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Chapitre 5 – Décision
Je sens Julian bouger à côté de moi et se lever précipitamment alors que l’on frappe à la porte. J’ignore depuis combien de temps la personne est derrière, mais surement un moment au vu du résonnement du tambourinement. Depuis que j’ai appris la mort de Caelm, je n’ai pas bougé de mon lit, restant amorphe et léthargique. Les demandes d’exécutions ont dû s’accumuler ou peut être pas au vu de la connaissance que mon “employeur” semble toujours avoir de ma vie et du lieu où je me trouve. Julian a par contre dû s’occuper de Delkit, car il me semble l’avoir entendu à un moment, mais il n’est même pas passé me demander ce que je foutais. Les pas résonnent dans l’appartement et je reconnais Axion à travers eux… Encore une fois les souvenirs de la belle époque me reviennent, mais égal à moi-même je ne bouge pas et reste aussi bien dans ma position allongée que sous ma forme féminine. Je ne me rappelle pas l’avoir prise pourtant.
Axion entre dans la chambre et stoppe en me voyant, le drap négligemment rejeté et découvrant en partie ma nudité et mes courbes.
–Tu te laisses aller Mictian. Depuis quand étales-tu cette forme à tous les regards ?
J’ouvre les yeux et regarde le plafond.
–Il n’y a que nous et Julian ici… Laisse-moi.
Ce sont les premiers mots que je prononce depuis deux jours et ma voix est érayée d’avoir trop pleuré.
–C’est ce que je ferais mieux de faire en effet. Tu n’es plus celui que tu étais. Jamais le seigneur du 6ème cercle se serait laissé dégrader comme ça. Jamais il n’aurait accepté la défaite.
Le ton est glacial, agacé. Je l’entends s’approcher et je devine qu’il est grimpé sur le lit quand celui-ci s’affaisse légèrement. Lorsqu’il me surplombe, nos regards se rencontrent. Ma vision se brouille mais aucune larme ne coule, j’ai épuisé mon quota de pleurs depuis un moment maintenant.
–Et je devrais faire quoi à ton avis ? Jusque là j’avais toujours pensé que Lucifer le retenait, que c’était pour cela qu’il n’était pas venu. Je m’étais persuadée qu’il ne m’avait pas trahi.
Ma voix me semble misérable, même à mes propres oreilles.
–Et il ne l’a pas fait.
–Non en effet, il s’est passé bien pire. Lucifer l’a coupé de moi, il l’a envoyé sur Terre dans le corps d’un vulgaire humain pour se faire exécuter. Il était incapable de le tuer lui-même alors il a décidé de laisser les exécuteurs faire leur devoir.
Je le vois froncer les sourcils. Il m’agrippe les épaules et me tire d’un geste si brusque que ma tête part en arrière. Il me saisit le menton et me force à le regarder. Son regard me brûle de la colère qu’il contient.
–Et c’est une raison pour te laisser mourir ? Tu as accès à la Terre et aux enfers. Tu n’as qu’à le retrouver.
Je lâche un rire sec.
–Parce que tu crois que Lucifer m’aurait laissé aller sur Terre s’il y avait eu la moindre chance que nous nous croisions ? Il doit être mort depuis le moment où Lucifer a chargé Delkit de m’avertir que l’accès de la Terre m’était accordé.
Il me fixe toujours, mais sa colère semble s’être calmée. Il me relâche doucement.
–Donc tu vas te laisser faire… Tu vas accepter ce qu’ils ont décidé sans te battre ? A l’époque où c’était Lucifer qui avait droit à ton corps et ta forme féminine, tu étais bien plus puissant. A cette époque là, tu te serais vengé et tu aurais tué n’importe qui pour t’avoir fait affront, à toi et à tes plans. Aujourd’hui, tu n’es plus que l’ombre de toi-même… Rencontrer Caelm t’a ramolli.
Il se lève et se dirige vers la porte.
–C’est vraiment ce que tu crois ? Que Caelm a détruit ma vie et qu’il m’a affaibli ? Pourtant, n’avais-je pas plus de pouvoir lorsque je l’ai rencontré ? N’étais-je pas plus puissant ?
–Oui, c’est vrai. Mais tu es également devenu plus doux. Tu as accepté ses plans facilement sans même penser au fait que Lucifer n’accepterait jamais que tu te donnes sous ta forme féminine à quiconque et encore moins à lui.
Je me redresse et le drap glisse sur moi alors que je reprends mon corps d’homme.
–Sauf que pour qu’il le sache, quelqu’un nous a forcément trahis. Savoir que je couchais avec lui n’était pas difficile. Je l’avais accueilli au 6ème cercle et je ne cachais pas mon attirance pour lui. Mais savoir ce qui se passait une fois les portes de mes appartements refermées, là c’est une toute autre histoire.
Exposer ce raisonnement à voix haute me redonne vie. Cela fait longtemps que j’y ai pensé maintenant et j’ai beau avoir retourné le problème dans tous les sens, c’est la seule réponse possible. Il se retourne, me regarde longuement, affichant un visage impassible.
–Je ne t’ai pas trahi seigneur, je t’ai toujours été fidèle.
Je souris. Qu’il ait pu penser un seul instant que je le soupçonne me fait du bien, cela signifie que je dois avoir suffisamment retrouvé mes esprits pour qu’il me craigne à nouveau.
–Je sais que ce n’est pas toi, mais quelqu’un l’a fait. Quelqu’un du 6ème cercle qui était sous mes ordres… Et tu voudrais que je revienne, que je cherche à reprendre ma place en sachant cela ?
–Oui. Je veux que tu redeviennes ce que tu étais, que tu retrouves ta gloire et ton pouvoir. Avant personne n’aurait osé dire la moindre chose contre toi. Le premier qui aurait ouvert la bouche aurait eu tout de suite au moins vingt démons sur lui pour prendre ta défense. Et aujourd’hui le seigneur du 5ème cercle ne cesse de te critiquer, de se moquer de toi et plus personne n’est là pour te défendre.
Mon sourire s’estompe. Là maintenant, j’ai besoin de savoir jusqu’à quel point j’ai été dans la déchéance.
–Et qu’est ce qui se raconte sur moi ?
Je sais ce qu’il va dire. Je le sais, mais il faut que je l’entende. Il me faut un électrochoc pour être bien sûr que plus jamais je ne remettrais les pieds là-bas, que plus jamais je ne veux avoir à faire à eux. Il semble hésiter sous mon regard, se rapproche finalement et va s’appuyer contre le mur.
–Il raconte à qui veut l’entendre que si tu es devenu seigneur du 6ème cercle, c’est parce que tu as séduit Lucifer. Il avance comme preuve que depuis que tu es en exil le 5ème cercle est devenu plus puissant…
Il marque un temps d’arrêt, semblant hésiter à continuer, puis reprend finalement, refusant de croiser mon regard.
–Il ne cesse également de répéter que tu n’étais pas plus puissant que lui et que ton pouvoir ne te servait tout juste qu’à jouer les putains, un démon de la même espèces que les succubes tout juste bon à coucher avec les…
Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Je suis déjà debout, une main sur sa gorge. Il me regarde avec un mélange de surprise et d’autre chose qui me fait comprendre que mon regard brille de colère mais aussi de douleur. Je le relâche doucement et ferme les yeux. Sa compassion est encore plus brutale pour moi.
–Tais-toi, j’en ai suffisamment entendu.
Je me détourne et marche nu jusqu’au lit où je passe un peignoir en satin. Ca y est, je suis de nouveau moi-même… Celui que j’étais avec de rencontrer Caelm. Ma voix résonne dans la pièce, scellant ma décision.
–Tu vas te renseigner pour moi. Je veux savoir qui a été chargé de tuer Caelm. Au vu de son pouvoir et l’importance de la mission, Lucifer n’a pas confié cette tâche à un exécuteur. La récompense a dû être grande, mais subtile. Il n’aime pas que ce genre de chose se sache, c’est une forme de jalousie trop simple pour lui. Il aime les discordes, les déclencher mais pas que cela puisse se retourner contre lui.
Je me retourne et regarde Axion qui est à l’écoute de ce que je lui dis mais également ravi de me revoir redevenu moi-même. Lorsque nos regards se croisent, il s’incline légèrement.
–Bien seigneur, je te tiendrais au courant de mes avancées. Autre chose ?
Je me rapproche de lui et pose une main sur son épaule, la pressant légèrement.
–Oui… A présent je ne suis plus ton seigneur et je ne le serais plus jamais.
Il relève la tête, me regarde avec incompréhension. Je continue.
–J’ai été bannis des enfers Axion, je ne peux plus revenir chez nous et encore moins reprendre ma place au 6ème cercle. A présent tu en es le seigneur et tu en as bien mérité le titre.
Il reste silencieux un long moment et me sonde. Je le revois encore lorsqu’il venait tout juste d’entrer à mon service. Ces cheveux grenat étaient alors courts et ne s’étalaient pas sur ses épaules devenues larges et anguleuses… Il a l’étoffe d’un seigneur. Il en a les capacités également et sait, pour avoir été mon second, durant des siècles comment faire pour diriger et garder son titre.
–Que vas-tu faire alors ?
Sa voix résonne dans le silence. Je souris.
–Tout d’abord me venger. Je veux savoir qui a tué Caelm et ce qu’il a obtenu en échange. Pour le reste, je compte bien récupérer un statut équivalent à celui que j’avais autrefois.
Axion se détend. A-t-il seulement conscience que je ne peux pas retourner auprès de Lucifer ?
–Et comment comptes-tu t’y prendre ?
Je ne peux rien lui dire, rien lui dévoiler. Il m’aidera tant qu’il le pourra, mais je ne veux pas le compromettre, je ne veux pas qu’il soit aussi déchu que moi car alors il sera tué sans que je puisse le protéger. Et pour le moment je ne peux qu’être seul dans mon plan. Il doit d’abord m’aider à retrouver qui a tué Caelm. Une fois que ce sera fait et lorsque j’aurais suffisamment de puissance, s’il veut me rejoindre il le fera.
–Je ne peux rien te dire pour le moment. Sache juste que tout se déroulera sur Terre et que le moment venu tu seras mis au courant.
Axion s’incline et Julian entre à ce moment dans la pièce, une lettre en main. Il me la tend, ne faisant aucun commentaire sur mon changement d’état, puis sort de la pièce en lançant un regard furtif à Axion. Je décachète l’enveloppe, la lit et lâche un rire.
–On dirait que Delkit veut me voir.
–Alors je vais te laisser te préparer. De mon côté, je vais faire ce que tu m’as demandé. Dès que j’ai du nouveau je te préviens.
Il me salue et sort de la chambre.
Alors que j’entre dans le palais, les gardes m’observent avec méfiance. Ils ne m’ont vu qu’une ou deux fois ici, mais mon nom et mon histoire me précèdent largement. J’avance sans me soucier d’eux, sachant exactement où je vais. C’est un lieu grand, mais pas autant que le palais du 6ème cercle et bien moins opulent également. Mes pas résonnent sur la dalle noire, à par les soldats postés devant les portes il n’y a personnes d’autres dans les couloirs. Je m’arrête et frappe à sa porte.
Les quartiers de Delkit sont également plus petits que l’étaient les miens, dans un style rococo que la Terre a abandonné depuis longtemps déjà. Une fois à l’intérieur, la garde se fait plus présente, mais je passe sans me faire arrêter grâce au petit démon laquais qui me guide. Il frappe quelques coups à la porte puis entre après avoir reçu l’autorisation de son maître. La porte se referme derrière moi et j’observe les couleurs criardes et le style chargé qui me donne déjà la nausée. Le mobilier, couvert de dorures et de parures inonde la pièce à ne plus savoir qu’en faire. Les tentures rouges, jaunes ou vertes recouvrent les murs et entourent un grand lit à baldaquin qui n’est là que pour la décoration puisque je sais que ce n’est pas sa chambre. Ce démon n’a décidément aucun goût. Même des humains accrochés aux murs dans une parodie de salle d’apparat aurait fait du meilleur effet que ça. Allongé sur un canapé de style romain, il me regarde avancer, une coupe à la main et m’invite à m’asseoir en face de lui, ce que je fais.
–Tu voulais me voir Delkit ?
Je le regarde sans sourire. Je sais déjà parfaitement de quoi il va me parler.
–Cela fait deux jours que tu ne donnes aucun signe de vie. Et tes allers-retours sur Terre sont plus que suspects.
–Je n’ai pas été sur Terre ces deux derniers jours, et lorsque j’y vais je ne fais que penser au bon vieux temps, je ressasse mes souvenirs et ma nostalgie.
Je lui souris, le ton badin que j’emploie est largement moqueur.
–Cesse de me prendre pour un imbécile. Ton petit humain m’a déjà dit que ces deux derniers jours tu étais indisposé. Tu penses vraiment que je vais te croire ?
Je me serre un verre de liqueur, croise mes jambes et le regarde avec assurance et calme, tel un serpent devant sa proie. Il se redresse, mal à l’aise.
–Je n’étais en effet pas capable de me présenter devant toi. J’ai du régler une affaire d’ordre privé et m’organiser en conséquence.
Il fronce les sourcils.
–Tu n’as plus d’affaires d’ordre privé depuis bien longtemps.
–Mais c’est justement une affaire qui remonte à bien longtemps.
Je bois une gorgée puis reprends. Ton air apeuré signifie-t-il que tu sais quelque chose ? Je me délecte de la moindre de ses réactions. C’est bon d’être à nouveau soi-même.
–Figure toi que j’ai appris quelques petites choses sur les affaires du passé…
Ma voix se fait suave et je le vois déglutir alors qu’il tressaille. Savoir que malgré ma déchéance et mon statut inférieur au sien, il me craint toujours provoque chez moi une satisfaction personnelle. J’esquisse un léger sourire et il se reprend immédiatement.
–Je me fiche de savoir ce que tu as appris Mictian. Tu es là pour répondre de tes actes sur Terre.
–Mes actes sur Terre… Et quels sont-ils ?
Une gorgée de liqueur, je reste détendu, décroise mes jambes lentement avant de recroiser l’autre tout aussi lentement.
–Ne fait pas l’innocent Mictian ; ta façon de tuer est trop reconnaissable pour que tu puisses nier quoi que ce soit.
Il tente d’être sûr de lui, mais le fond de sa voix tremble suffisamment pour que je sache qu’il me craint.
–J’aurais donc tué des personnes sur Terre ? Humains ou démon ?
Il fronce les sourcils mais répond tout de même à ma question :
–Démons.
Je lâche un rire de gorge et finit mon verre avant de le reposer.
–J’aurais donc tué des démons vivant sur Terre et c’est toi que Lucifer envoie pour m’accuser et me questionner… Seul qui plus est.
Je le fixe longuement de mon regard insidieux. Je finis par me pencher vers lui et parle d’une voix grave mais égale.
–Est ce Lucifer qui t’a chargé de ça Delkit ou bien as-tu décidé de faire du zèle en m’accusant sans en informer notre Seigneur ?
Je le vois s’agiter sur son fauteuil et déglutir lentement, plus que mal à l’aise cette fois. Il doit deviner que j’ai quelque chose en tête car il parle d’un ton affolé.
–Oublions cette affaire, je retire mon accusation je n’ai aucune preuve.
J’ai un sourire vainqueur sur le visage, son idiotie va me servir.
–Et tu penses que je peux oublier le préjudice comme cela ? Que sous prétexte que je suis un démon déchu je n’ai pas le droit de réclamer justice devant ton accusation ?
Il se redresse, soudain piqué au vif.
–Par ce que tu penses qu’au vu de l’estime dans laquelle te tient notre Seigneur il daignera t’écouter ?
J’ai un rire devant sa menace.
–Si je lui dis que tu as cherché à me faire chanter pour ton propre gain il m’écoutera.
–Tu ne…
–Bien sûr que si j’oserais et il me croira. Tu as tellement insisté pour me recueillir dans mon exil qu’il ne pensera pas une seconde que tu n’avais aucune idée derrière la tête en faisant ça.
–Tu comptes donc me faire chanter ?
La peur a fait place à la fureur, mais il ne peut rien faire contre moi et il le sait, il n’est pas assez puissant.
–Voyons Delkit, ne prends pas les choses comme ça. Je préfère parler de dédommagement pour l’accusation que tu as porté. Réglons ça de façon civilisée entre-nous.
–Et qu’est ce que tu attends de moi ?
Son regard est inquiet et il tremble jusqu’à la pointe de ses cornes. Je souris, ayant obtenu ce que je voulais beaucoup plus facilement que je ne le pensais. Il ne me restait plus qu’à lui servir mon baratin et le tour était joué.
–J’ai décidé de reprendre du service. Bien sûr, je ne peux pas redevenir seigneur de l’un des 6 cercles, mais je peux tout de même me déplacer entre les enfers et la Terre et Lucifer m’a laissé l’intégralité de mes pouvoirs.
–Et que comptes-tu faire exactement ?
Il plisse ses petits yeux de rats sur moi, cherchant à démêler le faux du vrai.
–Fais- moi confiance un peu, je ne compte pas devenir un ennemi de notre Seigneur, mais seulement devenir un atout indispensable pour lui. Cela fait longtemps maintenant que je suis déchu et je me rends bien compte que j’étais dans l’erreur. A présent que tout est terminé, je souhaite reprendre une place active auprès de notre Seigneur.
Les mots me brûlent la gorge, mais je les prononce tout de même en y mettant toute ma persuasion et avec le sourire. Je me répète mainte et mainte fois que Caelm a disparu, que je fais ça pour lui… Delkit n’y voit que du feu, tant mieux. Il commence à se détendre, même s’il résiste encore pour la forme.
–Je ne vois pas comment tu veux t’y prendre, mais je ne peux pas t’aider.
–Bien sûr que si Delkit. Tu es le chef des exécuteurs, il te suffit de me donner la liste des démons à éliminer ainsi que ceux des agents et je me chargerais du reste.
Il secoue la tête.
–Si Lucifer apprend ça, il me punira et te tuera.
Je me sers une nouvelle coupe de liqueur. C’est qu’il s’inquièterait de moi en plus de son statut ?
–Il nous suffit donc de ne rien lui dire. Lorsque le moment sera venu, je l’informerais moi-même du fait que je suis de nouveau à son service et qu’il ne peut pas se passer de moi.
–Et pourquoi je devrais t’aider ? Tu as été déchus et banni Mictian, tu n’es plus au-dessus de moi. Tu vis sur mes terres parce que j’ai été le seul à t’accepter et à t’éviter de vivre sur Terre avec les autres rebus. Moi seul suis ton seigneur ici.
Je le regarde, mon sourire s’efface. N’a-t-il donc pas compris qu’il n’a pas d’autres choix que de m’aider ? Je repose mon verre et me relève, m’approchant doucement, je me penche sur lui. Quand je parle, ma voix est basse et menaçante.
–Ecoute moi bien Delkit, être un seigneur te confère peut être plus de pouvoir et je suis peut être banni, mais je suis toujours plus puissant que toi. Si tu n’es pas de mon côté, je te tue aussi simplement que ça. Je ne suis plus à une trahison prête et je n’ai plus rien à perdre. Ta mort ne me ferait que perdre du temps, mais en soit j’arriverais quand même à finaliser mes plans. Et si l’on venait à me demander des comptes sur ta mort, je pourrais toujours raconter le chantage ignoble que tu voulais me faire en t’appropriant mon corps et mon pouvoir. Tu ne seras plus là pour témoigner et ce que j’aurais accompli entre temps ne fera qu’appuyer ma loyauté envers Lucifer.
Au fond de ses yeux je vois la peur briller, mais en apparence il reste calme. Brave petit Delkit. Mon sourire s’élargit. On se regarde un long moment en silence.
–Alors ?
Il soupire, ferme les yeux alors que sa mâchoire se crispe.
–Je n’ai pas vraiment le choix de toute façon. Si je ne t’aide pas tu me tues.
J’acquiesce en souriant.
–Je vois que tu as compris.
Je me lève.
–Bien, j’attends donc les prochains noms. Bien sûr, ce petit accord reste notre secret.
Il acquiesce d’un air las et je m’en vais reprenant le chemin inverse sous le même regard des gardes précédents. Je sens le pouvoir en moi, pas seulement celui que m’a donné la nature, mais également la puissance que j’avais obtenu lorsque j’étais le bras droit de Lucifer. Ca fait du bien, je suis à présent prêt à tout récupérer.