
Essai d'écriture. Une nouvelle ayant pour thème la vengeance.
Rated: Fiction K+ - French - Suspense - Words: 1,449 - Reviews: 1 - Published: 11-30-09 - Status: Complete - id: 2746715
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Tout cela n'avait aucune importance. Les murmures, les regards des invités ne comptaient pas plus que les meubles qui décoraient la pièce. Elle avançait, guidé par son cavalier, sans prêter la moindre importance aux chuchotements que faisaient naître sa présence dans ce salon mondain. Comme souvent sa réputation la précédait, suffisante pour attirer l'attention des convives.
« C'est donc elle! Monsieur Basseuil tient son rôle de chaperon très à coeur.» Murmuraient des voix anonymes sur son passage alors qu'elle s'asseyait sur une chaise qui lui présentait son chevalier servant pour la soirée, avant de lui proposer d'aller lui chercher un rafraîchissement ce qu'elle accepta d'un hochement de tête.
« Oui, c'est mademoiselle Irène. La voyante la plus en vue du moment. » Affirmait sur un ton de confidence d'autres invités en donnant des détails aux curieux qui n'avaient pas encore eut l'occasion de la rencontrer. « Cette jeune femme a un don remarquable pour dévoiler le passé et l'avenir. »
« Vraiment? » S'étonnait les moins crédules sans pour autant cesser d'observer la ravissante jeune femme blonde qui souriait timidement à l'homme aux cheveux grisonnant qui lui prenait sa main droite pour y déposer un verre.
« Oui, elle fera certainement ce soir une démonstration de son talent. Savez-vous que jamais elle ne pratique son art sans public? Imagineriez-vous en la regardant qu'elle est aveugle? » Marmonnaient les mauvaises langues, toujours prêtes à faire circuler les rumeurs. « Monsieur Basseuil est un banquier influent, je n'aurais jamais cru possible qu'il s'intéresse à ce genre de frivolité, surtout vu son âge. »
Irène écoutait attentivement les fragments de conversation qui lui parvenaient, gardant son visage impassible devant les déclarations des invités. Elle tenait à jour les informations qui circulaient à son propos, s'assurant que les ragots se conformait à ses attentes. Elle n'était pas aveugle même si sa vue était effectivement mauvaise. Cependant elle se gardait bien de détromper son entourage à ce sujet. Son père adoptif lui avait enseigné comment dépasser ce handicap pour en faire une arme contre ses ennemis. Naturellement, elle ne possédait aucun don réel d'extra lucide, mais elle avait développé sous la houlette de son père, des capacités d'observation et d'analyse qui pouvait en donner l'illusion, surtout quand la majorité des gens la considérait comme non-voyante.
Toute sa vie n'avait eut pour objectif que de venger l'homme qui l'avait tiré de la pauvreté près de 15 ans auparavant. Le plan machiavélique auquel son père avait tout sacrifié, prenait véritablement son essor en cette soirée d'automne, dans ce salon mondain. Toutes les années qui s'étaient écoulées depuis que son père l'avait recueillit, n'avaient été utilisées que dans le but d'atteindre ce moment.
Irène regrettait un peu que l'homme qui l'avait élevée ne puisse assister en personne à la chute de ceux qui l'avaient trahit, mais il avait succombé quelques mois auparavant à une maladie du foi, sûrement causé par la quantité d'alcool frelaté qu'il avait ingurgité sans vergogne au fil du temps pour noyer son chagrin.
Un peu seulement car son père adoptif ne lui manquait pas, tout comme les punitions et les coups qu'il lui assenait généreusement quand il remettait en cause la motivation de sa fille à lui obéir. Elle se devait de se montrer digne de la confiance et du temps qu'il lui avait consacré. Elle était l'instrument qu'il avait façonné pour détruire ceux qui s'étaient dit ses amis et qui l'avait trahis. Il ne cessa de le lui répéter du premier jour de leur association à son dernier souffle.
A sa mort, elle s'était demandée s'il était nécessaire de continuer de mener cette mission ? Son don de voyance commençait à être reconnu et elle avait des clients réguliers qui lui permettaient d'avoir un revenu confortable, sans compter les spectateurs friands de ce genre de spectacle, venant de plus en plus nombreux pour assister à ses consultations. La jeune femme reconnaissait que son père avait eut une idée de génie en lui faisant pratiquer son don devant témoins, allant ainsi contre les habitudes de cette profession qui s'exerçait généralement en privé. Grâce à cela, sa réputation avait rapidement grandit parmi les petites gens avant d'être colporté jusqu'aux personnes influentes. Ses révélations qui s'appuyaient sur l'observation et une connaissance approfondie de la nature humaine, surprenaient par leur justesse. Elle avaient donné toute la mesure de son talent dans d'autres salon, où même les plus septiques avaient dû reconnaître qu'elle maîtrisait parfaitement son art.
Elle aurait pu se satisfaire de la tournure exceptionnelle que prenait le cour des évènements mais Irène ne pouvaient oublier les tourments qui avaient rongé l'âme de son père, lui causant à elle aussi de cuisantes souffrances. Elle ne pouvait oublier son enfance volée pour que cet homme aigri puisse parvenir à ses fins. Sentir le poids de sa vengeance reposer sur ses épaules pendant autant d'années, avait conduit la jeune femme à le faire sien. Elle en voulait à ces hommes d'avoir détruit celui qu'elle appelait son père et pour avoir fait de sa vie d'enfant un calvaire.
Irène venait de finir son verre quand le maître de maison vint l'inviter à se mettre en place. Lui accordant sa main pour qu'il la guide jusqu'à la table où elle officierait, elle chassa ses mauvais souvenirs de ses pensées pour se concentrer. S'asseyant au centre d'un cercle de chaise où les invités prenaient place tout en continuer de discuter à mi voix, elle posa ses mains devant elle et attendit. Quand tout le monde eut prit place et que le silence se fit parmi les convives, Irène tourna vers eux son regard vert, voilé et laiteux, en leur souriant.
« Si vous le souhaitez, nous pouvons commencer. » annonça-t-elle d'une voix mélodieuse et posée. Elle attendit que l'un des hôtes du salon la rejoigne autour de la table. Peu lui importait qui viendrait. Elle savait tout ce qu'il lui était nécessaire de connaître sur les personnes présentes. Son père y avait veillé et tout ce qu'il ne pouvait découvrir et qu'ils cachaient à leur propos, aucun d'entre eux ne pouvaient le cacher à ses yeux entraînés à voir au delà des apparences.
Elle sourit en entendant le bruit d'une chaise que l'on repousse. Elle ne fut pas surprise en reconnaissant son cavalier. D'après la démarche et l'allure de monsieur Basseuil, elle déduisit qu'il était sûr de lui et qu'il pensait n'avoir rien à craindre de ses révélations. Elle patienta jusqu'à ce qu'il se fut assis en face d'elle, pour lui tendre une main paume en avant. Il marqua un temps d'hésitation avant de déposer la sienne dans celle qu'elle lui tendait. Il devait être un peu plus nerveux qu'il ne le laissait voir aux premiers abords, d'après l'aspect moite de sa peau. Irène referma sa main, resserrant l'étreinte qu'elle exerçait sur celle de son vis à vis. Elle le fixa de son regard si particulier mettant l'homme mal à l'aise. Il détourna les yeux cherchant à l'aide d'un sourire forcé un peu de soutien dans l'assistance .
« Quelqu'un dans cette assemblée veut vous nuire. » annonça Irène d'un ton neutre ce qui le fit sursauter et blêmir.
« Cela n'a rien d'une nouvelle sensationnelle. » ricana nerveusement monsieur Basseuil en essayant de dégager sa main. « Une homme dans ma position est souvent à l'origine de jalousie et d'envie! Comme beaucoup d'entre nous!»
Irène sourit avec indulgence à l'homme. Elle pouvait parfaitement sentir le tremblement qui agitait sa main ainsi que le rythme de ses pulsations cardiaque qui s'était accéléré. Peu importait la force de son démentit ou de ses remarques, elle avait réussi à semer le doute dans son esprit. Elle le tenait dans le creux de sa main, lui mais aussi l'ensemble des spectateurs. Elle n'avait pas besoin de se presser. Elle avait tout son temps et elle le prendrait pour savourer chaque minutes de cet emprise qu'elle avait sur le cour des évènements. Finalement sa vengeance avait un goût de pouvoir qui la grisait et qui causerait certainement sa perte, mais Irène n'en avait cure à cet instant, elle savourait son premier pas dans ce bal où elle se jurait de damner tous ses cavaliers.
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