
Comme d'habitude, Baptiste rentre chez ses parents après son année de pension mais cette fois-ci, c'est différent. Plus qu'un été, il va y passer sa dernière année scolaire parmi ses amis. Pour le meilleur et le pire... Yaoi
Rated: Fiction M - French - Romance - Chapters: 3 - Words: 8,775 - Reviews: 4 - Favs: 1 - Follows: 8 - Updated: 12-10-09 - Published: 08-14-09 - id: 2709194
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Bonjour à tous. Me revoilà avec une nouvelle histoire qui sera sans doute longue. La suite devrait arriver d'ici trois semaines, un mois, le temps d'avancer une autre histoire. J'espère qu'elle vous plaira.
Je dédie cette histoire à deux personnes disparues trop tôt.
Comme d'habitude, tout est à moi et rien qu'à.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Le temps d'un été, d'une année
1ère Partie
Sous une douce brise d'un jour du mois de juin, un jeune homme de dix-sept ans se sentait revivre. Enfin il rentrait chez lui après une année scolaire entière passée dans une pension au bord de la mer. Il retrouvait les montagnes et les vallées de son enfance, celles qui l'avaient rendu si mélancolique depuis septembre. Les arbres et les pâturages étaient d'un beau vert, signe que la pluie avait fait son œuvre en abondance, peu de temps auparavant. Il fallait bien cela car, malgré l'altitude, le soleil pouvait taper fort sur les versants comme sur les têtes des habitants du pays.
Un coup d'œil jeté sur la montre reçue à son précédent anniversaire lui apprit qu'il ne restait plus qu'une dizaine de minutes de train. Alors le jeune homme commença à ranger toutes les affaires sorties pour supporter un long voyage de cinq heures. Les magazines, son baladeur, ses mots-croisés furent rangés dans son sac de voyage à coté de lui. Il ne lui restait plus qu'à descendre les trois grosses valises l'accompagnant. De l'autre côte de la travée, à la même hauteur que lui, il y a avait un garçon d'une dizaine d'années avec sa grand-mère en train de jouer à la bataille. De nombreux éclats de rire ponctuaient leurs parties, montrant que les deux semblaient très bien s'entendre. Il les regarda avec une certaine envie avant de se dire qu'il serait temps qu'il s'occupe de ses bagages. Il aimait être le premier à sortir du wagon et à poser le pied sur la terre ferme.
La voix du contrôleur résonna dans les wagons pour annoncer l'arrivée au terminus et prier les passagers de ne rien oublier avant de sortir. Le train finit par s'arrêter brutalement, ne manquant pas de secouer les voyageurs. Beaucoup de monde attendant leurs amis, leurs familles. Une fois sur le quai, le jeune homme s'essuya le front, en proie à un brusque coup de chaleur sous la verrière du début du siècle et dû à l'effort d'avoir descendu ses lourds bagages. Ce n'était pas une nature fluette. Il était de grande structure, une bonne musculature acquise lors de l'entrainement sportif du pensionnat. Ses cheveux châtains lui tombaient devant ses yeux noisette en de fines mèches qu'il essayait sans espoir de ramener derrière ses oreilles. C'était justement à ce moment-là qu'il entendit une voix féminine l'appeler.
- Baptiste !
Une jeune femme de vingt ans arrivait vers lui en courant, une robe mi-longue fleurie sur fond blanc virevoltant autour elle. Les quelques hommes encore présents sur le quai se retournaient sur son passage, ses longs cheveux roux couverts par un ample chapeau faisaient un grand effet. Elle se jeta dans les bras du jeune homme en lui disant qu'il « en avait mis du temps pour rentrer à la maison. »
- Tu as enfin remis les pieds ici. Tu m'as manqué, petit frère, dit-elle en le serrant dans ses bras.
- Toi aussi, Isaline.
- Tu aurais pu rentrer plus tôt.
- Oui mais cette année, j'ai déménagé entièrement ma chambre et cela prend du temps.
- Je sais, je sais.
La grande sœur de Baptiste prit une valise et son sac de voyage tout en regardant sa montre. Avec inquiétude, elle fit presser le pas au jeune homme car il ne restait plus que cinq minutes pour prendre le bus afin de se rendre au village. Il en fut surpris, persuadé qu'elle aurait la voiture familiale pour transporter le tout.
- Papa l'a prise pour faire quelques courses.
- Il pouvait attendre. Tu le lui as dit ça au moins ?
- Non, fit sa sœur en tournant nerveusement la tête. Je suis pas vraiment en honneur de sainteté à la maison…
- Pourquoi ? Qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Tu le sauras bien assez tôt. Chauffeur, cria-t-elle en courant vers le bus garé sur la place en face de la gare.
C'était juste avant qu'il ne parte. Après qu'elle ait payé le voyage pour les deux, Baptiste fut aidé par le chauffeur pour monter ses valises dans le véhicule. Peu de personnes étaient présentes, c'était une heure creuse, en plein milieu de l'après-midi. La plupart des gens étaient encore au travail ou bien dans les champs. C'était une petite région de culture située sur le plateau, en marge de l'influence des grandes villes. Quand Baptiste rentrait chez lui, chaque vacance de Noël et d'été, l'impression de retourner quarante ans en arrière le prenait, bien que les innovations techniques les atteignent, mais il aimait beaucoup ce décalage.
Il fallut une bonne vingtaine de minutes et une dizaine de virages pour arriver au premier arrêt, le village de S*** et c'était là que les jeunes gens descendaient. C'était un soulagement pour Baptiste que d'arriver, ce trajet de L*** au village était pour lui une corvée car il tombait souvent malade sur ce petit parcours, s'attirant ainsi les moqueries familiales. Aussitôt qu'ils furent descendus le bus redémarra pour rejoindre sa destination suivante. Tel un chat, le jeune homme s'étira sous le regard amusé de sa grande sœur avant de regarder la mairie qui se dressait fièrement. Le bâtiment datait de la fin du siècle dernier, tout comme la petite école communale regroupant les enfants du village et des hameaux environnants, et le bureau de poste dont la façade venait d'être refaite. Baptiste n'avait jamais vu le calcaire des pierres aussi blanc, ni même les deux drapeaux sortis en cette période. La fête nationale n'était prévue que dans trois bonnes semaines. Il y avait une ferme accolée à la poste et qui suivait la pente naturelle du village. Il mourrait d'envie d'y aller mais le regard meurtrier de sa sœur l'en dissuada. La famille passait avant les amis.
Ils remontèrent la route principale sur cinq cent mètres avant d'arriver à la dernière maison de pierre qui précédait les champs de blé et d'abricotiers. Un petit jardin ornemental dominé par les hortensias bleus protégé par un grillage entourait cette simple bâtisse de plusieurs siècles, quelques herbes aromatiques étaient plantées dans une jardinière mise devant la fenêtre de la cuisine. Après avoir pris les clés sous un pot de fleur, toujours le même depuis des années, ils entrèrent dans une pièce unique, une cuisine en longueur ouverte sur un bar large. À côté, se trouvait les toilettes et la laverie qui servait aussi de resserre pour la nourriture. Le reste était occupé par une grande table et ses bancs ainsi que le salon autour d'une grande cheminée de pierre d'angle à côté d'une petite fenêtre sur laquelle reposait un petit fagot de blé séché. Dans l'autre coin, un escalier en colimaçon de bois et de métal menait à l'étage où se trouvaient trois minuscules chambres et une salle de bains.
Isaline appela leur mère mais personne ne répondit. Avec grande difficulté, ils montèrent les valises jusqu'à la deuxième chambre, celle de Baptiste. Une armoire murale, un lit une place…il restait peu de place pour un petit bureau et un tabouret de nuit. Avant de faire toute chose, le jeune homme s'empressa d'ouvrir la fenêtre de la pièce à la même dimension de poupée. Les murs étaient nus de toute décoration adolescente mais des traces jaunies par le temps pouvaient encore être vues par endroits.
- Où est maman ? On est en vacances, j'aurais pensé qu'elle serait là pour m'accueillir.
- Elle est sans doute au jardin des Sœurs. Elle voulait faire un plat spécial pour ton retour à la maison.
La jeune femme mit une valise sur le lit, ce qui ne manqua pas de le faire rebondir. Les ressorts du pauvre lit et du matelas commençaient à dater. Le jeune homme fit une grimace en voyant cela, encore un été puis une année à souffrir du dos.
- Il te faut un coup de main ? demanda Isaline.
- On, je vais remplir mon armoire tout seul, j'aime bien faire ça. Mais merci de la proposition.
- Bien. Je vais chercher maman pour lui dire que tu es arrivé.
- Ne te perds pas en route.
- Ça va, c'est en haut de la butte, fit la jeune femme passablement vexée. J'y vais. À tout à l'heure.
Baptiste ne put s'empêcher de rire quand sa sœur fut partie. Elle n'avait aucun sens de l'orientation mais l'art de se perdre dans le village qui n'était pas très grand, une quarantaine de maison de pierres autour de l'église romane et du cimetière. Les moqueries de son frère et de ses amis étaient nombreuses sur ce sujet. Le jeune homme ouvrit la première valise remplie de vêtements de toutes saisons, soigneusement pliés. Tous les habits d'été furent rangés dans l'armoire, certains dépliés et mis sur des cintres et ceux d'hiver mis dans des cartons sur la dernière étagère de l'armoire. Les deux autres valises étaient consacrées à ses affaires de cours et personnelles. Les photos retrouvèrent leurs places tout comme les livres sur les deux étagères. Puis il entendit les appels de sa mère qui venait d'arriver dans la maison en claquant les portes. Prudemment, il descendit l'escalier et alla lui faire une grande accolade pendant qu'elle le serrait jusqu'à l'étouffer.
La mère, une des deux institutrices du village, s'en voulait de ne pas avoir été là lors de son arrivée. Cela faisait environ six mois qu'il ne l'avait pas revue, et elle restait inchangée : une grande silhouette, des cheveux roux remontés en un chignon un peu fou et des yeux noisettes.
- Laisse-moi te regarder mon chéri. Tu as pris quelques centimètres depuis la dernière fois.
- C'est normal maman. Je suis un homme et je suis en pleine croissance.
- Pour la croissance, c'est sûr mais pour le reste, c'en est encore très loin.
- Maman…, fit Baptiste démoralisé par la dernière remarque de sa mère.
- Bon, ce soir j'ai fait tes plats préférés. Ça changera un peu l'ambiance.
- Comment ça ? Qu'est-ce qui se passe ? Déjà que Isa m'a fait le même genre de réflexion à la gare…
- Elle est enceinte. De trois mois.
- Pardon ?
- Si tu as fini, viens m'aider au jardin. J'ai des tomates à butter.
- Ok.
La mère et le fils changèrent d'habits et prirent des sabots pour contourner la maison. Le jardin se trouvait un peu plus bas, de l'autre côté de la maison. La porte de cave donnait dessus ainsi qu'une sorte de meurtrière en guise de lumière dans cet espace. La femme sortit deux piochons, en tendit un à son fils et lui indiqua dont il devait s'occuper. Tout en travaillant la terre, elle lui expliqua la situation, du moins ce qu'elle en savait, à Baptiste. Le mariage d'Isaline était prévu la semaine après la fête nationale avec le père de son enfant à naître dont le jeune homme n'arrivait pas à savoir l'identité. Ce genre de choses ne se faisait pas dans la région. Les mentalités avaient beau avoir beaucoup évolué, dans les campagnes, il y avait des choses qui ne se faisaient pas pour rester en bons termes avec son voisinage et leur père faisait un grand cas de cela, soucieux du qu'en dira-t-on.
Baptiste poussa un grand soupir, ne sachant pas quoi dire. Il avait l'impression de ne pas s'être absenté moins de six mois mais plusieurs années. Ce n'était pas pour autant qu'il se sentait le courage de faire une petite réflexion. Pour chasser ses pensées, il préféra regarder une maison en contrebas, la dernière avant le grand champ de pâturage où des pis-rouges broutaient tranquillement.
Tout le long de la fin d'après-midi, sa mère l'occupa à des travaux tout en lui racontant les derniers événements, naissances, mariages, maladies et décès ainsi que les dernières rumeurs. Son père arriva peu de temps avant que le clocher sonne les dix-neuf heures avec la voiture pleine de courses. Il avait mis du temps car il avait rencontré des amis et avait bu un verre avec eux. Le courroux de la mère du jeune homme fut grand jusqu'à ce que son mari se confonde en excuses et que tout le monde passe à table.
- J'ai parlé à Georges ce matin. Il veut bien te prendre pour les fruits et les fourrages cet été. Tu commences demain.
- Quoi ? s'exclama l'intéressé à son père, peu content d'avoir été aussi peu consulté dans cette décision.
- Oui. C'est pas la peine de faire ce genre de tête, c'est toi-même qui m'a fait la demande la dernière fois au téléphone. Et puis tous les jeunes du village font ça cette année.
- Tous tes amis y seront, ajouta sa sœur.
- Oui mais ce n'est pas une raison pour faire les quatre cents coups avec eux comme l'été dernier, répliqua son père avec un regard lourd de menaces.
- On n'a rien fait.
Il y eut des raclements de gorge entendus autour de la table et un lourd silence puis on changea de sujet tout en évitant les choses qui fâchent. Le bulletin scolaire de Baptiste faisait l'objet de nombreux éloges. C'était un élève très bon, sérieux mais très dissipé, à la limite de l'indiscipline. Son dernier coup d'éclat était un incident sans gravité dans la classe de chimie.
À la fin de repas, tout le monde mit la main à la pâte pour tout ranger et nettoyer. Le jeune homme n'eut pas à faire la corvée d'aller chercher de l'eau fraîche à la fontaine toute proche. La maison était alimentée de l'eau d'une source, stockée dans une citerne mais ils veillaient à ne pas l'utiliser pour leur consommation. La maîtresse de maison préférait utiliser l'eau claire de la fontaine et envoyait ses enfants avec quatre pots à eau à remplir. Baptiste avait espéré le faire pour voir ses amis mais les parents semblaient avoir senti l'anguille sous roche. Ils tenaient à ce qu'il se repose après ses six heures de train et un changement total d'environnement. De plus, il devait se coucher tôt en prévision du début de travail saisonnier.
Ne t'inquiètes pas, tu retrouveras Vic et les autres demain matin et je suis sûre que ça va beaucoup discuter dans les rangs de framboisiers, fit sa mère en baisant le front de celui qui était toujours son petit malgré les années passant.
- Oui m'man.
- Ne lis pas trop tard dans ton lit. Tu as déjà des petits yeux.
Sur ces mots, il monta quatre par quatre les marches de l'escalier, passa à la salle de bains avant de s'enfermer dans sa chambre digne de Tom Pouce. Il vit des lueurs de lampe torche passer sur la route devant chez lui mais il se retint d'ouvrir la fenêtre et de les interpeller ou même de faire le mur. La dernière punition pour cet acte restait encore vivace dans son esprit. Il préféra passer un tee-shirt et un caleçon propre, prit La chartreuse de Parme de Stendhal de son bureau pour le jeter sur son lit et tira brusquement le rideau de sa fenêtre. C'était avec un grand soupir qu'il pensa au travail du lendemain. Finalement, il n'était pas aussi mécontent et demain serait un autre jour plein de surprises.
Fin de la partie
Le 16.08.09
A suivre...
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