Fiction » Fantasy »

Cahiers de Symbiose
Author:
Sylvara PM
Les peuples Calyce ne se supportent pas, c'est bien connu. Mais la mortalité devient un excellent tuteur pour effacer le racisme et construire la paix. Calyciens et Calyciennes se parlent désormais d'Alliance... Romance Fantasy.
Rated: Fiction T - French - Romance - Chapters: 11 - Words: 24,253 - Reviews: 12 - Favs: 6 - Follows: 2 - Updated: 06-17-12 - Published: 02-05-09 - Status: Complete - id: 2631940
A+  A-   Full 3/4 1/2 Expand Tighten

Prologue

l

l

D'abord naquirent les Melvon dans la Fleur Calyce de l'ouest, puis les Syllan de la Fleur de l'est. Les uns appréciaient la discipline et les épreuves, les autres ne souffraient d'aucun joug étranger et tous deux étaient heureux de la vie et de leurs couleurs.

À l'époque où ils se découvraient, où ces terres leur paraissait immense, ils choisirent de vivre ensemble pour conjurer l'appréhension de l'inconnu. Mais dès qu'ils commencèrent à en maîtriser les lois, leurs différences leur devinrent intolérables et ils se séparèrent, le coeur meurtri de profondes blessures. Chaque peuple connut alors des années de quiétude jusqu'à ce que l'exploration fît reculer les frontières. Finalement, les deux pays se rencontrèrent.

Nul à ce jour ne se souvient du moment où la rivalité s'était transformée en violence, mais l'orgueil et le temps fit éclater la guerre. Peu à peu, les germes du racisme furent semés, détruisant à jamais toute possibilité de compréhension entre les peuples. Les castes des Melvon tenaient les Syllan pour des créatures imprévisibles et irrationnelles. Elles mêmes détestaient la prétention des Melvon guerriers, méprisaient la simplicité d'esprit des Melvon citoyens et haïssaient le stoïcisme des austères Galean.

La Guerre dura mille ans.

Mais un jour, la Fleur Calyce de l'est se fana, et privées de l'Eau qu'elle leur avait toujours prodiguée, les Syllan découvrirent la mort.

C'était alors la saison de la myrrhe, et sous une lune claire, la nuit était chargée d'un parfum métallique. Les cordiales anarchistes avaient décidé de se concerter, et un froid clair de lune distant irisait les bijoux et les chevelures des anxieuses calyciennes.

Lorsque l'assemblée trouva le silence, les visages étaient graves dans le grand cercle des silhouettes assises. Une Syllan, puis une autre élevèrent la voix, et l'une après l'autre, dans un calme précaire, chacune décrivait ce qu'elle avait vu, ce qu'elle avait entendu et ressenti pour raconter la mortalité de son point de vue.

Puis comme le silence retombait, l'une d'entre elles reprit la parole pour réveiller le souvenir d'une coutume oubliée depuis de nombreuses années. Le principe de l'Alliance est une chose difficile à expliquer, mais personne n'ignorait qu'il était possible aux peuples Calyce de procréer pour perpétuer leur héritage après le passage de leurs Fleurs.

Seulement, au moment où la Syllan le rappela, ce concept tenait plus que jamais du mythe, et à l'idée de devoir coudre des liens avec le peuple ennemi, le souvenir d'innombrables rancunes millénaires acheva d'enflammer le conflit…

Mais bientôt, le temps de la survie remplaça celui des appréhensions, et le peuple sans Fleur commença à se voir disparaitre. Ce fut à cette époque qu'une délégation Syllan franchit la frontière avec un drapeau blanc.

Des guerriers les accompagnèrent dans la Cour des Discours ou siégeaient les austères Galean. Là, derrière une cloison tissée qui séparaient les dirigeants Melvon du reste du monde, une tête encapuchonnée se dressa lentement.

- Le traité de guerre à déjà été signé ce siècle-ci. Qu'y aurait-il d'autre entre nous, Syllan ?

Ce fut dans un murmure que l'une d'entre elles prit la parole, et sa voix se fit si faible que les Galean durent tendre leur fine oreille pour la comprendre.

- Melvon, nous n'avons plus de Fleur. Poursuivre cette guerre ne ferait qu'accélérer la disparition de mon peuple. Aujourd'hui, nous venons remettre le sort de la Civilisation Syllan entre les mains du Conseil sous deux conditions.

- Je t'écoute.

Mais ce fut une autre Syllan qui poursuivit.

- D'une part le peuple Melvon devra régulièrement conclure des Alliances avec la Civilisation. D'autre part, il devra reconnaitre la Civilisation en tant qu'unité culturelle indépendante.

Le Galean à la voix austère demanda alors la question déterminante que chacun avait sur le bout des lèvres depuis quelques siècles déjà.

- A qui reviendront les enfants de ces unions ?

Ce ne fut pas facilement que les émissaires s'inclinèrent en faisant monter leur voix comme une seule pour prêter allégeance au Conseil. Mais tandis que la salle retenait encore son souffle, incapable de croire à ce qui venait d'arriver, le Galean reprît place sur son siège et opina du chef.

« Bienvenu, mesdames, en pays Melvon. »

Etranglées d'amertume, les émissaires ne purent que s'incliner à nouveau, et chacune d'entre elle sembla ressentir un peu plus lourdement l'impeccable immensité de marbre de la salle étrangère.

Comme une reddition venait de conclure mille ans de conflits, permettant enfin à l'ère des peuples Calyce de prendre un tournant nouveau, la vapeur des regrets se condensa doucement sur les vitraux de la grande Cour.

Le nuage des soupirs s'étirerait longtemps avant de disparaitre avec les dernières incertitudes, mais pour lors, l'ombre d'un sourire adoucissait les traits des silencieux Galean...

l

Favorite : Story Author   Follow : Story Author

  .    .