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Fiction » Supernatural » Au Bal des Damnés font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: BeuldesBois
Fiction Rated: T - French - Friendship/Mystery - Reviews: 1 - Published: 07-27-09 - Updated: 07-29-09 - id:2701815

Chapitre 2.
Un fou peut en cacher un autre...

Je n'ai jamais vraiment été croyante, mais là je pense que, si j'en avais eu le temps, je me serais mise à prier tout les dieux pourvu qu'ils me donnent un peu d'aide... Je ne vois définitivement plus où je met les pieds. Je sais juste que je suis toujours sur le chemin de graviers vu les crissements de mes baskets à chacuns de mes pas, et que derrière moi d'autres pas résonnent.

- Quelle merde ! hurlais-je pour me donner un peu de courage.

Mais mon cris ressemblait plus à une plainte étouffée qu'autre chose. Mon sac de voyage, en bandoulière sur l'une de mes épaules, pèse une tonne, et j'ai l'impression d'être clouée sur place alors que ma progression est déjà difficile en courant sur une allée de cailloux. Avec ça, je ne suis pas endurante pour un sous, alors imaginez donc mon calvaire.

Derrière, les pas s'arrêtent et reprennent leur course à des moments aléatoires... comme si mon poursuivant s'était mis en tête de jouer avec moi en me faisant courir pour que je me fatigue, sans vouloir me rattraper pour le moment. Mais qu'est-ce qu'il me veut à la fin ?! A quoi il joue ! Tremblante, j'essaye de me dépêtrer de mon sac polochon en tirant sur les différentes hanses qui m'enserrent le corps... mais j'ai réussi à coincer la bandoulière du plus lourd des sac sous les bretelles de mon sac à dos, tout à l'heure, près du bus, et la panique m'empêche d'y voir clair alors que j'entreprends un vrai casse-tête chinois pour me sortir de là. Le hasard s'acharne ma parole... Laissez-moi donc balancer ce bagage derrière moi et courir plus vite pour me cacher quelque part !

C'est évidement ce moment là que mon assaillant choisi pour me venir droit dessus, accélérant grandement l'allure... peut-être même un peu trop pour paraître normale, à côté de mes petites foulées essoufflées. Cette fois c'est la crise de nerf. Bien que je ne puisse pas le voir, les sons ne mentent pas, et j'éclate en sanglot, là, dans le noir, poursuivie, à ne rien y voir. Un dernier reflex veut que j'empoigne mon sac à deux mains en me retournant pour faire face à mon agresseur, et le porte à bout de bras pour me protéger le haut du corps. Je me suis arrêtée sur place, et la collision ne se fait pas attendre. VLAN ! Je me fais littéralement propulser sur le sol, me mangeant mon sac dans le visage. Mes dents ont claqué méchamment alors que mon corps absorbait le choc, et me voilà par terre, les quatre fers en l'air, plus déboussolée encore que je ne l'étais déjà.

- Mais qu'est-ce que ça veut dire ?!

Je pleur sérieusement, ne contrôlant plus les messages que mon cerveau distribue à tout va comme une machine qui débloque. Si j'ai peur ? Bien sûr que j'ai peur ! J'ai jamais vécu un truc pareille de ma vie... Ma si petite vie qui s'arrêtera peut-être bien ce soir à ce rythme là.

Mon poursuivant semble s'éloigner à petites enjambées, poussant un grognement sourd qui me fait hérisser les poils des avant-bras. Bon sang... Je commençais à me demander si ce qui me suivait était bien humain. Étrangement, je retrouve vite mes esprits, et me remet sur mes jambes pour reprendre ma course, tirant avec fureur sur les sangles dans lesquelles je suis prise. D'un revers de la manche, j'essuie les dernières larmes qui coulent sur mes joues, comme si cela avait pu me permettre d'y voir plus clair, et je sers la mâchoire, décidée à ne plus me laisser aller.

- Allez Léif, allez Léif...

Je viens d'apercevoir entre les arbres quelques points lumineux dans les ténèbres, et je me dis enfin que j'ai peut-être une chance de m'en tirer. Poussant sur mes jambes, je me rend compte seulement maintenant que je dois avoir un genou d'ouvert. Le sang, poisseux, me coule lentement le long de la patte. Ça devrait surement me faire un mal de chien, mais je ne sens aucune douleur avec toute cette adrénaline qui me parcours les veines... On va dire que c'est le petit, tout petit bon côté de la chose.

Tout en me dirigeant à travers bois vers ces lueurs qui m'hypnotisent (j'ai quitté la route pour me diriger droit sur elles), j'entends un coup de sifflet qui retenti dans la nuit. Mon cœur manque un battement. Ce sifflement si soudain me glace le sang, mais m'apprend tout de même qu'il y a quelqu'un dans les parages, et que je vais peut-être avoir de l'aide. Je m'apprête alors à rugir, faire savoir que je suis là... mais je suis bien trop à bout de souffle pour ça. En évitant un arbre de justesse, et m'entortillant les pieds dans les ronces, je valse sur moi même et me rend compte que l'ombre est toujours là à me suivre entre les plantes. Mais merde à la fin, elle ne me laissera donc pas tranquille ? Je ne suis plus qu'à quelques mètres des sources lumineuses... Je tente le tout pour le tout, et me lance dans un sprint.

__

- Hé alors gamine ?!

Me voilà étalée par terre, cachée derrière un arbuste, et un point de côté me scinde les côtes en m'empêchant de reprendre ma respiration. Affalée sur mon sac (dont je n'aurais définitivement pas réussi à me séparer) je souffle comme un bœuf alors qu'un vieillard à qui il manque manifestement plusieurs dents me dévisage.

- Quelqu'un... Dans les bois... il me suis... lui dis-je tout bas, me demandant s'il allait me comprendre.

Je viens tout juste de passer un portail métallique de grande taille, encadré par deux nouveaux lampadaires qui rappelaient ceux de l'aire de bus, et le tout en courant comme un sprinteur en championnat. En passant les portes, ma seule idée était alors de me planquer quelque part vite fait bien fait, et d'attendre que le temps passe en espérant que mon poursuivant ne franchirait pas ces deux grilles ouvertes. Elles semblaient se dresser là comme pour dire « ose un peu rentrer là dedans, et tu verras ce que tu verras ».

- Quelqu'un ?

Le vieux me fixe avec des yeux mi-clos, comme s'il essayait de savoir si je mentais ou non. Ben voyons... J'ai que ça à faire d'inventer des histoires pareilles.

- Béh non ! T'as dû tomber sur un animal sauvage petite... C'est ça d'essayer de filer en douce !

- Filer en... ? Mais j'essayais pas de me barrer, qu'est-ce que vous racontez ? Et où vous voudriez que j'aille, hein ? J'connais rien du coin !

Un animal sauvage... Y'a pas à chier, je suis sûr qu'un animal se serait plutôt barré en courant s'il m'avait vu approcher, plutôt que de me suivre comme ça sans raison. Puis, n'oublions pas qu'il avait réussi à m'envoyer au sol... Vachement costaude la faune polonaise !

- J'ai du attendre là dans le froid que tu te pointes ! continu le vieillard comme s'il ne m'écoutait pas. S'il te reprend des envies d'exil, tâche de faire ça quand je ne suis pas de service... Ou de réfréner tes pulsions, se serait mieux pour toi...

Il avait fini en baissant la voix, se tournant déjà pour aller fermer les deux grandes grilles à l'aide d'une chaine et d'un cadenas. Les deux ailes métalliques étaient hérissées de piques, et rattachées à un petit muret de pierres grises à moitié camouflé sous une végétation hétéroclite. Par terre, je retrouvait ces mêmes gravillons rougeâtres que je piétinais depuis ma descente du bus, formant une allée en vaguelette qui s'étirait sur cinq cent mètres environ, jusqu'au un château dont quelques fenêtres étaient baignées de lumière. Autour de ces graviers, des parterres de fleurs, des arbres, et certainement d'autres choses que je ne pouvais pas bien distinguer dans l'obscurité.

Me rapprochant à petit pas de mon seul compère du moment après m'être relevée, je me dressais sur la pointe des pieds pour tenter de voir si ma copine la silhouette sombre était dans le coin... Mais bien entendu, je ne voyais rien. Dans un sens, j'étais un peu rassurée. J'aurais certes aimé prouver à ce vieillard que je ne racontais pas que des bêtises, mais en me retrouvant face à l'agresseur, il était fort probable que je me remette à paniquer...

- Vous êtes gardien ici ? me risquais-je d'une petite voix enraillée.

- Jardinier, grogna l'homme. Je ne suis pas payé pour faire le baby-sitter... Toujours à moi qu'on s'adresse pour réparer les conneries des autres. Elles avaient qu'à l'attendre elles mêmes leur gamine plutôt que de me réveiller à cette heure là...

Continuant de parler comme si je n'étais pas là, l'homme marchait à petits pas mal assurés vers une destination qui ne semblait pas tout à fait être le château. Il coupait par l'herbe, se dirigeant vers un endroit connu que de lui seul. Ce vieux solitaire râlant à la première occasion me donnait un goût de déjà vu...

- Tes p'tites copines sont déjà toutes rentrées à l'intérieur, tu ferais mieux de les rejoindre...

Ha bon, il ne m'accompagnait pas ? Et je suis censée m'y retrouver comment là dedans ?

- Elles sont surement à l'étage des chambres à l'heure qu'il est... Et évite de faire du bruit pour ne pas réveiller le reste de la maisonnée, tant qu'à faire !

Le petit vieux continua sa route sous mon regard incrédule, puis il s'engagea dans ce que je pris pour un cabanon de jardin, pour ne plus en ressortir. Jusqu'ici, j'avais pensé qu'il était en train de plaisanter, qu'il ferait demi-tour et m'accompagnerait au moins jusqu'à la porte d'entrée... mais désormais je comprenais bien que je m'étais faite des idées.

Au milieu de cette forêt étrangement calme, je rentrais le cou dans les épaules, esquissant un regard derrière moi histoire de vérifier si mon assaillant de tout à l'heure ne se manifesterait pas de nouveau maintenant que j'étais seule... Mais de l'autre côté de la grille, l'orée de cette clairière où était implanté le château restait paisible et immobile. C'était à se demander si je n'avais tout simplement pas rêver tout ça, avec ce vieux qui semblait trouver mes aventures aussi peu crédibles que moi, en y repensant. Je décidais alors de me mettre en route, au milieu des petites veilleuses plantées dans les massifs de fleurs, seules choses qui me permettaient de savoir où marcher...

Je ne faisais décidément pas la fière. A chacun de mes pas, je paraissais déranger certains animaux nocturnes qui n'appréciaient pas réellement le bruit de ma marche cadencée sur la caillasse, et les quelques cris qu'ils me renvoyaient raisonnaient comme un arrêt de mort. Les chouettes, en particulier, étaient tout ce qu'il y avait de plus lugubre. Les trois minutes de traversée du parc me parurent ainsi une éternité, et je n'étais pas peu rassurée d'atteindre enfin les deux hautes portes principales du château, perchées sur leurs dizaine de marches... Seulement quand j'entrepris de les pousser où d'y toquer pour que l'on m'ouvre, personne n'était là pour me répondre.

- ... J'en-ai-maarre... commençais-je à geindre en me laissant glisser le long de la porte qui restait désespérément fermée.

Je me cognais alors la tête sur plusieurs reliefs faisant certainement partie des décorations sculptées dans les battants de bois... lorsque le vieux que je croyais avoir disparu à jamais se dressa tout d'un coup en face de moi.

- La porte de gauche petite idiote ! Mais à quoi es-tu donc en train de penser ?!

Même si je ne distingue de lui qu'une masse bossue dans la pénombre, je le regarde la bouche grande ouverte et les yeux exorbités. Ce vieux fou allait finir par me faire avoir une attaque. Qu'est-ce que c'était que cette colonie de tarés enfin ?!

- Mais vous êtes pas bien vous m'avez fait peur ! lui beuglais-je sans pouvoir me retenir.

Il fallait que ça sorte où j'allais exploser... Trop c'était trop.

- Et qu'est-ce que c'est que cette connerie de porte de gauche ! Vous voulez que je sache ça comment, grâce à ma boule de cristal ?! Si on ne me le dit pas je ne peux pas le deviner !

J'étais comme qui dirait littéralement hors de moi jusque là, mais brailler un peu m'avait fait du bien, et je laissais mes épaules se détendre. Néanmoins, je savais que je n'avais pas été très polie avec mon hôte, et m'attendais presque à me prendre un coup de pioche entre les dents en guise représailles.

- Une boule... de cristal ? me chuchote-t-il alors.

Hein ?! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond à la fin chez ce vieux cinglé ? Ne tenant pas à rester plus longtemps seule en sa présence, je me dis finalement qu'il serait mieux que je me dépêche de trouver cette fichue porte de gauche, et de mettre fin à ce manège qui s'éternisait un peu trop à mon goût. Sans un regard pour le vieillard, je me lève alors et m'époussette le plus dignement possible, avant de lui adresser un « bonne nuit » les dents serrées, et de descendre les grandes marches en essayant de ne pas m'éclater par terre avec mon genou amoché que j'ai du mal à plier.

Longeant le bâtiment pour trouver un autre moyen d'entrer dans le château (je commence vraiment à être fatiguée...), le destin juge enfin bon de me laisser un peu de répit, et je met finalement la main sur deux assez grandes portes, toutes en verre. Je risque quelques doigts tremblants sur l'une des poignées, et, surprise ô combien agréable, la porte se décale sur le côté et me laisse pénétrer dans l'édifice. Me voilà alors en face d'une cage d'escalier d'une certaine taille. Je ne fais attention qu'à ça, me précipitant presque dedans pour gravir ces marches qui montent en spiral sur je ne sais combien de mètres de hauteur. Le vieux fou m'avait parlé d'un étage particulier pour les chambres... j'espère juste que je saurais le retrouver, et que cet escalier y conduit bel et bien.

__

- Léif ! Holala j'ai bien cru qu'on allait te retrouver frigorifiée dans les bois demain matin !

Je mettais la main sur quelques filles au quatrième étage, complètement à bout de force... J'avais l'impression de m'être tapé tout un phare à grimper au pas de course... sauf que j'avais pris tout mon temps (forcement, au bout d'un moment, mes jambes ne se levaient même plus). Mareva me réceptionna dans ses bras grands ouverts alors que je m'y laissais choir comme un objet sans vie. Le poids de mon sac nous emporta toutes les deux sur les dalles plastifiées du sol refait, et je ne voulais plus en bouger.

- Oh Maré... Tu sais, je crois bien que j'ai très sévèrement pensé ne plus jamais te revoir...

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il fait pas assez froid la nuit pour que tu en meurs quand même ?

Elle parut réfléchir un instant, pendant lequel je me laissais presque partir pour le pays des rêves.

- Quoique j'y connais rien en météorologie d'Europe de l'est, tu me diras... Allez, lève toi la serpillère. J'vais t'aider à enlever ça.

Pendant que j'obéissais, sans volonté, aux caresses de Mareva qui me manipulait comme une statuette de porcelaine, ma camarade me sorti bien vite des multiples bretelles de sacs dans lesquelles j'étais coincée. Un vrai jeu d'enfant pour elle... Parfois ma propre maladresse me ferait pâlir d'exaspération.

- J'vous ai appelé mais vous m'avez laissé seule comme un chien qu'on abandonne au pied d'un arbre... lui murmurais-je sans une once de reproche dans la voix.

- Mais on t'as appelé aussi ! Les monos nous disaient de ne pas nous éloigner du groupe, qu'on enverrait quelqu'un te chercher... Enfin, quand j'ai vu le vieux bougre qui est sorti de sa cabane là, j'ai vraiment eu peur qu'on ne te retrouve pas... Comme quoi je l'avais mal jugé.

- Tu parles ! m'exclamais-je, tout à coup très bien réveillée.

Les quelques têtes dans le couloirs se tournèrent vers nous, un doigt vissé sur la bouche pour nous manifester de nous taire. Il y avait là trois filles auxquelles je n'avais pas fait attention pendant le voyage depuis Paris, et une monitrice à l'air agar.

- Ce dingue s'est juste amusé à souffler dans un sifflet en attendant que je sorte moi-même de la forêt ! Et je te dis pas ce flippe...

J'hésitais un instant avant de continuer. Nous nous étions relevées, et je trainais maintenant mon sac et mon sac à dos derrière moi, trop épuisée pour oser les remettre sur mes épaules.

- Y'a un truc qui m'a suivit dehors... J'veux dire, un truc... mais ça aurait pu être quelqu'un, j'en sais rien... C'était super bizarre.

- Un truc t'as suivi ? répéta Mareva qui ne comprenait pas.

- Et il a pas fait que me suivre !

Je lui montrais mon genou écarlate à travers le trou que j'avais dans le pantalon... C'était encore plus moche que ce que je m'étais imaginé... Mais maintenant que le choc était passé, j'osais en parler comme si j'avais vécu ma course poursuite tout à fait sereinement. Avec Maré, je me sens toujours étrangement en sécurité.

- Il m'est carrément rentré dedans, j'ai du voler sur deux mètres !

- T'es sûre que tu t'es pas gaufrée toute seule ?

- Oh si, j'me suis bien payé une ou deux chutes sans les devoir à personne... Mais celle là, je te jure qu'on m'a aidé. Y'avait quelqu'un dans les bois qui a prit son pied à me faire tourner en bourrique alors que j'y voyait que dalle !

Je chuchotais toujours, bien qu'avec énergie. Nous étions arrivées près du petit groupe qui stagnait en plein couloir, et je me rendais alors compte que l'une des filles avait disparue avec la monitrice. Mareva me scrutait comme si j'avais pris un mauvais coup sur la tête... Il faut la comprendre, j'avoue moi même que tout ça me paraît délirant.

- On est peut être tombées dans un piège, me souffle-t-elle tout à coup avec des yeux flamboyant. On ne le sais pas encore, mais on va toute mourir avant la fin de la semaine... Ils nous élimineront une par une, lorsque nous seront isolées...

Je dévisageait ma meilleur amie en me retenant de ne pas la planter là pour allez déprimer tranquillement dans un coin...

- Roh mais je déconne... fais pas cette tête là !

- Nan mais t'as raison, je dois dramatiser, lui répliquais-je ironiquement.

Bon. Ce qui m'était arrivé n'était peut-être pas si grave, j'en avais conscience... (quoique) Mais de là à y trouver motif de plaisanterie, moi ça ne me faisait pas rire.

- Je te crois Léif. T'en fais plus, c'est du passé... Ça devait être un vagabond qu'a voulu te dépouiller un peu, si ça se trouve... Mais il t'aurais pas fait de mal tout de même.

Au final, son visage laissait à penser qu'elle essayait plus de se persuader de ses propres dires qu'autre chose. Elle me mit alors un main réconfortante sur l'épaule, me secouant légèrement pour que je lui esquisse un sourire, même si je n'étais pas d'humeur.

- En tout cas, maintenant il a l'un de mes sacs...

Mareva constata la chose en accompagnant le tout d'un petit « oups », et d'un regard embêté pour avoir peut-être raison à propos du potentiel vagabond.

- Et d'ailleurs tes affaires elles sont où ? lui demandais-je tout à coup.

- Déjà dans ma chambre... D'ailleurs, en parlant des chambres... Y'a un petit problème avec la tienne.

- Hein ? Comment ça « un petit problème avec la mienne » ?

- En fait, on était censées choisir la chambre qui nous intéressait. Dans ce couloir-ci, il y en a douze, pour douze filles... mais le bug c'est qu'il y en a une qu'ils n'ont pas pris le temps de rénover, parce qu'à la base ils pensaient n'avoir que vingt-deux filles cette année, et pas vingt-quatre. Vous avez été deux à être rajoutée à la dernière minute, et apparemment c'était trop tard pour contacter les agences, ou je sais pas trop quoi... Enfin bref. Tu penses bien, forcement, qu'aucune de nos autres camarades n'ont voulu prendre la plus délabrée. Donc, tu en hérite par obligation...

Je me serais bien laissée tomber dans le vide par la fenêtre ouverte (non en fait, j'en aurais jamais eu le courage), mais je me contentais finalement de ne pas bouger, et de simplement serrer la mâchoire. Quand... ? Quand tout cela allait-il s'arrêter ?! Je n'ai jamais été habituée à autant de malchance, c'est irréel... En général, je suis plutôt du genre un minimum chanceuse d'ailleurs, alors quoi ? Ma bonne étoile, où es-tu passée ?

- Nous sommes donc vingt-quatre, dis-je d'un ton monocorde pour changer de sujet.

- Euh... oui. Oui, on est vingt-quatre en tout... Dis, tu m'as écouté ?

La monitrice nous fonce alors droit dessus, et je n'ai pas le temps de répondre à Mareva. Elle affiche un air plutôt sympathique sur son visage, mais son impatience laisse bien comprendre qu'elle aimerait aller se coucher au plus vite... Ça tombe bien, moi aussi. Allons-y chérie, je suis prête pour la douche froide, show me my room...

- Alors alors, la petite retardataire.

Enfin attention darling, je mords... T'amuse pas à me faire ce genre d'entrée en matière pourrie, je ne suis pas d'humeur.

- Chambre douze, c'est par là ! Bon... Elle n'est peut-être pas très très jolie, mais ne t'en fait pas, elle est sans risque. Miss Pacreu, tu peux rejoindre ta chambre maintenant que ton amie est de retour. J'ai fait le check-up des autres chambres, il ne manque plus que celle-là, et nous pourront toutes faire de beaux rêves !

Pendant que Mareva me fait un petit signe de la main pour m'encourager, la mono m'embarque vers le début du couloir, là d'où je viens, près du grand escalier. J'entends la porte de mon amie se refermer, et après un coup d'œil, il me semble que le numéro au dessus de l'entrée est le sept. Avec un léger étonnement, je constate que toutes les portes de ce couloir ont une nuance différente, donnant quelques touches de couleur qui se voudraient réconfortantes, mais que je trouve au contraire peu attirantes. Les peintres auraient peut-être pu choisir quelque chose de plus engageant que l'aubergine ou le rouge brique.

Nous voilà maintenant en face de ma propre chambre, là où je passerais deux mois entiers, si je tiens le coup... Le battant qui me caractérisera tout au long de cette colonie est vert olive, et me semble largement trop éloigné du sol. J'aurais facilement pu y passer mes doigts.

- C'est parti, m'informe la jeune femme, ayant enfin trouvé la bonne clef, dont elle me donne le double.

Nous nous engageons alors dans la pièce, dont la lumière met un peu de temps avant de s'allumer totalement.

- Ha... Ampoule à changer, note-t-elle pour elle même.

La salle n'est pas petite, mais pas spécialement grande non plus. Le mobilier assez sommaire donne une impression d'espace, et de pauvreté. La chambre s'étend en un long rectangle, avec une ouverture sur le mur de gauche lorsque vous entrez. On peut y distinguer une deuxième pièce de même taille, où est éparpillé tout un fatras de meubles et autres babioles qui devaient appartenir aux autres chambres avant qu'elles ne soient refaites. Le tout formerait ainsi un étrange « H », si l'on avait regarder la forme de cette chambre sur un plan du château.

- L'autre pièce est en attente pour être transformée en nouvelle chambre, m'avoue alors la monitrice. J'espère que ça ne te dérangeras pas trop d'avoir vue là dessus... Au pire, je peux te faire venir un rideau à accrocher pour masquer le tout si tu le souhaite.

Je ne sais pas trop quoi lui dire... C'est donc là dedans qu'on veut me faire dormir ? Je suis sûr que même dans certaines prisons, les malfrats sont mieux logés que moi. Je sens que mon matelas va aller squatter chez Mareva pendant quelques nuits...

- Je te laisse t'installer. Bonne nuit Miss Ducarrouge, dors bien, et soit en forme pour demain !

Ne prenant pas le temps de lui répondre, je m'effondre sur mon lit pendant qu'elle referme la porte et éteint aussi la lumière, surement par reflex. Point positif de cette soirée, les draps sentent bon le propre et le frais. Je me laisse aller un instant à humer ce doux parfum apaisant, et m'endormait rapidement, encore toute habillée.


Voila une colonie de vacance bien peu crédible dépeinte comme ça xD... Oui, à se demander ce que je trafique.
Enfin, si je continue ce thingy, on finira bien par se rendre compte que, non, effectivement, des colos comme ça, ça n'existe pas... Mais ce sera bien pour une bonne raison °o° (ou pas 8D).



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