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Auteur : Fania/TerresDeBrume/EstelioAmen/Claire Geoffroy (oui, je sais, ça fait beaucoup de Noms xD).
Genre : Fantasy, histoire d’amour.
Copyright : Tout est à MOI, donc merci de demander la permission avant de réutiliser ou de redistribuer^^
Note : Les Hemlins sont un peuple d’Elfe un peu particulier, puisqu’ils vivent dans l’espace, autour de la planète de Myranael et de ses camarades. Ils se divisent en trois « Royaumes » appelés Flottes, qui se répartissent sur des navires semblables à ceux qu’on utilise pour naviguer sur l’eau. Leur système est assez proche d’une société Féodale, avec des Capitaines (les Seigneurs) assez indépendants les uns des autres.
Yamir (le héros) est fils de Grand Capitaine, c’est à dire Prince. Quant à Leyara, elle fait partie de la haute noblesse.
Une Affaire de Chance…
Je conserve une image très vive de mon mariage, bien que j’eusse été marié très tôt. Non qu ce souvenir me fut particulièrement précieux ou heureux, mais les quelques impressions qui m’en restent sot d’une étonnante clarté.
Je n’avais guère plus de cent cinquante ans lorsque je fus marié à une noble dont j’ignorais encore le nom. Elle était la fille d’un des plus puissants Capitaines de notre Flotte, et nos épousailles avaient été négociées et annoncées dès sa naissance, tout juste une douzaine d’année après la mienne. Père avait tenu à s’allier ce Capitaine car mon Oncle, jaloux de n’avoir pas obtenu le trône malgré trois heures d’aînesse, levait depuis longtemps une armée pour combattre la nôtre, et le soutien du seigneur Aphir ne pouvait que nous être utile dans la guerre qui se préparait.
De
la cérémonie, il ne me reste que quelques images qui, quoi que
nettes et colorées, demeurent inanimées. Je me souvient, par
exemple, des très longs cheveux roux de Leyara flottant au vent, les
rayons du soleil et des étoiles les parant d’étranges reflets de
miel. Ou encore, la robe qu’elle portait : très blanche et
ceinturée de carmin. Je me souviens également de l’éclat des
étoiles sur les trompettes d’argent, et de l’odeur poisseuse de
la graisse dans les haubans.
Je ne crois pas avoir ressenti une
émotion particulière ce jour là. Non que rien de ce qui se
produisit ne me touchât, mais si l’aspect solennel du rite me
serrait la poitrine d’émotion, je n’ai pas le souvenir de m’être
senti particulièrement touché par la vision de mon épousée. Nous
n’avions alors aucune idée de ce que signifiait « être mariés
». Etait –ce simplement porter de luxueux costumes de fête ?
Observer les Capitaines et les Aides s’incliner tour à tour devant
nous ? Etait-ce devoir sourire aux interminables discours des deux
autres Grands Capitaines, ou tout simplement nous gaver de crevettes
étoilées jusqu’à n’en plus pouvoir bouger ? Nous l’ignorions,
tout comme nous nous ignorions mutuellement.
Ce
n'est que plus tard que je pris pleinement conscience de la réalité
de notre situation. Je ne réalisait que j'étais irrémédiablement
lié à Leyara que lorsqu'on nous poussa dans notre nouvelle cabine.
Je crois avoir d'abord noté les rideaux crème et les cousins
rouges... Je mis quelques temps à réaliser que la pièce ne
comportait qu'un seul vaste lit. Temps que Leyara, bien entendu, mit
à profit pour le déclarer sien.
Dois-je l'avouer? Je n'eut aucun
scrupule à l'en expulser de la façon la moins galante qui soit.
Elle ne tarda guère à se venger en me bombardant de coussins, à
quoi je répondis par de violents coups d'oreiller qui la firent
hurler de rage plus que de douleur.
Si ma mémoire est bonne, nous
fûmes tout deux magistralement fessés par le Second de mon père,
souvenir que son fils -devenu depuis mon ami le plus cher- utilise
toujours pour me tourmenter.
Par
la suite, je peine à me rappeler d'un jour ou ni Leyara ni moi
n'aurions brisé tout ou partie du mobilier. Nous sommes semblables
sur deux points au moins: nous sommes prompts à l'emportement, et
habiles à détecter les faiblesses des autres gens. Nous nous
servions beaucoup de cette aptitude l'un sur l'autre, au grand dam de
notre entourage, qui devait supporter nos accès d'humeur. Lorsque
j'interroge nos domestique, ou même l'un de nos parents, aucun d'eux
ne parvient à se rappeler d'un jour ou il n'y aurait pas eut de cri
ou de bruits de vaisselle brisée.
Je craint fort qu'il n'en
existât point.
Tout
chez Leyara me poussait à la détester. Elle me tenait tête, chose
qu'aucune femme -et fort peu d'hommes- n'avait encore osé. Elle se
riait de moi sitôt que l'occasion s'en présentait et faisait, en
somme, tout ce qu'elle pouvait pour m'être désagréable. Elle
faisait preuve de tant d'habileté dans ce domaine que sa simple
présence me devint bientôt odieuse. Pourtant, par instants, je me
surprenais à noter certains détails sans intérêt, tels que la
façon unique qu'elle avait de plisser les lèvres lorsqu'elle était
en colère, ou encore ce geste qu'elle faisait de passer une main
dans ses cheveux lorsqu'elle était nerveuse. Je détaillais surtout
sa chevelure, qui me fascinait. Une nuit, tandis qu'elle dormait, je
passais mes doigts dans son long catogan et ce contact, quoi que bref
et banal en soit, m'emplit d'une sorte de mélancolie dont je ne put
me défaire avant le matin.
J'ai toujours trouvé Leyara très
belle lorsqu'elle dormait. Eveillée, elle donnait -et donne
toujours- l'impression de ne pouvoir être attainte, comme si une
sorte de forteresse l'entourait. Pourtant, lorsque nos mages créaient
la nuit en empêchant les rayons du soleil de nous atteindre, elle
semblait redevenir elfique, comme si certaines protections
s'évanouissaient en même temps que la lumière.
Malgré
tout, je ne pouvais me résoudre à me montrer plus courtois à son
égard, ni plus galant. Je vivais une période étrange ou, malgré
un impérieux désir de l'avoir pour moi seul, je feignait la plus
totale indifférence pour ses actions. Pis encore, je m'arrangeait
pour qu'elle crût que ses sorties en compagnie de fils de Capitaines
ou de Seconds arrangeait mes affaires auprès de filles de bonnes
familles. J'ignore si elle l'a sut depuis mais, malgré les
apparences, jamais je ne lui fût infidèle.
Et je dois avouer,
non sans honte, que je fit toujours en sorte qu'elle ne puisse se
rendre adultère. Non que j'eusse alors admis les sentiments que
j'éprouvais pour elle, mais je reconnaissait du moins que je ne
désirait pas qu'il lui arrivât malheure... Or, en m'étant
infidèle, elle se fut placée sous l'accusation de haute trahison,
punie de la peine de mort. Combien de jeunes nobliaux ai-je terrorisé
sous ce prétexte? Combien n'ais-je menacé des pires souffrances
s'ils posaient ne fut-ce qu'un regard déplacé sur sa personne?
Je
protégeais mon épouse, tout en assouvissant la jalousie que je ne
pouvait lui témoigner directement... Tout, à mes yeux, était alors
pour le mieux.
Mais
je ne pouvait me trouver toujours à ses côtés. Mon frère, à
l'époque, était trop jeune pour effectuer les missions
diplomatiques que mon père me confiait et qui, en plus d'être
hardues, pouvaient s'avérer dangereuses.
Or un jour, en rentrant
d'une visite à un navire vassal de mon beau-père, j'eu la fort
désagréable surprise de trouver notre
vaisseau mis à sac. Asmir, mon second -du moins devait-il le devenir
rapidement- avait été blessé en protégeant Soramir des
mercenaires qui avaient attaqué. Père et lui étaient tout deux
sains et saufs, mais Leyara manquait à l'appel et, quoi que nous
n'ayons reçu aucune demande de rançon la concernant, un poignard
aux armes de mon cousin découvert sur sa porte ne nous laissa aucun
doute quant à l'identité de ses ravisseurs. J'étais alors assez
âgé et expérimenté pour avoir sous mes ordres une cinquantaine
d'elfes bien entrainés, que j'armais aussitôt.
Une fois parvenus au navire de mon cousin, l'effet de surprise nous servit admirablement: il ne s'était pas attendu à ce que ma réaction soit si prompte, car je n'avais jamais montré un très grand attachement à mon "bibelot" comme certains qualifiaient ma femme. Il nous fallut tout de même combattre pour atteindre la cabine ou Leyara était retenue prisonnière, mais bien que la lutte aie été violente, je ne conserve de cet affrontement qu'un souvenir très flou. En revanche, je ne crois pas pouvoir jamais oublier le soulagement qui m'envahit lorsque je la vis. Elle se tenait droite et très digne au milieu de sa cellule miteuse, son opulente chevelure masquant tou juste le décolleté de sa chemise de nuit.
Elle
croisa les bras lorsque j'entrais puis, désignant sa mise, elle me
repprocha dédaigneusement de trop m'attacher à mes bibelots, y
compris lorsqu'ils étaient en mauvais état.
Ne me demandez pas
quelle impulsion me saisit à cet instant, mais je la giflai de
toutes mes forces, choses que je n'avais jamais faite, et que je ne
refis jamais plus.
Je ne me souvient pas exactement du déroulement
de notre conversation, si tant est qu'on puisse donner ce nom aux
hurlements incohérents que je poussais alors. Je crois l'avoir
traité d'inconsciente, de peste... Probablement de sotte, et
d'inconsciente, à nouveau. Pourquoi passait-elle son temps à
m'insupporter? Et ou avait-elle lut qu'on risquait sa vie et celle de
cinquante des meilleurs guerriers d'une flotte pour les vertus
décoratives d'une femme?
Elle me rétorqua -et jamais je ne
l'avait vue si furieuse- que puisque je le trouvais laide, je n'avais
qu'à l'abandonner à son triste sort, à quoi je répondis sèchement
que je l'eusse fait si je n'avais été si épris d'elle.
Le
lendemain matin, lorsque je m'éveillais, je ne pu m'empêcher de
songer que j'avais épousé la plus belle elfe de toutes les Flottes.
Je me sentais ennivré de bonheur et de félicité, et le changement
qui s'était opéré dans la physionomie de Leyara me fascinait.
Jusqu'alors, elle avait toujours conservé une certaine réserve
jusque dans son sommeil, mais elle était désormais
envolée...
Comment décrire l'éblouissement d'un elfe qui, après
deux siècles de mariage, découvre enfin le véritable visage de son
épouse? Je ne le puis. Je sais seulement que, ce matin là, tandis
que mes doigts retraçaient distraitement la courbe de son dos, je me
sentais le plus heureux des elfes.
Beaucoup
m'ont décrit le mariage, ou tout au moins la vision qu'ils en
avaient. Asrim, toujours cynique, aime à le qualifier de
prostitution contractualisée. Père le décrit comme un vaste tissus
de compromis, et Soramir ne se défera sans doute jamais de l'idée
que le mariage ne devraient être régi que par les lois de
l'amour...
Ma vision des choses a longtemps oscillé entre les
trois précédentes. Je n'ai eut aucune part au choix de mon épouse,
auprès de qui chaque changement devait faire l'objet d'âpres
négociations. Sa seule utilité, dans beaucoup d'esprits -y compris
le mien, pour une certaine période- devait être de porter mes
héritiers, mais sans amour...
Pourtant,
lorsque je revois notre parcours, je songe au hasard qui fit que mon
père l'eut choisie plutôt qu'une autre, à celui qui me fit voir
quelle elfe merveilleuse dissimulait son caractère. Je songe aussi à
ce jour ou j'aurais pu arriver trop tard pour la sauver, ce jour ou
elle eut pu me rejeter définitivement...
Lorsque je songe à tout
cela, je le sais à présent, je tends à la fixer d'un air absent.
Cela l'agace et elle fronce les sourcils avant de m'interroger sur
mes pensées. Et comme je ne réponds pas, elle me frappe à coups de
poings jusqu'à ce que je lui immobilise les poignets et l'oblige à
se recoucher dans notre lit.
Alors, tandis que mes lèvres s'égarent sur les siennes, je réalise que le mariage n'est finalement rien de plus qu'une affaire de chance...