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Fiction » Supernatural » Meus tenebrarum My darkness font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: kaelig
Fiction Rated: M - French - General - Published: 11-28-08 - Updated: 01-04-09 - id:2601616

Cette histoire est une co-écriture et les chapitres se lisent en alternance, selon la vision de Mictian (ci-dessous) et la vision de Nicholas Hollsen (chapitre suivant)


Chapitre 1 – Entre deux mondes

Dès le commencement, les mondes furent séparés entre le Paradis et L’enfer et Dieu fut créé. Maître du Paradis, les mondes vivaient jusque là en harmonie. Puis Lucifer apparut à son tour et voulut être l’égal de son père. Il décida de diriger les Enfers. Ce fut alors le début d’une guerre entre les deux peuples qui ne trouva une paix fragile qu’à l’apparition de la Terre qui servit d’écran et de frontière aux deux mondes. Les règles furent alors établies ; et aucun des deux camps ne devaient chercher à contrôler la Terre qui resterait un espace neutre.

En tant que démon, j’ai vécu cette époque comme bien d’autres. Né des entrailles des Enfers, je servis et participai à l’évolution des Enfers. Lorsque la Terre apparut à force de nos combats et de nos destructions, je collaborais à l’élaboration des règles. A cette époque, je dirigeais l’un des sept cercles des enfers, le plus puissant de tous après celui de notre seigneur. Tous me craignaient et me respectaient, aussi bien les démons que les humains auxquels j’étais apparu en tant que démon de la mort. Rien ne me destinait à ce qui suivi par la suite. Je pensais être à l’abri, être le plus fidèle de tous les sujets, mais même pour les démons il existe des choses hors de notre portée et de notre compréhension. Et lorsque ce jour arriva, je trahis à mon tour l’une des règles les plus importantes de nos deux mondes. Je pensais que nul ne s’en rendrait compte, que nul ne comprendrait quel avait été mon rôle et ce que j’avais fait, mais à mon tour je fus trahi…

J’aurais dû mourir, disparaître de ce monde, mais pour une question d’honneur mal placé ou peut être d’un passé trop lourd de souvenirs avec lui, Lucifer m’épargna et me relégua au plus près de la Terre, dans le cercle des Enfers le plus faible. Ma chute fut rude et je restais pendant longtemps prostré dans ce monde intermédiaire, ce résidus d’êtres plus faibles et plus vils les uns que les autres.

Je pensais alors passer le reste de mon éternité isolé et reclus dans les souvenirs de ma gloire, lorsque je fus contacté pour un rôle que je ne pouvais pas refuser. Loin de Lucifer et de Dieu, il semblait exister un troisième groupe dont personne ne connaissait l’existence et qui œuvrait pour la neutralité de la Terre. Coincé dans le premier cercle des enfers et humilié de tous, je ne pus qu’accepter alors que je ne savais même pas aux ordres de qui je me retrouvais. C’est ainsi que je devins un exécuteur, tuant tous les démons qui ne respectaient pas les règles établies.

J’ouvre les yeux. Repenser à mon passé ne m’a pas vraiment mis de bonne humeur et le feu qui crépite à présent de cette lumière bleue, n’est pas fait non plus pour l’améliorer. Ce matin plus que d’autres, je perçois l’ironie de ma situation. Je me redresse et repousse légèrement le corps frêle et nu qui dort à côté de moi. Le feu vacille alors et Brinn apparaît, le sourire aux lèvres.

–As-tu bien dormis Mictian ?

La question si hypocrite me met hors de moi, mais je lui offre un sourire aussi faux que le siens et je caresse les cheveux de mon humain dans un geste faussement tendre que l’on adresse plus à son animal de compagnie qu’à son amant.

–Voyons, il me semble que tu regardes depuis suffisamment longtemps pour ne pas me poser la question.

Le sourire du démon s’élargit et le feu crépite doucement, faisant vaciller son reflet.

–En effet, cependant une autre question me brûle les lèvres… Ton petit animal a-t-il le droit à ton autre forme ou bien tu ne l’utilises plus, comme la rumeur le prétend ? Il paraît que même Lucifer ne pouvait te résister lorsque tu étais femme et que c’est pour cela qu’il ta laissé en vie.

Son regard se fait plus sadique tandis que le mien se vide de toute vie et que mon visage devient de glace. Je me lève alors et ne me préoccupe pas de ma nudité, m’avançant vers le feu. Ce sale petit démon inférieur m’énerve au plus au point chaque fois que je le vois, et l’envie de le détruire m’effleure plus d’une fois.

–Tu n’es pas venu pour me provoquer Brinn, ni même pour me voir dans ma forme féminine. Alors cesses ce petit jeu et préviens plutôt ton maître que je suis prêt à le recevoir.

Il lâche un petit rire et disparaît sans un mot, me laissant le temps de passer un ample kimono dont je ressers les pans pour cacher ma nudité. Je m’assois ensuite dans le fauteuil et observe les flammes toujours bleues attendant que Delkit fasse son apparition. J’en profite pour me calmer et afficher cet air tragiquement froid et vide que j’arbore depuis ma déchéance. A peine quelques minutes plus tard, le feu crépite et une longue gerbe s’en échappe, laissant la place au démon qui vient s’asseoir dans le fauteuil en face du mien.

–Tu devrais dire à ta créature de mesurer ses propos s’il ne veut pas finir en cendre. L’immunité que tu lui confères ne sera pas toujours suffisante pour lui épargner ma colère.

L’homme éclate de rire mais acquiesce.

–Je lui dirais.

Son regard est attiré vers le lit et je tourne la tête vers le jeune humain à présent réveillé et qui nous regarde.

–Julian, habilles toi et va nous préparer une collation.

Il acquiesce et se lève avant de faire ce que je lui ai demandé et de sortir de la pièce. Il doit avoir à peine 16 ans et son apparence est aussi fragile que son esprit. Mes yeux tombent sur les cicatrices de ses poignets qu’il ne cherche à présent même plus à cacher, ces petites lignes boursoufflées qu’il s’est faites et qui l’ont conduit directement aux enfers, auprès de moi pour avoir commis le pêché mortel du suicide. Une fois seuls, je me retourne vers Delkit qui m’observe en souriant. Nos deux fauteuils ne sont placés qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et côte à côte face au feu. Il tend la main vers moi et passe sa main dans mes cheveux. Je ne bouge pas. Nos yeux se croisent.

–Tu es toujours aussi froid et insaisissable Mictian. Même damné, tu continues à captiver les habitants de notre monde qui se demandent pourquoi notre Seigneur t’a laissé en vie. Les rumeurs les plus folles circulent sur ton compte… Le seigneur Mictian du 6ème cercle, le démon hermaphrodite dont seul Lucifer avait les faveurs.

Le ton se veut séducteur et il se rapproche au fur et à mesure qu’il parle. Ma main ne l’arrête qu’au dernier moment avant de le repousser en douceur. Lui aussi me répugne, mais je suis obligé de le laisser faire dans une certaine mesure et de lui faire croire que ses attentions me touchent. C’est lui qui a proposé de m’accueillir dans ce cercle plutôt que sur Terre et c’est encore lui qui m’a apporté Julian. Il est le détenteur du peu de liberté qu’il me reste et est surtout chargé de me surveiller pour le compte de Lucifer.

–Ne joue pas à ce jeu Delkit. Je te suis reconnaissant de m’avoir recueillit quand personne ne voulait plus entendre parler de moi, mais je reste un fruit défendu pour toi ou pour n’importe quel être démoniaque. Homme ou femme, je suis un démon déchu que nul être de notre monde ne peut toucher sous peine d’être déchu à son tour. Telle est la punition de Lucifer, l’une de ses punitions devrais-je dire.

Je mets de la nostalgie et de la tristesse dans ma voix, mais je ne peux empêcher l’ironie de transpercer dans ma dernière phrase et mes yeux se perdent dans les flammes. C’est ce moment que choisit Julian pour revenir avec un plateau, empêchant ainsi Delkit d’ajouter quoi que ce soit sur le sujet.

–Bien, que me vaut ta visite aujourd’hui ?

Julian pose le plateau puis retourne sur le lit où il se rallonge, ne prêtant aucune attention à notre conversation. Je nous sers un verre de liqueur à chacun et boit le mien par petite gorgée.

–Comme d’habitude, je viens faire ma visite pour savoir comment tu vas et ensuite faire mon rapport à Lucifer.

Je le regarde, ce sont toujours les mêmes questions, les mêmes discussions. Ce petit jeu commence à me lasser et je le laisse voir cet état de fait dans mon regard et mon attitude.

–Et comme d’habitude Delkit, je ne fomente aucune révolte et vis ma vie paisiblement en reclus. Les autres cercles ont-ils si peur de moi pour que tu sois obligé de venir si souvent me poser les mêmes questions ou bien est-ce toi qui prends des initiatives ?

Le sourire du démon s’estompe, il semble que je l’aie vexé. Tant mieux.

–Je ne suis pas là pour tes beaux yeux Mictian. Il semblerait que tu fasses beaucoup d’aller-retour sur Terre.

–Je ne savais pas que j’étais assigné à résidence.

Mon ton est clairement ironique et je le vois avoir un tic d’agacement. Ce démon ressemble décidément beaucoup à un humain.

–Là n’est pas la question pour le moment même si ça pourrait le devenir. Ce que je veux savoir c’est pourquoi tu te rends si souvent sur Terre.

Je lui souris.

–Je vais chercher de quoi fournir ma bibliothèque, et puis New York est une ville magnifique. Tu devrais essayer d’y aller de temps en temps toi aussi. Elle est très similaire à ce cercle je trouve.

Delkit se détend légèrement, il a déjà vu ma bibliothèque largement garnie et qui emplit les murs. Les premiers temps de ma déchéance, je ne faisais que lire et régulièrement je me fournis encore, la littérature humaine est un passe temps agréable.

–Tu sais comme moi que je ne m’y risquerais pas. Je n’ai rien à faire sur Terre, aussi belle, malsaine et délabrée soit-elle.

Le démon me sourit avant de finir son verre.

–C’est tout ce que tu voulais savoir ? Pour le reste je te prie de donner les réponses habituelles.

–C’est ce que je ferais, ne t’inquiète pas.

Il se lève et se dirige vers le feu. Avant de disparaître, il se retourne et me sourit.

–Je repasserais comme à mon habitude.

J’acquiesce en souriant. Je ne doute pas un instant en effet qu’il repassera et que cette discussion se réitèrera encore et encore. Une fois seul je soupire d’agacement et me lève à mon tour.

–Je vais me laver, profites-en pour débarrasser la table s’il te plait.

Je ne regarde pas le garçon que j’entends déjà se lever et sort de la chambre pour entrer dans la salle de bain. La douche me fait un bien fou. C’est une invention humaine que j’adore particulièrement et que j’ai adopté sans problème, de même que les démons supérieurs. Lorsque je ressors, je remarque deux enveloppes posées sur la petite table. Julian est de nouveau allongé dans le lit. Je ne lui pose pas de questions et prends le temps de m’habiller. Je sais que ce n’est pas lui qui les a apportées. Je reviens ensuite m’asseoir dans mon fauteuil et ouvre la première qui m’indique la proie que j’ai à chasser. Il s’agit d’un démon des limbes qui après s’être enfui sur Terre a pris possession d’un corps humain avant de se nourrir de son âme. J’ouvre délicatement la seconde enveloppe qui dégage une légère odeur de souffre avant de laisser la place à celle de ma proie. Je m’imprègne alors de son odeur, puis jette les deux enveloppes au feu avant de me tourner vers Julian.

–Je n’en aurais pas pour longtemps cette nuit. Repose-toi en attendant.

Il se contente d’acquiescer sans dire un mot et de fermer les yeux alors que je m’en vais.

Dehors, tout respire la noirceur et la morosité, même l’air est irrespirable et chargé d’odeurs toutes plus infâmes les unes que les autres. Excréments, sang, nourritures avariés, mort… Tout se mélange pour créer l’odeur particulière et semblable aux quartiers les plus mal famés humains, celle de la maladie en moins. Plongeant mes mains dans les poches j’avance sous une pluie qui révèle peu à peu l’odeur de souffre de la terre. Je lève un instant les yeux, le ciel lui-même est obstrué par une chape de nuages noirs, qui enferme notre monde en permanence dans une obscurité que mon peuple trouve bienveillante mais qui m’insupporte à présent.

Je marche à travers les rues sombres, traversant des quartiers qui ressemblent à des bidonvilles humains mêlés d’immeubles qui pourraient facilement passer pour des usines. J’avance, sans vraiment savoir où je vais, mais me dirigeant à coup sûr vers l’un des nombreux passages qui me permettra de rejoindre la Terre. Je finis par tourner dans une ruelle au fond de laquelle l’air vacille. Je m’approche sans hésiter, et passe au travers de la brèche que je cherchais, me retrouvant en l’espace de quelques secondes à peine, entouré d’arbres, de bruits de voitures et de lampadaire. Les odeurs aussi sont différentes, mais toutes aussi néfastes et nauséabondes.

Il fait nuit et une légère bruine tombe à travers le paysage, je reconnais Central Park. Je prends mon temps pour me repérer et marche jusqu’à une sortie, toujours guidé par mon instinct et l’odeur de ma proie pour le moment trop faible. Je traverse les rues unes à unes, remontant vers le nord de la ville, croisant des taxis ou bien des humains. Peu importe l’heure à laquelle je viens, cette ville est toujours aussi remplie de vies et d’âmes, illuminée par les lumières des lampadaires, des vitrines ou des immeubles. D’une certaine façon, cette ville ressemble vraiment au premier cercle, dans sa façon de vivre, dans son aspect si peu humain et naturel. Tout y est démesurément grand, empli de vices et d’âmes en recherche d’un but. Je croise un groupe d’humains, certains m’observent, la plupart ne prennent pas garde à moi. Dans cette ville où les apparences sont si nombreuses, une silhouette androgyne ne sort pas de l’ordinaire.

Je continue à marcher et me retrouve bientôt dans le quartier de Harlem. Les rues changent alors d’aspect, la population aussi qui se fait plus rare. Tout est plus délabré et l’odeur de ma proie augmente. A l’angle de Lenox avenue je tourne et prend la 141ème. Je sais que celui que je cherche est là.

La silhouette d’un homme apparaît sous l’un des réverbères, il est entrain de fumer une cigarette, sans vraiment se soucier de ce qui pourrait se passer. Il se sent en sécurité dans ce corps d’humain, immunisé par ses pouvoirs qui lui confèrent plus de force que n’importe quel être vivant de la Terre. Tout dans son allure semble normal quoique dangereux. Un être humain peu fréquentable à première vue. Mais lorsque mes yeux tombent sur son ombre, je découvre sa véritable apparence, je vois sa silhouette de gobelin ressurgir. L’ombre reflète l’âme, nos véritables apparences. Nul ne peu se cacher dans une ombre. Un sourire étire mon visage et je m’avance vers lui d’un pas lent. Je ressens ce plaisir que seul la mort imminente d’une proie peu procurer.

–Que me veux-tu ?

Il s’est retourné d’un geste brusque en entendant mon pas. Je continue d’avancer vers lui et apparaît dans la lumière, mais mon ombre dissimulée dans la pénombre de la rue. S’il la voyait il comprendrait qui je suis. Je calme mon impatience et continue au même rythme. Je le vois se détendre lorsqu’il me découvre sous ma forme féminine. Femme ou homme, mon apparence reste la même, seules mes courbes et mon sexe change. Tandis que j’avance, je le sens déjà captivé. On ne se méfie jamais d’une femme sur Terre et il a déjà adopté ce réflexe. Mon sourire s’élargit un peu plus, se fait charmeur et je parle d’une voix douce mais rauque, largement calculée.

–Je cherche un renseignement, je crois que je suis perdue.

Il me sourit, mis en confiance par mon allure, je ne suis plus qu’à quelques centimètres et son regard est fixé au mien, il ne bouge plus. Je m’approche encore et vais pour le toucher, mes mains glissent sur ses épaules. Il n’a pas choisi un corps svelte, plutôt fort et trapu, comme sa véritable apparence. Mais son apparence humaine n’est pas désagréable, et je n’ai pas vraiment à me forcer pour paraître intéressée. Je ne parle plus, cela ne sert à rien à présent que je l’ai ferré. J’aime ce sentiment de puissance et de contrôle qui m’envahit. Mon visage s’approche du sien et mes lèvres frôlent les siennes tandis que je souffle dans sa bouche le pouvoir qui l’enflammera. Je recule et durant un instant il tente de me suivre pour continuer le baiser avant de se figer et de me regarder vraiment. Je vois alors la panique dans ses yeux lorsqu’ils se posent sur mon ombre, lorsqu’il voit mes ailes noires s’étendre sur le bitume. Je reprends ma forme masculine mais ne perd pas mon sourire alors qu’il cherche à prononcer quelque chose.

–Ca ne sert à rien de te débattre, il est déjà trop tard. Ton âme est entrain de se consumer, puis ce sera au tour de ce corps sans âme.

Je parle de cette voix rauque qui est la mienne, mais à présent dure et sans aucune trace de sensualité. Je le vois se débattre, frapper l’air qui l’entoure… Est-ce vraiment aussi douloureux que ça en a l’air ? J’aurais aimé le savoir. J’aurais voulu ne pas vivre cette non vie de démon, être réduit à ça, ce rôle, alors que je possédais tout. Tout comme les autres démons, je me demande moi-même pourquoi Lucifer m’a laissé en vie. Dans sa grande clémence, il n’a pas jugé bon de me le dire. Un rire ironique traverse une nouvelle fois mes lèvres alors que le corps de ma victime s’embrase. Aurais-je un jour le droit de me reposer moi aussi, de disparaître ou de retrouver ce que j’étais ? Je tourne le dos au buché qui brûle sans un mot, sans un cri. Dans quelques minutes il n’en restera qu’un cadavre inidentifiable, qu’une carcasse d’humain sans âme.

Je m’éloigne lentement, me cachant dans l’obscurité de la nuit, reprenant mon chemin vers le prochain passage pour retourner dans mon monde, mon exil. Alors que je pénètre dans la brèche, je ne cesse de me demander s’il viendra un jour me retrouver…

A suivre...


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