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Fiction » Fantasy » La légende de Lucifer font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Luciel
Fiction Rated: T - French - Fantasy/Romance - Reviews: 5 - Published: 07-10-09 - Updated: 07-27-09 - id:2695389

Titre de la fiction : La légende de Lucifer.

Petit mot de l'auteur : les vieux de la vieille de fictionpress auront peut-être déjà eu l'occasion de croiser cette fiction : c'est normal, je suis entrain de la réécrire, et du coup de la republier. Le fond n'a pas changé, mais la forme si, et pas qu'un peu ! En espérant que ça vous plaises.

Chapitre premier : Un matin comme les autres, ou presque.

Six heures quarante du matin, une longue journée allait commencer. Comme à son habitude, il avait veillé tard, trop tard. Tous les soirs, il se disait qu’il fallait qu’il se couche tôt, qu’il récupère, et tous les soirs, il trouvait autre chose à faire jusque tard dans la nuit. Et le matin venu, systématiquement, son père devait s’y reprendre à plusieurs fois avant d’espérer pouvoir le faire se lever. Alors qu’il était sur le point de se rendormir, sa petite télé portable s’alluma et laissa s’échapper un vacarme assourdissant. Après avoir essayé sans succès de l’éteindre en lançant dessus tout ce qui lui passait sous la main, il finit par se lever pour mettre fin à ce supplice auditif.

Rien ne vaut le silence… soupira-t-il intérieurement, avant de se recoucher.

- Toya ! Je m’en vais dans un quart d’heure et si tu n’es pas levé d’ici là tu iras à la gare à pieds ! hurla son père à travers la porte.

Se résignant, le jeune homme se releva tant bien que mal, puis alla allumer la lumière avant d’essayer de se frayer un chemin jusqu’à sa fenêtre. Le léger vent qui caressa son visage lorsqu’il ouvrit les volets lui fit le plus grand bien. Malgré la fraîcheur de l’automne, ce dernier était doux et particulièrement agréable. La lune était à deux jours d’être pleine et sa lueur éclairait parfaitement l’obscurité qui régnait encore. La chambre de Toya avait deux fenêtres, l’une donnant sur la forêt et l’autre sur la cour de sa maison. Par habitude, il avait ouvert celle qui donnait sur sa cour, pour dire bonjour à Kitsune. Le miaulement de la petite chatte de six mois se fit entendre. Elle pointa le bout de son museau de sous la voiture avant de grimper sur le puits.

Et dire qu’elle va pouvoir aller dormir toute la journée, pensa-t-il alors que son père criait son nom une énième fois.

- J’arrive, j’arrive ! s’empressa-t-il de répondre.

Descendant rapidement les escaliers escarpés, il manqua de justesse de se cogner la tête contre l’embrasure de la porte qui se trouvait en pouvoir espérer passer cette porte en étant debout, il ne fallait pas faire plus d’un mètre soixante-dix. Plus grand, c’était la bosse assurée si on ne faisait pas attention.

- Un jour je vais me tuer avec cette porte !

- Et ce ne sera pas volé ! C’est pas possible, c’est de plus en plus dur pour arriver à te faire te lever le matin !

- Désolé d’être à l’université, faut bien que je travaille le soir.

Le vieux mensonge…

Depuis qu’il avait intégré son université d’informatique, trois mois auparavant, il n’avait pas révisé une seule fois. Il était vrai que pour quelqu’un qui gérait un site Internet depuis deux ans, une université Informatique n’était pas un gros challenge.

- Toya, réveille-toi, je ne suis pas un de tes profs, je suis ton père, ce n’est pas la peine d’essayer de me faire croire que tu travailles.

- Je vais prendre ma douche, dit-il feignant de ne pas avoir entendu. Tu ouvres à la chatte ?

Fermant la porte de la salle de bain derrière lui, il commença à se déshabiller avant d’apercevoir son reflet dans le grand miroir. Se redressant un peu, il contempla les dégâts qu’avait engendrés l’énorme manque de sommeil sous lequel il croulait : de profonds cernes sous ses yeux verts, les épaules voûtées et le teint encore plus pâle que d’habitude. Du haut de son mètre quatre-vingt dix et de ses quatre-vingt-cinq kilos, on lui disait souvent qu’il était impressionnant. Depuis quelques temps il avait aussi appris que ses amis le trouvaient triste ou parfois froid. En tout cas, ils étaient d’accord pour dire qu’il ne souriait pas très souvent. Grand et bien bâti, il avait les cheveux noirs qui lui tombaient sur les yeux. Il était normal que la plupart des gens le trouvait difficile d’approche, mais ce n’était qu’apparence. Même si Toya était une personne nerveuse, il se considérait comme quelqu’un de gentil et sociable. Plus ou moins. Finissant de se déshabiller, il rentra dans la douche et fit couler l’eau chaude. Cet instant privilégié du matin était l’un des moments de la journée qu’il préférait, et il pouvait y rester une bonne heure quand il avait le temps. Mais ce matin là, dix minutes suffiraient. Son père n’allait pas l’attendre ad vitam et s’il ne se gardait pas cinq minutes pour manger, il serait de mauvaise humeur jusqu’à midi. Après s’être séché et habillé, il se rendit dans la cuisine prendre son petit déjeuner, un énorme bol de céréales. Pour un étudiant japonais de dix neuf ans, la maison où il vivait ainsi que son petit déjeuner étaient assez originaux. C’était dû au simple fait qu’il n’habitait au Japon que depuis cinq ans et que ses habitudes de français étaient restées. Ses origines étaient assez évidentes et il détonnait par rapport aux jeunes de son âge, il s’habillait et se comportait différemment, peu touché par la pression sociale qui régnait au Japon.

- On y va Toya, tu vas rater ton train et je n’ai pas envie de t’amener jusqu’à ton université !

En arrivant au Japon, il avait changé de prénom, passant de Thomas à Toya, par préférence et pour mieux s’intégrer, Thomas ne sonnant pas très bien en Japonais. Se levant, il enfila sa veste en cuir avant de s’engager vers la porte.

- Tu vas en cours avec ça ?

- Ca dépend, tu comptais m’amener à Shinjuku ? (voir note en bas de page)

- Par-dessus un pantalon noir et une chemise grise ? répondit-son père en ignorant le sarcasme. Tu ne penses pas qu’un peu de couleur te rendrait, je ne sais pas, disons plus abordable ?

Empruntant une des fleurs du bouquet de sa mère, Toya la glissa dans ses cheveux avant de demander à son père si cela faisait plus joyeux. Laissant s’échapper un long soupir, ce dernier attrapa les clefs de la voiture et passa la porte en secouant la tête.

Si j’ai un jour un fils comme moi, je pense que je le fais adopter.

* * * * * * * *

Après dix minutes de voiture et trois-quarts d’heures de train, Toya arriva enfin à Todai, son université. Tokyo Daigaku, abrégé Todai, était l’université la plus réputée du Japon. C’était un gigantesque complexe où se regroupaient de nombreuses sections, allant de l’histoire au droit en passant par l’informatique. Si on rajoutait à cela toutes les activités sportives et autres distractions que l’on pouvait y trouver, Todai était l’endroit rêvé pour étudier. Alors qu’il allait se rendre à sa première heure, un cours d’application logicielle et de génie informatique, il aperçut les longs cheveux noirs de Chidori, sa meilleure amie. Tandis qu’elle se retournait, Toya s’aperçut que quelque chose était différent, sans trop pouvoir dire quoi.

- Mais c’est que tu serais presque à l’heure Toya ! Tu es malade ? ironisa son amie avec son habituel air espiègle.

- Faut croire que je dois avoir de la fièvre pour venir t’entendre brailler de bon matin.

- Comme il est mignon ! dit-elle avant de se reculer un peu et de le regarder comme si elle attendait quelque chose.

Voyons voir, qu’est-ce qui a changé ? Ses cheveux ont toujours leurs reflets bleutés et sont toujours aussi longs.

Ils devaient lui arriver jusqu’au milieu du dos et, d’après ses dires, elle comptait les laisser pousser jusqu’à ses fesses.

Pas de lentilles de contact colorées, ses yeux sont bien bleus. Je l’ai déjà vu avec ces vêtements là aussi… ah, elle s’est maquillée.

Mais alors qu’il s’apprêtait à donner sa réponse, il remarqua que Chidori semblait avoir un peu perdu patience. Forcément, cela faisait bien une minute qu’il la regardait de haut en bas sans arriver à trouver.

- Tu es encore plus craquante que d’habitude, le maquillage te va à ravir.

Le petit sourire qui avait accompagné sa phrase n’avait rien de forcé, elle était vraiment belle. S’empourprant un peu, elle le prit par le bras et l’entraîna vers le bâtiment principal où se trouvait l’amphithéâtre dans lequel ils devaient avoir cours.

- Toujours aussi pressée, soupira-t-il alors qu’elle le tirait vers l’avant.

- Pourquoi perdre du temps ? La vie est courte, arrête d’aller au ralenti !

Je ne vais pas au ralenti, je vais juste à mon rythme.

Plus il la regardait et plus il comprenait pourquoi il l’appréciait tant : elle représentait tout ce qu’il n’était pas. Vive, enthousiaste, énergique, radieuse et positive. Ils étaient complémentaires. Elle était la seule à pouvoir le motiver et il était le seul à pouvoir la calmer. Chidori avait été la première personne à se lier d’amitié avec lui lorsqu’il était arrivé au Japon, cinq ans auparavant. Quand il l’avait rencontrée, il avait tout de suite été attiré par sa constante bonne humeur et sa beauté. Eurasienne, d’un père italien et d’une mère japonaise, elle avait les traits finement dessinés, de belles formes et de beaux yeux clairs. Ses longs cheveux noirs étaient fins et s’accordaient parfaitement à sa silhouette gracieuse bien qu’énergique. Mais il ne devait plus être très objectif après avoir passé cinq ans à ses cotés à se demander quelle était vraiment leur relation.

Une Amie ? Une Sœur ? Plus ?

Il n’avait jamais eu le courage de répondre à cette question. Il n’était pas sûr de l’aimer avec la passion d’un amant et ne voulait en aucun cas gâcher leur amitié. Il savait qu’elle se posait le même genre de questions, et il lui semblait qu’elle n’avait pas plus de réponses, et encore moins l’envie de gâcher leur amitié. Un an et demi auparavant, quand ils avaient eu à choisir leur fac, ils s’étaient retrouvés devant leur première séparation : il allait en informatique tandis qu’elle avait choisit la physique. Mais juste avant la fermeture des inscriptions, Chidori avait finalement opté pour l’informatique elle aussi. S’il était vrai qu’elle avait un peu hésité entre les deux matières, ils savaient tous les deux qu’elle avait choisi cette voie pour être avec lui. Mais ce que personne ne savait, c’est qu’il avait failli choisir physique avant la clôture des inscriptions pour pouvoir être avec elle.

Après l’avoir entraîné tout en haut de l’amphithéâtre en le tirant par le bras - une des choses qui l’étonneraient toujours était de voir à quel point elle était populaire : la plupart des étudiants se retournaient et envoyaient à Toya un regard soit jaloux, soit méchant - Chidori commença comme d’habitude à lui raconter son week-end et ce qu’elle voulait qu’ils fassent pendant la journée, ainsi que les petites anecdotes qu’elle avait vues à la télé ou dehors. Ils discutaient de tout et de rien, mais Toya pouvait rester comme ça pendant des heures, c’était bien mieux que d’écouter les cours barbants auxquels il assistait toute la journée. En fait, Chidori et ses recherches étaient les deux choses qu’il affectionnait le plus dans sa vie.

Chidori et mes recherches. Si elle m’entendait dire ça, je me demande quelle serait sa réaction ? Enervement de la comparer à mes recherches, ou contentement d’être une de mes préférences dans la vie ?

Cette pensée le fit sourire intérieurement.

- Au fait Toya, ça avance ?

Revenant à la réalité, il lui demanda de quoi elle parlait.

- De tes recherches, banane. Ce n’est pas comme si tu t’intéressais à grand choses d’autres en même temps.

- Tu te trompes, tu m’intéresses toi.

Encore une fois il n’avait pas pu lui dire dans les yeux, il s’était détourné. Ils se le disaient de temps à autre, mais c’était toujours ambigu, et jamais aucun des deux n’avait le courage d’aller plus loin.

- Tu sais pourquoi je me suis maquillée aujourd’hui ? murmura-t-elle après un moment.

La manière dont elle avait prononcé ces mots n’avait pas échappé à Toya. Elle tremblait, et sa voix manquait d’assurance. Se retournant doucement, il vit une Chidori comme il était rare de la voir : nerveuse et hésitante.

- Je voudrais clarifier les choses entre nous, que nous aboutissions à quelque chose, tu sais, enfin…

Il n’arrivait pas à y croire. Après tant de temps à rester entre deux eaux, il allait falloir qu’ils avancent. C’était un moment qu’il avait toujours craint, et espéré.

- Ce ne serait pas plus mal, mais, si les choses changent, j’ai peur que…

- Moi aussi ! s’exclama-t-elle sans le laisser terminer sa phrase. Mais cette situation ne nous mènera à rien si on ne bouge pas, il faut aller de l’avant, la vie est courte je te l’ai déjà dit !

Chidori semblait avoir repris confiance en elle, sa voix ne tremblait plus et ses mains qui avaient attrapé Toya à l’épaule étaient fermement agrippées. Il ne savait pas quoi répondre, il était partagé entre son désir de la chérir et sa peur de la perdre, sa peur du changement. Le visage de Chidori était à moins de dix centimètres du sien, et ses yeux oppressants attendaient une réponse. Elle le rendait fou, il n’arrivait plus à résister. Rapprochant son visage du sien, il posa ses lèvres contre les siennes, son désir ayant vaincu sa raison. Leurs lèvres l’une contre l’autre, s’entrouvrant légèrement et leurs langues se frôlant délicatement, ils échangèrent un baiser passionné, doux et fougueux à la fois. A ce moment là, tout avait disparu, plus rien n’existait sinon Chidori, et tous les sentiments qu’il éprouvait pour elle depuis tant d’années sans oser mettre un nom dessus. Alors que leur baiser et le moment magique qui l’accompagnait ne semblait pas finir, le professeur qui était rentré dans la salle se rapprocha d’eux.

- Si je vous dérange, je peux repartir, dit-il en toussotant.

- Ce serait bien oui, répondit Toya sans lâcher sa compagne des yeux.

- Toya ! s’exclama Chidori qui, contrairement à lui, venait de réaliser ce qui se passait.

- Je vois, ce n’est pas la peine d’insister, soupira M. Katamura. Mais sachez que je suis content de voir que vous avez fini par ouvrir les yeux l’un sur l’autre, nous en étions arrivés à faire des paris avec certains élèves vous savez.

- Pardon ? répondirent-ils en cœur, Chidori virant au rouge satisfait alors que Toya écarquillait les yeux.

- J’ai dit quelque chose ? Bon aller, on reprend le cours, retournez vous asseoir le spectacle est terminé !

Alors que leur professeur retournait vers son pupitre, ils n’arrivaient plus à penser à autre chose qu’à l’étape qu’ils venaient de franchir, une étape si importante qui leur avait toujours paru infranchissable et qui s’était révélée si simple en fin de compte.

Rien d’autre n’importe.

Rien d’autre ? Même s’il le pensait sincèrement, il n’arrivait pas à oublier ce manque qu’il avait toujours ressenti et que seule celle dont il ne pouvait plus lâcher la main avait su apaiser. Apaiser, mais pas comblé. Il ignorait pourquoi, mais ce sentiment d’être incomplet ne l’avait jamais quitté.

* * * * * * *

Quatorze heures quarante, après avoir pris un déjeuner en tête-à-tête avec Chidori, Toya se rendait à l’arrière du parc, la laissant avec ses amies qui voulaient bien évidemment lui parler, et tout savoir sur un sujet que tout le monde semblait mieux connaître que lui. Il en était un peu énervé. Bien sur, étant tout deux membres du groupe de rock le plus populaire de la région, il avait conscience que leur "couple" n’était jamais passé inaperçu. Mais il n’aurait jamais imaginé que la moitié de Todai prenait des paris sur le "quand" et le "comment" ils allaient clarifier les choses.

Ce n’est pas énervant, c’est frustrant. Savoir que tout le monde savait déjà ce qui allait se passer alors que je me suis posé la question pendant cinq ans. C’est comme si j’avais été le seul dans une salle à ne pas connaître la réponse à une question stupide et que tout le monde me regardait maintenant avec un sourire narquois.

Arrivant au fond du parc, il aperçut les blondes couettes de Yume, son amie. Elle était assise sur un banc, perdue dans ses pensées comme à son habitude. Elle ne l’avait pas vu arriver et quand il lui susurra un « Bonjour sempai » (voir note en bas de page) à l’oreille, elle sursauta. Elle avait deux ans de plus que lui et, comme lui, était d’origine française. Depuis cinq ans qu’il habitait au Japon, Toya n’avait jamais vraiment réussi à s’intégrer, et ses seuls amis proches étaient tous d’origine étrangère. Ce n’était pas faute d’avoir fait des efforts, mais la société japonaise était un cercle fermé, et si la plupart des jeunes de son âge étaient courtois voir l’adorait du fait de son groupe de musique, très peu d’entre eux s’était véritablement ouvert à lui.

- Un jour, je vais faire une crise cardiaque et m’écrouler dans tes bras, tu auras l’air fin ! s’exclama-t-elle en remettant en place une mèche tombée devant ses yeux. Je ne te demande pas comment ça va je suppose ?

- Toujours bien, tu me connais. A vrai dire, plus que d’habitude, mais j’imagine que tu es déjà au courant, tout le monde l’est, dit-il en s’asseyant.

- J’ai bien peur que non. De quoi s'agit-il ?

Il la dévisagea deux secondes, interloqué.

- Tu parais surpris ! Tu es pourtant bien placé pour savoir que je ne m'intéresse pas à tous les ragots qui circulent ici.

- Comment dire ? Avec Chidori… nous avons discuté ce matin.

Toya avait rougi à ces mots, il avait encore du mal à y croire et en parler lui paraissait étrange.

- Excuse-moi mais ça n'a rien d'exceptionnel, répondit-elle en souriant. Vous vous parlez tous les matins que je sa…

Elle s'arrêta brusquement. Toya était un inquiet, la réaction qu'elle allait avoir était importante pour lui, il voulait sa bénédiction. Le visage de son amie s'assombrit quelques instants, mais se fut finalement un magnifique sourire qu'elle lui offrit.

- Alors ça y est ! s'exclama-t-elle. Je suis très heureuse pour vous deux.

Alors qu’elle lui disait ça, Toya sentit une douleur lancinante s’installer à l’arrière de son crâne. Il avait toujours été sujet aux migraines, mais il sentait que celle là allait être particulièrement douloureuse.

- Pour être tout à fait honnête, je suis un peu inquiet, finit-il par dire. Cela fait tellement longtemps que notre relation n’a pas évolué. Et si c’était une erreur ?

- Tu te poses de faux problèmes et tu le sais. D'ailleurs, ne devrais-tu pas être avec Chidori plutôt que de venir me raconter des bêtises ?

Elle lui avait paru plus nerveuse dans la dernière phrase, presque agacée.

- Excuse-moi ! dit-elle en se levant. Je crois qu'il vaut mieux que je m'en aille, passe mes amitiés à Chidori.

Se levant d'un bond, Toya attrapa l’épaule de son amie.

- Excuse-moi, je ne devrais pas t'embêter avec ça, c'est stupide mais...

Elle ne se retourna pas, mais lui répondit d'une voix posée.

- Qu'est-ce qui est stupide ? Que tu viennes me voir pour me faire partager ta joie ? Ou peut-être suis-je stupide moi-même de rester là à t'écouter et de ne rien dire.

- Ne pas dire… quoi ?

Il avait eu du mal à prononcer ces mots. Son mal de tête était fulgurant, il n’arrivait plus à se concentrer et la réaction de son amie le prenait totalement au dépourvu. Yume avait toujours été sa stabilité, son repère quand tout allait mal. Et maintenant que ça allait mieux, c’est elle qui le déstabilisait. Elle n'osait lui faire face. L'ambiance devenait pesante.

- Ecoute, oublie ce que je viens de dire. Je suis un peu fatiguée en ce moment et... oublie.

Dès qu’il lâcha son épaule, elle s’en alla doucement. Mais il était déjà loin, perdu au milieu d’une situation qu’il n’arrivait pas à analyser. Sa tête le mettait au supplice, il avait besoin que ça s’arrête, il avait besoin de pouvoir réfléchir.

Il faut que je voie Chidori.

C’était la seule chose qu’il désirait, voir Chidori, il était sur que tout deviendrait clair quand il la verrait. Il commença alors à courir, sans se soucier de ce qui se trouvait devant lui. Chaque pas résonnait dans sa tête, il trébuchait, bousculait les gens, mais ça ne lui importait pas. Il sentait que quelque chose était sur le point d’arriver, il sentait que quelque chose n’allait vraiment pas en lui. Arrivant près de la salle d’informatique, il aperçut Chidori et ses amies. A sa vue, la jeune fille devient blême. Il ne lui laissa pas le temps de poser de question. Il la saisit par le bras et l’entraîna dans la salle avant de fermer la porte derrière lui.

- Je ne comprends pas ! Pourquoi ?! Pourquoi tout ça arrive ?!

Toya n’arrivait plus à se retenir, il n’arrivait pas à maîtriser toutes ces émotions qui affluaient et qu’il ne comprenait pas. Cette douleur, cette peine qu’il ressentait. Quelque chose en lui semblait se briser, il ne se contrôlait plus. Totalement paniquée, Chidori se voyait incapable d'articuler le moindre mot. Elle avait les larmes aux yeux. Toya était différent de d’habitude, il semblait complètement perdu, paniqué. Puis finalement.

- Qu’est-ce qui t’arrive Toya ? Tu…

Un silence.

- Tu regrettes ce qui c’est passé ce matin ? dit-elle presque en sanglot.

Si je regrette ? Non, ce n’est…

Toya était perdu. Il ne regrettait rien, il était heureux, et pourtant, il avait envie de pleurer, sans savoir pourquoi.

Que faire ? Où aller ?

Il n’arrivait plus à réfléchir, il était conscient que rien de bon ne sortirait de sa bouche s’il avait le malheur de l’ouvrir. Il n’arrivait plus à soutenir le regard de Chidori. Reculant d’un pas, il sortit de la salle en trombe, courant en direction du parc, alors que Chidori criait son nom derrière lui. Elle s'effondra sur le sol. Les deux mains sur son visage, elle pleurait à chaudes larmes.

Tout se bousculait dans la tête de Chidori, elle ne comprenait pas ce qui était en train de se passer.

Qu'est-ce qui t’arrives Toya ?

Passant la main sur son visage, elle se releva et se mit à courir à la recherche du jeune homme. Les larmes n'avaient pas cessé de couler, mais peu importait. Elle devait retrouver Toya et comprendre, comprendre pourquoi il avait fui devant elle. Se dirigeant vers le parc, elle l’aperçut arrêté près d’un arbre, se tenant la tête. Accélérant, elle le vit recommencer à courir quand elle fut à quelques pas de lui. Elle l’appela à nouveau, mais il ne ralentit pas le pas. Alors qu’il était en train de perdre l’équilibre, Chidori lui attrapa le bras, et il l’emporta avec lui dans sa chute. Mais ils n’atteignirent jamais le sol. Alors qu’ils tombaient, une chaleur et un frisson indescriptible les envahirent. Elle était attirée par lui et lui par le vide. Ils avaient basculé quelque part, comme dans un trou sans fin, et ils tournaient, encore et encore. Et puis le noir. Plus un bruit, plus une once de lumière, plus de chaleur, plus rien. Chidori pensa tout d’abord qu’elle avait perdu la raison. Et puis tout s'accéléra à nouveau, plus vite encore, et la chaleur revint, plus brûlante. Ouvrant les yeux, elle aperçut une lueur minuscule perdue au milieu de cet océan obscur, un vide profond régnant tout autour d’elle. Puis d’un coup, dans un bruit sourd, ils percutèrent violemment le sol.

Revenant brutalement à lui, Toya sentit la fraicheur d’un sol glacé sous son corps, fraicheur qui faisait le plus grand bien à son dos meurtri par la chute. Il se trouvait dans une grande pièce dont le plafond haut perché était décoré de fresques gigantesques. Paniqué, il secoua Chidori qui s’était elle aussi évanouie. A son tour, elle ouvrit les yeux en se tenant la tête, puis posa la main sur sa jambe avant de pousser un cri. Elle avait un énorme hématome sur la jambe droite, et son regard était perdu dans le vague, ne semblant pouvoir saisir un point où se poser. Lui passant la main devant le visage, Toya s’aperçut avec horreur que les pupilles de sa compagne restaient fixe.

- Je… je ne vois rien…

Prise de panique, elle se mit à hurler. Tout n'était qu'obscurité, elle ne discernait plus aucune forme. Ses yeux étaient ouverts, des larmes coulaient, mais elle ne voyait plus. Après un instant, alors qu’elle continuait de pleurer et que Toya la serrait dans ses bras sans oser bouger, Chidori commença à percevoir de la lumière.

- Je crois que je commence à recouvrer un peu la vue, dit-elle entre deux sanglots. Qu’est-ce que c’est que cette lueur ?

Se retournant, Toya posa les yeux sur un trône ou reposait un homme, les yeux fermés. Ses longs cheveux noirs étaient lisses, fins et tombaient gracieusement sur ses épaules avant de disparaître dans son dos et de voiler légèrement son torse dénudé. Il ne bougeait pas ni ne semblait respirer. Au moment où Toya allait ouvrir la bouche, une explosion ébranla le bâtiment, faisant tomber de la poussière et des gravats du plafond. Quand le calme revint, il s’aperçut que l’on pouvait entendre d’autres explosions derrière la grande porte située devant eux. Ne sachant que faire, il finit par aider Chidori à se lever et ouvrit la porte de sa main libre. Le spectacle qui s’offrit alors devant eux lui glaça le sang, et le marqua jusqu’au plus profond de son âme : des êtres difformes semblait mener bataille contre des anges, les déchiquetant les uns après les autres. Tout n’était que cendre et ruine, le feu ravageait la ville dont ils étaient au sommet, dans ce qui devait être un temple de culte que les anges défendaient avec vigueur. Mais la situation était perdue, ils étaient beaucoup moins nombreux, on aurait dit des civils défendant leurs maisons face à une armée d’envahisseurs. Alors que Chidori, qui semblait avoir partiellement retrouvé la vue, restait bouche bée par ce qu’elle voyait, Toya sentit quelque chose bruler au fond de lui, et la vue de ce massacre réveilla une colère qu’il ne put réprimer. Déposant Chidori au sol, il s’élança dans le ciel, comme porté par une force céleste, et prit part au combat.

* * * * * * *

1 Shinjuku : un des quartiers chauds de Tokyo.

2 Sempai : terme utilisé pour désigner un aîné. C’est une marque de respect.

* * * * * * *

Et voilà, premier chapitre de Lucifer republié, neuf ans après. Cela fait bizare je dois dire ! En tout cas, n'hésitez pas à me faire un retour via les review ;)



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