dans la journée il lui est fait l'annonce que le coupable de la tentative d'assassinat sur Salam a été retrouvé et qu'il n'a pas nié les faits. Emprisonné il serait interrogé et jugé plus tard. Le reste de la journée s'écoule paisiblement et Jaad s'accorde du repos sur ordre du médecin.

La nuit tombe à présent sur le palais et le Prince fait appeler Rubis pour partager son dîner et sa soirée comme ils l'avaient prévu 8 nuits plus tôt.

Rubis entre dans les appartements royaux, vêtu de l'habit de soie blanche et translucide traditionnel des esclaves du harem. Il s'incline mais se redresse aussitôt dès que la porte est fermée et qu'ils sont seuls. Il s'avance tranquillement vers le Prince et lui fait un sourire taquin.

- En manque de compagnie, Maitre ? Je vais croire que tu m'apprécies enfin.

Jaad se retourne et lui sourit en lui apportant un verre de vin.

-Te faire croire une chose pareille ? Je n'oserais pas.

Il lâche un rire et boit une gorgée de sa coupe.

-Il me semble que nous avions un marché selon lequel tu devais revenir à la fin du concours.

- Que tu as annulé, Seigneur. Mais je suis là. Tu m'as appelé alors je suis venu.

Rubis pose le vin sans le toucher et attrape un abricot. Il l'ouvre délicatement en deux et en mange la moitié.

- C'est donc à toi de me raconter une histoire...l'histoire des 7 nuits du Prince du Désert.

-Sauf que c'est une autre histoire que je te conterais ce soir. Grâce à tes escapades tu connais déjà l'histoire des 7 nuits.

Il lui sourit.

-Mais en attendant, nous devrions manger. Nous avons toute la nuit après tout.

Rubis sourit et s'installe donc à table avec le Prince.

- Sa Royauté est trop gracieuse. Une nuit, rien que pour moi alors que tu m'ignorais il y a encore une semaine.

Le plat trône au milieu de la petite table et Jaad se sert une bouchée.

-C'est vrai, mais tu as su te faire remarquer et attiser mon attention.

Rubis s'attrape une mèche rousse.

- Ca aide de n'être pas identique aux autres.

-C'est en effet un atout, mais il n'y a pas que ton apparence qui joue pour toi.

- Ah ma fameuse langue de vipère ! Très utile cette dernière !

Rubis part à rire.

- Elle permet de se sortir de bien des situations et sait assez bien jouer pour qu'on l'écoute même si on ne le veut pas.

-Tu as appris à la manier avec art.

Jaad lui sourit.

Rubis incline la tête.

- Merci du compliment.

Il se sert une part de poulet épicé et la grignote lentement.

- Tu comptes attaquer le vif du sujet entre la poire et le dessert ?

-Y a-t-il une chose spécifique dont tu veux que nous parlions quand je ne dois te raconter qu'une histoire ?

- Non, pas franchement. Peut être me mettre dans l'ambiance...quelque chose de moins trivial qu'un repas.

-De moins trivial ?

Le ton est intéressé, joueur.

- Et bien comment comptes-tu me mettre dans l'ambiance de ton histoire ? Je ne vois ici qu'un plateau avec des victuailles et du vin...rien de très intéressant pour stimuler mon attention ou mon intérêt.

-Mais je ne compte pas te raconter mon histoire autours d'un repas. Une installation plus confortable est de rigueur.

Un sourire ourle les lèvres du jeune esclave.

- J'attends donc ce moment avec impatience ! J’adore avoir l'esprit stimulé ! L’ambiance est la plus importante dans un conte parce qu'elle te permet de quitter ce monde pour celui de l'esprit de ton conteur. Il te fait entrer dans son monde et tu dois avoir assez de confiance pour te laisser guider.

-Mais il n'y a pas besoin d'un grand décor pour conter une histoire. Juste d'un lieu confortable. Les histoires que tu m'as contées n'étaient jamais dans un lieu extraordinaire, seulement ma couche.

- Ta couche oui. Mais n'ai je pas réussi à en faire mon domaine et mon fief ? Ta couche, oui. Mais n'a-t-elle pas été le théâtre de mon monde ? Ne t'es tu pas abandonné et soumis à mon esprit pour te laisser emmener dans mon univers ?

-Si je comprends bien, peu importe le lieu seule l'histoire et l'univers créés comptent.

- Voila.

Rubis hoche la tête et boit un peu de vin pour accompagner la fin de son assiette.

Jaad continue à manger.

-Tu as surement du l'apprendre, mais j'ai laissé Salam aux soins de Goba.

- C'est le meilleur choix pour lui Seigneur. Je perds un bon rival mais j'en suis heureux.

-Je suis également heureux pour lui. Goba tient à lui et lui donnera ce dont il a besoin.

Jaad lui sourit.

- N'est ce pas dur pour toi de te séparer de lui ?

-Un peu. Il a été mon favori pendant un peu plus d'un an, mais il avait besoin d'autre chose, d'apprendre que tout et tous n'avaient pas un but caché derrière leurs actes et leurs paroles.

- Cela signifie-t-il que toi tu en avais pour le choisir en temps que Favori ?

-Je n'en avais pas, si ce n'est avoir du plaisir et lui en donner. Seulement il a toujours pensé que j'en avais, que tout le monde en avait autours de lui.

- Il a été élevé dans un monde très dur avant d'arriver chez toi. Il a beau être jeune, il a besoin de paix maintenant et d'être aimer pour lui et non pour autre chose.

-Je suis d'accord avec toi, et Goba lui donnera ça et bien plus encore. Il l'aime plus que personne ne pourra jamais l'aimer.

Rubis se tait et se sert une autre coupe de vin. Il le regarde par dessus le cristal.

- Et toi Maitre, qui t'aime ?

-Ma mère m'a aimé, mon fils m'aime... Ma femme dans une certaine mesure.

Il plonge ses yeux dans les siens.

-Toi m'aimes-tu ?

Rubis le regarde au fond des yeux.

- Moi ? Dois-je t'aimer ? Est ce que c'est ce que tu attends de moi ?

-Ce n'est pas à moi de te répondre. Te dire que c'est ce que j'attends pour que tu le fasses ne serait pas de l'amour.

Le sourire de Rubis se fait joueur quand il tourne le liquide dans son verre.

- Me parles-tu d'amour maintenant seigneur de mon cœur ?

-Comptes-tu jouer sur les mots et tourner ce que je te dis en dérision toute la soirée Rubis ?

Rubis éclate de rire.

- Aurais-je touché quelque chose de sensible, Seigneur ?

Il se lève et s'approche du Prince, lui tendant la main.

- Allons, raconte-moi ton histoire, puisque c'est ta partie.

Jaad se laisse lever et emporter jusqu'au lit. Cette fois les positions s'inversent et c'est Rubis qui pose sa tête sur les genoux du Prince.

-Mon histoire se passe dans un royaume très lointain, entouré d'un désert de sable à perte de vue.

Rubis se ferme les yeux et lâche un soupir, se laissant entrainer par la voix du Prince.

Il y avait à cette époque un roi et une reine qui ne s'aimaient guère. Toutefois ils eurent tout de même un garçon qu'ils adorèrent et qui les rapprocha. Ce jeune prince grandit dans l'amour de ses parents jusqu'à l'âge de 7ans, puis son père lui donna ses propres appartements et le fit alors éduquer en futur roi, l'éloignant de l'amour qu'il avait reçu jusque là.

Jaad parle avec douceur.

Rubis ouvre lentement les yeux et le regarde. Jaad a le visage sérieux et les yeux lointains. La main du Prince dans ses cheveux était douce. Rubis lâche un soupir et s'installe mieux.

-Le jeune prince appris alors tout ce qu'il devait savoir pour régner sur son royaume et rendre heureux son peuple et il grandit entouré du sérieux de ses maîtres et des questions que lui posait son père pour surveiller les progrès de son enseignement. Lorsque le prince atteint l'âge de ses 14 ans, son père passa à une autre forme d'enseignement et le confia à son favori pour lui apprendre l'art des plaisirs.

Rubis rit doucement.

- Il est étrange que tous les Princes de ton histoire soient attirés par les garçons, Seigneur.

-C'est parce que dans le pays de mon prince il est de coutume que les femmes soient là pour enfanter et les hommes pour donner du plaisir.

Il lui sourit.

-Son père le confia donc à son favori qui était un homme d'âge mûr comparé à notre prince. Il s'appelait Abdel, avait la peau bronze et les yeux d'un noir profond. Avec beaucoup de douceur il apprit au prince à prendre du plaisir mais aussi à en donner. Il resta à ses côtés pendant un an, puis le roi lui donna sa liberté et Abdel repartit chez lui.

- Le prince était-il amoureux d'Abdel ?

Jaad secoua la tête.

-Le prince avait beaucoup d'affection pour l'esclave qui, malgré le genre d'enseignement qu'il lui donnait, avait pris une place de père. Tous deux partaient souvent en promenade à travers le désert et le prince se confiait à l'homme qui lui racontait les contes du désert et les traditions de leur peuple.

- Cet esclave était quelqu'un de bien. Il me plait déjà ! Dommage qu'il quitte si rapidement l'histoire.

-Oui en effet, c'est dommage. Abdel rentra donc chez lui et le prince ne le revit jamais. Il reprit donc le cours normal de sa vie, et tomba quelques mois plus tard amoureux d'un jeune homme à l'allure androgyne. C'était son tout premier amour.

Les yeux de Jaad brillent un instant.

-Le garçon était au service du palais et travaillait à la lingerie. Le prince avait alors 15 ans et le garçon n'en avait que 13. Durant plusieurs semaines le prince l'observa sans rien dire ou faire. Il savait qu'en tant que prince il n'avait pas le droit d'être avec lui. Le garçon n'avait pas été choisi pour être dans le harem et même si ça avait été le cas, il aurait appartenu à son père et non à lui.

Rubis se redresse, pendu aux lèvres du Prince. Il roule sur le ventre et regarde Jaad la tête penchée.

- Il était comment ?

-D'allure fine, les cheveux longs et blonds qui contrastaient avec sa peau dorée par le soleil et des yeux marrons. Sa mère s'était éprise d'un guerrier étranger qui avait choisi de rester dans le pays du prince, et de leur union était né Loua, à l'allure fragile et douce.

Rubis soupire.

- J'ai toujours été sensible aux histoires romantiques.

Il se réinstalle sur les genoux de son Prince.

-C'est une histoire romantique mais également dramatique Rubis.

Jaad lui sourit avec une trace de tristesse.

-Après l'avoir regardé longtemps et avoir soupiré de tristesse de ne pouvoir l'approcher, le prince eu enfin la chance de pouvoir lui parler. Il avait fait une longue promenade à cheval et rentrait au palais lorsqu'il vit le garçon au bord de la rivière en train de nettoyer du linge. Le prince l'apostropha alors pour qu'il lui donne de quoi boire. Le garçon rougit en reconnaissant le prince et s'exécuta. Ils discutèrent peu ce jour là, mais en repartant, le prince lui vola un baiser.

Les yeux de Rubis brillent d'anticipation, un sourire aux lèvres.

-Le prince rentra au palais, ravi d'avoir pu enfin s'approcher de celui qu'il aimait, mais espérant que le garçon ne dirait rien de cela. Pendant plusieurs jours il se tortura se demandant si son père allait débarquer pour lui annoncer que son attitude avait été inadmissible, mais rien ne vint et il comprit que le garçon n'avait rien dit et ne le ferait pas. Il pu le revoir quelques jours plus tard quand ce fut Loua qui vint apporter du linge dans ses appartements. Habituellement il n'avait pas le droit de le faire, mais les femmes étaient trop occupées par le travail qui s'était accumulé depuis la maladie de l'une d'elle. Le prince pu donc rencontrer Loua. Celui-ci rougit à nouveau lorsque le prince le salua et il se courba très bas en retour. Sous ce tête à tête inespéré, le prince avait son cœur qui battait vite et il ne savait pas quoi lui dire pour le retenir. Toutes les leçons que lui avait enseignées Abdel ne servait plus à rien, il avait tout oublié et se sentait stupide. Ce ne fut que lorsque le garçon s'apprêtait à partir qu'il le retint. Il ne s'excusa pas pour le baiser mais au contraire l'engagea à revenir car il lui plaisait. Loua s'enfuit peut après cette révélation et le prince se retrouva seul et malheureux comme les pierres. Pourtant le jeune homme revint encore tous les jours.

Rubis se tourne encore sur le ventre et regarde le Prince en battant lentement des pieds.

-Petit à petit leur relation s'étoffa, passant d'une amitié agréable à une histoire d'amour forte. Lorsque tous deux le firent pour la première fois, le prince ne cessa de lui murmurer des mots doux et des je t'aime à l'oreille. Leur histoire dura quelques semaines avant qu'ils ne se fassent prendre sur le fait. Le père du prince fut alors furieux et ils furent arrachés l'un à l'autre, Loua et sa famille se faisant envoyer dans le fief d'un seigneur du royaume à l'autre bout du pays.

Rubis croise les bras et pose son menton dessus, tout ouïe.

-Veux-tu continuer à entendre la suite de mon histoire ?

Jaad lui sourit et lui caresse du bout des doigts la joue.

- Oui, pourquoi je refuserais ? L’ambiance est bonne et douce.

Il lui sourit doucement.

- Et l'histoire est belle et amère.

Il incline la tête sur la main et tourne la tête pour lui embrasser les doigts.

Jaad lâche un petit rire.

-Comme Abdel, Loua ne reparut jamais dans l'univers du prince. Celui-ci en fut malheureux durant des jours et des jours, jusqu'à ce que son père vienne le voir. Ils discutèrent longuement, leur relation s'adoucissant un peu et ressemblant pour un instant à une relation père et fils. Lorsque le roi ressortit de la chambre du prince, il lui avait offert son harem. Le roi se faisait vieux et il ne voulait plus que la tranquillité pour finir son règne. Quelques années plus tard, il laissa le trône à son fils qui avait alors 18 ans.

- C'est bien de pouvoir pour de jeunes épaules.

Rubis étend une main et joue avec le tissu de l'habit du Prince.

- Et ensuite ?

-Ensuite le prince se maria pour suivre la tradition et pouvoir prendre le trône. Il honora sa femme et il l'aimait d'une certaine manière mais il pensait toujours au doux Loua. Peu à peu son mal d'amour passa et il se fit plus constant dans le choix de ses amants. Il en changeait régulièrement, parfois en gardait un peu plus longtemps, jusqu'au jour où il remarqua un esclave à la beauté froide et brune.

- Une poupée de porcelaine aux yeux de miroir qui renvoyaient au Prince une image flatteuse de lui-même.

Jaad lâche un rire.

-As-tu décidé de prendre la suite de mon histoire Rubis?

Rubis se mord les lèvres.

- Pardon Seigneur.

-Ne t'excuse pas, ce n'était pas un reproche. Je m'amuse juste de voir que tu ne sais pas te retenir et je suis ravi de te voir si absorbé par mon récit.

Rubis roule sur le dos et ramène son bras au dessus de sa tête en se tournant vers le Prince. Il lui sourit.

- Et alors, le Prince fut-il séduit par sa belle poupée ?

-Le prince fut captivé par son regard et ses cheveux si noirs qui contrastaient avec sa peau si pâle. Le garçon avait un air déterminé et on sentait une soif de plaire. Le prince le prit auprès de lui et le garda un peu plus d'un an.

- Une belle histoire alors.

-L'esclave s'appelait Salam.

Le sourire de Jaad s'étire.

-Cette histoire et l'histoire de cet esclave tu la connais. Tu sais qu'il est passé d'un maître à l'autre depuis son enfance, se faisant abuser par eux et battre alors qu'on lui apprenait à donner du plaisir et à combler le désir de ses propriétaires et de ses clients.

Rubis se retourne et le regarde.

- Je connais l'histoire de Salam le grand qui n'était pas si vaniteux et mauvais qu'il le croyait. Et l'histoire de mon Prince est aussi amère que lui parce qu'au final, il est seul.

-Un prince seul, c'est triste mais pas inhabituel.

Jaad lui sourit.

-Ce qui est plus rare, c'est un prince qui n'est plus seul.

- Un prince peut être accompagné de son épouse ou de ses conseillés et par cela il n'est plus seul.

Rubis s'assoit en tailleur face au Prince.

-Le prince de mon histoire n'a pas pu trouver une personne qui lui permette de ne pas être seul.

- Sa vie n'est pas finie Maitre. Il est jeune et plein de vie. Sa conversation est intéressante et, j'en suis sûr, ses aptitudes physique sont parfaites.

Il lui fait un clin d'œil et descend du lit. Il esquisse quelques pas de danse.

-En effet, il est jeune et en pleine santé, dans la force de l'âge.

Jaad lui sourit et le regarde danser.

Rubis fait une légère pirouette.

- Sans parler que de compagnon, il n'en manque pas dans son harem ou dans son palais.

-Non en effet, mais il est las de ne pouvoir trouver quelqu'un de stable dans sa vie.

- Alors qu'il se repose un temps.

Il continue à danser au son d'une musique imaginaire.

Jaad se laisse tomber sur le dos et soupire.

-Et s'il avait trouvé une personne qu'il voulait auprès de lui ?

- Alors ca serait merveilleux pour lui Seigneur.

Encore quelques pas de danse.

- C'était donc la finalité de ton histoire ? Me parler de la personne que tu aimes ?

-C'est une histoire qui n'est pas terminée et qui pour le moment ne commence pas très bien.

Jaad se redresse sur ses coudes pour regarder le garçon avec sérieux.

-Le prince ne sait pas comment faire pour que cette personne ne regarde que lui et cesse de glisser entre ses mains par maintes et maintes pirouettes.

Rubis qui était justement en train de tourner sur lui même s'arrête et le regarde avec de grands yeux. Pour une fois, sa langue reste inactive.

Jaad le regarde toujours avec sérieux.

-Tu penses pouvoir m'aider à trouver la fin de cette histoire ?

- Et que faudrait-il que je fasse pour t'y aider ?

-Me dire ce que ferait la personne dont le prince est amoureux peut être.

Un sourire en coin apparait sur ses lèvres.

- Dans quelle situation ?

-Lorsque le prince se déclare à lui, d'une façon plus ou moins maladroite, j'ignore comment faire réagir l'autre. Accepte-t-il ? Se dérobe-t-il encore ou bien refuse-t-il tout net ?

Rubis s'assoit en tailleur sur le sol et prend une pause pensive.

- Voila une question difficile. Cela dépend de qui il est... puisqu'apparemment c'est un garçon.

-C'est un jeune homme à la chevelure de feux, aux yeux d'un vert émeraude et qui brillent d'une richesse d'esprit et de malice. C'est un garçon intelligent, cultivé et qui manie la langue avec adresse aussi bien pour amuser, pour blesser que pour divertir.

Il le regarde sans le quitter des yeux.

-Maintenant que tu en sais plus que penses-tu qu'il répondrait ?

Rubis rougit et baisse les yeux.

- Je...

Il relève le visage.

- Ce n'est plus un jeu maintenant.

-Ca ne l'est plus en effet.

- Donc la question est sincère.

-La question est sincère en effet, sinon je ne l'aurais pas posée, même sous couvert de l'histoire.

- Donc, tu penses me... être...

Il rit doucement.

- C'est la première fois que je perds mes mots.

Jaad lui sourit.

-Toi qui es si plein d'esprit normalement.

Il se lève et s'accroupit devant lui, prenant son menton avec douceur.

-Je trouve ça adorable.

- Adorable? Vraiment ?

Rubis plonge ses yeux clairs dans les yeux du Prince.

-Tu ne penses pas que tu puisses être adorable ?

- Un chaton est adorable. Une fleur est adorable... la mouche l'est moins.

-Tu peux être la mouche pour tes détracteurs, mais tu ressembles plus à un rossignol pour moi.

- Rossignol, vraiment ?

Rubis rit encore en sourdine.

- Ca c'est parce que tu m'as entendu chanter. Mais le vrai Rossignol, c'est Farid.

-Et si tu n'es pas un rossignol quel genre d'oiseau es-tu alors ?

- Parce que je suis censé être un oiseau ? Faut-il que je me mettre sur un pied et que je siffle ?

-Tout dépend de ce que tu comptes me siffler.

Jaad lui sourit avec humour et son pouce caresse doucement sa mâchoire.

- Je peux roucouler comme une colombe, piailler comme un coq, hululer comme un hibou...

-Et quelle sorte d'oiseau me donnerait la réponse qui libèrerait mon cœur ?

- Aucun Seigneur de mon cœur... mais peut être le bourdonnement discret et lancinant d'une mouche.

-Alors il me faut écouter ce bourdonnement.

Jaad se tait et le regarde en souriant. Au fur et à mesure que le silence se prolonge son sourire s'estompe quelque peu.

Rubis lui prend la main qui le caresse et lui embrasse la paume.

Jaad se laisse faire sans rien dire, ne sachant pas comment interpréter son geste.

Rubis l'embrasse une nouvelle fois et cache la paume de Jaad avec sa main et soupirant.

- Dois-je te céder ? Te laisser approcher plus près que celle qui m'a créé ?

Il la caresse doucement.

- Ai-je envie d'être à toi et t'appartenir ? Renier ma liberté et mon innocence pour te les donner ? Et toi Mon Maitre ? Veux-tu me donner ce que tu n'as donné qu'à Loua et te savoir vulnérable ?

-Etre amoureux n'a jamais été une prison Rubis, et être vulnérable devant la personne qu'on aime est aussi de l'amour. Quant au reste de tes questions, je ne peux y répondre pour toi. Si tu m'aimes toi aussi et que tu me fais suffisamment confiance alors tu as tes réponses.

Sans tenir compte des paroles de Jaad, Rubis continue.

- Dois-je t'appeler "mon amour" et me voir comme ton égal, ne plus voir en toi le Maitre mais l'homme ?

Un long regard et un léger sourire.

- Oserais-je vraiment t'appeler...par ton prénom ?

Un silence tandis que Rubis le regarde.

- Jaad.

Le prince sourit en entendant son nom dans la bouche du garçon.

-Je ne pourrai pas t'épouser et faire de toi mon époux Rubis, mais je pourrai te donner un statut qui ne fera pas de toi le favori du harem ou l'esclave du prince, mais mon compagnon. Le compagnon du prince, mais aussi de l'homme.

- Le Prince ne m'intéresse que parce que lui et moi jouons bien ensemble. L'homme est celui qui m'est le plus difficile à découvrir. Le Prince a accumulé trop de vernis pour que l'homme soit entièrement à découvert.

Il le regarde une nouvelle fois en souriant.

- C'est la mission de toute une vie, Jaad.

-Une nouvelle histoire à raconter qui n'aura jamais de fin.

Il lui sourit.

-Que de défis pour un garçon qui aime les relever. Te sens-tu l'envie de gratter le vernis et de créer cette nouvelle histoire ?

- J'ai une langue de vipère, mon amour. Elle est agile et aime révéler de nouvelles choses. Une histoire aussi classique qu'un Prince et son esclave pourrait s'avérer très intéressante pour elle. Car que réserve la vie à ces deux là ? Qu’aurais-je à raconter aux enfants de ses enfants ? Il me faut donc aller au bout de ce conte pour les enchanter.

-En attendant de la leur raconter...

Il se penche vers lui et souffle au dessus de ses lèvres.

-Enchante-moi...

- A tes ordres.

Il ferme les yeux tandis que les lèvres du Prince se posent sur les siennes.

Le baiser s'approfondit et les bras de Jaad se referment sur le corps de Rubis tandis qu'il le soulève et va s'allonger en douceur sur le lit, maintenant le garçon au dessus de lui.

Rubis se relève et sourit à Jaad avant de lui effleurer les lèvres. Il quitte la couche et fait le tour de la pièce, soufflant aux quatre coins les candélabres d'huile parfumée. Lentement la pièce sombre dans la pénombre. Seules les lumières de la cour en contrebas tamisent la pièce d'une lueur douce et ondulante suivant la brise poussant les rideaux de taffetas. Eclairé par la lune, au centre Rubis se tient immobile. Un froissement d'étoffe et lentement son habit d'esclave tombe au sol, dénudant tour à tour, ses épaules, son dos, ses reins, puis ses jambes. Ainsi il apparut au Prince dans sa nudité, lui faisant offrande de son corps et de son être sans fard et sans parure.

Allongé sur le lit, Jaad le dévore du regard. Enfin il allait le posséder, le garder auprès de lui. La plus belle des conquêtes et la plus difficile également car il ne le possèderait jamais entièrement; et c'était le plus beau des défis, le plus grand aphrodisiaque qu'il connaissait aussi. Ses mains viennent se poser sur les hanches du garçon et remontent doucement alors qu'il se redresse pour l'embrasser.

Dans la chambre silencieuse, seul le bruit du vent dans les rideaux résonne ainsi que les soupirs du couple qui plonge dans les délices d'un plaisir partagé.

Ainsi se termine l'histoire de Harem. Mais est-ce réellement une fin ? Ou bien le commencement d'un autre conte où le Prince et l'Esclave ne forment plus qu'un ?


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