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Auteur : sofi
Rating : rien de particulier, peut être le langage légèrement vulgaire
Disclaimer : A moi même si je n'aime pas les vampires. Pas du tout. Les garous ont vraiment plus de classe ... alors ne vous étonnez pas de voir quelques clichés malmenés ^^
Et encore une fois un ENORME « merci » à Itoe sans qui cette histoire serait sacrément moins bien !
Crocs, cendre et chocolat
But touch my tears with your lips
Touch my world with your fingertips
And we can have forever
And we can love forever
Forever is our today
Freddie Mercury
Chapitre 1
En ce début de mois de mai, la lune était ronde au dessus des quartiers pauvres de la capitale.
Ismaël marchait. Vite. Il n’arrivait plus à courir et il était couvert de sang. Du sien. De celui des cadavres qui l’avaient recouvert. Le jeune algérien s’arrêta pour vomir, son estomac vide ne rendit que de la bile. Il s’essuya la bouche avec la manche de son sweat-shirt mais ne réussit qu’à s’étaler le liquide à moitié coagulé sur le visage. Sentant une présence derrière lui, le jeune homme se retourna rapidement mais ne vit rien. Il reprit sa marche, maudissant Ouassim et ses plans foireux.
oOoOo
Lorsque son frère lui annonça qu’ils devraient traiter avec le gang de Nomine, il l’avait prévenu. Mais Ouassim ne l’avait pas écouté.
Cette fois, cette unique fois, il n’avait pas pris ses avertissements en compte. Ou bien l’argent que promettait Nomine lui était-il monté à la tête ?
Ce n’était pas pour rien qu’Ismaël était surnommé le Rat. D’abord, il était petit et menu. Ses cent-soixante-douze centimètres pour à peine soixante kilos le complexaient depuis son adolescence. Cinq ans avaient passé et à son plus grand regret il n’avait pas grandi d’un pouce. Mais son surnom, il le tenait surtout de son « sixième sens ». Il sentait le danger… et quittait le navire tout aussi rapidement que le rongeur.
Si tu te sauves toujours la queue entre les jambes, comment veux-tu réussir ? lui demandait souvent Ouassim. Mais il ne voulait pas réussir : il voulait vivre.
Le jeune homme s’était rendu à contrecœur au rendez-vous fixé par le gang. Malgré la sirène qui hurlait de plus en plus fort dans sa tête, il était entré dans l’entrepôt.
L’échange avait capoté. La marchandise ne convenait pas. Ou plutôt, Nomine ne voulait pas payer le prix promis. Alors Ouassim avait sorti son couteau.
Ismaël avait levé les yeux au ciel : un couteau papillon c’est beau pour la frime, mais ça fait peur à personne.
Surtout pas aux hommes de Nomine qui sortirent l’artillerie lourde.
Ouassim s’écroula, la moitié du visage arrachée.
Les secondes qui suivirent ressemblèrent à ce qu’Ismaël s’imaginait de l’enfer. Les hommes de son frère tombaient comme des mouches. Il reçut une balle dans l’épaule, la douleur lui fit mettre genou à terre et le corps de Kader acheva de l’entrainer vers le sol en béton.
Lorsque Nomine et ses sbires quittèrent le hangar, il ne bougea pas. Malgré le froid et la douleur, il resta prostré, immobile. Le Rat attendit ainsi une demi-heure, surveillant le moindre bruit, les yeux rivés sur le cadran de sa montre pour ne pas voir les cadavres qui l’entouraient. Et puis doucement, il s’était levé. Se déplaçant à pas feutré, se plaquant aux murs des ruelles sombres. C’est là qu’il avait senti que quelqu’un le suivait.
oOoOo
L’immeuble du doc était enfin en vue. Il poussa un soupir de soulagement en entrant dans le hall aux boites aux lettres défoncées. L’ascenseur était en panne, comme d’habitude. Cinq étages plus haut, il frappa à la porte. Doucement d’abord, puis plus fort. Personne ne répondit. Ismaël donna un coup de pied dans le vide.
- Nardim !
Le dos appuyé au mur, il se laissa tomber sur le carrelage crasseux où il réfléchit à sa situation. Du moins, il essaya.
Son épaule le faisait souffrir depuis trop longtemps pour qu’il puisse avoir les idées claires.
Tout à coup son alarme interne lui dit de fuir, de quitter cet endroit au plus vite.
Un danger approchait.
Le Rat était pris au piège. Il se releva comme il put et sortit son revolver. Si Ouasssim aimait les armes blanches pour l'esbroufe, son cadet préférait l'efficacité. D’un coup de coude il ralluma la minuterie. La porte de la cage d’escalier s’ouvrit.
Une adolescente, les cheveux roux et bouclés, une jupe en jean qui lui arrivait aux genoux, un pull vert amande et une paire de tennis usée, sourit à l’homme qui essayait de la tenir en joue.
Le bras d’Ismaël tremblait et sa vue se troublait. Il tira sans sommation.
- Nardim… Ne m’approche pas !
Mais la jeune fille avança encore :
- Tu vas mourir, tu as perdu trop de sang. Mais j’ai un marché à te proposer.
- Va te faire foutre.
- Quel langage ! Enfin… bye bye !
La rouquine lui fit un petit signe de la main et lui tourna le dos. Alors qu’elle allait franchir la porte il grommela quelque chose.
- Pardon ?
- Ton nom, c’est quoi ? J’aime pas traiter avec des inconnus.
- Iseult. Iseult Rocheterre.
- Iseult, hein ? Alors, c’est quoi le deal ?
oOoOo
Iseult avait été attirée par l’odeur du sang. Mais elle n'avait découvert que des corps morts dans l’entrepôt. Accroupie sur le toit d’un bâtiment voisin, elle soupira. Elle avait faim mais pas au point de se nourrir de cadavres.
Elle allait partir lorsque quelqu’un se releva. Un homme. Il fit quelques pas en tanguant, assez pour sortir. S’arrêta pour respirer l’air froid de la nuit à grandes goulées… vomit quelques secondes plus tard. Puis il se mit à courir.
L’adolescente sourit. Elle avait peut-être trouvé ce qu’elle cherchait.
Quelqu’un qui la libérerait de Dieter.
oOoOo
Alors que le soleil commençait à taper et que les corps allaient être emportés à la morgue, le commissaire Frédéric Charlier vit venir à lui une silhouette bien familière : Phang Huan, de la brigade des stupéfiants.
De ses origines vietnamiennes, Phang avait hérité des cheveux noirs, qui lui arrivaient à la mâchoire, des yeux bridés et de la taille menue, mais sa peau était claire et ses iris noisette.
Frédéric eut un signe de désapprobation en voyant la tenue de son ami et collègue : un pantacourt en jean, un débardeur noir et une paire de baskets.
- Quand cesseras-tu de t'habiller comme la racaille que tu arrêtes ?
- Je vais bien, merci et toi ?
- Pas trop mal pour un homme tiré de son lit qui a dû contempler ce charnier en buvant un café froid.
- Pourquoi j'ai la désagréable impression que ce qui te dérange le plus c'est l'état de ton café ?
- Parce que c'est le cas. Il était vraiment immonde.
- Tu aurais pu me prévenir.
- Tu ne bois pas de café, je te rappelle. À cause de l'accoutumance, tout ça. Franchement, le jour où un gars te serre dans la rue, le regard hagard et la main tremblante, pour te raqueter une dosette de kawa, tu me téléphones.
- Très drôle.
- Enfin, pourquoi diable t'aurais-je prévenu ? Tu es là non ? Tu as plus d'informateurs dans cette fichue ville que la reine d'Angleterre n'a de chapeaux. Si tu n'as pas reçu au moins cinq coups de fils, je veux bien me couper la main.
Puis désignant les corps :
- Je suppose que tu les connais ?
- Juste un mauvais pressentiment. Je peux les examiner ?
- A ta guise.
L'asiatique s'approcha du premier corps et souleva la bâche qui le recouvrait. Son visage pâlit et ses poings se crispèrent :
- Non ! Non ! Et merde !
- Phang ? Quelque chose ne va pas ?
Mais Phang ne répondit pas, il allait nerveusement d'un cadavre à l'autre. Enfin il se tourna vers Charlier :
- C'est tout les corps que vous avez trouvé ?
- Oui. Tu cherchais quelqu'un ?
- Un jeune homme, tout juste vingt ans, les cheveux coupés ras, une chaîne en argent autour du cou. Il devrait être là !
- Tu peux les identifier ?
- Une petite bande de troisième zone qui fait dans la drogue. Celui qui est à ma gauche, c'est le chef, Ben Kafi.
- Règlement de compte ?
- Abattage pur et simple. Ils avaient rendez-vous avec Nomine. Ce salopard a les dents longues et veut étendre son territoire : il a fait de Ben Kafi un exemple.
- Sale temps pour les trafiquants. Au moins cette affaire est réglée et je vais pouvoir prendre un petit déjeuner décent.
Alors que Charlier sortait du hangar, Phang s'accroupit. Le dernier SMS qu'il avait reçu d'Ismaël disait « RDV ce soir avec Nomine. Ouassim veut rien savoir. Te tiens au courant. »
Cela allait faire deux ans qu'ils s'étaient rencontrés.
Même si Phang s'intéressait à lui presque un an avant. Il l'avait fait suivre, avait noté son emploi du temps et fouillé son dossier médical. L'asiatique en savait plus sur Ismaël que son propre frère.
Après tout, ne devait-il pas mettre toutes les chances de son côté pour apprivoiser le Rat ?
oOoOo
L'entrainement du club de ping pong avait duré plus longtemps que prévu et Ismaël avait raté son tram. Ne voulant pas être en retard au cours de soutien qu'il donnait comme tous les mercredi soir, il avait décidé, pour prendre le métro, de couper par une partie de son quartier qu'il évitait généralement.
C'est en passant devant un bar à l'aspect lugubre qu'il s'était fait embarqué au cours d'une descente de flics.
Phang, alerté par un indic que le cadet Ben Kafi avait été coffré par erreur, se rendit à la brigade des mœurs. Il ne se montra pas, observant la scène depuis le couloir : le lycéen était assis devant deux hommes. Le plus vieux, en lequel il reconnut le commissaire Dumain, fulminait :
- Comment ça son casier est vierge ? Il y a écrit coupable sur son front !
- Regardez vous-même.
- Mais on l'a ramassé dans ce bar à putes !
- Devant. Il est clean. On a téléphoné à « Aide et soutien », il bosse effectivement pour eux depuis presque un an. Il a trois contrats : laveur de carreaux chez une vieille dame dont il sort le chien quand elle est absente, aide aux devoirs pour un collégien et repassage chez un couple de médecins. Ils n'ont rien à lui reprocher car il est ponctuel et sérieux. Pareil à son lycée : bulletin excellent, pas de problème comportemental. J'ai poussé le vice jusqu'à faire une recherche sur la boutique de kebab où il travaille le samedi : le proprio est en règle et même les services sanitaires sont OK.
- Ooooh. Un citoyen modèle.
- Vous croyez quoi ? Que ça me plaît de vivre dans le quartier pourri où on nous a parqué ? J'en sortirai, que cela vous plaise ou non.
- Saloperie d'arabe. Fout le camp d'ici.
Devant l'entrée du bâtiment, Phang l'avait interpellé.
- Hey ! Attends !
- Tu me veux quoi ?
- Parler.
- Pas le temps.
- Je connais ton emploi du temps, le Rat, je sais qu'il est chargé, mais tu vas bien trouver une demi-heure pour moi.
Ismaël s'arrêta et se retourna pour regarder celui qui l'avait appelé par son surnom. Scruter serait un mot plus juste.
- Une demi-heure ? Je dois passer un coup de fil.
L'asiatique hocha la tête et Ben Kafi s'excusa platement auprès de madame Flandre pour le retard qu'il aurait. Celle-ci se mit à rire en disant que Rémi n'était pas particulièrement pressé de travailler de toute façon et qu'elle allait lui préparer quelques petits en-cas à emporter.
Ils finirent assis sur le banc d'un parc public. Au loin un clocher sonna dix-neuf heures et le soleil n'allait pas tarder à se coucher.
- Je ne te connais ni des lèvres, ni des dents... d'où t'as appris mon surnom ?
- Joue pas à l'imbécile illettré avec moi. Je pourrais te sortir la liste de bouquins que tu empruntes à la bibliothèque et que tu planques chez les Flandre pour que Ouassim ne les trouve pas.
- Hmf.
- C'est vrai que je ne me suis pas présenté : commissaire Phang Huan. Des stups.
- Huan ? Oh. C'est toi le fils de chien qu'a fichu Lavardier en tôle ?
- Fils de chien ?
- Hey ! Je répète ce que j'entends.
- Ils n'ont aucune imagination.
- Alors c'est toi ?
- Ouaip. Lavardier avait les mains dans la coke jusqu'aux coudes. Aucun sens de l'honneur. Il faisait honte à la profession.
- Et tu as pris sa place par grandeur d'âme, je parie. Jolie promotion.
Ils furent interrompus par un petit groupe de lycéennes qui leur demandèrent s'ils avaient des cigarettes.
- Désolé princesses, pas de clopes. » Répondit Ismaël avant d'ajouter avec un sourire canaille « … mais on a du feu. »
Phang toussota pour cacher le fou rire qui le prenait. Ouassim avait mit trop souvent son petit frère devant Scarface, il n'y avait aucun doute : il en avait hérité la technique de drague. L'asiatique adressa lui aussi un sourire au groupe en caressant négligemment les doigts d'Ismaël :
- Navré mesdemoiselles mais pour l'instant il est à moi et je ne partage pas. Et si vous pouviez aller enfumer l'autre bout du parc, on vous en serait reconnaissant.
Elles repartirent en gloussant. L'algérien retira vivement sa main.
- Hey, touche-moi pas !
- Tu sais joli-cœur, vu ton minois, elles seraient restées là un bon moment. Et tu n'as plus que dix-sept minutes à m'accorder.
- Hmf.
Devant les pommettes rouges de son cadet, le commissaire sentit le fou rire le reprendre. Il réussit néanmoins à conserver son sérieux et lui proposa un marché : il laissait un peu de bride à la bande de son frère si Ismaël lui servait d'informateur. Sans mettre Ouassim au courant.
Ben Kafi avait accepté.
oOoOo
Dans le hangar, Phang sentait l'odeur du gamin : il avait été présent cette nuit. Il se releva et se concentra. Le café de Charlier, le parfum d'une des ambulancières... toutes ces odeurs lui brouillaient la plus importante. Il se dirigea néanmoins vers l'entrée et remarqua, derrière un container, un repas à moitié digéré.
La piste était la bonne. Il la suivit jusqu'aux boîtes aux lettres défoncées. Jusque devant l'appartement du Doc, renvoyé « chez lui » en charter trois jours auparavant.
Là, une autre odeur lui sauta à la gorge et lui donna la chair de poule.
Le Rat était vivant, oui.
Mais pour combien de temps ?
A suivre...