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Fiction » Fable » B comme Beauté font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Danae-Blink
Fiction Rated: K - French - Romance - Reviews: 1 - Published: 10-26-09 - Updated: 10-26-09 - Complete - id:2734830

Il était une fois, dans un pays très lointain, un charpentier qui avait deux fils et une fille. Cette dernière, prénommée Hélène, était d’une très grande beauté. Toute enfant déjà, les gens s’extasiaient devant son visage angélique et ses grands yeux violets et en grandissant cela ne changea pas. On disait que les fleurs suivaient son pas léger et que la lune était plus belle les soirs où Hélène la regardait.

La fillette, qui pourtant avec un cœur en or, finit par devenir vaniteuse car jamais personne ne lui refusait quoi que ce soit. Qui aurait eu cœur d’attrister pareille perfection ? Ses parents, ses frères, les villageois et même les quelques voyageurs qui venaient se perdrent dans ce village éloigné, n’étaient jamais plus heureux que quand Hélène l’était.

Une seule personne tenait tête à la jeune enfant, c’était Simon, le fils du meunier. Etrangement, il ne la voyait pas comme les autres et la traitaient sans plus d’égards qu’il n’aurait eu pour une autre. La fillette, tout d’abord blessée, finit par apprécier cette différence de traitement, même si l’indifférence de Simon lui était difficile parfois, elle qui était sans cesse choyée. Ils devinrent les meilleurs amis du monde, on ne voyait jamais l’un sans que l’autre ne fut loin.

Simon avait les cheveux aussi noirs que ceux Hélène était clairs et dorés, ses yeux étaient tristes et sombres alors que ceux de la petite fille étaient rieurs et limpides. Ils étaient aussi différents que le jour et la nuit. Physiquement… Et mentalement, parce que si Simon était un garçon simple, heureux des petits plaisirs de la vie, Hélène n'était jamais satisfaite de ce qu’elle avait. Elle passait son temps à rêver d’ailleurs. Elle adorait écouter les récits des voyageurs sur les châteaux lointains, les grands bals et les princes.

Ils grandirent ainsi, se disputant régulièrement, Simon, si fier de prendre la place de son père un jour et Hélène, soupirant en regardant l’horizon.

L’année de leurs 16 ans, tout changeant quand un messager royal passa dans leur village. La légende de la beauté d’une mystérieuse paysanne avait atteint les portes du palais et le Prince, en âge de se marier, était curieux. Le messager se rendit donc dans l’humble demeure du charpentier et demanda à voir la jeune fille dont la beauté éclipsait celle de toutes.

Il resta sans voix, juste avant de tomber à genoux devant la demoiselle. Puis quand il reprit ses esprits, il annonça que l’on n’avait en rien mentit quand aux qualités Hélène Il prit à partie les parents de la jeune fille et leur expliqua le but de sa visite. Le Prince désirait rencontrer cette mystérieuse beauté, dont on lui avait vanté les mérites depuis fort longtemps. Hélène était donc invitée au palais, loin de ses parents, loin de son monde. Mais si prêt de ce dont elle rêvait chaque soir.

Pour une fois, ses parents calmèrent un petit peu les ardeurs Hélène. Malgré la peine qu’ils ressentaient en la contrariant, ils l’avertirent que la vie à la cour, si tant est qu’elle y aille, était bien différente de la vie qu’elle avait connue jusqu’alors. Que jusqu’ici, elle n’avait connu que des gens simples et que là-bas, tout n’était que conspiration et suffisance. Hélène n’écouta que d’une oreille distraite, les yeux perdus dans le lointain. L’accord fut donné et le messager partit afin de préparer la venue de la jeune fille, quelques jours plus tard.

La veille de son départ, Hélène alla voir Simon, qui n’avait plus remit les pieds dans la maison du menuisier depuis la visite royale et l’annonce du départ de son amie. Il refusa tout d’abord de lui parler, prétextant du travail, mais elle insista. Il lui avoua qu’il trouvait ridicule son envie de quitter sa vie, ses amis, juste pour aller parader au palais. Qu’il pensait qu’elle n’y serait jamais heureuse car les gens là-bas ne chercheraient jamais à la connaître, qu’elle serait juste un objet, un bijou à montrer. Hélène se fâcha tout d’abord face à l’offense, arguant qu’elle était bien plus qu’un visage, qu’elle avait son caractère et qu’au palais, ils le découvriraient bien vite. Le ton monta, ils eurent des mots très durs l’un envers l’autre et quand Simon claqua la porte, Hélène était en larme.

Le carrosse emporta une jeune fille anéantie, la première séparation d’avec sa famille, le départ au loin et l’absence de Simon pour son départ avaient fortement blessé Hélène. Mais la légèreté de la jeune fille reprit bientôt le dessus, après tout, elle allait réaliser son rêve ! Qui pouvaient avoir le droit de lui gâcher sa chance ? Personne.

L’arrivée au palais et la vie là-bas furent tels qu’elle l’avait imaginé, tout n’était que faste et splendeur. Les gens étaient propres et beaux, ils étaient cultivés et joyeux. Ils ne ressemblaient en rien au simples paysans qu’elle avait connus jusque là. Et le Prince… Elle en tomba aussitôt amoureuse et cela fut réciproque. Au point qu’il en oublia sa fiancée, une princesse au teint mat et au longs cheveux châtain du nom d’Annie, en demandant immédiatement Hélène en mariage. La jeune fille ne savait quoi dire et les longues secondes de silence avant qu’elle ne réponde lui semblèrent une éternité. Mais un léger oui franchit ses lèvres et elle oublia toutes ses réticences dans la liesse qui suivit sa réponse.

La vie semblait aller pour le mieux pour Hélène, elle était au palais depuis quelques semaines et les préparatifs pour son mariage prochain allaient bon train. Elle était même devenue amie avec Annie, qui, comme tous, était tombée sous son charme. Tous ses rêves se réalisaient… Et pourtant, quelque part au fond de son cœur, il y avait un petit vide, un doute, une peur. Elle repensait souvent à Simon, quand il lui avait dit que les gens ne l’aimeraient pas forcement pour ce qu’elle était. Elle était certaine qu’il se trompait, tout le monde était si gentil avec elle et son Prince si prévenant. Mais parfois, alors qu’elle parlait avec lui, elle avait l’impression qu’il ne l’écoutait pas vraiment.

Elle était tourmentée et la veille de son mariage, alors qu’elle ne trouvait pas le sommeil, elle décida de s’ouvrir à Annie, celle qui était devenue si rapidement sa meilleure amie. Celle-ci l’écouta attentivement et comprit son problème. Elle laissa quelques minutes Hélène et revint avec un petit flacon qu’elle lui tendit. Elle lui expliqua qu’il contenait un filtre magique, qui avait le pouvoir de modifier son apparence pour quelques heures. Comme ça, elle pourrait aller voir son Prince et enfin savoir s’il l’aimait pour elle ou seulement pour son apparence.

Hélène avait un peu peur, elle hésitait, ne sachant pas vraiment si elle était assez forte pour sortir de cette épreuve. Puis, alors qu’elle croisa son reflet dans le miroir, sa peau si lisse, ses traits parfaits, ses cheveux soyeux, sa décision fut prise et elle avala d’un trait le liquide rouge.

Ce fut une douleur intolérable qu’elle ressentit, elle cacha son visage derrière ses mains et tenta de dissimuler ses cris de douleurs. Elle avait l’impression que sa peau était en feu et qu’on lui lacerait le visage. Puis se fut terminé et Hélène retrouva son souffle, allongée sur le sol. Elle se releva et croisa les yeux effrayés d’Annie, qui lui tendit un miroir en tremblant. Elle semblait avoir 70 ans, sa peau était fripée et couverte de cicatrices qui barraient son visage des pommettes aux lèvres. Seuls ses yeux, miroir de l’âme dit on, n’avaient pas changé. Elle eut besoin de beaucoup de courage pour sortir de sa chambre et aller rejoindre celle du Prince. Elle toqua doucement et entra timidement quand il l’invita. Dans la pénombre, il ne la voyait pas, il l’accueillit gentiment et elle lui demanda s’il l’aimerait toujours, même si elle devait être laide. Il lui assura que son amour était pur et sincère, mais quand elle pénétra dans la halo de la lune, le Prince ne pu réprimer un cri de dégoût. Hélène eut l’impression qu’un gouffre s’ouvrait sous ses pieds, ainsi, c’était vrai, les gens ne l’aimaient pas, les gens n’aimaient que son apparence. Un bijou pour parader, voila ce qu’elle était et dans sa vanité, elle n’avait jamais voulu le croire. Mais sa déception ne s’arrêta pas là, le Prince la congédia aussitôt, lui disant qu’il ne pourrait jamais avoir pour épouse une Reine hideuse.

Hélène partit en pleurant dans sa chambre rejoindre Annie, afin qu’elle lui donne l’antidote. Elle voulait rentrer chez elle désormais, mais ne pouvait garder ce masque infâme. Annie l’attendait avec un sourire en coin et lui dit d’une voix froide qu’il n’y avait pas d’antidote. Qu’elle n’avait jamais été son amie, elle qui avait essayé de lui voler son fiancé. Fiancé qui continuer à lui promettre bien des choses, fiancée qui l’aimait elle, depuis des années. Elle lui dit que désormais, elle serait punie d’avoir cru que le monde était à ses pieds juste par le hasard d’une naissance bénie.

Elle appela les serviteurs, pourtant si aimables avec elle auparavant et leur donna l’ordre de la mettre dehors. Hélène courut vers les appartements du Prince, mais elle ne les atteignit jamais. L’inconstant avait déjà donné des ordres pour faire partir celle qui lui était inutile désormais.

Hélène fut donc jetée du Palais en plein milieu de la nuit. Elle se retrouvait seule, démunie et défigurée, sans savoir où aller. Elle voulait rentrer chez elle, mais l’humiliation était double. Elle avait perdu ses rêves de grandeurs, elle avait perdu sa beauté… Et si les gens là-bas réagissaient comme au palais ? Elle pensa à son vieil ami et à ses paroles, si seulement elle avait été plus humble et l’avait écouté ! Elle était heureuse là bas, mais trop vaniteuse, trop exigeante pour s’en apercevoir…

Elle erra de longs jours et trouva finalement un travail dans une petite auberge de village. Les patrons, des gens simples mais rudes furent d’abord réticents à l’embaucher, son visage était vraiment effrayant, mais pour faire les ménages, cela ne posait pas de problème. Hélène eut beaucoup de mal à faire ce travail, ou même n’importe lequel d’ailleurs, elle n’avait jamais vraiment eut à faire des taches manuelles, tout le monde avait toujours été à son service. Mais elle tint bon et au bout de quelques temps, elle s’était faite à cette nouvelle vie et même à son nouveau reflet.

Elle avait décidé de ne pas retourner chez elle, elle envoya une simple missive, disant à ses parents qu’elle n’épouserait pas le Prince, mais qu’elle été heureuse de sa nouvelle vie. Elle ne donna pas son adresse, refusant de les voir, se disant qu’un jour peut être, elle serait assez forte pour affronter ses fantômes.

Ses marques s’atténuèrent au fil des mois, mais ses traits ne redevinrent jamais jolis. Seuls ses yeux faisaient que les gens n’étaient pas dégoûtés en la croisant. Cela lui faisait mal au début, mais la satisfaction d’avoir quelques vrais amis compensa à force cette douleur. Les aubergistes finirent par la traiter comme leur fille et au bout de quelques mois, elle servit en salle, retrouvant le sourire, parlant et plaisantant avec les clients qui venaient régulièrement.

Elle s’était faite à cette nouvelle vie, cela faisait presque un ans qu’elle habitait dans ce village, le Prince s’était marié avec Annie et elle lui avait donné un petit héritier… 7 mois après le mariage, un prématuré, disait on… Elle n’envisageait plus de rentrer, elle avait une nouvelle vie.

Un matin, un étranger poussa la porte et alors qu’elle prenait sa commande, elle faillit défaillir. Cet étranger était Simon, elle l’avait aussitôt reconnu. Il avait énormément changé, ce n’était plus l’adolescent qu’elle avait connu, mais un homme, grand et musclé. Lui ne sembla pas la reconnaître, il eut un léger temps d’arrêt face à son visage marqué, à ses yeux, comme tant d’autre, mais il lui commanda une boisson, sans ajouter d’avantage de mot. La jeune fille eut besoin de quelques secondes pour reprendre ses esprits et elle essuya quelques larmes dans la réserve avant de revenir le servir. Tout son passé lui revenait, le manque de son meilleur ami également. Et lui non plus, ne la reconnaissait pas. Lui aussi était illusionné par son ancienne apparence.

Simon resta toute la journée à l’auberge, discutant avec les patrons, ce qui n’arrangeait pas la jeune fille, elle se porta donc volontaire pour toutes les corvées de la journée, s’éloignant le plus possible de lui. Elle était tellement triste et savait qu’il lui était impossible de lui révéler son identité. Et plus que le reste, ce qui la faisait souffrir était l’amour qu’elle éprouvait pour lui et qui s’était enfin révélé à son âme. Elle aussi avait été aveugle pendant des années et il avait fallut qu’elle devienne un monstre pour voir clair.

Quand elle rentra à la nuit tombée de la ville, l’auberge était silencieuse. Elle traversa la pièce sur la pointe des pieds quand un raclement de gorge la fit sursauter. Elle se retourna et vit Simon, qui était installé dans un coin de la pièce. Il se leva et vint vers elle, alors qu’elle s’était figée.

Il s’approcha et posa sa main sur sa joue. Elle sentit son souffle se couper alors qu’il plongeait ses yeux dans les siens. Il lui dit, d’une voix douce, qu’il la cherchait depuis si longtemps. Qu’il avait traversé le pays de long en large au cours des derniers mois, à sa recherche. Qu’il ne comprenait pas pourquoi elle se cachait. Les yeux de la jeune fille s’embuèrent et elle murmura qu’elle avait honte, qu’elle n’était plus ce qu’elle était. Simon sourit et caressa sa joue, en lui disant que son aspect ne comptait pas. Qu’il l’avait toujours aimé pour ce qu’elle était. Elle n’arrivait pas à le croire, ce n’était pas possible, il l’avait reconnu, il la cherchait depuis des mois, et il lui demandait de rentrer avec lui. Sa famille était extrêmement attristée par son absence.

Elle hésita, puis, le regard franc de son ami la décida. Elle fit ses adieux le lendemain aux aubergistes et repartit avec Simon. Ils réapprirent à se connaître durant le trajet, elle lui raconta ce qui lui était arrivé au palais et lui parla de la vie au village qui avait si peu changé depuis son départ, si ce n’était qu’elle lui avait manqué.

L’arrivée chez elle ne fut pas aussi difficile qu’elle l’avait imaginé, certes, de nombreuses personnes la montrèrent du doigt, se moquant de ce qu’elle était devenue, mais la vaniteuse jeune fille qu’elle avait été n’était plus et elle ne s’arrêta pas à cela. Ce qui compta le plus à ses yeux furent les réactions de sa famille et des ses vrais amis qui l’accueillir à bras ouverts.

Hélène eut une vie heureuse après cela, elle travailla avec sa mère à l’entretient de la maison, puis avec Simon, quand celui-ci lui demanda de l’épouser. Ils eurent de très beaux enfants ensemble et elle eut à cœur de leur apprendre que la beauté physique ne fait pas tout, seule celle du cœur compte. Ils vécurent tous très heureux, loin des fastes de la cour, loin de la vanité des gens, près des vraies valeurs, celles qui font une vie.



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