
| Hadamon Tailüh
Author: MPX Dans les plaines de l'est, une petite charrette se dirige vers le château de Hugervern. Dans son sillage, elle laisse un funeste présage. C'est le début d'une rencontre, d'un voyage, et d'une lourde séparation. Chapitre 9 up
Rated: Fiction T - French - Adventure/Romance - Chapters: 10 - Words: 63,846 - Reviews: 5 - Favs: 3 - Follows: 2 - Updated: 08-02-09 - Published: 01-07-09 - id: 2618974
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Chapitre 9
Un homme était en train de s'affairer. Les grincements d'un parquet mal agencé et les tintements de vaisselle montaient jusqu'à ses oreilles. Une pâle lumière orangée filtrait les minces rideaux et venaient inonder une petite pièce à l'odeur désagréable. Elle empestait la poussière, le renfermé et autre chose encore, d'inconnu, et qui lui irritait les narines. Il y avait de nombreux meubles et sans doute divers objets posés dessus au vu des formes que prenaient les draps blancs qui les recouvraient. Seule la couverture le recouvrant semblait fraîche et nouvelle. L'homme se retourna en l'entendant se redresser sur son matelas.
Il lui adressa tout d'abord des mots dans une langue inconnue. Il s'aperçut bien vite qu'il ne comprenait pas et s'essaya donc à d'autres langages. Finalement il trouva rapidement la bonne langue et sa voix semblait enthousiaste. Il avait une carrure plutôt légère. Des rides parcouraient un long chemin sinueux sur son visage mais son regard était indiscutablement jeune et vigoureux. Ses yeux bleus pâles brillaient comme deux gouttes d'eau suintant sur une falaise abîmée.
L'homme s'approcha de lui et lui tendit à boire.
« Tu es resté inconscient pendant plusieurs heures. Tu dois te réhydrater, expliqua-t-il. » Sa voix était douce et nullement menaçante.
Elïas examina la tasse en terre cuite avant de la prendre poliment. Il ne la porta cependant pas à sa bouche et fixa l'homme.
« Voyons, tu peux boire en paix ! Je n'y ai pas versé de poison ! » Plaisanta l'hôte.
« Qui êtes-vous ? » Demanda le jeune elfe suspicieux, d'un ton rêche et abîmé.
« Ah ! Banale question que voilà ! »
Il était toujours aussi rieur et cela commençait sérieusement à exaspéré le mercenaire.
« Mon nom est Tiang Ye. Je t'ai trouvé sur la plage, pas très loin d'ici, inconscient et accompagné d'une licorne noire...
- Gates !! S'écria-t-il soudainement. Où est-il ? »
L'homme au regard bienveillant sourit, dévoilant de nombreuses dents blanches anormalement longues.
« Du calme jeune homme ! Il est dehors. Il m'a suivi jusqu'ici quand je t'ai porté sur le dos. Tu pourras aller le voir quand tu auras bu un peu. »
Il lui fit un clin d'œil et le jeune elfe comprit alors qu'il fallait absolument qu'il boive. Il se mit à scruter attentivement le liquide trouble en quête d'un indice révélant sa nature. Finalement, il but une première gorgée et dessina une affreuse grimace. Tiang Ye éclata de rire.
« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda-t-il crédule.
« A ce que je vois, c'est la première fois que tu en bois. C'est une infusion d'une plante qu'on appelle « thé ». »
Elïas regarda à nouveau le contenu de sa tasse et finalement le but en entier, d'un seul trait.
« A propos mon garçon, quel est ton nom ? » Demanda Tiang Ye tandis qu'il le conduisait à l'extérieur voir son ami.
Le rescapé resta un bref instant dans le silence avant de répondre clairement qu'il s'appelait Elïas.
Dès que la licorne le vit sortir de la petite habitation, elle hennit et galopa gaiement vers lui.
Ce fut la première fois que l'étranger vit son hôte afficher un joyeux sourire. Ce dernier, après maintes caresses, se tourna vers lui.
« Dîtes-moi Tiang Ye, n'auriez-vous pas trouvé un homme avec moi un peu plus jeune ? »
Il répondit qu'il n'avait trouvé que Gates et lui.
« Comment s'appelle-t-il ? » Demanda-t-il curieux.
« Myrdhinn, mais je doute que cela puisse vous aider. »
En effet, c'était le cas.
« J'espère qu'il n'a pas été emporté par le tourbillon, soupira Elïas à haute voix. »
L'homme parut surpris.
« Vous avez été pris dans le tourbillon ? »
L'elfe acquiesça.
« J'ignore comme on s'en est sorti.. »
Le vieil homme ne répondit pas à ces mots mais s'étonna d'une chose.
« Vous n'avez aucune idée de la façon dont vous vous en êtes sortis ? Sais-tu que vous êtes les premiers à avoir affronté cette terrible épreuve et à avoir survécu ? Pourquoi avez-vous bravé la magie de l'empereur ? De plus, vous venez de loin pour parler cette langue. Qu'est-ce qui vous amène ici ? Quoi que vous répondez, je devrez le communiquer à mon souverain. Lui seul décidera quoi faire de vous.»
Elïas hésita. Il avait peur de lui raconter l'histoire de Maëliss. Bien qu'il pouvait être digne de confiance si on ne se basait que sur ses actions, il n'en restait pas moins un étranger et il y avait dans ces paroles une certaine gêne, comme si lui-même cachait quelque chose... Finalement, il décida d'en dire le moins possible.
« Nous sommes venus chercher un moyen de ramener une âme perdue. »
Tiang Ye attendit avec attention une suite, non sans pouvoir dissimuler une certaine surprise.
« On nous a indiqué cet endroit comme le seul où les âmes perdues pouvaient être retrouvées. Je n'en sais pas plus, conclut-il.
- Je vois de quoi il s'agit mais une fois de plus, ce n'est pas à moi de décider quoi faire de vous. J'irai en parler à l'empereur mais vous, vous restez ici. »
Le jeune elfe voulu répliquer mais il n'en eut pas le temps.
« Il n'y a aucun bateau dans l'archipel et étant un étranger, vous ne pouvez pas emprunter le seul et unique moyen permettant d'aller d'île en île. Et je ne peux en aucun cas vous le montrer, cela m'est interdit. Vous allez donc rester ici bien sagement avec votre licorne. Je ne serais pas long. Profitez de mon absence pour vous restaurer, j'ai préparé un repas, il est dans la cuisine. Moi je pars sur le champ. »
Ce dernier fit demi-tour et disparut dans les fourrés en marmonnant dans sa barbe des mots incompréhensibles.
Mettant de côté son ego, il ne le suivit pas et écouta son ventre grogner. Il pénétra dans la petite maison au toit pentu.
Après s'être repu, il retourna voir Gates. La licorne essayait de lui communiquer quelque chose, à propos de Myrdhinn, mais Elïas ne comprenait pas. Pourquoi comparait-il Myrdhinn à Maëliss et d'où venait ces idées de créatures gigantesques ?
L'elfe abandonna et décida de récupérer les seules affaires qui lui restaient. Il se changea, remettant ses anciens habits presque secs et prit la seule arme qui lui restait, Dechtiré. Enfin, il quitta la maison. Tiang Ye ne voulait pas le mener à l'empereur, très bien, il irait par ses propres moyens. Gates pourrait aussi l'aider. Avec de la chance, ils pourraient retrouver Myrdhinn. D'après Gates, il était vivant mais s'était... envolé ?!
C'est dans cet état d'esprit que les deux compagnons partirent explorer l'île.
Elle semblait recouverte intégralement d'une intense forêt. Les arbres étaient hauts et arboraient une magnifique ramure. Une grande variété de plantes obstruait leur passage et Gates eut vraiment du mal à se frayer un chemin à travers l'abondante végétation. Les animaux, s'ils existaient, se cachaient et n'émettaient aucun bruit. Perdus dans un immuable silence verdâtre, ils débouchèrent bientôt sur la mer. Le soleil apparut enfin et d'après sa position, Elïas en déduisit qu'ils se trouvaient au nord. Du haut de son promontoire rocheux, il observait calmement l'immense étendue d'eau salée, écoutant le violent fracas des vagues sur les rochers. Au loin, il apercevait une langue de terre et se demandait s'il s'agissait du piège renfermant le tourbillon d'eau.
Il réfléchissait. Devait-il faire demi-tour et traverser l'île de part en part pour atteindre la rive opposée ou bien longer le littoral. Bien qu'il n'en connaissait pas la circonférence, il opta quand même pour ce chemin.
Ils allaient se mettre en route quand une étrange créature venue de ciel apparut et leur barra la route. C'était une sorte de dragon au corps long et sinueux, tel un serpent. La bête se tenait sur quatre courtes et massives pattes. Ses yeux bleus intelligents fixaient le couple. L'animal ouvrit sa bouche, découvrant de longues dents saillantes et rugit, histoire d'impressionner les deux étrangers et de les faire fuir. Mais au lieu de cela, Elïas dégaina Dechtiré et Gates baissa sa tête, prêt à embrocher le nouveau-venu de sa corne. Le dragon bougea et découvrit sur son dos un cavalier pour le moins singulier.
Elïas avait déjà vu un tel être. L'aspect reptilien de la peau, les filaments, les cornes et l'absence de bouche lui rappelait en tout point la dernière apparence qu'avait prise Maëliss. Il en était bouche bée.
L'être s'adressa à eux d'une voix rauque raisonnant dans leur tête, les paroles directement transmises dans la bonne langue.
'Qui êtes-vous ?' Demanda-t-il d'un ton inamical. 'Un humain n'a pas le droit de poser les pieds sur l'archipel. Et une licorne n'a rien à faire ici. Son élément n'est pas l'eau.'
« Je ne suis pas humain, répliqua l'elfe d'un ton de défi. »
L'être considéra un instant les oreilles pointues.
'Mais vous n'êtes pas un elfe non plus.' Rétorqua-t-il. 'Quoi que vous soyez, je dois vous donner la mort. Tel est mon devoir.'
Le gardien s'envola alors avec le dragon et piqua à plusieurs reprise vers les étrangers. Ces derniers évitèrent tous les assauts et Elïas à assener un coup d'épée à l'animal. La bête s'écrasa à terre et Gates en profita pour la piétiner.
Un cri strident retentit et le corps blessé du dragon ainsi que celui de son cavalier s'illuminèrent. La licorne s'éloigna d'un bond, stupéfaite, et la créature se redressa maladroitement avant de s'envoler à nouveau. Elle dessina des cercles concentriques sur la surface de l'eau et le liquide semblait s'accumuler en son centre. Ainsi, son niveau augmentait peu à peu et tout à coup une sphère d'un diamètre respectable se détacha de l'océan et lévita quelques instants avant de foncer droit sur Gates et Elïas. Ces derniers essayèrent de l'esquiver sans résultats. En effet, la sphère d'eau changeait d'aspect et de forme et engloba totalement les deux compagnons. Ils ne pouvaient s'échapper de la prison aqueuse et Gates avait essayé de former un bouclier sans succès. Au contraire, l'eau semblait absorber toute l'énergie nécessaire à sa formation et devenait de plus en plus oppressante. Elle commençait déjà à entrer dans leur poumon quand leur adversaire fut attaqué par quelque chose de long et sinueux et sombra sous l'océan. La magie se dissipa instantanément et des tonnes de liquide se déversèrent sur les rochers. Elïas et Gates toussaient et crachaient tout ce qu'ils avaient pu malencontreusement respiré.
Un autre dragon bien plus grand et fort se posa près d'eux. Elïas l'observa attentivement. Gates hennit joyeusement et le cavalier tourna sa tête vers eux. L'elfe reconnut avec stupeur ses yeux. Il ne prononça mot, ne bougea pas et n'essaya même pas de lever le bras. Il venait enfin de comprendre tout ce que Gates avait essayé de lui dire. Myrdhinn était comme Maêliss, il s'était transformé comme elle et contrôlait maintenant un dragon aquatique.
L'instant de répit fut de courte durée et leur adversaire se tenait déjà face à eux, la colère défigurant son visage.
'Toi ! Qui es-tu ?! Je ne t'ai jamais vu ici !' Cracha-t-il sauvagement au nouveau-venu
Ce dernier ne répondit pas et le fixa d'un œil mauvais.
'D'accord, tu ne veux pas répondre, très bien. Tu fais parti de leur clan alors je dois aussi t'exterminer.'
Un combat acharné entre les deux créatures débuta alors. Utilisant diverses attaques d'eau, le petit dragon eut vite fait de gagner l'avantage et son adversaire finit par s'écrouler à terre. Alors qu'il allait lui assenait le coup de grâce, Gates s'interposa, créant une barrière protectrice et Elïas en profita pour planter son épée dans son corps. La créature se tordit de douleur et s'effondra. Le plus grand dragon se rua alors sur lui quand un puissant jet d'eau jaillit de nulle part et empêcha le meurtre.
Un vieux dragon venait de faire son apparition et se dépêcha vers le plus jeune mourant. Il ne défia d'aucune sorte les trois assaillants et son cavalier fit un bref constat sur les blessures de l'animal. Puis, il se tourna vers l'elfe.
'Elïas, je pensais vous avoir dit de rester à la maison. C'était justement pour éviter ce genre de désagréments que je vous l'avais demandé.' Dit-il irrité.
L'elfe reconnut Tiang Ye. Ce dernier se tourna vers le troisième dragon et s'adressa à son cavalier.
'Vous devez être Myrdhinn n'est-ce pas?'
Celui-ci frémit en entendant son nom mais ne répondit pas.
'J'en étais sûr. Transportez vos amis et suivez-moi s'il vous plaît. Il faut vous soigner avant de vous emmener voir l'empereur. J'espère seulement que cette affaire sera passée sous silence... Laozi, je compte sur ta discrétion.'
Ce dernier grogna puis le petit groupe s'envola vers la maison de Tiang Ye. Arrivé à destination, nos trois compagnons assistèrent émerveillés à la transformation en humain des deux créatures. Laozi se révéla être un jeune adolescent d'une douzaine d'années, les cheveux courts et bruns. Il affichait un air boudeur et l'on pouvait lire dans ses yeux une très très grande fierté. En dépit des graves blessures de sa monture, il faisait mine de rien et rejeta l'aide que lui offrait le vieil homme, voulant s'occuper seul de son dragon.
Myrdhinn était le dernier à ne pas s'être de nouveau transformé. A vrai dire, il ne savait pas comment faire et Tiang Ye le comprit rapidement. Il lui expliqua alors comment faire pour regagner sa forme humaine. Myrdhinn s'y essaya et y parvint avec une telle facilité qu'il en fut le premier étonné. Il observait ses mains et se toucha le visage d'un air ahuri pour vérifier qu'il était de nouveau normal. Le vieillard rigola en le voyant aussi perdu puis invita le groupe dans sa demeure.
Les soins se révélèrent rapides et efficaces. En effet, Tiang Ye était en possession d'une pommade qui refermait tout type de plaie et les faisait cicatriser en à peine une nuit. Il expliqua que c'étaient les elfes de l'ouest qui leur en avait procuré et leur avait appris comment en fabriquer. Néanmoins, seuls les membres de la famille royale en connaissaient la recette. Il leur annonça ensuite qu'ils iraient voir l'empereur le lendemain matin, à l'aube et il congédia le petit Laozi.
Myrdhinn demanda à son hôte des explications sur ce qu'il était. Tiang Ye expliqua alors qu'ils étaient des guerriers dragons. Des êtres qui ont comme caractéristiques de chevaucher un dragon d'eau et de manipuler cet élément. Il leur fit une petite démonstration et Myrdhinn s'y essaya. Il lui était difficile de se concentrer, d'autant plus qu'il était blessé, mais parvint à faire mouvoir l'eau dans un verre comme il le désirait.
« Avec de l'entraînement, vous pourrez bouger une plus grande masse d'eau, ajouta Tiang Ye. Mais il y a une chose que je ne comprends pas. »
Myrdhinn laissa retomber l'eau dans le verre et se tourna vers le vieux guerrier dragon.
« Comment se fait-il, continua-t-il, que vous ayez un dragon, et de surcroît ce dragon ? »
Les deux jeunes hommes racontèrent leur rencontre avec Dame Liu à Baiyin. Le guerrier acquiesça.
« Ce dragon, celui que Myrdhinn chevauchait, qu'a-t-il de particulier, demanda Elïas. »
Tiang Ye resta évasif sur ce sujet.
« Oh rien. Juste un dragon qui a disparu il y a un bout de temps. J'ai été étonné quand je l'ai vu. Il a l'air de vous avoir adopté, dit-il à Myrdhinn. C'est votre dragon maintenant. Je vous apprendrai comme vous en occuper correctement. »
La soirée passa rapidement et Elïas observa calmement son compagnon s'entraîner. Ainsi, lui et Maëliss venait d'ici. Comment se faisait-il qu'ils avaient remontés si loin au nord ? S'ils sont réellement frère et sœur, pourquoi ont-ils étaient séparés ?
La nuit passa rapidement et comme prévu, à leur réveil les blessures étaient complètement guéries.
Le temps était clément et le ciel dégagé. Un léger vent libérateur soufflait tandis qu'à l'horizon, d'épais nuages noirs se dressaient.
Le palais de l'empereur se trouvait sur une île montagneuse terriblement escarpée. Au pied des montagnes poussaient buissons, fleurs et arbres. Les plages inexistantes laissaient place à de hautes falaises surmontant de nombreux récifs où les violents échos de la mer y faisaient rage avec une inaltérable impuissance. Aucun navire ne pouvait approcher la côte sans finir broyé par les puissants crocs de l'océan. Le paysage montagnard ne laissait guère place qu'à peu de végétation, de résistantes broussailles pour la plupart. De profonds gouffres séparaient les pics d'entre eux et l'on entendait, venant du fond de ces précipices abruptes, le bruit assourdissant d'un torrent déchaîné qui se frayait un chemin jusqu'à la mer. L'île en elle-même était gigantesque. Elle dominait de loin tout l'archipel et bien qu'invisible depuis la côte, on apercevait au loin le royaume de Macau, dont la florissante ville de Baiyin et bien d'autres encore.
Tiang Ye les conduisit en hauteur, sur la montagne Hefei. Elle n'était pas aussi pentue que les autres et offrait au versant nord une aire presque plane où séjournait un lac tranquille. Le palais se situait juste en face et imposait force et majesté aux visiteurs. Il irradiait en longueur, arborant de multiples décors fournis des plus infimes détails. Portes, murs, colonnes et même le toit semblaient parfaitement juxtaposés dans une harmonie où le soin du travail et le respect pour l'Être était primordial. D'une manufacture étrange, le palais était posé sur des pilotis et n'abîmait pas un seul brin d'herbe ou taillis.
Ils furent accueillis chaleureusement, comme une lointaine famille qui leur rendait visite pour la première fois, et on les fit patienter dans une immense salle. Là, s'étendaient à perte de vue sur une magnifique table noire et rouge les mets les plus raffinés et les nectars les plus exquis.
On leur rappela les règles de bienséance à appliquer face à l'empereur soit, retirer toute arme avant d'entrer dans la salle du trône, ne jamais s'approcher à moins de vingt mètres, ne jamais le regarder droit dans les yeux, ne jamais lui tourner le dos, s'incliner les deux genoux à terre tous les cinq mètres et attendre trente secondes avant de se redresser et enfin, ne parler que lorsqu'il requiert la parole. Tout cela, Elïas et Myrdhinn essayèrent de s'en rappeler tant bien que mal.
Ils ne s'étaient pas adressés la parole l'un à l'autre et il semblait que le jeune guerrier dragon voulait éviter tout contact avec son compagnon de route. Il le fuyait du regard dès qu'il se tournait vers lui, esquivait habilement toute manœuvre d'approche et évitait soigneusement de se retrouver isolé avec lui. Cela avait quelque peu déplu à l'elfe qui avait espéré lui poser quelques questions quant à ses origines. Il avait vu Maëliss prendre la même apparence et il commençait réellement à croire qu'ils fussent frère et sœur. Il aurait aimé lui parler seul à seul de la transformation de la jeune fille, maintenant qu'il savait que Myrdhinn était plus qu'un simple humain, mais l'attitude de ce dernier ne lui laissa guère d'occasion.
Enfin, après un long moment d'attente, passé la plus grande partie du temps dans un silence gêné, ils furent convoqués dans la salle du trône. Elle était immensément longue et haute. Tous les cinq mètres se dressait une impressionnante colonne où les motifs semblaient raconter une histoire. Les gardes étaient nombreux et paraissaient imperturbables. Au loin se dressait un trône aux ornementations magnifiques et très travaillées. Un homme mince et droit s'y tenait fièrement. Il regardait les visiteurs d'un œil mal venu et face à ce regard inquisiteur, Elïas ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise.
Ils respectèrent le protocole à la lettre et bientôt, ils arrivèrent à la limite des vingt mètres. Tiang Ye resta à genoux, le regard soumis et les deux jeunes l'imitèrent.
Le silence qui s'installa ensuite sembla durer une éternité. Elïas sentait cette atmosphère oppressante qui le rendait nerveux. Il s'appliqua à fixer le coin d'une dalle de pierre et à ne pas s'en détacher du regard. Il l'observait sans la voir et tous ses autres sens étaient en alerte, prêt à tirer le signal d'alarme à la moindre sensation suspecte. A l'opposé, Tiang Ye, très calme, semblait emporté par une quelconque méditation et Myrdhinn, bien qu'un peu nerveux, affichait un regard clair et confiant.
L'empereur parla le premier comme en ordonnait l'usage. Il avait une voix cristalline et sonnante et son intonation, à la fois douce et ferme, ressemblait vaguement à celle qu'employait Elïas quand il chantait. Il s'exprima dans la langue du peuple du nord.
« Ainsi donc, c'est toi le fils de Xinelane, dit-il en regardant Myrdhinn d'un air équitable. »
Ce dernier, sachant qu'il parlait de lui, se déplia quelque peu et leva un regard hagard vers l'empereur avant de se rappeler des règles de bienséance et il fixa à nouveau le sol.
« Lève-toi que je te vois mieux, exigea-t-il d'un ton autoritaire. »
Il se redressa, le regard bas.
« Tu es devenu fort, commenta-t-il. Regarde-moi. »
Lentement, il obéit et découvrit ses deux yeux bleus brillants à la force oppressante du Roi-Dragon.
« Oui... tu as bien ses yeux, fit-il pour lui-même Mais ton corps est trop imposant. Le sang humain qui coule dans tes veine t'es sans doute bénéfique pour affronter les affres de l'hiver du nord. Peux-tu utiliser les pouvoirs de l'eau? »
Myrdhinn expliqua qu'il ne venait de découvrir ce pouvoir que depuis hier.
« Je vois... On n'a jamais dû te l'apprendre car tu as vécu au milieu des humains. Ne t'inquiète pas. Je vais faire mander quelqu'un pour palier ce problème. »
L'empereur tourna alors sa fine tête vers Elïas.
« Et toi, tu es son ami, n'est-ce pas? »
Il ne répondit pas. Myrdhinn n'avait jamais été son ami, mais que répondre à cela?
« Mi-humain, mi-elfe... Murmura le Souverain qui n'attendaiit pas de réponse. Qui est ta mère jeune homme? »
Elïas ne répondit pas tout de suite. Pourquoi toujours ces questions sur ses origines ? Pourquoi ne pouvait-il pas tirer tranquillement un trait sur son passé ? En quoi cela les intéressait-il ? Cet empereur commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs, comme bien d'autres choses d'ailleurs. Mais il semblait en connaître beaucoup sur Myrdhinn, donc forcément aussi sur Maëliss, et serait la seule personne capable de les aider. Il finit alors par donner une réponse franche.
« Jénovefa kiur Eriu était ma mère, affirma-t-il.
- Je m'en doutais... » Dit-il à voix basse mais suffisamment fort pour que tout le monde l'entende. Il continua. « Quelle ironie... Vous vous connaissez depuis longtemps ? »
Ses intonations douces étaient maintenant sèches et irritantes.
Myrdhinn et Elïas se regardèrent avant de répondre négativement à la question posée.
« Tu l'as cherché n'est-ce pas ? Pourquoi ne l'as-tu pas tué aussi ? Comptais-tu l'utiliser pour m'atteindre ? »
Elïas leva subitement la tête et jeta un regard horrifié à l'empereur suite à ces terribles accusations. Il venait ouvertement de l'accuser d'un complot envers la famille impériale. Le jeune mercenaire ne comprenait rien. Désemparé par de telles paroles, il ouvrait et refermait successivement la bouche sans prononcer le moindre son. Oui, il avait tué de puissants seigneurs, arraché de nombreuses vies, extirpé les âmes de nombreux hommes, mais comment ce souverain isolé du monde pouvait le savoir ? Comment pouvait-il seulement l'accuser d'une conspiration envers lui ? Elïas voulut à plusieurs reprises répliquer, dire quelque chose, mais rien ne sortait. Aucun mot ne lui venait à l'esprit, aucune excuse, aucune insulte, juste le vide. Il ne sait combien de temps il resta dans cet état atterré mais de son mutisme, l'empereur n'en fut que plus en colère et se redressa subitement hors de son trône.
« Pourquoi l'as-tu tuée ?! Pourquoi as-tu assassiné ma sœur ?! » Hurla-t-il furieusement. « Réponds assassin ! »
Sa voix tonitruante le transperça de part en part telle une flèche.
'Assassin !'
'Monstre !'
Aucun mot ne pouvait exprimer ce qu'il ressentait. Ses lèvres tremblaient d'effroi et ses yeux s'embuèrent de larmes. L'empereur continuait à le tenailler de mots et lentement, Elïas sombrait dans une douce folie entourée d'un insondable néant. Il oublia très vite tout ce qui l'entourait. Plus rien n'existait hormis lui-même et un lointain souvenir meurtri. Le toucher glacial d'un métal lui refroidit le corps et plusieurs frissons lui parcoururent l'échine. Il sentit distinctement chaque griffe que les ténèbres attendaient, prêtes à le saisir et à l'emmener au fin fond de l'abîme. Elle s'approchaient inextricablement, sans une once d'hésitation et lui, bien qu'aveugle dans l'obscurité, les voyait clairement. Il ne montra aucun signe de lutte et alors qu'elles allaient se refermer sur lui, Tiang Ye se leva, chassant d'un seul coup la prise de l'ombre.
Le souverain se tut immédiatement mais son visage rouge fulminait de colère et ses yeux lançaient des piques de haine à l'elfe.
« Qu'as-tu ? » Aboya-t-il dédaigneusement au vieux dragon.
Ce dernier répondit humblement, nullement impressionné.
« Excusez mon insolence, je me suis oublié en me levant sans que vous ne me demandiez quoi que ce soit. »
Il se remit à genoux et s'inclina profondément. Cela eut pour effet de calmer légèrement l'empereur et il parla d'un ton posé.
« Eh bien parle ! Que voulais-tu me dire de si important pour que tu m'interrompes ? »
Le dragon le remercia et prit la parole comme il l'en ordonnait.
« Si je ne m'abuse, l'événement dont vous parlez s'est passé il y a quinze ans. »
Tous les regards étaient tournés vers lui et chacun attendait avec une certaine impatience ce qu'il allait dire. Le regard prolongé du Roi-Dragon lui indiqua qu'il avait libre parole s'il le désirait. Tiang Ye le reconnut et se permit de continuer.
« Quel âge as-tu Elïas ? » Demanda-t-il.
« Dix-huit ans, répondit ce dernier en comprenant soudain où il voulait en venir. »
Tiang ye esquissa un sourire.
« Vous voyez ? Il n'avait que trois ans à l'époque. Il est donc impossible qu'il ait tué Dame Xinelane, votre sœur. »
L'empereur se rassit.
« Il est vrai, vous avez raison, concéda-t-il de nouveau avec ses intonations douces et calmes. Mais je ne comprends pas alors... Peut-être que ce garçon ment ! »
Il pointa son long doigt tortueux vers le prince déchu. Ce dernier fit alors une profonde inspiration et prit enfin la parole, le regard porté vers le sol. Ce qu'il s'apprêtait à dire lui remémorait de pénibles souvenirs mais il savait qu'il était absolument nécessaire qu'il en parle.
« Je pense, dit-il, que vous m'avez confondu avec mon frère, Khaled, il est de dix ans mon aîné.
- Khaled...oui..., murmurait le Roi-Dragon, c'est le nom que j'avais entendu. Vous êtes donc le jeune prince, son petit-frère. Votre nom déjà ?
- Appelez-moi Elïas. »
Tout en prononçant ces mots, son cœur s'emballa. Il essaya tant bien que mal de se calmer, de faire le vide dans son esprit et de se concentrer sur sa respiration mais son esprit s'égarait sur son frère qu'il haïssait tant. Khaled, encore lui ! C'était lui qui avait tué l'ambassadrice, la propre sœur de l'empereur, laissant deux orphelins derrière son sillage. Non content d'avoir anéanti sa vie, il avait aussi brisé celle d'une mère et de ses enfants qui ne la connaîtront jamais. La haine qu'il éprouvait pour lui s'en retrouvait accrue. Il aimerait tellement pouvoir lui enfoncer Dechtiré dans sa chair et lui faire regretter ses actes passés.
Myrdhinn était encore sous le choc de la nouvelle. En l'espace d'un instant, il avait retrouvé une mère, l'avait perdue et en connaissait le nom de l'assassin, le frère de celui qui avait tué son père adoptif. Son père... Qui pouvait-il être alors ? Un humain apparemment, car du sang de cette race coulait aussi dans ses veines. De cela, il en était sûr mais pour le reste...
L'orphelin posa la question mais il ne reçut que pour seule réponse un silence troublé. Le mystère demeurait donc entier. Peut-être ne le savaient-ils pas. Peut-être était-il un enfant illégitime, un bâtard. Il doutait qu'une femme dragon de son rang n'ait eu le droit d'épouser un vulgaire humain. Et Maëliss... Apparemment, ils étaient jumeaux, séparés à la mort de leur mère. Sans doute une précaution pour les protéger. Cependant, un étrange détail subsistait : comment se faisait-il qu'elle se trouvait dans son propre castel, occupant un si bas rang au sein même du vulgaire ? Il doutait qu'elle ne soit au courant de quelque chose à propos de leur lien respectif.
Myrdhinn pensa alors à ce vieil Yvan. Il savait qu'ils étaient frère et sœur de sang. Il savait aussi sans doute ce qui était arrivé à leur mère. Mais il affirmait avoir retrouvé Maëliss dans les marais au sud de Munster. Était-ce vrai ? Pour en être sûr, Myrdhinn prit de nouveau la parole.
« Qu'est-il arrivé à ma sœur jumelle? »
L'empereur fut le premier étonné de cette question.
« D'où sais-tu que tu as une sœur ? » Demanda-t-il circonspect.
« Ainsi donc, il ne m'avait pas menti..., murmura le jeune homme, pensif. Racontez-moi, s'il vous plaît. J'ai le droit de savoir ce qui nous est arrivé à tous les deux ! »
Le seigneur Siwlane prit la décision de tout lui raconter et après une profonde inspiration, commença à conter leur histoire.
« Xinelane tomba enceinte de deux jumeaux. Moitié humains, moitié dragons, elle enfanta une fille et un garçon. Ils avaient un an quand elle fut assassinée à Faërn. Un conseil d'urgence eut lieu et l'on décida du sort des enfants. Leur séparation fut décidée et on t'envoya vivre auprès des humains quand ta sœur resta chez nous. Ainsi, tu devins le fils du seigneur Irkian et Maëliss resta ma nièce. La fermeture de l'archipel proclamée, elle ne risquait rien. Du moins, c'était ce que je pensais..."
L'empereur se tut.
« Que lui est-il arrivé ? » S'empressa de demander Myrdhinn.
« Xue était son nom, dit-il perdu dans ses pensées. Elle était si mignonne, si gentille. Elle avait l'habitude de me donner une fleur de jasmin à chaque floraison. Elle me la tendait avec un si beau sourire...
- Seigneur Siwlane ! » Interrompit Tiang Ye.
Le Roi-Dragon se ressaisit et s'excusa de sa maladresse ; il s'était égaré dans ses souvenirs.
« Mais quelle idiote, s'exclama-t-il soudainement. J'avais cru qu'elle avait un peu plus de jugeote. Jamais je n'avais pensé un seul instant qu'elle irait là-bas. »
La petite audience ne comprenait pas de quoi il parlait.
« Je crois que vous savez qu'il existe ici, au sein même de l'archipel, un endroit permettant d'atteindre la frontière entre la vie et la mort, non ? C'est pour cela que vous êtes ici. Ce lieu sacré, qu'on appelle le Fleuve de l'Oubli permet de ramener les âmes perdues qui ont échappées à Gaïa. Quand bien même on peut les retrouver, on peut aussi perdre son âme à jamais. Dans ce cas-là, on ne peut ni mourir, ni vivre, juste errer à l'infini. Dans son enseignement, Xue en entendit parler et elle étudia bon nombre de ses facettes. Elle se mit en tête de ramener ma sœur à la vie. J'eus vent de l'affaire et je la fis prêter serment de ne jamais s'y aventurer. Je fus naïf, trop naïf... Je pensais qu'elle placerait sa fidélité au-dessus de tout. J'avais tort. Elle préféra me trahir.
« Agée de neuf ans, elle rompit toute allégeance envers moi et pénétra dans le lieu interdit. Jamais plus on ne la vit. On ne sait ce qu'il advint d'elle. Des guerriers dragons expérimentés furent envoyés dans le volcan mais ils ne trouvèrent aucune trace d'elle. Elle était partie à jamais. Cependant, je suis sûr qu'elle est encore en vie. Elle a du être éjectée du Fleuve, ça ne fait aucun doute. Seulement, elle aurait pu atterrir à n'importe quel endroit du globe. Cela dépend de la distance qu'elle a parcourue dans le tunnel. Mon vœu de fermer le pays m'empêche d'envoyer des expéditions. J'ai aujourd'hui perdu tout espoir de la revoir... »
Il se tut, laissant place à un lourd silence.
Myrdhinn réfléchit longuement. Ainsi donc, sa sœur ne vivait plus dans les archipels depuis sept ans. Cela concordait avec le récit d'Yvan. Maëliss était donc vraiment sa sœur. Ses sentiments vis-à-vis d'elle, les événements concordants, leur ressemblance frappante, y avait-il assez de preuves ? Non, pas besoin de cela. Il le savait. Il le sentait. Il étaient de même sang, de même race et cela lui suffisait.
A cet instant, Elïas prit la parole.
« La personne que nous désirons sauver, Maëliss, est une fidèle amie. Et Myrdhinn pense qu'elle est sa sœur.
- Non je ne le pense pas, je le sais, affirma ce dernier d'une voix forte et sincère. Je le sens au plus profond de moi. Maëliss ou Xue ou n'importe quel autre nom que ce soit est ma seule et unique sœur, et je veux la sauver.
- En êtes-vous sûr ? » Demanda suspicieusement l'empereur.
Myrdhinn se mordit la lèvre. Il n'avait pas de réelles preuves à apporter au souverain. Que dire alors ?
« Si je puis me permettre, s'exprima Elïas, elle n'est pas humaine, du moins, pas entièrement. Juste avant que son âme ne lui soit arrachée, elle s'était transformée. »
Siwlane prêta une oreille attentive à la description qui lui conféra le jeune elfe. Quand ce dernier se tut, Myrdhinn, le regarda étonné. Il s'était bien gardé de lui parler de tout cela. Elïas ne lui faisait donc pas confiance. Après tout, il s'y était attendu, mais maintenant qu'il le réalisait, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement dans sa poitrine. Il ne prononça mot pour ne pas perturber l'assemblée mais il n'en pensait pas moins et fixait d'un œil mauvais son compagnon de route. Ce dernier conservait un visage impassible et évita soigneusement de tourner la tête sur sa gauche.
Le Roi-Dragon était profondément plongé dans ses pensées. Il avait les yeux fermés et sa tête posée sur ses mains. Il avait l'air de prendre une importante décision. Finalement il se redressa et ordonna à Tiang Ye de la leur montrer. Ce dernier s'inclina et en l'espace d'un instant avait changé d'apparence.
Le vieillard s'était mué en un être totalement différent. Les traits raffinés, les mêmes grands yeux que les dragons, il arborait deux longues cornes derrière ses oreilles pointues. De ses avant-bras et de sa colonne vertébrale ressortait de fines écailles sans doute tranchantes et de minces filaments prenaient naissance au niveau des poignets et chevilles.
« Ceci, dit-il, est notre véritable apparence. Nous la conservons secrète depuis des siècles et des siècles. Peu d'étrangers peuvent se vanter de l'avoir vue. Quand nous sommes en guerrier-dragon, nous avons du mal à contrôler l'effluve d'énergie qui nous habite. Au cours de l'histoire, nous ne nous sommes transformés qu'en tant de guerre. »
Tiang Ye reprit son apparence humaine et fixait d'un regard neutre son suzerain. Ce dernier ouvrit de nouveau la bouche après une profonde inspiration.
« Je vais faire mander quelqu'un afin qu'il vous guide jusqu'au Fleuve de l'Oubli. Il viendra vous chercher demain matin chez Tiang Ye. Normalement, je n'autorise pas que des personnes sans expérience y pénètrent seuls et je ne vais pas déroger cette règle. Je vous prie donc de faire exactement tout ce que votre guide vous dira. N'oubliez pas que lui seul sait, pas vous. Je ne devrais pas vous laisser entrer dans le volcan, mais vous semblez bien connaître ma nièce et il sera plus facile pour vous de la ramener. Bon courage ! Il n'est pas sûr que vous reviendrez parmi les mortels. Myrdhinn, j'ai à vous parler seul à seul. »
Cette dernière phrase indiquait clairement que l'entrevue était terminée. Ainsi, toutes les personnes présentes, y compris les gardes, reculèrent jusqu'à la porte après s'être longuement inclinées. Elïas jeta un dernier coup d'œil à la salle du trône avant que l'imposante porte ne se fermât. Myrdhinn attendait, seul, debout, que chaque personne ne quittât la salle. Un silence froid régna après le lourd claquement de la porte et l'empereur lui fit signe d'approcher.
Le jeune dragon fit un pas en avant.
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