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Fiction » General » L'inondation font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Kestrel21
Fiction Rated: K+ - French - General/Humor - Reviews: 2 - Published: 04-06-09 - Updated: 08-19-09 - id:2656473

Le raciste de la colline

Gérard Lepluvier habitait la maison la plus en hauteur du village de Saint-Ignace, lequel était pourtant construit à flan de colline, aussi ce n'était pas une mince affaire ni la source d'un petit prestige que d'habiter la plus haute maison du village.

Gérard Lepluvier possédait ce privilège non pas à cause d'une quelconque fortune personnellement acquise ni à cause d'une quelconque haute fonction que ce soit. Ce qui faisait qu'il possèdait cette maison faisait qu'il n'était d'ailleurs pas le plus apprécié au village, par les vieux surtout. Les jeunes ne l'appréciaient guère non plus, non pas à cause de terribles réminiscences mais parce qu'il est bien connu que les jeunes n'aiment pas les vieux, les ignorent au mieux et les torturent au pire.

Tant mieux, Gérard Lepluvier non plus n'aimait pas les jeunes. Ni trop les vieux non plus d'ailleurs.

Feu le père de Gérard Lepluvier avait été comme son fils, lui aussi possèdait ce si visible amour de son prochain. C'était d'ailleurs cet amour un peu particulier qui l'avait amené en 1943 à offrir un aller-simple pour la Pologne à l'ancien propriétaire de la belle maison, un Nantais d'origine enrichi dans le commerce de l'alcool et qui, non seulement fricotait avec les Francs-Maçons mais, en plus de tout ça, c'est pas de chance alors, était juif. Feu Marcel Lepluvier, qui n'était alors qu'un obscur petit employé de mairie habitant une petite maison en bas de la colline, avait invité par une lettre anonyme le chef de la Gestapo de la ville voisine à venir jeter un petit coup d'oeil dans la grande maison du sommet. Ceux-ci ne trouvèrent rien mais cela ne les empêcha pas d'emmener le Nantais qui mourut sans doute dans d'atroces souffrances sans jamais savoir qui l'avait dénoncé.

Marcel Lepluvier avait alors investi la maison, avait épousé l'adjointe au Maire dans la foulée et avait plus tard légué son patrimoine à son fiston Gérard, ainsi que ses principes charmants concernant les traitements à réserver aux minorités visibles. Gérard conservait tout cela précieusement et voyait d'un mauvais oeil les nombreux étrangers qui venaient depuis quelques temps acheter des maisons de vacances dans son village et envahir son espace vital de leur dialecte barbare. Certains d'entre eux étaient même noirs. Il enviait alors son père qui était mort trop tôt pour assister à cela et qui n'avait de plus sans doute jamais vu un noir de sa vie, si l'on excepte quelques tirailleurs sénégalais lors des défilés du 14 juillet.

Pour ces raisons-là, la plupart des gens assez âgés pour se souvenir de l'histoire n'appréciaient guère Gérard Lepluvier, certains sans doute à cause d'une sympathie coupable pour les Francs-Maçons, voir pour les Juifs, et d'autres parce qu'ils auraient également bien aimé s'emparer aussi facilement de la plus haute maison du village.

Gérard Lepluvier aimait sa maison. D'abord parce que c'était la maison de son enfance, ensuite qu'elle abritait sa vie de couple (il avait épousé l'adjointe au Maire des années auparavant) et qu'elle voyait grandir sa fille Cédrine, une charmante jeune fille de 18 ans qui avait des yeux bleus et des cheveux blonds cendrés, tout à fait le physique aryen qui aurait plu à son grand-père si hélas, il avait pu la rencontrer.

Cédrine ignorait l'histoire de sa maison et était, elle, ravie de l'arrivée de tous ces étrangers pleins aux as qui dés les beaux jours s'installaient à Saint-Ignace car cela lui amenait à domicile une flopée de jeunes hommes dans ce village qui en était autrement largement dépourvu. Tous n'étaient pas l'orgueil de leur sexe mais faute de grives, on mange des merles. Gérard Lepluvier n'aurait pas été contre si elle avait choisi un Anglais ou un Hollandais par exemple. Mais le garçon avec qui il la voyait beaucoup trop souvent ces derniers temps était clairement de type trans-méditerranéen malgré le fait qu'il s'appelât François-Régis.

Outre maudire les gens qui ne lui ressemblaient pas et astiquer sans malice le portrait de son père trônant sur le meuble de la porte d'entrée, Gérard Lepluvier aimait les petits plaisirs de la vie. Il avait ses hobbies et s'y consacrait pleinement depuis sa retraite deux ans plus tôt. Il faisait tous les jours 100 kms sur son vélo d'appartement, observait les étoiles et constellations grâce à son téléscope dernier cri une fois la nuit tombée, allait ramasser des fleurs au printemps, des baies en été, des champignons en automne et des châtaignes en hiver. Bref, sous des dehors surfaits de vieux raciste antipathique, il cachait une âme délicate qui savait s'émouvoir.

Cela dit, Gérard Lepluvier cachait également sous cette prétendue âme délicate capable de s'émouvoir des passes-temps peu avouables. L'un d'eux était par exemple d'attendre le passage du petit facteur benêt pour faire sortir Tifus, son vieux berger allemand. Tifus avait été dans sa fougueuse jeunesse un chien de garde hors-pair et il en gardait les réflexes. A demi aveugle et complètement sourd, il se jetait toutes dents dehors en aboyant furieusement dés qu'il percevait une odeur humaine qui n'était pas celle de ses trois maîtres dans un rayon d'action étonnamment large. Il était la raison pour laquelle la retraite de Gérard Lepluvier n'était que peu perturbée par des voisins envahissants.

L'agréable retraité avait tout de suite compris à quel point le pauvre Maxence avait peur des chiens. Aussi quand le petit facteur venait chaque matin déposer Le Figaro dans la boîte aux lettres de la maison la plus haute du village, Gérard Lepluvier, faisant mine de vouloir le délester du journal, ouvrait sciemment la porte à son monstre de 63 kilos aux yeux voilés de cataracte qui se jetait sur le pauvre jeune homme en hurlant sa haine de la race humaine.

La vue du visage terrifié de Maxence et sa manière comique de tenter de rester stoïque avant de finalement prendre ses jambes à son cou était la réjouissance matinale quotidienne de cet homme charmant qu'était Gérard Lepluvier.

L'autre réjouissance quotidienne de Gérard Lepluvier était encore plus inavouable que la première. Sous prétexte de se passionner pour l'astronomie, il profitait sans vergogne de la position avantageuse de sa maison et de son téléscope dernier cri pour espionner la vie des habitants de Saint-Ignace une fois la nuit tombée. Pourtant fervent écologiste, engueulant volontiers Cédrine pour ne pas avoir éteint l'ampoule des toilettes, il appréciait beaucoup les habitants qui faisaient la fortune d'EDF en baisant avec la lumière allumée. Raciste certes mais pas gérontophile, il appréciait alors la venue de tous ces touristes qui venaient apporter un peu de fraîcheur à ses séances de voyeurisme en lui permettant d'admirer leurs courbes et muscles chirurgicalement assistés. Sexuellement inactif depuis un certain temps, ce porno à petit budget le ravissait plus qu'il n'aurait su le dire. Ainsi, tous les soirs d'été ou presque, au lieu de tracer une carte des constellations prenait-il compte des petites histoires de fesse de son village. Il en était accroc comme sa femme l'était aux livres de Barbara Cartland et sa fille aux dessins animés japonais. S'il avait été de nature à cancanner, la plupart des gens de Saint-Ignace auraient eu du souci à se faire pour leurs petites histoires. Je tiens cependant à dire que Gérard Lepluvier n'était pas discrêt par simple mépris pour les commérages mais parce qu'il savait attendre son heure et surtout quel genre de bombe à retardement pouvait être un secret gardé le temps qu'il fallait.

C'est ainsi qu'il assistât sans rien dire aux attouchements sexuels perpetrés sur une petite fille de 8 ans par son propre cousin, sans que les parents ne soupçonnent rien, ni du forfait en lui-même ni de la surveillance nocturne dont ils faisaient l'objet lorsque le cousin incestueux désertait la maison.

Il était la mémoire vivante du village de Saint-Ignace et croyez-moi que si on l'avait su, on l'aurait traité avec infinimment plus d'égards...



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