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Fiction » Romance » Une relation longue ? Non, merci font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Mademoiselle Rouge
Fiction Rated: T - French - Humor/Romance - Reviews: 247 - Published: 01-21-09 - Updated: 12-12-09 - id:2624899

PROBLEME No. 10 : Les Enfants

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Après l'épisode des parents, je pensais franchement être couverte niveau mauvaises surprises. Heureusement, comme les deux parents de Ares me détestent, je n'ai pas eu le droit aux questions indiscrètes, aux commentaires de parents gaga et heureux pour leurs enfants, et à la question que je préfère : vous pensez vous marier un jour ?

Parce que oui - on m'a déjà posé cette question. Non, ce n'était pas avec Donato. Même si j'étais dramatiquement jeune, et en y repensant ça me donne la nausée, mais j'aurais probablement pris un air très con avec un sourire énorme si les parents de Donato l'avaient demandé. Et j'aurais pensé : oui, oui, oui, je veux me marier avec lui.

Maintenant, ça me fait plus rire que pleurer - Dieu merci - mais je m'écarte du sujet. Quand on m'a posé cette question, mes sentiments étaient assez mitigés. Je m'explique.

J'étais en deuxième année à Harvard, je vivais dans un immeuble avec que des jeunes de l'université. Dans mon appartement, je vivais avec un mec de la haute société Bostonaise, Johnathan (John) en business avec moi, et un autre pote Ecossais, qu'on appelait McLeod, qui passait plus de temps dans les bars qu'en cours (on s'est rencontré dans un bar, d'ailleurs).

L'histoire est que John était aussi gay que George Michael, et qu'il était impossible pour ses parents qu'il soit gay. Au lieu de leur dire la vérité et de leur dire d'aller se faire foutre s'ils ne l'acceptaient pas, John a préféré ne rien dire. Est arrivé Thanksgiving, et il a fallu amener la copine du moment pour l'énorme dîner de famille.

Il n'y a pas Thanksgiving en France, et j'allais me retrouver toute seule pendant les vacances dans mon immeuble - sauf pour McLeod et quelques autres étrangers - donc autant profiter de l'excellent repas chez John.

En arrivant dans leur hôtel particulier, j'ai très vite compris que j'étais la copine de John depuis presque un an (date à laquelle on s'était parlé pour la première fois) et que selon John, c'était très sérieux. J'ai cru que j'allais émasculer mon pote gay sur le coup, mais ils allaient servir le caviar pour aller avec le champagne.

Au dîner, il y avait toute la haute société bostonaise, et c'est pour ça que je n'ai pas vraiment su comment réagir quand le père de John lui a demandé quand est-ce qu'il allait me demander en mariage - je crois que sa formulation exacte était : "mais quand vas-tu enfin lui demander sa main ?!"

Là - je n'ai pas su si je devais éclater de rire - tellement fort que je m'en serais arraché les cordes vocales et décroché les poumons, ou m'indigner. Franchement, à vingt-quatre ans, qui considère vraiment le fait de se marier ? Je ne suis pas une paysanne arriérée, merci !

J'ai souri poliment, j'ai réussi à rougir de manière polie et embarrassée, mais au fond, je n'avais qu'une seule envie, c'est de déterrer mon coeur de ma poitrine à la petite cuillère - parce que c'était sûr qu'une mort lente et attroce serait mieux qu'un mariage. Surtout avec la haute société bostonaise.

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Mais je m'égare de ma première pensée : je croyais être débarrassée pour toujours de mauvaises surprises. Mais je l'ai déjà dit et redit - la vie me déteste, et me le fait bien sentir. Donc - qu'est-ce qu'il y a de pire que la rencontre avec les parents et les histoires de mariage ?

Les maladies sexuellement transmissibles - non.

Les accidents de voiture - non.

L'écartèlement façon Moyen Age - non plus.

...

La réponse est : les enfants - ou encore pire, parler d'avoir des enfants.

Rien que d'en parler me met très mal à l'aise et me finir moi-même à la hachette parait plus sympathique. Mais il n'y a pas de hachette dans le métro aujourd'hui, hélas.

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Bref - il pleut (étonnant en France, en Mars, je sais), donc on a décidé de prendre le métro pour aller au Musée du Jeu de Paume pour une expo. On est samedi, et notre wagon est assez rempli pour qu'on doive rester debout près des portes. A côté de nous, il y a une famille très bon chic bon genre qui va je-ne-sais-où. Jusque là, tout va bien. Ils ont un enfant tout jeune (aucune idée de son âge - je n'aime pas assez les enfants pour les reconnaître ; mon domaine d'expertise est plutôt passé 18 ans) à croquer, assis dans une poussette. Les enfants sont très rarement à croquer, mais celui-là, avec ses yeux en amande tout noir et sa petite touffe de cheveux noire, est vraiment à bouffer tout cru. Rassurez-vous, ça n'éveille pas du tout mon instinct maternel.

Le problème - c'est qu'il n'arrête pas de regarder Ares. Il n'arrête pas de regarder Ares et de lui faire de l'oeil avec des grands sourires timides et des gazouillements de plus en plus forts.

Personnellement, un enfant me regarderait comme ça, je serais légèrement anxieuse (même complètement).

Les parents dudit gosse le voient, et ne font rien pour empêcher leur gosse d'attirer l'attention d'Ares. Ils ont même l'air de trouver ça attendrissant, parce qu'ils regardent Ares et partagent des sourires touchés et entendus.

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"Il n'est pas souvent comme ça," décide de dire la mère à Ares, avec une voix distinguée (et un peu rauque, c'est assez sexy, en fait). "Mais il a eu le coup de foudre."

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Ma première pensée est : ton fils est GAY, mais je me tais.

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"Il est adorable," répond Ares avec un grand sourire pour le gosse - et LE GARCON décide de pousser un petit cri complètement enjoué et heureux, comme s'il avait compris Ares.

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GAY. Un bébé est en train de flirter avec mon mec. Pourquoi est-ce que je suis tombée sur un mec comme Ares ?!

La dernière fois que j'ai autant eu la nausée - c'était en première année à Harvard, où j'ai découvert que non, je ne tolère pas la Tequila aussi bien que je le voudrais.

Ares passe un bras autour de ma taille, et j'essaie de ne pas montrer à quel point je suis tendue. J'espère vraiment très fort que voir bébé "adorable" + moi sous la main ne lui fait pas faire des associations d'idées étranges et saugrenues.

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Le métro s'arrête Rue du Bac et Dieu merci le couple descend. La femme lâche un "bonne journée" avec un sourire ultra-chaleureux à Ares (moi, je peux toujours mourir) pendant que son mec/mari l'aide à descendre la poussette du wagon. Erg. Les gens avec des enfants sont tellement communautaires - et tellement snob envers les gens qui n'ont pas/ne veulent pas d'enfants. C'est incroyable.

Le métro repart, et je suis soulagée.

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Ce qui me soulage moins, c'est qu'Ares me regarde avec l'air encore tout attendri. "He's so precious," me dit-il, la voix comme s'il parlait au gosse, et pas à moi.

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Precious ?

Je ne savais même pas qu'un mec pouvait dire ça et ensuite continuer à dire que c'est un VRAI mec - mais passons. Precious c'est une combinaison de précieux/mignon, et j'ai dû le dire deux ou trois fois au maximum dans ma vie, en parlant d'un chien adorable ou une connerie dans le genre. Et Gollum l'a dit dans le Seigneur des Anneaux - et on sait ce que ça entraîne : RIEN DE BON.

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"Laisse tomber Ares," je dis platement. "Ce truc là est beaucoup trop grand pour sortir de mon utérus. Et il ne passe pas dans l'Aston Martin que je prévois de m'acheter."

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Ares passe du attendri au déçu - et presque brisé - en un quart de seconde. Il va s'en remettre, le petit. Et il pourra faire des enfants géants à une juive aussi grande que lui à New York.

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"Tu ne veux pas d'enfants ?" Me demande-t-il, avec la voix un peu plus aiguë que normal, sûrement dû à la surprise.

"Hmmm... non, je ne crois pas," je dis en levant les deux sourcils, l'air faussement contrit - en espérant que ça passe pour un "désolé", même si j'en doute fort.

"Comment est-ce que tu peux ne pas vouloir d'enfants ?"

"Comment est-ce que tu peux ne pas vouloir te couper les deux mains avec une scie ?" Je réponds sur le même ton que lui.

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Ares a l'air prêt à laisser tomber le sujet. Et il a l'air désolé - pour moi.

Pas la peine de compatir à mon égard. Franchement, mes enfants non-nés me remercient sûrement de là où ils sont de ne pas leur avoir transmis mes gènes et de ne pas m'imposer comme leur mère.

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"T'y as déjà pensé sérieusement ?" Continue Ares, après avoir ruminé la chose pendant un arrêt de métro.

"Honnêtement - pas vraiment. Mais je ne pense pas que j'en veuille - ma vie est...assez pleine comme ça, non ?"

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Et mec - je ne devais même pas t'avoir dans ma vie à la base, alors s'il te plaît, fous-moi la paix.

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"Maintenant, peut-être," concède-t-il, même s'il n'a pas l'air super convaincu. "Mais dans quelques années ? Tu ne te vois pas avec des enfants ? Les voir grandir, quitter la maison, se marier, avoir des enfants et tout et tout ?"

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Pour vous dire la vérité, dans dix ans, j'aurais 37 ans. Je serais tout juste en train de commencer une relation torride avec un buisness man brillant, divorcé, d'un peu plus de quarante ans, qui a vieilli au moins aussi bien que Brad Pitt et Robert Redford (je préfère Robert Redford au moins mille fois plus, mais je prends comme exemple Brad Pitt pour les jeunes qui ont raté Robert Redford dans leur culture cinématographique). J'habiterai New York ou Hong Kong la moitié de l'année, et l'autre moitié (sauf quand je serais en Italie dans une baraque de fou), je serai sous les tropiques à me dorer la pilule au soleil dans une baraque au bord d'une mer turquoise avec des domestiques et tous les trucs de parvenu que mes parents détestent. Après, qui m'aiment me suivent (sûrement tout le groupe - sauf peut-être Ares qui vivra à Brooklyn dans une maison avec des enfants et un chien). Et évidemment, j'aurai pas pris un gramme, et ma vie sera tellement géniale que j'aurai perdu toute mon aigreur actuelle. Et Donato sera mort écrasé par un bus.

Que de bonnes choses.

Mais je ne peux pas honnêtement dire ça sans passer pour quelqu'un de complètement égocentrique et insupportable. Et je n'ai pas du tout envie qu'Ares me fasse la gueule - parce que s'il est énervé contre moi, il ne voudra pas baiser. Et c'est l'hiver. Et que faire un weekend d'hiver à part le passer sous une couette ?

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"Pour l'instant - je n'ai pas vraiment envie de me fermer des portes," je dis lentement, essayant d'avoir du tact, en descendant du métro.

"Des portes ?" Demande Ares - et je crois qu'il ne connaît simplement pas l'expression française.

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C'est drôle - parfois, j'oublie qu'il ne parle pas parfaitement Français.

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"Des opportunités, des choix," j'explique. "I don't want to tie myself down, you know ?"

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Il lève les yeux au ciel.

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"I know the saying," dit-il lourdement, comme si j'étais conne.

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Ah si - il connaissait l'expression. Oops. Je lui fais un sourire coupable.

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"Comment est-ce que le fait d'avoir un gosse te fermerait des portes ?"

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Pour payer son orthodontie, je devrai abandonner une bonne dizaines de robes chez Marc Jacobs. Et pour son permis de conduire et son éducation, je ne vous raconte même pas.

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"Je perds de ma mobilité, si jamais on m'offre un job quelque part," je dis en haussant une épaule. "Ou je peux plus faire ce que je veux quand je le veux - enfin tu vois le genre, non ?"

"Mais un enfant, ça t'apporte tellement plus qu'un weekend improvisé dans le Sud de l'Italie."

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Quand est-ce que je lui ai parlé de mon fantasme d'avoir une maison dans le Sud de l'Italie (et un voilier qui aille avec) pour qu'on y aille tous en weekend ?

Il y a des fois - je parle beaucoup trop pour mon bien.

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"Ecoute Ares," je dis en soupirant. "Il y a des gens qui ne sont pas fait pour avoir des enfants, et c'est tout. C'est bon pour l'évolution, tu sais."

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Ares cligne des yeux plusieurs fois, l'air de plus en plus perplexe.

Pour ma défense - j'ai mal calculé ce que j'ai dit à Ares. A haute voix, je lui ai dit que je ne voulais pas me couper des opportunités et des weekend en Italie. Dans ma tête - j'ai pensé, certes, aux robes Marc Jacobs et à l'Italie du Sud, mais j'ai aussi inclus que je payerai à mon gosse son permis de conduire, un sourire Hollywood, la meilleure des écoles et que si j'avais pas le temps pour lui, ça ne serait pas cool du tout. J'aurais du inverser le haute voix/dans ma tête, parce qu'Ares l'aurait mieux pris.

Surtout que franchement - je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi d'avoir mon génome. Et ma capacité à m'adapter et interagir avec l'environnement autour de moi comme je l'ai eu toute mon adolescence.

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"Mais pourquoi est-ce que c'est bon pour l'évolution ?" Demande-t-il comme un enfant qui demande - comment on fait des enfants, justement.

"Parce que les plus forts et ceux qui vont recevoir le plus d'attention vont grandir heureux ?" Je demande bêtement.

"Et pourquoi est-ce que tes enfants ne seraient pas comme ça ?"

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Je vous jure - à la fin de cette discussion, à force de demander "pourquoi", il va me sortir un "mais...pourquoi "pourquoi" ?"

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"Parce que je n'en veux pas ?" Je demande, exaspérée.

"Tu as tord, de ne pas en vouloir," dit-il d'un ton arrêté.

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Pardon ?

Je sais qu'on abuse énormément de ce terme en ce moment, mais, la tolérance, il ne connaît pas ?

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"Imagine le gosse de toute à l'heure," me dit-il, en me regardant fixement. Je hoche la tête pour ne pas l'énerver. "Imagine que c'est le tien. C'est les vacances d'été. Tu as ta maison au Sud de l'Italie - une énorme baraque de douze chambres que t'as complètement retapée avec Charlie, Caro, Nico - tout le monde. C'est l'été. On est dans dix ans, donc on sera tous plus ou moins mariés avec des enfants. Ca ne te dirait pas d'être tous dans la maison en Italie, à boire du Martini à sept heures du soir, pendant que les enfants jouent, après une journée au bord de la plage isolée et vide qu'on aura trouvé grâce au 4x4 ?"

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Je prends quand même une seconde pour imaginer là scène. C'est vrai que je rêve de plages secrètes et d'une énorme maison abandonnée et retapée dans le Sud de l'Italie. J'imagine le goût du Martini, le fond de l'air chaud, le soleil qui est encore loin d'être couché, le bruit des cigales, et de nous tous en train de rire.

C'est vrai qu'il y aurait Nathan - sûrement en train de regarder la télé, s'il a entre douze et quatorze ans. Jason et Lila - s'ils continuent comme ça, auront sûrement un ou deux enfants. Caro et Nico en auront sûrement d'autres, en plus. Donc déjà, il y aurait le bruit de ces enfants là. Est-ce que ça serait sympa ?

Probablement (évidemment, on aurait une ou deux nounous).

Mais est-ce que j'en veux un dans tout ce groupe d'enfants ?

Pendant une seconde, je caresse l'idée d'avoir un garçon dans le lot - un futur beau gosse indestructible qui fera s'évanouir les filles sur son passage. Et jamais il n'aura de problèmes à l'école, jamais les autres se ficheront de sa gueule.

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Ce me fait presque sourire.

Mais après - je repense à Caro. Caro qui ne voyait plus ses orteils. Et le poids à perdre après la grossesse (moi, je ne fais pas de yoga comme elle !). Et si jamais c'est une fille. Et qu'elle devienne comme moi - certes, jamais je la laisserai mal s'habiller, mais les enfants sont vraiment méchants entre eux. Mais elle risque d'avoir ma taille ! Et mon manque de poitrine ! Certes - je l'assume et je sais le mettre en valeur, mais ça a pris du temps ! Et surtout - avec qui est-ce que j'aurai des enfants ? Et est-ce que le père des enfants sera encore avec moi ? Comment peut-on vouloir rester avec moi aussi longtemps ?

Surtout si je suis grosse !

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"Lou des bois ?" Murmure Ares contre mon oreille, alors que je dois rester plongée dans mes pensées un peu trop longtemps.

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Je secoue ma tête pour me sortir de mes pensées. On est arrêté dans la queue devant le musée du Jeu de Paume.

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"Je - ouais, ça va," je dis simplement. "T'es sûr que tu veux attendre sous la pluie ?"

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On a un parapluie, certes, et comme il pleut la queue n'est pas trop longue, mais je ne suis plus d'humeur à voir une expo. J'ai envie de parler à Caro. Ou à Charlie. Et mon frère.

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"Hey," dit il doucement, passant un de ses bras autour de ma taille pour me serrer contre lui. "Je ne savais pas que cette conversation te mettrait d'humeur si maussade... triste, même."

"Je ne suis pas triste," je dis, le visage contre son torse. "C'est juste que je n'ai jamais parlé d'avoir des enfants."

"Jamais ?"

"Caro m'a dit qu'à la fin elle avait renoncé à l'idée de s'épiler la chatte," je dis platement.

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Ares plisse les yeux - il ne doit pas être ravi de l'image que son cerveau est en train de lui bricoler - et ensuite éclate de rire.

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"Honnêtement, je pense que si tu lui en parles maintenant, elle te dira qu'elle recommencerait sans hésiter", dit-il en me faisant un baiser sur le front. "Et Nico n'en est pas mort - hein ?"

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Je lève les yeux au ciel.

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"Et je te promets que si t'arrêtes de t'épiler si tu tombes enceinte - je ne t'en tiendrais pas rigueur," dit-il d'un ton, comme s'il était excessivement généreux.

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Un sentiment très bizarre se propage dans mon corps - ça me fait très étrange qu'il parle d'un bébé - de lui et moi. Même si je ne veux absolument pas d'enfants, ça me réconforte, et une douce chaleur m'envahit. Je ris - juste comme ça.

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"Je te promets qui si un jour j'ai un gosse - ça sera avec toi," je lui dis avec un sourire dans la voix, me disant que c'est une promesse facile à tenir.

"T'as intérêt," dit-il avant de m'embrasser.

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J'entends vaguement le bruit des goûtes de pluie sur notre parapluie, la queue n'avance toujours pas, et malgré le temps pourri, je n'ai pas trop froid, dans les bras d'Ares. C'est fou comme juste la véhémence d'Ares à vouloir que j'aie un enfant - et avec lui, en plus - fait des miracles à mon humeur et mon estime.

Tout va bien jusqu'à ce qu'un vent glacial se lève, et je frissonne.

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"Tu sais quoi," dit Ares en frissonnant aussi. "Je propose qu'on aille s'entraîner à faire d'éventuels bébés au lieu de se geler le cul pour une expo surpeuplée."

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Je ris, toujours collée contre lui, et je suis complètement d'accord. Et laisse tomber le métro - je ne bougerai qu'en taxi.

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J'ai rarement le "jamais deux sans trois", mais toujours le "jamais un sans deux" (ce qui me rend plutôt paranoïaque, si vous voulez mon avis). Toujours est-il que, après la discussion du métro, je pensais enfin avoir rayé les trucs dégueulasses de ma liste pour enfin - peut-être - apprécier l'idée d'avoir un mec. Ou au moins être peinard avec lui. En effet, j'avais eu les parents, les beaux-parents, la discussion du mariage ne se ferait sans doute jamais, et j'avais parlé des enfants.

Franchement - je ne mérite pas des vacances ? Et un pins ?

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Bang bang bang.

Hmm ?

Je me tourne sur le ventre, décidée à mettre ma tête sous l'oreiller.

Ne me dites pas que les voisins du dessus sont encore en travaux, parce que sinon, je vais aller moi-même leur refaire la déco de leur salon...avec une masse.

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Bang bang bang.

Grrr.

C'est la porte d'entrée.

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Je geins, juste parce que j'aime bien me plaindre, et parce qu'avec un peu de chance, ça va réveiller Ares. Toujours sur le ventre, je glisse hors du lit avec une élégance digne d'une grand mère obèse bourrée d'arthrite.

J'ai la bouche pâteuse, et quelque chose me dit que j'ai une haleine de chacal.

A mi-chemin je réalise qu'un bas n'aurait pas été un luxe, mais j'ai trop la flemme d'arranger ma tenue. Surtout que le t-shirt gris sent suspicieusement trop Ares pour qu'il soit à moi - donc ça cache une bonne partie de mes cuisses.

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Bang bang bang.

J'ai envie de hurler un "j'arrive, connard !" mais vu le peu de lumière qui rentre par les fenêtres, il est un peu trop tôt pour ça.

Je déteste qu'on me réveille tôt le matin.

Et je suis bien décidée à le montrer à la personne assez débile pour venir frapper à ma porte à une telle heure.

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Bang bang -

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"Quoi ?" Je demande de manière pas super polie, en ouvrant brusquement la porte entre deux coups.

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J'ai déjà préparé mon regard assassin, les yeux plissés et les lèvres pincées.

Ca, et le reste d'eye-liner autour de mes yeux, en plus de mes cheveux qui doivent arborer plusieurs épis, je sais que je peux faire très peur.

Merde.

C'est ma meilleure amie.

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Je plisse encore plus les yeux.

Et puisque c'est Caro, et qu'elle connaît bien mon langage corporel, je me voûte légèrement sur moi-même, tirant sur le bas de mon t-shirt avec mes deux mains pour recouvrir un maximum mes cuisses. C'est pas pour les cacher, c'est plus un réflexe énervé.

Je tortille les doigts de pieds, et je vois à son visage qu'elle comprend totalement mon humeur.

Elle semble hésiter, et j'espère de tout mon coeur qu'elle va s'en aller sans un mot.

Le problème, c'est que c'est Caro.

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"Lou !" S'exclame-t-elle un peu trop joyeusement avec un sourire d'oreille à oreille.

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Je lève les yeux au ciel, et refuse de l'inviter à entrer.

Il est beaucoup trop tôt, si vous voulez mon avis.

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"Qu'est-ce que tu veux," je bougonne alors qu'elle s'approche pour me faire la bise.

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Après lui avoir fait la bise en boudant, je remarque qu'elle a Nathan dans les bras, et que ça ne me dit rien qui vaille.

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"Un énorme service. J'ai un avion à prendre dans deux heures. Je pars pour Macao."

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Oh non.

Hors de question.

HORS de question.

J'ai pas fait HEC et Harvard pour devenir baby-sitter.

Les enfants me détestent, et je le leur rends plus que bien.

Je lui lance mon regard le plus bovin possible, m'accrochant toujours à l'idée qu'elle ne va pas me laisser son fils - même s'il y a deux sacs énormes remplis probablement de jouets et doudous de merde, à côté d'elle, sur le sol.

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"Je me demande ce que ça va être," je lui dis, la voix noyée dans le sarcasme.

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Elle soupire.

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"Je te rappelle que tu es sa marraine," dit-il avec une pointe dans sa voix.

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J'ai l'impression que c'est ma mère.

Surtout que du haut de son mètre quatre-vingt, je fais vraiment microscopique.

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"J'ai une tête à vouloir jouer au papa et à la maman ?" je grommelle avec sarcasme.

"De toutes les façons, tu n'as pas le choix," dit-elle d'une voix aiguë, exagérément enjouée, pas du tout intimidée par mon regard noir. "Et au pire, Ares peut t'aider !"

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La seconde d'après, je me retrouve avec deux sacs et un gosse de trois ans et demi dans les bras.

Je croyais que le rôle de la marraine était de pourrir le filleul de cadeaux, et c'est tout.

Heureusement que je ne commence pas la journée comme ça tous les jours.

Sinon ça fait longtemps que non seulement j'aurais tué le gamin, mais j'aurais apprécié le faire.

Qu'est-ce qui prend aux gens de faire des enfants si jeunes ? Et pourquoi est-ce que Caro n'a pas appelé une babysitter - elle roule sur l'or !

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"Je ne suis pas responsable de tout dommage causé à ton mioche," je lui dis, toujours dans l'espoir qu'elle prenne peur et qu'elle reprenne Nathan.

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Et je suis certaine que Basil rêverait de jouer au papa et au papa avec Rhyûsuke.

C'est pas comme si Caro ne le savait pas, et qu'elle ne connaissait pas assez Basil.

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"C'est ça," me répond Caro avec ironie, me regardant du bout de mes orteils vernis en rouge-noir à la mèche rebelle sur le sommet de mon crâne. "Et arrête de faire cette tête, on dirait une petite furie." Elle se penche vers Nathan pour l'embrasser. "Au revoir mon chéri d'amour. Sois sage avec Tata Lou."

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En disant ça elle me lance un sourire mauvais. Quelle connasse, je hais ce surnom.

Sur ce, elle fait demi-tour sur le pas de la porte, et s'en va.

Une petite furie ? Tata Lou ?

Connasse.

Je ferme la porte en la claquant, trop énervée contre le monde pour en avoir quelque chose à foutre de réveiller l'immeuble.

Le gosse attrape une de mes mèches de cheveux et tire dessus.

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"Mama !" dit-il tout content.

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Mon coeur tombe au fond de mon estomac, et j'ai envie de mourir.

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"Redis-moi ça une seule fois, et tu passes par la fenêtre," je lui dis en le foudroyant du regard.

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Ses grands yeux verts s'écarquillent, se remplissent de larmes, et sans que je puisse y faire quoique ce soit, il se met à pleurer.

Non, à brailler.

Merde.

Je savais pas qu'à trois ans et demi un enfant ça comprend ce qu'on lui dit.

Avec horreur, je me souviens que "maman", pour lui, c'est... "maman" et que "mama", c'est "marraine".

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Je tente maladroitement de le bercer (je sais pas du tout si ça ce fait encore à cet âge là), en le secouant doucement de haut en bas - puis de droite à gauche - mais rien n'y fait.

Hehehe, si ça, ça ne réveille pas les voisins...

Il me reste à trouver d'urgence un pigeon pour s'occuper du gosse.

Et des boules quies.

Hmm.

Qui a une famille nombreuse et qui est trop gentil pour son bien avec les enfants ?

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"Areeeees," je geins à travers le salon, en me dirigeant en traînant des pieds vers la chambre, avant de rajouter pour le gosse : "Aller, viens, on va aller emmerder Ares."

-

Un coup d'oeil sur le boîtier du câble, et je note qu'il est 4h46.

C'est décidé, dès que Caro rentre récupérer son fils, je la raye de mon carnet d'adresses. Ca ne se fait vraiment pas de réveiller des gens insomniaques qui ne s'endorment jamais avant 4h du matin. Surtout quand "les gens" sont moi.

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J'arrive dans la chambre et trouve Arès dans un état proche du mien il y a dix minutes, assis dans le lit, sous la couette.

-

"J'ai une surprise," je dis en exagérant ma joie et posant les sacs au sol.

"C'est qui ?" demande-t-il avec un sursaut alors que je lui lâche le gamin dans les bras.

"Nathan. Amusez-vous bien." Je dis sombrement avant de faire demi-tour vers mon sac à main. "Je vais fumer une clope dans le salon."

-

Et sur ce, je quitte la chambre en fermant la porte.

-

xx

Quand je re-rentre dans ma chambre, après 20 minutes, un demi-litre de coca et deux clopes, me sentant beaucoup mieux, je note tout de suite l'absence de bruit.

Pour une fois que Ares sert à quelque chose...

Je m'approche dans la semi-obscurité, du côté du lit où Arès dort, m'attendant à le voir assis sur le lit en train de bercer Nathan (ou de l'étouffer avec un oreiller).

Mais non.

Je distingue sur le lit, Ares allongé sur le dos, les yeux fermés, le bras gauche replié sous l'oreiller, et le bras droit, étendu vers le centre du lit.

A côté de lui, Nathan est allongé sur le côté, calé au creux de l'épaule d'Arès, un pouce dans la bouche, endormi.

-

Arès n'a pas de t-shirt, et n'a pas remonté la couette pour pas étouffer Nathan (j'espère qu'il a quand même pris le temps d'enfiler un calbar, parce qu'il est hors de question d'avoir des problèmes avec la loi).

Certaines auraient trouvé ça super mignon, adorable, le coup du mec qui sait parfaitement s'occuper des enfants.

Mais pour moi...

C'est LA vision d'horreur par excellence.

-

Je refuse absolument de m'allonger à côté d'eux.

C'en est hors de question.

Je me demande ce que j'ai fait au monde pour qu'il m'inflige non seulement un mec qui, quelle que soit la crasse que je lui fasse ou dise, en redemande avec un air hautement amusé, mais aussi un mec qui sait comment agir à côté des enfants, et s'endort avec eux sous le bras.

C'est un signe.

Je dois me débarrasser d'Ares très vite, avant que je découvre d'autres côtés obscures de sa personnalité.

-

J'hésite à retourner dormir sur le canapé du salon, qui est non seulement très long mais très large, quand Ares ouvre les yeux.

Il me sourit dans la pénombre, et je me demande vraiment qu'est-ce qui lui donne envie de sourire, dans la situation actuelle.

Il retire son bras gauche de sous l'oreiller derrière sa tête et m'agrippe doucement le poignet.

Il me tire vers lui et je me penche pour suivre le mouvement de mon bras.

Il se redresse alors en faisant attention au sale mioche qui occupe toute la place sur le lit, et vient m'embrasser.

Tactique déloyale, et il l'a bien compris.

-

"Merci d'avoir réussi à le mettre en veille," je dis doucement contre sa bouche.

-

Je le sens sourire.

Voilà.

Il sourit encore.

Ce sourire amusé, sarcastique, et je suis prête à parier qu'il a un sourcil levé.

Heureusement qu'il fait assez sombre pour ne pas que je vois l'éclat machiavélique dans son regard vert.

-

"Mais de rien," répond-il aussi doucement que moi. "Tu viens te recoucher ?"

-

Je me redresse, mais il tient encore mon poignet comme si j'allais partir en courant.

Il n'a pas tort là-dessus, d'ailleurs.

-

"On a squatté ma place," je dis avec sarcasme.

-

Ares rit doucement, et lâche mon poignet.

Je le vois doucement décaler son corps vers le bord du lit, pour ensuite attirer Nathan contre lui.

J'observe que maintenant, bien plus de la moitié du lit double - qui fait déjà 1m80 de largeur - est vide.

Je lève les yeux au ciel, et coincée, je me recouche du côté libre du lit.

Je me mets le plus au bord du lit possible, allongée sur le côté, et leur tourne le dos.

Oui, oui.

Parce que je suis une chieuse, je vous rappelle.

Et que le plus loin je suis du gamin, le mieux je serai.

Parce qu'avec la chance que j'ai, rien que de l'avoir à côté de moi va me lancer des mauvaises ondes et je vais tomber enceinte.

Et si je tombe enceinte d'Ares, c'est même pas la peine de vivre. Vu la conversation de l'autre jour, il va me demander en mariage, sa famille va me détester à vie, et les six mois à dorer au soleil par an, je peux les oublier.

J'entends Ares rire doucement. Il se fout encore de ma gueule - même s'il a plutôt raison dans ce cas précis - mais c'est pas comme si je n'y étais pas habituée.

Je m'endors tout de suite, parce que sérieusement, il est 5h30.

-

xx

Je me réveille, et je sais que je n'ai pas de couette sur moi.

Par contre, j'ai un poids lourds et chaud sur mon ventre.

Et un souffle chaud pas super frais contre l'épaule.

Surprise, j'ouvre les yeux, pour tomber nez à nez avec deux yeux bleus.

J'écarquille les yeux et retiens de me redresser brusquement.

Le sale gosse doit trouver ma tête très amusante parce qu'il pousse un petit gazouillement/rire de joie.

Il a vraiment de toutes petites dents.

Mais je m'égare.

J'ai un enfant de trois ans et demi étalé sur mon ventre, et c'est la dernière chose que je veux sur terre.

Cherchez pas, ça m'angoisse.

-

Je me préoccupe maintenant du souffle chaud contre mon épaule, et évidemment, c'est Ares, qui s'est sournoisement rapproché de moi pendant la nuit.

Aussi étrange que ça puisse paraître, Ares est câlin. Il n'est pas juste câlin pour m'énerver ou me pousser à bout. Il l'est vraiment.

Ca à beau faire un bout de temps maintenant que je dors avec lui régulièrement, et je n'arrive toujours pas à m'y faire.

Ca aussi, ça m'angoisse.

-

Assez angoissée à mon goût, je juge qu'il est important que je me débarrasse de Nathan.

-

"Ares," je chuchote, au cas où le gamin comprenne mes intentions et fasse quelque chose de démoniaque.

-

Je lance un coup de coude au hasard, qui entre en contact avec le sternum de Ares.

Je le sais parce qu'il se réveille en toussant.

Ha.

-

"Quoi ?" dit-il d'une voix rauque encore endormie.

"Je savais que j'aurais dû dormir sur le canapé," je dis simplement.

-

J'ai toujours été de mauvaise humeur et de mauvaise foi avec Ares ; c'est pas parce qu'il a réussi à dompter Nathan hier que ça va changer.

Ma remarque a pour effet de le réveiller complètement, et son regard se pose sur Nathan qui se mare comme larron en foire (j'aime les expressions archaïques) sur mon ventre.

-

"Aww," dit-il doucement, avec un grand sourire encore endormi. "Bien dormi, Nathan ?"

"Oui," répond le concerné avec un grand sourire en un hochement de tête exagéré.

-

Comme je disais, il est grand temps que je me débarrasse d'Ares.

Enfin...quand j'aurais plus besoin de lui.

En l'occurrence, je vais devoir attendre que Caro rentre de son voyage d'affaires.

D'ailleurs...elle ne m'a rien dit à propos de son retour, et l'idée angoissante qu'elle se soit en fait enfuie avec un amant en nous abandonnant son fils me traverse l'esprit.

Je secoue la tête nerveusement.

Le poids sur mon ventre disparaît doucement, et mon attention se reporte sur Ares, qui vient de prendre Nathan dans ses bras.

-

"On va manger, crapule ?" Demande-t-il d'une voix complètement gaga, en caressant la joue de Nathan de son index.

"Je veux des Chocapic," dit Nathan avec un ton surexcité.

-

Copain, je n'ai pas de Chocapic. Ici, c'est une maison d'adulte. Pas Toys'R'Us.

Ares est a genou sur le lit, à moitié à poil, portant Nathan d'un de ses bras, non seulement musclé mais aussi bronzé.

Il n'est pas rasé.

Il a les yeux verts qui brillent.

Un sourire parfait.

Une attitude parfaite.

Je SAIS que quelque part, ça devrait m'émouvoir. C'est dans mon génome. C'est dans mes hormones, même.

Mais en réalité...PAS DU TOUT.

Ca fait trop maman/papa/bébé, et j'ai une seule envie, c'est de m'enfuir.

-

D'ailleurs, c'est ce que je fais.

-

"Bon..." je dis très vite. "Je vais préparer le petit déjeuner".

-

Et avant qu'Ares ne puisse faire quoique ce soit - ou souligner le fait que je ne sais pas faire à manger - je disparais dans le salon.

J'ai besoin de nicotine.

Et de caféine.

J'allume une clope et me sert un grand verre de Coca Light, et enfin, je respire.

J'ouvre le frigo pour voir ce qu'il y a d'intéressant dedans, mais comme d'habitude, il est plutôt vide.

Y a du lait qui traîne pour les céréales, du beurre de cacahouètes pour quand j'ai trop faim pour attendre qu'on me livre à manger, des oeufs, et des pots de sauces pour les pâtes.

Les placards sont remplis de céréales, de pain et d'autres merdes excessivement mauvaises pour la santé, mais néanmoins super bonnes pour les papilles gustatives.

Bon. Mon four me dit qu'il est midi, donc on va faire céréales et omelette.

-

"Caro et Nico fument, chez eux ?" Demande Ares en sortant de la chambre.

"Ouais, mais il aèrent vachement," je réponds en fermant la porte du frigo, après avoir rangé les oeufs en trop. "Pourquoi ?"

"A cause de Nathan."

-

Je suis au milieu de ma deuxième cigarette de la journée, et j'en ai vraiment besoin. "T'as qu'à ouvrir la porte du balcon," je lui dis en tendant le bras pour attraper du poivre pour l'omelette, même si on est en plein mois de Mars et que je déteste le froid.

-

"Je n'arrive pas à croire que Caro nous ait juste...lâché son gosse dans les bras," je dis autour de ma cigarette, pendant que mes deux mains sont occupées à éteindre le feu et soulever la poêle.

"Lou, c'est pas un drame," répond Ares en levant les yeux au ciel. "Et c'est qu'elle ne devait pas avoir d'autre choix."

"C'est même pas pour moi," je dis en servant les assiettes, pendant que Ares regarde autour de lui pour voir où il peut installer Nathan sans qu'il ne tombe. "Parce que je sais très bien que c'est toi qui vas t'en occuper. Mais j'ai ni chaise-haute, ni lit - c'est pas cool pour le gosse."

-

Ares me regard d'un air étonné mais pas mécontent.

-

"Tu sais que tu ferais une mère bien meilleure que tu ne le crois," me dit-il avec un sourire tout doux.

-

Ca me donne mauvaise conscience - parce que je ne veux pas d'enfants, et qu'Ares a l'impression que si je m'en sors bien avec Nathan, je vais changer d'avis.

Je lève les yeux au ciel et lui dit d'arrêter de dire des conneries et de vite installer le gosse qu'on puisse enfin manger.

-


Et finalement, à mon plus grand damne, le dicton "jamais deux sans trois" s'applique aussi. Youpi. Notez que c'est toujours sur des choses qui font vraiment chier, qu'on a le droit à une troisième couche - sur le thème des enfants, dans mon cas. J'apprendrai plus tard, que ça ne serait pas la dernière fois non plus.

Le frigo est vide, nous sommes un samedi, et Ares a réussi à me convaincre de faire les courses avec lui. N'ayant rien d'autre de fascinant à faire, j'ai décidé d'y aller avec lui (en plus il me faut du shampooing, et je ne suis pas assez domestiquée pour lui demander de m'en acheter).

En allant chez Monoprix, on croise un couple avec une poussette, et une fille de deux ou trois ans qui gambade à côté. Evidemment, quand elle croise le regard d'Ares, elle s'arrête, et lui fait son plus beau sourire. Ares, avec l'instinct maternel beaucoup trop développé à mon goût, lui rend son sourire.

Et là - c'est le drame.

La gamine se met à rougir, à sourire tellement fort que j'ai l'impression que sa tête va rester déformée à vie, elle fait ce truc avec ses pieds que les gosses font tout le temps, et, ses mains derrières le dos, elle bouge son buste de gauche à droite en petits mouvements circulaires.

Mais dites moi...elle est en train de draguer mon mec ou quoi ?

Traînée.

Ares voit ça et lâche un rire à la fois émerveillé et attendri. Il me suffit d'un coup d'oeil aux parents pour voir qu'ils sont conquis par Ares (super), et quand je reporte mon regard sur la fille, elle est allée s'attacher à la jambe de Ares. Elle le regarde de sa taille de microbe, un énorme sourire aux lèvres, et alterne cette tentative de flirt avec des câlins avec sa tête sur la jambe d'Ares - comme un chat frotte sa tête, en gros.

Ma paupière se met à tiquer.

-

"Camille, laisse le monsieur tranquille," dit la mère d'un ton de réprimande (mais pas tant que ça). "Désolée," ajoute-t-elle à l'attention d'Ares, "mais je crois qu'elle a eu un coup de foudre."

"Pas de problème," sourit Ares, habitué à la situation (GAAAH). "Et c'est flatteur, venant d'une si jolie petite fille."

-

Mentalement, je m'imagine en train de sortir un pistolet de ma poche et de me tirer une balle dans la tempe. Mentalement, mon cerveau m'informe que la gamine ne s'en apercevrait même pas tellement elle est intéressée par Ares, et Ares ne le remarquerait pas non plus, trop occupé par son instinct maternel.

La mère sourit au commentaire d'Ares, et se penche pour attraper la main de sa fille.

-

"Camille, allez, viens !" Dit-elle doucement.

-

La gosse geins et lâche un "non" très capricieux (étonnant par rapport à son côté tout doux tout mignon de quand elle faisait de la gringue à Ares).

Mais détachez moi ce truc de la jambe de mon mec ! Je regarde autour de moi, pour me changer les idées. Le père de la gosse est sur son Blackberry. Je respire. Enfin quelqu'un de normal.

Je manque de hurler quand je vois qu'il veut juste prendre une photo de sa fille attachée à Ares.

Mais tuez moi.

Je hais les parents.

Je hais les enfants.

Je hais mon mec.

-

"Ares ?" Je demande, de manière plutôt impatiente. "On est plutôt pressé, non ?"

-

Evidemment, il comprend tout de suite, et se penche pour détacher les bras de la gamine de sa jambe. "Hey," dit-il a la petite fille. "Tu vois là-bas, c'est Lou, et elle ne va pas être contente si je ne lui trouve pas à manger tout de suite."

-

Bien sûr.

Je parviens a faire un sourire pas trop crispé à la mère et au père.

Ares parvient à détacher "Camille" de sa jambe, la soulève dans les airs, avant de la rendre à sa mère.

-

"Vous avez des enfants ?" Demande la mère (qui doit être assez folle de Ares à l'heure qu'il est).

"Nous, pas encore," dit-il sincèrement, avec un grand sourire.

-

Pas encore, pas encore... oui, il a intérêt à ne pas y penser. Ou à me larguer et ensuite y penser.

Finalement, on s'échange tous des 'bonnes journées', et Ares et moi partons tranquillement vers le Monoprix.

-

Je vous jure, je sens le karma - avec tous ces enfants partout autour de moi en ce moment, je sais que je vais tomber enceinte. Les signes ne trompent jamais !

Et je suis certaine que d'avoir un mec qui se fait harceler par des enfants, et en plus de dormir pendant deux nuits dans le même lit qu'un enfant... c'est signe qu'il va m'arriver une merde. Je ne me trompe jamais, en plus. Appelez moi vieille grand mère arabe si vous voulez, j'y crois.

Et d'ailleurs, un autre signe que je vais tomber enceinte si je ne fais pas gaffe -

Mon estomac tombe dans mes talons quand je passe devant les Tampax chez Monoprix.

Tous les bruits du magasin disparaissent sous le bourdonnement très bruyant qui se passe dans mes oreilles. Mon coeur se serre, et j'ai l'impression que ma vie est finie.

Je n'ai pas eu mes règles depuis... six ou sept semaines.

Non.

Non non non non non.

-

"Lou ?" J'entends vaguement la voix d'Ares.

-

Je cligne des yeux et les sons et le reste du magasin réapparaissent.

-

"Je te rejoins à la maison," je dis distraitement, en reculant de deux pas pour choper mon shampooing dans l'allée d'en face. "Tiens, prends mon shampooing, je dois passer à la pharmacie."

-

Des milliers de questions se bousculent dans mon esprit entre le Monoprix, la pharmacie, et mon appartement.

Où est-ce que je peux me faire avorter ?

A qui est-ce que je peux le dire ?

Est-ce que si je le dis à tout le monde, ils vont m'en vouloir d'avorter ?

Et Ares ?

Est-ce que Ares peut légalement me contraindre à garder le gosse, à accoucher, pour qu'ensuite, il le récupère ?

Je vais tuer ma gynéco et sa pilule à la con sûrement importée de Chine.

Est-ce qu'il est trop tard pour se faire avorter ?

Ares et son stupide test à la con pour baiser sans capotes. Franchement. Je préfère largement les capotes si ça m'empêche d'avoir un putain de gosse !

-

Quand je rentre chez moi, je n'ai absolument pas envie d'aller aux toilettes. Encore un tour du karma. Je pose la boîte traumatisante de Clear Blue sur le bar de la cuisine. J'ouvre le frigo en quête de Coca Light (qui est diurétique) mais à ma grande horreur, je ne le trouve pas.

Je crois que je manque tout juste de me mettre à pleurer.

Heureusement, je me souviens que la bouteille est dans la chambre. Je prends une grande inspiration pour tenter de calmer mes nerfs, et me dirige rapidement vers ma chambre - en finissant par courir. J'ouvre la bouteille, et bois directement au goulot.

Quand j'en ai bu un tiers, je décide d'aller fumer une cigarette dans le salon.

C'est un cauchemar.

J'ai presque du mal à imprimer ce qu'il m'arrive - parce que ça paraît vraiment improbable, et aussi parce que l'espoir de ne pas être enceinte écrase tout semblant de réalité.

De toutes les façons, je ne peux pas être enceinte. Je prends la pilule.

...Mais il y a des accidents.

Non, les accidents, ça n'arrive qu'aux autres.

-

Un quart d'heure plus tard, j'ai fini la bouteille de Coca, et j'ai envie d'aller aux toilettes. Je vais enfin pouvoir pisser sur ce putain de bâton à la con.

Je prends quand même le temps de plier la bouteille de deux litres de Coca pour la mettre dans la poubelle des objets recyclables.

Et ça - c'est une erreur de parcours.

Parce que pendant que je plie la bouteille et la jette dans la poubelle, Ares rentre dans l'appartement avec les sacs de courses, qu'il va directement poser sur le bar de la cuisine...à côté du test de grossesse.

J'avais complètement oublié Ares.

Par contre, lui il soulève la boite et son regard change complètement : du regard inquiet de départ, j'observe qu'il devient curieux, voire content.

Et merde.

On ne va pas s'entendre.

-


TBC

Long chapitre, non ? Désolée si l'update a pris du temps, mais je voulais le mettre jeudi mais Fictionpress ne marchait pas (drame!).

Ca vous plaît toujours ? Des idées ou commentaires ? Merci pour vos reviews !



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