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Auteur : sofi
Rating : rien de particulier, peut être le langage légèrement vulgaire
Disclaimer : A moi même si je n'aime pas les vampires. Pas du tout. Les garous ont vraiment plus de classe ... alors ne vous étonnez pas de voir quelques clichés malmenés ^^
Et encore une fois un ENORME « merci » à Itoe sans qui cette histoire serait sacrément moins bien !
Chapitre 2
Ismaël se réveilla avec un mal de crâne qui lui donna envie de se recoucher. Il s'était habitué à son nouveau lit, à son nouvel environnement, après tout, cela faisait huit semaines qu'Iseult l'hébergeait.
Mais il n'arrivait pas à s'habituer à ça.
L'adolescente l'avait bien prévenu qu'il serait dans un état second les premiers temps. Quand il lui avait demandé si les migraines faisaient elles aussi partie des effets secondaires, elle s'était contenté de rire en lui indiquant l'adresse de la pharmacie la plus proche.
En grognant, Ismaël chercha le tube d'aspirine dans la table de nuit et avala deux cachets. Lorsqu'il put s'asseoir sans avoir la nausée, le Rat se leva et ouvrit les volets.
Le soleil du mois de juin éclaira la chambre simple mais accueillante que son hôte lui avait fournie.
Après une douche rapide et un petit déjeuner copieux, il sortit.
Cet après-midi il irait dans une friperie qu'il avait repérée la veille. Il avait besoin de vêtements : quand il avait voulu récupérer quelques affaires chez lui, il avait trouvé l'appartement sous scellés, gardé par deux policiers.
Mais là il se rendait au marché : les placards étaient vides et un producteur devait lui réserver un bon cageot de fraises. N'ayant rien à faire de ses journées, le jeune homme laissait libre court à son péché mignon : la cuisine.
Après avoir trouvé un boucher qui ne lui faisait pas les gros yeux parce qu'il demandait un morceau de porc, un arrêt très long à un stand fromager car il n'arrivait pas à se décider et plusieurs sourires aux habitués qui commençaient à le connaître, ses paniers furent remplis et il prit le chemin du retour.
Le jeune algérien finissait la vaisselle alors que le soleil se couchait. Il entendit une porte s'ouvrir. Quelques minutes plus tard, Iseult entrait dans la cuisine.
- Bonsoir !
- Bien dormi ?
Après tout c'était une formule comme une autre. La rouquine hocha la tête en souriant.
- Pour une fois oui. Et toi, bonne journée ?
- Pas trop mal. Regarde ce que j'ai trouvé !
Il lui tendit un programme de cinéma où un horaire avait été entouré. Iseult écarquilla les yeux et sauta de joie en tapant des mains.
- C'est vrai ? On y va ce soir ?
Sans attendre la réponse, elle était partie comme une fusée dans sa chambre pour se changer.
A peine dix minutes plus tard, elle finissait de lasser ses chaussures sous le regard amusé d'Ismaël :
- T'es rapide, pour une fille !
- Tu as déjà essayé de te maquiller sans miroir, toi ?
- Comme si tu avais besoin de maquillage...
- Vil flatteur.
Et tout en badinant, ils arrivèrent au cinéma. Le film, une romance adaptée d'une série de livres pour adolescents, avait beaucoup de succès. Même pour la séance de vingt-trois heures.
Alors qu'Iseult attendait les billets, Ismaël était parti chercher du pop-corn. Lorsqu'il revint ce fut pour entendre la guichetière donner des conseils à l'adolescente :
- Je serais ta mère, ma jolie, je t'interdirais de fréquenter un vaurien pareil. Avant même que tu le réalise tu seras bâchée et rouée de coups. Les types comme lui, il faudrait...
- Nous avons payé : nous attendons nos billets.
Le jeune homme s'était avancé et avait parlé d'une voix froide, alors même qu'il avait envie de hurler qu'il était né dans une maternité à cent bornes d'ici et que sa mère n'avait jamais porté le voile. Les tickets enfin en leur possession, Iseult glissa sa main dans celle de son compagnon et ils s'éloignèrent. Ils n'allaient pas se laisser gâcher la soirée pour si peu.
Le couple ne vit pas, non loin derrière lui, un petit groupe de jeunes adultes quitter la file.
- C'est les femmes comme elle qu'il faudrait enfermer oui !
- Barbara, calme-toi.
- Me calmer ? Elle nous aurait dit quoi à nous ? Qu'on pratique le vaudou ?
- Elle aurait pas tord...
- Je te remercie de ton soutien Daniel. Ces Blancs...
- Arrêtez vos enfantillages ! On est tous d'accord : c'était bien Iseult. Si elle a trouvé un nouveau Calice, Dieter va rappliquer. Faut qu'on prévienne la Veilleuse.
oOoOo
Deux jours plus tard, alors qu' Ismaël se rendait au marché, une voiture ralentit à sa hauteur et la portière s'ouvrit :
- Tu montes, chéri ?
En pestant, le Rat prit place et la voiture démarra.
- Tu devrais arrêter de draguer dans une Lada. Tu n'auras jamais de succès.
- Ce n'est pas parce que cette voiture a ton âge que tu dois te sentir obligé de faire des commentaires. Et puis, tu es là, toi, non ?
Phang souriait : faire démarrer Ben Kafi au quart de tour et le voir virer rouge coquelicot était son jeu favori. Le passager se maudissait intérieurement : ça lui apprendrait à vouloir faire de l'esprit avec ce foutu viet.
Ce n'était pas tant le fait que Huan l'appelle par des petits mots doux qui le dérangeait. Depuis deux ans qu'il le connaissait, il s'était rendu compte que le commissaire faisait du charme à tout être vertébré qui pouvait marcher sur ses membres postérieurs.
Non ce qui le dérangeait, c'est que lui se sentait « spécial » quand Phang lui souriait ou le taquinait. Et il détestait cette sensation.
Nardim ! Il était un homme maintenant (majeur, toutes ses dents, tatoué... un vrai quoi) pas une gamine de 13 ans qui glousse à son premier béguin.
Au bout de longues minutes pendant lesquelles il n'avait rien osé dire, fixant les bâtiments qui défilaient, Ismaël demanda néanmoins :
- On ne va pas à notre Q.G. ?
Le jardin public où Phang avait trainé le jeune dealer lors de leur première rencontre était devenu leur lieu de rendez-vous habituel.
Pas rendez-vous corrigea mentalement le cadet.
Là où ils s'échangeaient les informations.
Voilà.
Même si, les beaux jours, ils finissaient toujours allongés dans l'herbe, regardant passer les nuages en parlant de tout et de rien.
- Non. On arrive, d'ailleurs.
Le commissaire fit entrer la voiture dans un garage puis ils montèrent quelques étages. Phang ouvrit la porte d'un petit appartement aux murs beiges et nus, dont l'ameublement se résumait au minimum.
- Une de tes planques ?
- C'est chez moi. Tu veux du thé ?
- Euh... oui ?
- Cela fait exactement 59 jours que je te cherche. On va devoir parler.
- J'ai voulu t'appeler mec, mais mon portable était à plat et des keufs gardaient notre appart...
- Les cabines téléphoniques c'est fait pour les chiens ?
- …
Phang disposa les tasses sur la table pendant que l'eau chauffait dans la bouilloire.
- Je me suis fait un sang d'encre Ismaël. Je ne sais pas si je dois te hurler dessus ou te serrer dans mes bras tellement je suis soulagé de te voir vivant. Une cuillerée de miel, c'est ça ?
- Ouais. Écoute, ce qu'il m'arrive c'est... Nardim tu me croiras jamais. Même moi j'y croirais pas.
- Tu connais ma devise ?
- « Anéanti peut-être, mais pas vaincu ! » ?
- Crétin.
- Hey ! C'est la mienne en tout cas !
- Pourquoi ça ne m'étonne pas. Tiens, voilà pour toi, attention c'est brûlant.
- Hum... quelque chose de plus spirituel alors... « Sois le changement que tu veux voir en ce monde » ?
L'asiatique lui sourit avant de réciter :
- « Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait ».
- Oh. Marc Twain. Mais cela ne... OK-OK...
Ismaël raconta Nomine, la fusillade, l'attente et la fuite. Jusque là tout était sensé. Sorti d'une mauvaise série B, mais sensé. Après ça foirait complètement. Mais il raconta quand même, les yeux rivés sur sa tasse désormais tiède.
- Elle m'a proposé le gîte et le couvert contre un repas par semaine. J'étais paniqué Phang ! Et pitié ne me sort pas de jeu de mots, je suis pas d'humeur. Puis elle a fait ce truc de ouf : elle a retiré la balle sans même me toucher l'épaule et les tissus se sont refermés comme ça ! » Il claqua des doigts d'un air visiblement las. « Je nageais en plein cauchemar, en priant pour me réveiller sur le canapé avec une pizza froide à moitié entamée et l'intégrale de la saison 3 de Buffy à la télé.
- En attendant c'est ton thé qui va être froid.
- NARDIM !
Frappant la table de ses paumes, Ismaël avait crié. Prenant conscience de son éclat de voix, il se força à respirer calmement.
- Tu es le premier et tu seras le dernier à qui je raconterai cette putain d'histoire, tu pourrais au moins...
- Je pourrais quoi ? Te dire que tu n'es pas fou à lier ? Que je te crois ?
- Entre autres... » Marmonna le plus jeune.
- Je vais surtout te dire que tu t'es fichu dans un sacré pétrin.
- Qu... quoi ?
- Iseult Rocheterre est l'Infante de Dieter. Et Dieter est très... strict sur la nourriture de sa fille.
- Hey ! STOP ! Temps mort ! Comment tu… ? Depuis quand... ?!
- Rocheterre est une vieille connaissance. Nous la tolérons parce que c'est une des rares à être restée si humaine malgré son « éveil ».
- Tu...
- Ma famille, enfin une partie de ma famille, chasse les vampires depuis des générations. Nous traquons tout ce qui est une insulte à Gaïa. A la Terre. Au Vivant si tu préfères. Donc oui je te crois et non tu ne mérites pas de camisole.
- J'ai la désagréable impression que la seule partie de mon monde qui restait à peu près stable vient de s'écrouler. Pourquoi tu m'as jamais rien dit ?
- D'après toi ?
- Je ne t'aurais pas cru. Et j'avais assez de problèmes avec les embrouilles de mon frère.
- Tu sais que je me demande encore comment tu as fais pour avoir ton bac et ta première année d'histoire entre tes petits boulots, Ouassim et moi.
- Le secret ? Une vie sentimentale proche du zéro absolu.
- Et Dieu sait que je t'ai courtisé pourtant...
- Oh, va te faire foutre, Phang ! N'empêche que là j'ai foiré : tellement peur que les keufs me tombent dessus que je ne me suis pas présenté aux examens.
- Je contacterai le directeur pour une session de rattrapage. Après tout tu es le seul témoin pouvant inculper Nomine. Et si il apprend qu'il y a eu un survivant... En fait c'est une bonne chose que tu aies rencontré Rocheterre, on n'a pas à te mettre en tôle pour te planquer.
Huan l'avait ensuite raccompagné jusqu'aux halles. Avant qu'Ismaël ne descende de la voiture, il l'avait retenu par le poignet :
- Tu connais mon numéro, mon mail. Tu sais où j'habite. N'hésite pas d'accord ?
- Un message toutes les quarante-huit heures, ça ira ?
- Ça ira oui. Allez, bonne journée mon ange !
Le cadet Ben Kafi se retrouva sur le trottoir les joues pivoine.
Le commissaire rentra chez lui, ouvrit en grand toutes les fenêtres malgré le soleil qui tapait et alluma un bâton d'encens dans le petit salon. Il se laissa ensuite tomber sur une chaise.
Par Gaïa qu'il détestait la nouvelle odeur d'Ismaël !
Et franchement, survivre à Nomine pour se jeter dans la gueule de Dieter... Paraphrasant un de ses « collègues » il soupira :
- Je suis trop vieux pour ces conneries...
Il attendit encore dix minutes avant de fermer les volets et de repartir. Un nouveau charnier avait été découvert aux aurores, dans une ruelle. Cinq SDF avaient été massacrés et sur un des murs on avait tagué : « In Nomine Tuo ».
En Ton Nom.
Ismaël donnait un dernier coup de balai – la confiture de melon l'avait occupé tout l'après midi – quand Iseult entra dans la cuisine.
- Bien dormi ?
- Mauvais rêves...
- Encore ?
- Hum hum.
La jeune fille huma l'air en se léchant les lèvres. Quelque chose la dérangeait. Bien sûr les odeurs de nourriture l'avaient surprise les premiers temps. Mais là c'était quelque chose de désagréable.
Trop occupé à trouver une bonne façon de formuler sa question, Ben Kafi n'y fit pas attention. Au bout de plusieurs minutes, il toussota :
- Hum... et euh... qui est Dieter précisément ?
Les yeux de la rouquine devinrent des fentes. Ismaël continua en balbutiant :
- Un… ami m'a mis en garde contre lui.
- Un ami ?
- Quelque chose comme ça.
- Tu as des amis étonnants.
- Ouais ! Ce matin j'ai failli m'étouffer quand il m'a parlé de toi !
La vampire s'approcha du jeune homme et inspira doucement. Elle mit enfin le doigt sur ce qui l'importunait depuis qu'elle était entrée dans cette pièce : l'odeur du clan du pelage brulé !
- Suis moi.
Voyant Iseult prendre la direction de sa chambre, Ismaël haussa un sourcil. Si il avait carte blanche pour faire ce qu'il voulait dans l'appartement, la jeune fille lui avait demandé de ne pas franchir cette limite. Il s'était demandé si derrière la porte, tel un Barbe-bleu moderne, elle ne cachait pas des corps humains démembrés, avant de se dire qu'une jeune fille n'aimait peut-être simplement pas qu'un garçon entre dans son intimité.
La porte ne s'ouvrit pas sur une chambre. Des livres couvraient les bibliothèques qui montaient jusqu'au plafond. Certains ouvrages n'étaient même pas reliés : ce n'étaient que des rouleaux de parchemins retenus ensemble par un ruban.
Un bureau en acajou, une méridienne et deux poufs en velours cramoisi complétaient l'ameublement. Une petite porte donnait sur une pièce sombre dans laquelle on devinait une très grande caisse.
Ben Kafi, qui ressemblait à un chat devant un pot de crème, aurait passé des heures à lire mais la rouquine lui désigna un siège avant de s'asseoir elle aussi. Elle soupira en se passant nerveusement la main dans ses longues boucles :
- Par où commencer ? Dieter est… quelqu'un d'insondable. Il ne m'a pas particulièrement parlé de lui. Je sais qu'il a participé à la première croisade peu avant d'être éveillé.
- La première croisade ? Celle de 1096 ? Il est si vieux que ça ?
Ismaël n'en revenait pas. Il avait à peu près assimilé que la puissance d'un vampire était proportionnelle à son âge. Si Phang avait raison, il était réellement dans un beau pétrin.
La jeune fille continua :
- D'après mes recherches, suite à son éveil, il est entré dans une frénésie meurtrière. Pour faire un résumé facile, on peut dire que de serviteur de Dieu, il est devenu serviteur du Diable. Au fil des années, il s'est entouré d'hommes d'armes, vampires comme lui. Ils ont fondé une petite compagnie de mercenaires célèbre pour son efficacité. Et sa sauvagerie. Les siècles ont passé, la compagnie a beaucoup voyagé. En 1644, Dieter est parti avec ses hommes sous les ordres du vicomte de Turenne. C'est là qu'il a rencontré mon père.
- Je sens que ça va être long... je peux aller préparer du thé ?
Iseult se mit à rire :
- Bien sûr. Et apporte des petits gâteaux aussi !
Dieu qu'elle aimait son Calice : plein d'humour, naïf, tendre et très, très intelligent. Ces huit semaines en sa compagnie étaient passées tellement vite ! Ils avaient passé des nuits à refaire le monde, à discuter du passé, de la grande et de la petite histoire, d'art... et même de recettes de cuisine.
Fallait-il vraiment que Dieter vienne encore tout détruire ?
A suivre...