Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Romance » Les meilleurs ennemis font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Cybelia
Fiction Rated: M - French - Romance/Adventure - Published: 08-23-09 - Updated: 11-15-09 - id:2712713

1 – La rencontre

Ilian s'installa au bar, commanda un cocktail sans alcool et parcourut la piste de danse du regard. Il était encore tôt, seuls quelques habitués se déhanchaient déjà sur la musique assourdissante. Il sirota son verre tranquillement, savourant cette première soirée de tranquillité depuis longtemps. Il attrapa son portable dans sa poche de jean et l'éteignit : il n'avait aucune envie que Viv le dérange. Même s'il le lui avait bien fait comprendre avant de quitter la maison, il savait que sa sœur n'hésiterait pas à l'appeler s'il lui prenait l'envie d'aller faire un tour chez l'un de ses fournisseurs préférés. Le jeune homme rangea son téléphone, puis passa une main dans ses cheveux blonds qui lui tombaient sur les épaules. Pour cette soirée de détente, il s'était mis sur son 31, bien décidé à ne pas finir la nuit tout seul. Son jean noir était moulant, juste ce qu'il fallait pour mettre en valeur sa silhouette fine tout en étant confortable. Sa chemise bleu ciel était assortie à ses yeux clairs et il avait sorti sa veste en cuir, celle qu'il ne mettait que pour les grandes occasions, mais qui se trouvait pour l'instant au vestiaire.
Alors qu'ils parcourait les lieux du regard, ses yeux se posèrent soudain sur un inconnu qui ne pouvait qu'éveiller son intérêt. L'homme était grand, à peu près comme lui et portait un jean bleu et un tee-shirt noir. Sa tenue n'attirait pas les regards, en revanche son visage était celui d'un ange : des traits fins, une peau cuivrée sûrement due à un métissage, des yeux en amande semblables à ceux des asiatiques, une bouche délicieusement tentatrice et de courts cheveux bruns qui retombaient en mèches sur son front. D'où il était, Ilian crut discerner que les iris de l'inconnu étaient d'un vert plutôt inhabituel. Mais il savait que les éclairages de la boîte pouvaient être trompeurs.
Son regard ne quitta pas le bel inconnu lorsque celui-ci s'approcha lentement du bar, apparemment inconscient de l'attention qu'il attirait sur lui. Ilian savait qu'il n'aurait pas d'autre chance de l'aborder et s'approcha rapidement. De près, l'inconnu était encore plus attirant. Son regard vert perçant se posa sur Ilian qui sentit sa température corporelle grimper en flèche. L'homme se pencha vers lui et lui souffla à l'oreille :
- On danse ?
Ilian ne put qu'accepter lorsque l'autre plongea son regard envoûtant dans le sien. Les deux hommes se dirigèrent vers la piste et commencèrent à onduler au rythme de la musique. Ils ne se touchaient pas, mais l'air semblait chargé d'électricité entre eux. Au bout d'un moment, la techno fit place à un slow. Avant qu'il ait eu le temps de réagir, Ilian se trouva emprisonné entre les bras puissants de l'inconnu. Lui qui avait l'habitude de mener les choses se trouvait plutôt désappointé, mais il n'aurait laissé sa place pour tout l'or du monde.
Son visage se retrouvait à quelques centimètres de celui de son bel inconnu. Il n'avait qu'à tendre un peu le cou pour l'embrasser, mais il avait peur de rompre la magie de l'instant. C'est alors que l'autre souffla :
- Je m'appelle Tenshi.
- Ilian.
Ils dansèrent encore un peu en silence, puis Tenshi souffla :
- Bel Ilian... j'ai envie de t'embrasser...
- Ne te gêne pas, répondit le blond.
A peine avait-il fini sa phrase que ses lèvres se retrouvaient captives de celles du brun. Leurs langues se rencontrèrent rapidement alors que le désir enflammait les sens d'Ilian. Lorsqu'ils se séparèrent, ils n'eurent pas besoin de mots. Ils quittèrent la piste, main dans la main, et se dirigèrent vers la sortie de la boîte. Ilian récupéra sa veste en cuir, Tenshi un blouson en jean, puis ils sortirent. L'air était frais dehors. Ils commencèrent à marcher vers le parking qui se trouvait quelques mètres plus loin, mais le brun attrapa soudain le blond par le bras et l'attira dans une ruelle déserte. Là, il le plaqua contre le mur pour l'embrasser avec fougue.
Leurs mains commençaient à tenter de se glisser sous leurs vêtements lorsqu'une sonnerie retentit. Tenshi s'écarta d'Ilian et grogna :
- Désolé...
Il sortit un portable de sa poche, jeta un coup d'œil rapide à l'écran et jura :
- Et merde !
- Un problème ? Demanda Ilian, encore un peu essoufflé du baiser qu'ils venaient d'échanger.
- Je dois partir. Je suis désolé... Mais... si tu le veux bien, on pourrait se revoir pour terminer ce qu'on a commencé ?
- Avec plaisir, sourit le blond.
Tenshi lui tendit un papier :
- C'est mon numéro. Appelle-moi !
Et il partit avant qu'Ilian ait eu le temps de lui donner son propre numéro. Il resta un moment à fixer la carte qu'il avait entre les mains, puis décida de rentrer chez lui. Il n'avait plus le cœur à draguer quelqu'un d'autre après une telle rencontre.

***

Tenshi poussa la porte de la maison en râlant :
- J'espère que c'est important, tu m'as interrompu juste quand...
- C'est la Funambule, répondit une voix grave à l'autre bout de la pièce.
Un homme Noir d'une quarantaine d'années, plus grand que Tenshi, les épaules larges et la carrure massive, s'approcha et lança :
- Tu pilotes !
- Vraiment ? Sourit le métis.
- Oui ! C'est pour te consoler de ce que j'ai interrompu !
- Merci, Mike !
Le jeune homme se rendit dans une autre pièce pour se changer. Il enfila une combinaison vert foncé, plutôt moulante, ornée du kanji japonais signifiant samouraï et une cagoule de la même couleur qui ne laissait voir que ses yeux en amande.
Il rejoignit ensuite Mike, vêtu du même type de combinaison, mais entièrement noire, avec un symbole blanc représentant un aigle aux ailes ouvertes, couvrant tout le torse. Les deux hommes se rendirent dans le garage, puis passèrent une porte dérobée, dissimulée dans le mur du fond. La maison avait été construite à flanc de montagne, à une dizaine de kilomètres de la ville, et le passage qu'ils empruntaient à présent les menaient à une grotte au-dessus de l'habitation. Là, ils montèrent dans un hélicoptère noir que Tenshi fit démarrer et prendre la direction de la mégapole qui s'étendait à leurs pieds.

A peine dix minutes plus tard, ils se posaient sur le toit d'un immeuble désaffecté. Leur appareil, très silencieux, était également invisible aux radars, ce qui leur permettait de circuler dans l'espace aérien de la ville sans risquer de se faire repérer par les forces de police. Au cours du trajet, Mike avait mis Tenshi au courant de la situation et les deux hommes se dirigèrent directement vers leur objectif. Lorsqu'ils y arrivèrent, ils virent une voiture de sport grise stationnée à deux pâtés de maison d'une bijouterie de luxe.
- Elle est déjà là ? Souffla le jeune homme alors que son collègue scrutait les lieux avec des jumelles à infrarouge.
- Sûrement à l'intérieur... Le mieux est d'empêcher sa fuite.
- Je m'occupe de la voiture !
Tenshi se laissa glisser le long du mur de l'immeuble. Il se déplaçait furtivement et rapidement, invisible et silencieux. Arrivé en bas, il se dirigea vers la voiture grise si familière et se camoufla à côté, se fondant dans l'ombre. Il savait que Mike devait s'être posté près de la bijouterie, afin de pouvoir prendre la Funambule en tenailles entre eux dès qu'elle sortirait de là.
L'attente fut de courte durée. Très vite, il aperçut une silhouette se faufiler hors du bâtiment et se diriger vers lui. Alors qu'il s'apprêtait à bondir pour empêcher la Funambule d'entrer dans sa voiture, une autre personne émergea soudain du néant et lui fonça dessus. Tenshi roula sur le sol pour éviter l'intrus. Celui-ci se jeta à nouveau sur lui et tenta de le frapper au visage, mais le métis fut plus rapide. Il décocha un coup de pied dans les côtes de son assaillant qui recula mais revint aussitôt à la charge. Trop occupé à éviter les attaques de son adversaire, Tenshi ne vit pas la murette derrière lui et butta dedans. Ce fut ce qui permit à l'autre de le toucher, l'assommant d'un coup de poing à la tempe.

Tenshi avait horriblement mal à la tête. Il ouvrit les yeux, mais la lumière vive lui fit encore plus mal. Il avait eu le temps, avant de refermer les paupières, de voir qu'il se trouvait dans sa chambre, dans son lit.
- Eh ! Tu reviens enfin parmi les vivants ! S'exclama Mike, une pointe d'inquiétude dans la voix.
- Tu peux parler moins fort, s'il te plait ? Gémit le jeune homme.
Il tenta de s'asseoir, mais tout tournait autour de lui et fut obligé de se rallonger. Son ami lui sourit :
- Tu as pris un sacré coup ! Tu es tombé en arrière et tu t'es cogné le crâne sur le sol, pour arranger le tout !
- Ca explique les marteaux-piqueurs dans ma tête...
- Je t'ai donné de quoi soulager tout ça. Ca devrait bientôt faire effet.
- La Funambule ?
- Elle s'est enfuie...
Tenshi soupira en se passant une main sur le front.
- C'est de ma faute...
- Non. Comment on aurait pu prévoir qu'ils seraient deux ? Comme je te l'ai dit, mon informateur m'avait assuré que le Voltigeur ne serait pas là et que la Funambule serait seule ce soir.
- On s'est fait avoir... et ils ont eu les bijoux.
- Le principal, c'est que tu ailles bien. Tu m'as fait une de ces peurs !
Cette fois-ci, le jeune homme réussit à s'asseoir, malgré la douleur et les nausées.
- J'ai juré à ton père de veiller sur toi... souffla Mike en s'asseyant à côté de lui. Si jamais il t'arrivait malheur, il serait capable de revenir du paradis pour me tuer !
Tenshi sourit. Les rares fois où, lors d'une mission, il était blessé, son ami lui disait toujours la même phrase.
- Allez, je te laisse dormir ! Lança Mike en se relevant. Bonne nuit, Tenshi.
- Bonne nuit.
Le jeune homme se rallongea et referma les yeux. Alors qu'il commençait à glisser dans le sommeil, son esprit revint vers l'homme qu'il avait rencontré quelques heures plus tôt... Ilian...

***

Ilian était furieux. Il claqua la porte de la maison et fonça dans la salle de bains, les dents serrées. Alors qu’il ôtait sa cagoule, la voix de Vivian retentit de l’autre côté du battant :
- Ily ! Tu vas me faire la tête encore longtemps ?
Toujours aussi en colère, les joues rouges et les poings serrés, il ressortit de la pièce et se planta devant sa sœur. Celle-ci, vêtue de sa tenue noire ultramoulante, qui ne laissait aucune place à l’imagination, le dévisagea d’un air surpris :
- Qu’est-ce qui…
- Tu es inconsciente ! Eagleman et le Samouraï ont bien failli t’avoir ! Qu’est-ce qui t’a pris de partir toute seule ?
- Tu m’as dit que tu voulais être tranquille ce soir.
- Ca ne t’es pas venu à l’idée de rester sagement ici, pour une fois ?
- Arrête, Ily ! Tu n’es pas mon père !
- Ne m’appelle pas Ily ! Tu sais très bien que je déteste ce diminutif débile !
Il soupira profondément, tentant de calmer sa colère avant d’avoir un geste malheureux.
- Je me demande souvent lequel de nous deux est l’aîné… Tu te comportes comme une gamine trop gâtée ! Qu’est-ce qui se serait passé si je n’étais pas intervenu ?
- Mais tu es arrivé ! sourit Vivian en secouant sa longue chevelure blonde. Et la façon dont tu as eu le Samouraï…
- … était un pur coup de chance ! Il a trébuché et s’est assommé tout seul.
Le regard de la jeune femme se fit soudain pensif. Son frère sursauta lorsqu’elle souffla alors :
- Dommage que tu n’en aies pas profité pour te débarrasser définitivement de lui…
- Viv ! Je ne suis pas un tueur !
- Ca ne serait pourtant pas la première fois…
La colère d’Ilian refit surface avec violence.
- Ne me parle plus jamais de ça !
Et il claqua la porte au nez de sa sœur. Le front appuyé contre le battant, le corps tremblant de rage à peine contenue, il attendit qu’elle s’éloigne. Il prit plusieurs grandes inspirations pour tenter de se calmer. Ce fut difficile mais il y parvint finalement et se détacha de la porte pour aller faire couler l’eau dans la douche. Il se déshabilla entièrement, puis se planta devant le miroir. Son reflet lui renvoya l’image de son visage las et d’un voile d’amertume qui assombrissait son regard azur.
- Je ne suis pas un tueur…
Il ramena ses cheveux en arrière en soupirant. Les mots de Vivian avaient fait remonter en lui de très mauvais souvenirs qu’il aurait préféré oublier à tout jamais. Il entra enfin dans la cabine, s’adossa à la paroi et ferma les yeux, laissant l’eau chaude relaxer ses muscles tendus. Sur ses paupières closes, il revit soudain le visage de Tenshi et se rappela que le métis lui avait donné son numéro de téléphone. Quelque peu revigoré à cette pensée, Ilian se promit de l’appeler dès le lendemain matin.

***

Tenshi avait encore un peu mal à la tête lorsqu’il se leva. Il alla prendre une aspirine, puis quitta la maison pour son jogging quotidien. Il revint deux heures plus tard, monta se doucher et redescendit manger un morceau. Mike le rejoignit alors qu’il se servait un verre de jus de fruits multivitaminé.
- Ta tête va mieux ?
- Oui, merci.
- Tu fais quoi aujourd’hui ?
- Je vais au Dojo. Après ce qui s’est passé cette nuit, j’ai besoin de bosser ma concentration.
- On est dimanche ! Tu pourrais te reposer un peu…
- Ca te va bien de dire ça, Monsieur « bourreau de travail » ! sourit Tenshi en désignant d’un signe de tête l’ordinateur en pièces détachées que l’on pouvait apercevoir dans le salon.
Mike haussa les épaules en riant, puis retourna à son ouvrage. Tenshi termina son en-cas, alla chercher son sac à dos et partit. Il enfourcha sa moto avant de se diriger vers le sud de la ville. Quelques minutes plus tard, il se garait devant le Dojo Kenage dont il avait hérité à la mort de son grand-père maternel, ancien champion de Kendo. Tenshi donnait des cours d’arts martiaux, notamment aux enfants qu’il avait toujours adorés.
Le dimanche était le seul jour de fermeture du Dojo, le seul jour où Tenshi pouvait y travailler sans être dérangé. Il se changea et, vêtu de son seul pantalon de coton blanc, il alla dans une salle déserte. Très vite, il se rendit compte qu’il ne pouvait pas maintenir sa concentration à un niveau optimum. Son esprit le ramenait sans cesse à la soirée de la veille : en fermant les yeux, il pouvait encore sentir le goût de la bouche d’Ilian et la chaleur de son corps souple contre le sien. Il dut alors se rendre à l’évidence : le blond l’obsédait totalement. Et cela le terrifiait. Il ne voulait plus tomber amoureux. Il avait trop souffert par le passé et il ne voulait plus revivre ça. Et pourtant, parfois, comme la veille, il laissait parler ses envies et son instinct. Il avait eu plusieurs fois des aventures d’une nuit mais, lorsqu’il avait embrassé Ilian, il avait su que ça serait différent, que cette fois-ci, il ne pourrait pas partir à l’aube comme un voleur.
Tenshi soupira profondément. Il ramassa sa serviette, puis se dirigea vers le jardin zen aménagé dans la cour centrale du Dojo. Là, il s’assit en tailleur sur la terrasse en bois, ferma les yeux et laissa son esprit dériver au fil de ses pensées… qui le ramenèrent immanquablement à Ilian.

A suivre...


Return to Top