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Gil ne put détacher ses yeux de l'adolescent qui le fixait.
-Remy...
Le garçon s'avança jusqu'à lui.
-Tu es vivant... Comment est-ce possible ?
L'homme regarda la salle pleine autour d'eux, et demanda :
-Tu n'as pas un endroit plus calme où parler ?
Rita soupira.
-Bon, je crois que je vais devoir me passer de toi pour ce midi, mais je te préviens, petit, tu as intérêt à m'aider ce soir.
L'aubergiste avait une voix dure, mais ses yeux pétillaient de joie.
-Merci Madame Rita, répondit Remy en souriant.
Il prit Gil par la main et l'emmena dans sa chambre. La montée des marches jusqu'au deuxième étage lui parut interminable. Il se posait des tonnes de questions, mais dès qu'il referma la porte derrière Gil, rien ne lui parut plus urgent que le serrer dans ses bras.
-Je suis vivant, confirma l'homme sans répondre à son étreinte, et j'ai recouvré la mémoire.
-Pourquoi es-tu parti ? Et pourquoi n'es-tu pas revenu ? Comment peux-tu être encore vivant alors que j'ai vu l'étoile à neuf branches la dernière nuit que nous avons passée ensembles ?
Gil glissa une main dans la poche de sa veste noire, il en ressortit une montre gousset.
-Elle s'appelle Remy. Joe me l'a donnée avant d'aller mourir dans le désert avec Lan dans ses bras. Il l'avait mise dans une boite, et m'a demandé de n'ouvrir la boite que quand je serais assez éloigné de la base. J'ai ouvert cette boite lorsque tu dormais. Elle contenait cette montre, et un rubis. Je suis parti aussitôt. Je me suis rendu là où j'ai vécu avec Mariah, Magdalena, Hakkaï et Yvon. J'ai serré le rubis dans ma main, il contenait ma mémoire. Puis je l'ai enterré près de la tombe de Magdalena. Le père et la fille sont enfin réunis.
-Et pourquoi n'es-tu pas revenu après ça ? demanda Remy. J'étais fou de douleur, je te croyais mort...
-Je ne me voyais pas revenir en te disant que la vie dont je profitais, je l'avais volée à ton frère. Je ne me voyais pas revenir et t'annoncer que j'ai cent-trente ans.
Remy sourit. Il passa derrière Gil, retroussa son manteau et sa chemise, pour vérifier que l'étoile à neuf branches avait bien disparu. Une fois rassuré, il posa audacieusement une main sur les fesses de l'homme et dit :
-Tu es plutôt bien conservé pour un homme de cet âge.
-Je ne plaisante pas...
-Moi non plus ! Je me fous de ton âge. Quant à ta vie, tu ne l'as pas volée, tu ne savais pas ce que contenait la boite. C'est mon frère qui te l'a offerte ! Et toi, tu ne trouves rien de mieux à faire que gâcher cette chance qu'il nous a laissée au lieu de revenir. Tu es vraiment trop stupide...
-Sûrement...
-Même s'il ne t'avait pas donné sa montre, Joe comptait mourir, non ? Ce n'est pas comme si tu l'avais tué pour lui voler sa montre.
Remy serra à nouveau Gil dans ses bras.
-J'aimais mon frère, mais il est mort. Toi, tu es impardonnable de m'avoir fait pleurer ta mort alors que tu étais en vie.
Comme Gil ne réagissait pas, l'adolescent s'emporta :
-Serre-moi dans tes bras, idiot !
L'homme s'autorisa enfin à sourire. Il referma ses bras sur le petit corps blotti contre sa poitrine.
-Remy, murmura-t-il.
Il se pencha et embrassa les lèvres de l'adolescent.
-Tu m'as terriblement manqué, admit-il.
-Bien fait ! répondit Remy.
Le garçon glissa une main dans la poche du manteau de Gil, il s'empara de la montre, et après avoir regardé l'homme droit dans les yeux en signe de défi, il murmura son propre prénom. La montre se changea en dague. L'adolescent empiqua l'arme sur sa table de nuit.
-Maintenant, je suis moi aussi lié à cette montre. Tu n'as plus le droit de partir. Suis-je clair ?
Gil hocha gravement la tête. Il retira son manteau, enlaça Remy et chuchota à son oreille :
-Tu crois que ça pourrait être sympa de faire l'amour dans un bain d'eau régénérante ?
Remy ne répondit rien, se contentant de rougir. Il se laissa faire lorsque Gil l'attira sur le lit, tout comme il ne protesta pas lorsqu'il lui retira ses vêtements. Bientôt, il sentit l'homme nu contre lui. Sa peau était douce et chaude. Il frémit lorsque des bras l'étreignirent.
-Gil...
La force des bras se relâcha, immédiatement remplacée par la douceur d'une main, la caresse d'une langue, la morsure taquine des dents. Remy soupira. Il voulait sentir Gil partout sur lui, et en lui. Il ferma les yeux lorsqu'une bouche se posa sur la sienne. Sans qu'il ne s'en rende compte, ses mains s'étaient posées sur Gil, qu'elles caressaient, touchaient. Dégoûté, l'adolescent glissa sa main gauche sous son oreiller. Comment pouvait-il toucher Gil, si beau, avec cette main déformée.
L'homme dut sentir son changement d'humeur, car il s'empara de la main en question.
-Non... Arrête, c'est laid...
Gil soupira.
-J'aime cette main. C'est une partie de toi, non ? Et puis c'est pour me protéger qu'elle a été blessée. Comment pourrait-elle être laide ?
Pour prouver ses dires, il embrassa la paume qui avait fini par cicatriser, il glissa sa langue entre les doigts tordus, caressa le dos de la main bosselé.
-J'aime cette main, répéta Gil, alors ne la dénigre pas, compris ?
Sans attendre de réponse, il posa la main sur sa joue. Remy ne put réprimer un sourire. Sous sa paume, la peau de Gil était chaude. Il glissa les doigts dans les cheveux noirs en bataille, descendit sur la nuque. Il attira à lui le visage de Gil et il embrassa ses lèvres. Gil roula jusqu'à ce que Remy se retrouve au dessus de lui et demanda :
-Touche-moi...
L'adolescent fit glisser ses lèvres le long du cou de Gil, il descendit sur sa poitrine musclée, son ventre plat. Il hésita un court instant, puis enroula sa main autour de son pénis chaud et dur. Timidement, il le goûta du bout de la langue. Il leva les yeux et rencontra un regard noir rieur. Alors il s'enhardit et prit Gil dans sa bouche. L'homme ne s'attendait manifestement pas à ça car il laissa échapper un hoquet de surprise qui amusa Remy. Le jeune garçon monta et descendit lentement sur l'érection de Gil. Depuis qu'il l'avait vu nu, il avait envie de le toucher, comme ça et de bien d'autres manières. Aujourd'hui, il était temps de mettre un frein à sa timidité et de se laisser aller. Après tout, ils ne faisaient rien de répréhensible, ils se contentaient de faire l'amour, comme tous les couples.
Mais au fait...
-Gil ? Nous sommes un couple ?
-On dirait bien, oui...
-Comment est-ce qu'on sait si on est en couple ?
Gil soupira. Il tendit la main vers la dague qu'il arracha de la table de nuit où elle était empiquée.
-Donne-moi ta main gauche.
L'adolescent obéit. Lorsqu'il leva les yeux, des menottes attachaient son poignet gauche à celui de Gil.
-Ca me va, sourit-il.
Lorsqu'il se réveilla, Remy se sentait endolori, mais il n'avait pas envie de quitter sa place. Dans son dos, Gil le tenait serré contre lui, un bras passé autour de son ventre. Il regarda son poignet et se rendit compte que les menottes étaient toujours là. Il se retourna afin de faire face à l'homme, et murmura son propre prénom pour faire reprendre à la montre sa forme originelle. Il la posa sur la table de nuit, enlaça Gil.
L'homme était toujours aussi nul pour parler, mais Gil avait tellement prouvé à Remy qu'il l'aimait que les mots n'étaient pas nécessaires. Il glissa une main dans les cheveux noirs ébouriffés, déposa un baiser sur les lèvres boudeuses, et se leva pour aller aider Rita qui l'attendait sûrement.
L'aubergiste avait raison : quand on était malheureux, on pouvait garder espoir d'aller mieux. A partir d'aujourd'hui, elle le verrait sourire tous les jours.
-Je t'aime, Gil, chuchota-t-il en fermant la porte.
Il descendit les escaliers sans entendre le "moi aussi" que son compagnon répondit dans son sommeil.