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Lorsqu'il se réveilla, Edouardo se rendit compte qu'il était à l'abris du sable, dans une tente.
-Mon frère ! s'écria-t-il.
-Tout va bien, répondit José en posant une main sur sa nuque pour l'apaiser. Tiempo l'a soigné, il est hors de danger.
-Je veux le voir...
José essuya une larme le long de la joue de l'adolescent, puis il le serra dans ses bras.
-Suis-moi, murmura-t-il.
Les deux hommes sortirent de la tente et bravèrent la tempête qui semblait sur le point de se calmer pour rejoindre Tiempo et Roberto, dans la tente voisine. Tous deux étaient profondément endormis.
-Maître... gémit Edouardo en voyant le teint pâle et les traits tirés du guérisseur.
-Ton frère était dans un sale état, murmura José. Comme il était très affaibli, Tiempo a dû puiser dans ses propres forces pour le guérir. Néanmoins, ne t'en fais pas, il n'est ni inconscient, ni suicidaire.
-Oui, j'espère vraiment qu'il n'a pas pris trop de risques...
Edouardo s'agenouilla près de son Maître. Avec douceur, il posa un baiser léger sur son front après avoir écarté une boucle blonde.
-Merci Maître, murmura-t-il. Merci pour tout.
Roberto semblait plus pale que Tiempo, sans doute à cause du contraste avec ses cheveux et ses yeux noirs. Toutefois, un sourire errait sur ses lèvres.
-Ils vont bien... murmura Edouardo.
José ne cessa de regarder l'adolescent durant tout le trajet du retour. Malgré la présence de son frère adoré et de son Maître bien-aimé, une ombre planait sur son visage. Le noble n'était pas devin, mais nul n'était besoin de l'être pour savoir ce qui le tracassait.
Dès qu'il arriva, il s'assit au bord de l'eau et ne bougea plus, pendant que son frère dormait dans la maisonnette près du jardin.
-Edouardo ? demanda Tiempo.
L'adolescent se retourna sur son maître et murmura :
-Pourquoi êtes-vous venu à ma rencontre ?
-J'ai vu... une blessure, une dague, et... une épée couverte de sang. Je suis venu aussi vite que j'ai pu.
-C'est de la folie, on aurait pu vous reconnaître ! Qu'auriez-vous fait si le roi avait lancé tous ses hommes à votre poursuite ?
-Je l'ignore, répondit Tiempo avec son sourire paisible qui le caractérisait. Je n'y ai pas réfléchi. Tout ce qui m'importait, c'était venir à ton secours.
-Si j'avais été blessé, je n'aurais pas mérité d'être soigné...
José posa l'épée parfaitement nettoyée et huilée près de l'adolescent.
-Tu l'aurais mérité, si, tout comme tu mérites de porter cette arme, dit-il.
-Je ne l'avais pas oubliée ! C'est volontairement que j'ai laissé cette épée ! s'écria Edouardo en essuyant ses larmes.
José s'agenouilla près de lui et posa une main sur son épaule.
-Je suis fier de toi, mon garçon.
-Parce que j'ai tué un homme ? demanda Edouardo, outré.
-Non. Parce que tu connais le poids d'une vie. Si cela ne t'avait pas affecté, je t'aurais repris moi-même l'épée, par la force s'il l'avait fallu. Toutefois, tu es digne de la porter parce que je sais que tu n'en feras pas usage à de mauvaises fins.
Le jeune garçon leva les yeux en direction de son Maître.
-Je n'approuve toujours pas la violence, annonça ce dernier, mais je suis d'accord avec José.
Edouardo fondit en larmes et José l'attira dans ses bras.
-J'étais fou furieux, sanglota l'adolescent. Mon frère était gravement blessé à cause de lui, alors que nous n'avions rien demandé à personne. De plus, le capitaine voulait vous retrouver, Maître, et vous ramener vers le roi ! Il... il n'avait pas le droit de s'en prendre à vous ou à mon frère !
José ébouriffa tendrement les cheveux d'Edouardo jusqu'à ce qu'il se calme.
-Je vais m'entraîner encore, fit-il dès qu'il put à nouveau parler. Je vais m'entraîner physiquement et mentalement pour parvenir à garder mon calme lorsqu'on attaquera ceux que j'aime, et pour pouvoir protéger sans tuer.
Il essuya ses larmes du revers de sa manche et dit d'une voix rauque :
-Merci à vous deux.
Avec un immense sourire, il se leva et partit dans la direction de la maisonnette afin de veiller sur le sommeil de son frère. Entre José et Roberto qui combattaient si bien à l'épée, et lui-même qui progresserait le plus vite possible, le Maître ne courait plus aucun danger, il vivrait certainement aussi vieux que grand-père.
Après quelques pas, il se retourna sur le couple et lança :
-Maître ! José ! Je vous aime tous les deux !
Emu, le noble regarda la pointe de ses bottes alors que le guérisseur répondit :
-Moi aussi, je t'aime, Edouardo.
L'adolescent poursuivit son chemin, un immense sourire aux lèvres. Tiempo se tourna sur José.
-Et toi aussi, je t'aime, murmura-t-il à son oreille.