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Pas touche
Author:
Pansu PM
Un O.S. du démon, ou comment faire sombrer un hétéro 200%, macho, en une petite créature "soumise"! Venez voir l'homme passer du coté Gay de la force! Entre T et M, romance, Yaoi
Rated: Fiction T - French - Romance - Words: 12,126 - Reviews: 39 - Favs: 48 - Follows: 3 - Published: 03-02-10 - Status: Complete - id: 2780900
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Titre : Pas touche (One shot)

Rating : Entre T et M

L'histoire est à moi bien sûr, donc si vous débordez d'amour envers l'intrigue, que ce n'est pas déjà du réchauffé, et que votre seule envie dans la vie est de la développer, parlez en moi, ce sera avec plaisir !

Note : Vous qui n'aimez pas voir deux personnes du même sexe s'entrelacer (vous avez vu, je n'ai pas dit homophobe ! Je trouve le terme péjoratif et ce n'est pas de votre faute si vous êtes fermés d'esprit… je suis gentille hein, hein ?^_^ !), et bien détournez donc vos frêles yeux de cette fiction du démon !!!

L'histoire : Comment sombrer du statut 200% hétéro à un peu moins… Histoire de tromperie, de boite gay, de préjugés en miettes, de caractère de merde et de mes chéris d'amour ! Pour ceux qui lisent Pulsion en même temps, je dois en effet admettre que j'ai manqué d'imagination sur les descriptions des perso…. Héhé, donc si vous voulez ajouter du piment à l'intrigue, vous pouvez visualiser Jurde en Camille, et Timothée en Gustave… c'est Caprice qui ne serait pas content, mais chut, ne lui en disons rien Niark niark !!!

Un petit one-shot écrit comme ça donc. Je ne saurais dire s'il est original (je ne lis pas tant que ça, sorry T_T), je ne saurais dire si l'histoire plaira, mais j'avais l'irrépressible besoin de l'écrire, et donc en bonne chieuse, je ne me suis pas gênée. Dites-moi ce que vous en pensez, et si à l'avenir mieux vaut se contenir, ou se déchainer de plus belle hihi ! (pour les reviews anonymes, je tâcherais d'y répondre sur ma page profile !)

Bonne lecture !

Ps : Et désolée pour les fautes d'ortho… si une bonne âme se trouve tentée, qu'elle n'hésite pas à venir me secourir lol !

---Pas touche ---

-Putain ! Mais c'est quoi ce bordel ?

Ma petite amie rougit, avant de s'éloigner prestement de la femme qu'elle embrassait (langoureusement, me dois-je de préciser)

Linda ne répond pas tout de suite, et ma colère ne fait que s'accroitre.

-Réponds femelle ! Qu'est-ce que tu fous ? Qui c'est ?

Elle se balance, se trémousse et je lui en foutrais des claques à la pelle.

-Voici Cindy, lâche faiblement ma petite copine de tout juste cinq mois. Je l'ai rencontrée sur le net, et… je sors avec.

Et merde... Encore ?

Je ferme les yeux, et m'appui contre l'embrasure de la porte. Et oui, quitte à me faire cocufier avec une femme, mieux vaut que ce soit fait de façon théâtrale.

-Depuis quand ? Grincé-je tout bas.

La réponse met une fois de plus du temps à venir, et je me félicite d'avoir fermé les yeux. Je me refuse à voir ses petits coups d'œil inquiets avec sa trainée.

-Deux mois.

Deux mois. Bon sang. Ah j'en ai marre, j'en ai marre et j'en ai plus que marre. Pourquoi c'est toujours pour moi ce genre de coups foireux ? Tiens, je veux me plomber. Ou mieux, la plomber elle.

Pff. Ce n'est même pas de sa faute si elle est conne. Et puis, ce n'est pas comme ci c'était la première fois que ça m'arrive.

Je rouvre les yeux, mais ce faisant je perçois un coup d'œil dégoulinant d'amour de la femme silencieuse. Pour la défense de Linda, cette « amante » n'est pas mal du tout. Blonde, gros seins, gros cul, métis je me la serais bien tapée. Je me retourne vers la brunette au joli minois dont je me croyais l'unique propriétaire.

-Je ne te satisfais plus, c'est ça ?

Linda s'approche doucement, et a même l'audace de me dédicacer son sourire « spéciale poufiasse des soirs torrides »

-Mais non Timothée, tu sais bien que je t'adore (notez le « je t'adore »… c'est d'un chou ! à pleurer) et puis on s'amuse bien tous les deux.

(Et ça y est un nouveau regard torride vers sa dulcinée à la peau du soleil… bon ça pourrait en exciter certains. Moi ça a plutôt tendance à me dégoûter… question de goût je suppose)

-Mais toi, conclut-elle, c'est pour le cul. Cindy, elle… je l'aime !

Et vas-y qu'elle en remet une couche. Dans le brouillard de ma fureur atterrée, je me demande si elle va me faire le coup du… ah oui elle me le fait…

Linda tend la main vers « Cindy », qui s'amène avec un petit sourire timide.

-Timothée, je te présente Cindy… je comptais te la présenter plus tôt.

-Tu aurais dû, susurre la bonde. Il n'est pas mal du tout, je te comprends dans ton choix.

Puis elle s'adresse à moi.

-Je suis enchantée. (Sa main vient effleurer mon torse.) Je pense que nous pourrions faire plus ample connaissance. Linda, ça te dérangerait si on faisait un truc à trois ?

Approbation enthousiaste de la brune, moi qui me sauve à toutes jambes. Non mais je suis quoi moi dans l'affaire ? Un jouet ? Oh non ! Je refuse, je refuse et je refuse encore. Je sais que vous autres, hommes de ce monde, vous seriez restés…

Mais moi j'ai déjà tenté et non merci. Elles s'occupent de vous cinq minutes, puis font joujou à deux dans leur coin. Et moi, je n'aime pas cette déconcentration dans le mouvement. Le cul, ça ne rigole pas merde !

Mes pas me guident sans but et brusquement je songe à ma situation.

Il est tard, les fêtards m'entourent de toute part et je me retrouve tristement seul en ce samedi de décadence. Pourquoi ça finit toujours ainsi ?

Quelle vie de merde… je dois sans doute être maudit pour avoir une existence de ce type. Inintéressante. Fauchée.

Mon téléphone sonne, je réponds.

-Allo Timothée ? Qu'est-ce que tu fais de beau de soir ?

Mon meilleur ami. Ou presque. Plutôt un con si vous voulez mon avis. J'ai le permis et lui non. Tout de suite l'on comprend mieux pourquoi il m'apprécie tant les weekends, symbole de sorties en tous genres.

-Encore ? S'esclaffe-t-il une fois mon aventure sommairement énoncée. Putain mais tu te les coltines ! Une de plus, et l'on pourrait penser que tu le fais exprès.

-C'est ça, très drôle.

Patrice ne prend pas garde à mon ton amer. Il s'en fout surtout.

-Sérieux ça ne t'a jamais traversé l'esprit d'agir à l'unisson?

Je grimace.

-C'est-à-dire ?

-Et bah, le faire avec un mec ! Non parce que ne se taper que des nanas qui préfèrent changer de tendance après soi, moi ça me foutrait les boules… j'aurais envie de me venger… non ?

-Berk ! Dis pas de conneries, les PD c'est pas mon truc…

-Eh, ça ne sert à rien de s'énerver, je déconne… Ca nous ramène à la bonne vieille question : tu fais quoi de beau ce soir ?

Et ça y est, l'intérêt du profiteur. Je m'excite sans doute tout seul, mais je suis toujours furax. Je n'attendais pas le réconfort maternel de circonstance, mais je suis carrément hors de moi.

-Ah tiens, je fais quoi ce soir ? Je vais m'envoyer en l'air ! Aboyai-je avant de raccrocher.

Que des cons, des cons et juste des cons. Si j'étais plus calme je relativiserais en songeant à ma propre connerie, mais pas ce soir.

Un point lumineux attire mon attention et dans ma furie embrumée je traine mes guêtres jusque là. Une boite de nuit homosexuelle.

Le destin peut-il décider de s'acharner sur un seul être ?

« S'acharner ? Souffle la voix du démon dans ma tête (Ouh, si j'en suis à entendre cette voix, c'est que le pire reste à venir) pourquoi s'acharner ? Poursuit la voix ensorcelante. Ils te prennent tous pour un moins que rien ! À ton tour. Fais leur voir que toi aussi tu peux y jouer.

« Mais…

« Il n'y a pas raison que tu sois le seul cocu. Vas, et fais-toi le premier mec qui passe !

Je plisse les yeux mais la voix se révèle trop tentante. En moi ne règne que colère, tristesse et frustration. L'espace d'un instant, d'une soirée, je ne désire qu'une chose, ne plus être le perdant de l'histoire. Quitte à faire « Ca ».

Les néons illuminent mes yeux fous et je décide d'entrer pour me mêler à cette foule du péché. Et quel péché ! Il ne me faut pas même dix secondes pour comprendre l'ambiance générale de la scène. Du sexe, du sexe et encore du sexe. Ah oui et de l'argent.

Pour leur défense (en cet instant de débauche, je suis prêt à me faire l'avocat du diable, jugez de ma bonté), l'ambiance n'est pas si différente d'une boite de nuit hétéro. Ici, seuls changent les couples.

Les femmes se cajolent, les hommes se frottent les uns aux autres et je peux deviner les bécotages lascifs dans les coins sombres. Soit.

Tu es là Timothée, alors assume. Je carre les épaules, prends mon air froid d'homme à ne pas faire chier, et d'un pas que je veux déterminé, je me dirige vers l'unique lieu sûr qui m'apparaisse : le bar.

Ah petit bar, ici ça devrait aller. Je m'installe et jette un coup d'œil plus professionnel sur la salle. Ok, maintenant la mission : Se trouver le petit être chétif que je pourrais dominer. Parce qu'excusez-moi, mais il n'y a pas encore écrit abruti sur mon front. Tenter les mecs, certes, mais inutile de m'imaginer jouer dans le rôle de la fille. Aujourd'hui, je serais l'homme qui dompte l'homme. Je ne serais pas en dessous. Jamais.

-Je vous sers un verre ?

Je me retourne et retiens une grimace, ainsi qu'une sévère envie de fuir.

-Non merci, répondis-je au gorille qui me fait face.

Trop grand, trop massif, et je ne serais jamais en dessous. Jamais.

-T'es sûr ?

Je le fusille du regard et le mec n'insiste pas.

Le barman choisit ce moment pour approcher et je le hèle.

-Une vodka pour moi.

L'homme acquiesce, et je le vois s'affairer. Là aussi trop massif. Trop musclé. Intimidant. Dommage, car il est plutôt mignon. Je secoue la tête en m'horrifiant de cette pensée. Pas le barman voyons… il faut être pragmatique que diable !

Ma vodka arrive, un sourire de la part du géant.

-Vous auriez dû accepter l'offre de l'autre, ça vous aurait évité de payer.

Mais oui c'est ça, quel bon conseil ! Je considère moyennement utile de répondre à cette remarque inepte, aussi je ne le fais pas et paye avant de me remettre en chasse.

Allez quoi, un être frêle et désarmé, ça doit bien pouvoir se trouver ici ! Je suis dans un bar gay après tout. Où sont les hommes fragiles que nous décrit si bien la télé ?

Tristesse, je ne peux en conclure que deux options ; soit les médias mentent (le choc, moi qui croyais en la pureté de ce monde !) et les hommes ne sont pas forcément des substituts de femmes poilues de partout, où bien cet endroit est réservé à des hommes bien trop virils pour que me les faire fut enthousiasmant. Je ne doute pas en effet que ce serait moi qui passerais à la casserole.

Je reprends mon verre posé là, et dépité j'avale le tout d'une traite. Hmm, le goût est différent. Pas dégueulasse, mais plus pâteux, agréable… intéressant.

Le point positif dans cette triste soirée, c'est qu'il semblerait que j'ai du succès. Merde, je ne vois pas pourquoi, je suis un mec normal moi aussi.

Légèrement éméché, je m'en ouvre à mon cher barman une fois deux autres mecs refoulés. Le barman sourit et je m'attarde sur les fines ridules de gaieté qui magnifient ces traits d'homme couleur crème. Je ne savais pas que j'étais drôle. Débile, je lui renvoie son sourire.

-Quoi ?

Il secoue la tête.

-Non rien. Mais tout le monde ne vous considère pas comme « normal » ici.

Je m'examine dans la glace posée derrière le bar, et plisse le front. Mon reflet bronzé agit de même. Bah quoi, oui je ne suis pas mal. Mais ni plus ni moins que d'autres alentour. Juste assez pour plaire aux femmes.

Je suis plutôt petit, plutôt fin, et l'on me rajeunit souvent. J'ai vingt-cinq ans, on m'en donne six de moins. Les femmes semblent apprécier mon regard vert, mes cils épais et mon caractère de merde.

Non vraiment je ne comprends pas. Je fais part de mes réflexions à mon barman (curieux phénomène mais oui un employé qui ne coure pas en tous sens est un concept possible… la preuve). Celui-ci me dit exactement ce qu'il ne fallait pas.

Semblerait-il que je paraisse enfantin et fragile… mignon ? Le comble. Je pense que je dois être bourré, fait étonnant au vu du petit verre que j'ai bu, mais je me mets à lui déballer ma vie. Que je ne suis pas gay moi monsieur. Un hétéro à deux cent pour cent, un homme, un vrai de vrai qui se fait tromper à tout bout de champ par mes « compagnes ». Et non, ce n'est pas à cause de mes attributs, mon Popole est proportionné comme il faut, ce n'est pas ce détail qui les fait fuir !

Toujours ce sourire chez mon interlocuteur et j'ai de bonnes raisons de penser que mon ébriété l'amuse, quoiqu'il fronce légèrement les sourcils ! Bah quoi, il n'a jamais vu quelqu'un bourré ? Dans ce lieu infâme, en tant que barman, on eut pu penser qu'il aurait davantage l'habitude…

Je vois enfin passer un être efféminé au fond de la salle, mais d'une je crois bien que je ne suis plus en état de faire quoi que ce soit, et de deux l'être semble déjà occupé avec pas moins de cinq hommes. Mince ! Et puis, je n'ai pas envie d'un être chétif à ce point.

Une main m'agrippe brusquement la taille et je constate d'un air vitreux qu'il s'agit de l'un des types un peu plus tôt.

-Ca va ma belle ?

L'homme me décerne un clin d'œil, et son sourire s'accentue davantage en me contemplant. Berk berk et berk, je rêve où il me fait du rentre-dedans massif là ?

Je me dégage faiblement, totalement à la ramasse. (Je commence d'ailleurs à me demander si un seul verre peut réellement provoquer un effet pareil.)

-Va te faire foutre.

La grimace du colosse ne faiblit pas et me voila de nouveau dans ses bras tandis que son haleine d'alcool infecte me donne la nausée.

-Voyons mon ange, ce ne sont pas des manières de parler. Viens, je vais t'apprendre les bonnes manières.

Je tente le poing, mais sa tête bouge trop vite, ou moi trop lentement, tandis qu'il se saisit de ma main pour l'embrasser.

-Viens mon ange, je vais t'emmener dans un endroit tranquille.

Je tente de gueuler, de rugir, de hurler mon indignation, l'ensevelir sous des montagnes d'injures de ma composition, mais je ne peux. Un sursaut de lucidité m'apprend que je suis déjà près de l'entrée, et que je ne peux strictement pas lutter.

On m'a drogué, compris-je, moi l'habitué des soirées alcoolisés. Le dégoût m'envahit. Je ne pensais pas tomber plus bas ce soir, et voila que je subis dommage destiné aux femmes. Je suis un mec, merde !!! Depuis quand suis-je devenu la proie ? Je veux être le chasseur !

Je peux lutter intérieurement autant que je le souhaite, le pervers m'emmène toujours et je sais qu'une fois sorti, il sera trop tard, plus personne ne pourra m'aider. Je mobilise donc mes dernières forces, et tente le coup de pied. Il ne cille pas même sous l'impact d'une faiblesse à en mourir de honte, et pour parer à tout cris, je me retrouve bâillonné. Et ce devant tout le monde. Mais las, c'est la fin de soirée, et plus personne n'est en état de voir qu'il y a kidnapping d'un jeune hétéro vigoureux. Encore que…

La poigne me lâche brusquement, et je m'écroule au sol tandis que les ombres dansent autour de moi. Les ombres se bousculent et l'une saisit l'autre pour la soulever. Hmm, beau… froid… dodo… (Qu'est-ce que la drogue nous rend intelligent parfois !)

Puis je me retrouve à nouveau sur mes pieds, et l'ombre prend fugitivement la forme du barman de ma soirée. Celui-ci me maintient debout et en me concentrant je comprends qu'il engueule l'autre enculé.

-Je te l'ai déjà dit Vincent, lâche t-il calmement. Ce n'est pas par la force que tu trouveras le petit ami de tes rêves.

Le petit ami ? Berk. Tiens, ça me donne envie de gerber… pourquoi pas…

Un haut le cœur m'ébranle, et expert, un seau vient devant moi. Que c'est gentil… délicate attention, mais ça ne change pas grand-chose de d'habitude. Je comprends toutefois que l'individu ne veuille pas nettoyer mon dernier repas plus tard. Je me vide donc en cadence, puis va pour m'écrouler à nouveau. Je crois que cette soirée était une mauvaise idée finalement. Je voulais couilloner tous ces homo, et c'est une fois de plus l'hétéro qui finit à terre.

Les bras du barman me rattrapent, et je me retrouve ridiculement soulevé du sol pour venir dans ses bras. Telle la princesse. Non !!!! Pas ça !!!

Pose-moi sale con ! Enfoiré, je suis un mec !!! Je vais t'éclater la face si tu me pelotes.

Ma bouche n'est plus que guimauve et je déglutis ces quelques mots.

-Pas touche.

-Oui oui c'est ça, marmonne gentiment le colosse à la peau d'ivoire dorée. Dors, ça vaudra mieux pour tout le monde !

Bêtise humaine quand tu nous tiens ! Mais son conseil m'inspire, et je cède en bonne femmelette.

-oOo-

-Ahhh

…heu… bien entendu qu'il s'agit là d'un cri guerrier, comme seuls les vrais mâles en poussent. Jamais je ne pousserai un cri horrifié de jeune donzelle en me réveillant en petite culotte chez un inconnu… heu… pitié, faites comme si vous me croyez… passons…

-Du calme, tente de me rassurer le colosse.

Je me lève toutefois d'un bond et fais un triple bond derrière le lit.

-Pas touche. Tu ne m'approches pas.

Mais j'ai trop bougé. Je suis pris d'un vertige et suis contraint de me rassoir sur le lit. Loin de se vexer, le barman m'apporte un verre au contenu douteux et il me précise amusé qu'il ne s'agit de rien d'autre que d'un remède contre la gueule de bois. Snif, je le sais pourtant qu'il ne faut pas bouger un lendemain de beuverie… pour ma plaidoirie, je n'étais pas forcément au courant pour la drogue alcoolisée !

-Cesse de te tortiller ainsi petite peste, croit bon de lâcher le barman, (responsable de l'uns de mes pires souvenirs si je ne m'abuse…Grr !).

Il me lance mon pantalon au nez, que j'enfile tant bien que mal.

Je me sens bizarre, la sensation n'est pas désagréable et brusquement les mains du colosse se retrouvent sur mes cuisses.

-Mais…

-Chut…

Il continu de me tâter et j'en ouvre la bouche d'horreur. Ses mains se raffermissent sur sa prise, et il sort mon téléphone de mon pantalon. Ca sonne.

Oups. Oui, quoi d'autre, il fut heureux, je l'aurais baffé. J'ai déjà du mal à me souvenir des événements désastreux de la nuit dernière, inutile d'en rajouter dans le vulgaire.

Cette règle vaut aussi pour le contenu de ma communication téléphonique. Rien de bien étonnant en fait. Il est près de 14h, mon boulot commençait à 8h. Verdict : je suis viré une fois de plus… quelle surprise, j'en serais presque triste si ça ne me lassait pas tant. vie de merde jusqu'au bout, tel est mon tempo.

Je ferme les yeux et m'étale sur le lit. J'ai mal à la tête, et suis blasé.

-Qu'est-ce que je fous là ?

L'ogre s'assoit à coté de moi, je ne réagis pas. S'il tente quoique ce soit, je le castre.

-On t'a drogué. Je t'ai monté dans ma chambre.

Je me mords la langue. J'espère au moins que j'ai assuré si tel est le cas. Au moins je ne me souviens plus de la chose, ça m'évitera d'être traumatisé trop longtemps.

-Et…

L'ogre pouffe avant de m'ébouriffer les cheveux. Erreur fatale, on n'ébouriffe pas la tignasse d'un homme au saut du lit. Pour la peine, je lui assène le coup de coude de la mort. Désolé pour l'effet carnage, mais j'ai réellement mal à la tête.

-Et rien du tout, conclut le type. Tu étais dans le coltard, je ne suis pas du genre à forcer de pauvres petits hétéro égarés.

-Je ne suis pas égaré, grincé-je méchamment.

-Tu n'as plus d'emploi, ni de copine, énuméra gentiment mon interlocuteur, et j'ai cru comprendre que tu squattais chez elle.

Et merde. Je ne me souviens pas lui avoir dit autant. Une seule solution, fuir avant d'en apprendre suffisamment pour tenter la corde.

Je me lève d'un bon mais sa main vient m'agripper pour m'amener sur ses genoux.

-Pourquoi tant de colère l'ami, murmure l'ogre, tu aurais aimé qu'il se passe quelque chose ?

Et un poing de ma part dans ses dents pour cette technique de gonzesse. Merde, il faut que je fuie au plus vite. Tous des tarés.

-Colère mon cul en string, fourre-là toi où je pense.

Je vérifie que je n'ai rien oublié et me dirige furieux autant que mortifié vers la porte.

-C'est bon tu m'as convaincu, s'esclaffe le nounours de la mort derrière moi. Tu as le job !

J'ouvre la porte et vais pour la franchir mais…

-Quoi ?

Je me retourne.

-Le quoi ?

L'homme me sourit et je ne peux que constater cette beauté animale, et pourtant si peu imposante. Comment un colosse pareil peut-il sembler gamin ?

-Le job, répète-t-il. Tu bosses ici le soir en tant qu'hôte, et je t'offre l'hébergement tout compris, avec pourboire et argent de poche si tu es un gentil garçon.

Je le dévisage, cherche la blague et vire au rouge.

-Mais t'es un grand malade toi ! Tu le sais ça ?

-Oui, et je m'appelle Jurde. Pour toi ce sera « patron ».

J'ouvre la bouche, la referme. Je regarde la porte, l'ouvre, la referme. Suis-je condamné à tout refermer ?

-Tu sais, grincé-je faiblement, il existe de très bons médecins en blouse blanche pour les gens de ton espèce. J'essaye le sourire moqueur mais il s'agit davantage d'une grimace. Ne t'inquiète pas, il faut garder espoir.

L'homme, Jurde (quel nom de merde) me scrute calmement un instant avant de se lever pour s'approcher.

Je me raidis mais ne recule pas. Seuls les tafioles reculent.

-Parle pour toi, lâche t-il.

Sa tête vient tout près de la mienne, et je sens son souffle chaud venir me caresser la joue.

-Avoue que la proposition te tente…

-Va te faire foutre.

-Toi aussi. Tu serais déjà parti si ça ne te convenait pas. Et tu as raison de rester, je ne propose pas ce genre de marché à tout le monde.

Je serre la mâchoire et suis victime d'une brusque envie de l'étriper. Le tabasser, le défigurer. Mais je ne fais rien.

Certains diront que je suis intelligent, que l'homme me mettrait au tapis en moins de deux vu nos différences de gabarit. D'autre diront que je suis un homme du monde, qui sait se contrôler comme il se doit. Je leur dirais bien qu'il s'agit des deux. Intelligent, et gentleman. Mais pas gay.

Et je suis convaincu que la raison pour laquelle je ne suis toujours pas parti au loin, c'est parce que je ne supporte pas l'idée qu'il pense cela de moi. Soit, j'ai ramené mes fesses dans ce trou à ras, mais je n'ai rien fait. Je suis innocent. Totalement. Et en manque d'argent. Un peu. Beaucoup… bon inutile d'insister.

-Je ne suis pas gay.

Toujours ce sourire confiant en face qui me donne l'irrépressible envie de le cogner.

-Pas grave.

-Et je déteste les gays.

-Tant mieux.

-Pardon ?

Jurde s'étire avant d'ouvrir la porte.

-Je commençais à en avoir ras le bol des mecs qui aguichent puis se barrent avec les clients.

Il s'éloigne.

-Au moins, achève-t-il, j'aurais l'esprit plus tranquille… et puis les petites pestes, ça me plait.

Quel connard. Doté d'un nom de merde en plus. Jurde.

Je le vois s'éloigner encore dans les escaliers et comprends qu'il ne me force pas. Il ne tient qu'à moi de m'en aller, et de ne jamais plus revenir. Aller de part le monde, vivre sous les ponts le temps de me retrouver un nouveau job en cette période de crise économique et de licenciement massif.

Encore vivre en perdant, comme toujours. Je fixe ce dos qui m'a promis la stabilité, et me dis que ce ne sera pas pour longtemps. Je le couillonerai, comme je me l'étais promis la veille, et un beau jour je partirai après avoir trouvé un job plus décent.

-Je ne suis vraiment pas gay, craché-je.

-On verra.

Je marmonne dans ma barbe, mais suis conscient que mon sort est tout tracé. Ce soir je serai de corvée.

-Et l'argent de poche ?

Jurde se retourne enfin, et pour la première fois je discerne cette même lueur malicieuse que la veille au bar.

-Ça, susurra t-il de sa voix qui porte malgré les vingt marches d'escalier qui nous séparent, ça dépendra de si tu es un bon garçon.

Bon garçon, mon cul, tu vas en voir de toutes les couleurs, c'est un hétéro piégé qui te le dit !

-oOo-

-Tu boudes ?

Adossé au mur, je tourne la tête vers Jurde, mon « patron ».

-Non.

Jurde vient s'adosser près de moi.

-Si, dit-il tranquillement, tu boudes… Petite peste, bouder est mauvais pour les affaires. Va travailler.

Travailler… quelle vulgarité. Plus encore ici. Je lâche un soupire et fais mine de m'étirer.

-Il me faut un peu plus de préparation psychologique.

-Soit, prépare-toi psychologiquement. (Il se dirige vers son bar à deux mètres de là, avant de me jeter un dernier coup d'œil.) Mais tu as du retard. Si tu ne me ramènes pas quatre personnes au bar d'ici l'heure qui suit, je te vire. Il n'y a pas de place pour les loosers dans ce club.

Grr, looser toi-même sale con. Je serre les poings, ferme les yeux, mais rien n'y fait, je flippe. Qu'il me vire, ce sera plus rapide. J'y songe. Ce sera mon boulot le plus court. A peine une heure. Quel record.

Je jette un coup d'œil à Mimi, l'androgyne à l'air si frêle de la veille et constate que la foule l'entoure sur la piste de danse. Une vraie saleté celui là. Et tout sauf gentil. On m'avait dit que les gays étaient des amours. Et qu'on pouvait leur marcher dessus. De toute évidence non.

Je grimace et décide d'aller trainer mes guêtres sur la scène. Allez du charme, de la passion, j'ai des êtres impurs à ramener chez le patron.

Comme prévu, je bouge un peu, la tension monte. Je tente de rester calme, de rester mâle, mais il suffit d'un corps qui vient se presser contre le mien pour que petit Timothée perde tous ses moyens.

Envie de gerber, de foutre des claques, de mordre, de faire dans mon slip léopard. Merde, merde et merde. Je ferme les yeux, danse toujours en me dandinant sur place à la manière de tous les autres.

Mais là, je sens un truc dur contre mes fesses. Alors là niet. Je me retourne offensé et lui décerne un crochet du gauche avant de m'enfuir dans la foule. On ne bande pas contre le petit personnel. Où vous avez vu ça vous ?

Au bout de trois quart d'heure, je suis officiellement désespéré. Le phénomène s'est reproduit trois fois de suite, et je suis au bord du pêtage de câble. D'autant que Jurde a été très clair. « On ne frappe pas sur les clients…

« Mais il a bandé sur moi…

« Tu les laisses bander autant qu'il faut pour les faire consommer. Ils ont le droit. Un client de plus qui se plaint et tu te trouves un autre job.

Snif, j'en ai marre. Je me demande si les pelotages aussi on n'y a le droit… Je veux pas !!!!!!

Je danse encore, je me demande pourquoi, quand le danger se rapproche une énième fois. Un mâle versant nord, un autre au sud, un à l'est et Jurde à l'ouest… Argh je suis cerné ! Je sens ma dernière heure venir, et sais qu'au moins je serais mort comme un homme. Droit et fier. Avant de sombrer dans leurs mains de l'enfer, je me promets que jamais l'un de leur pelotage sur mon corps merveilleux ne me produira d'effet.

Et puis… une musique de Michael Jackson… Ohh… paix à son âme… je ne l'aimais pas beaucoup…. Mais là, merci bonté divine, je sais quoi faire.

Je me stoppe, les assaillants aussi.

Petit mouvement d'épaule, petit claquage de doigt en rythme avec « beat It », un morceau gravé dans ma petite tête, et soudain le pas glissant du chanteur trépassé.

Au début pas d'effet, tous dansent, et je sens qu'après la surprise, je vais resombrer sous l'assaut des petits bouts durs de toutes tailles. Je déglutis. Ce n'est pas le moment de lâcher. Vas-y, fais ce qu'il faut. Le morceau débute vraiment, et je saute dans un trou de foule avant de ressortir la chorégraphie de mes débuts.

Et là… je suis sauvé. La foule s'agrandit, je suis seul, libre et la musique m'entraine pour que je retrouve toute cette maitrise qui me caractérise. La danse, c'est sans doute l'une des seules activités qui m'allège le cœur de cette manière. Je sais, plus tarlouze tu meurs. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai arrêté, suite aux vacheries de mon père, celles de mes pseudos amis, et je les crois.

Mais en ce lieu de décadence, sous l'œil d'une foule du diable, je ne ressens aucune gêne. Mes pas s'intensifient et la foule se met à chanter. Je fais de même. Elle frappe des mains, je danse mieux et puis… la fin…

Essoufflé je lance un coup d'œil à mon « patron » ; j'ai gagné, je garderai mon job de pacotille.

-oOo-

Et je l'ai gardé. Jurde considère que ce n'est pas si grave d'être nul en drague masculine (et je le suis, héhé, un nouvel acquis sur mon CV : je suis normal !) tant que je parviens à enthousiasmer les foules. La semaine s'est donc écoulée de la sorte, avec moi qui ressort mes années de danse si lointaines, et tous qui en redemandent.

J'évite de songer que j'adore ça ; je le fais pour continuer à vivre au dessus de la boite, sur un lit pliable dans un coin de la chambre du patron, et rien de plus. Parfois je me fais peur, parce que je me rends compte que voir deux hommes ensemble ne me choque plus, que l'idée de deux filles l'une contre l'autre ne me filent plus la gerbe, et que je discute de mieux en mieux avec les homo.

Je me fais peur en les trouvant adorables, en commençant à m'intégrer à leur mode de vie. Chez eux, pas de gêne, si tu veux, tu prends. Pas de pertes, pas de remords, ni de regrets. Ils savent vivre. Je commence peu à peu draguer les hommes pour le fun, et Jurde écoute une fois le soir venu mes exploits en la matière. Je commence à me sentir bien, et c'est malsain.

Seul victoire dans mon esprit, je me sens toujours aussi flippé de temps à autres. Autant avec certains le contact passe très bien, les « déjà-casés » ai-je compris, autant je ne supporte plus ce retournement de situation qui rythme mes soirées ces temps-ci. Jusqu'alors, j'étais le chasseur, le prédateur, désormais je me sens gibier à tout instant et je déteste les effets secondaires.

Je me prends à rougir devant les avances de certains, mes mains tremblent lorsque je crois discerner un sous-entendu affreusement indécent et la possibilité qu'ils pourraient parvenir à leur fin me terrifie. Et soyons honnête, le seul mâle gay et non en couple avec lequel je me sens en sécurité, c'est Jurde. Il est le seul où je ne vois pas le danger, et pourtant les instances supérieures savent combien il est impressionnant.

Mais ne craignez rien, je suis plus hétéro que jamais. Les claques sont exclus, mais ce que Jurde ignore ne peut pas lui nuire. Si je pince l'homme qui me colle de trop près, que je lui écrase subtilement le pied, qu'y puis-je moi cet homme maladroit héhé…

-oOo-

Pff ce soir je suis mort, je me sens vidé. Je regarde mon reflet dans le miroir des toilettes et mon attention s'attarde sur les petites cernes qui m'assombrissent le regard.

Dire que je suis dans une boite gay, je devrais être livide là tout de suite… alors pourquoi ces joues rosées, ce regard brillant d'excitation ? À cause de mes danses enfin saluées par un public ? Où le petit sourire de Jurde ? Hier il m'a dit que je devenais particulièrement doué, je ne saurais dire ce que j'en pense. Joie, gêne, je suis perdu.

Que va-t-il me dire ce soir ? Sera-t-il content de ma prestation ? Aurais-je le droit à mon argent de poche ?

J'imite son sourire d'ours adorable.

-C'était très bien petite peste, lâché-je d'une voix plus grave pour m'imaginer la scène. Tu peux rester ce soir.

Et sans doute m'ébouriffera-t-il les cheveux…

Hmm malsain tout ça.

-Oui, plaisante un homme en refermant la porte des toilettes derrière lui, c'était très bien.

Aussi sec je me redresse et m'éloigne du lavabo.

-Désolé si je t'ai fait peur, susurre le mec.

Deux autres types entrent dans les toilettes, et j'en reconnais un. Ce regard lubrique sur mon être sensible chaque soir, ça ne s'oublie pas, assurément.

-Ce n'est rien, soufflé-je dans une parure de zen attitude, j'avais fini de toute manière.

Il me faut fuir. Je perçois le danger dans chaque fibre de mon corps et mon intuition m'indique qu'il ne s'agit pas d'une coïncidence si les mecs les plus louches de la soirée sont réunis dans le même espace exigu et à l'écart du reste.

L'un des hommes me barrent la route et mes doutes se confirment : je suis dans la mouise.

-Je ne pense pas que tu aies fini quoi que ce soit, murmure doucement le premier, un homme bien bâti au regard assassin. Tu n'as même pas commencé en fait.

Il y a une semaine, j'aurais frappé devant la menace. Mais je ne veux pas perdre le job, aussi je tente le sourire tranquille.

-Je ne vois strictement pas de quoi vous parlez. Il me faut retourner sur la piste avant que quelqu'un ne s'inquiète…

-S'inquiéter ? Mais voyons, il n'y pas de raison, nous allons nous occuper de toi comme il faut.

L'homme qui me bloque le passage, un grand black impassible, se rapproche de moi, et je décide d'employer la méthode de la lâcheté. Je lui écrase le pied, (une technique redoutable vous en conviendrez) avant de me précipiter vers la sortie.

Plus rapide que moi, le pervers me rattrape par les cheveux avant de me projeter en arrière.

-Ferme la porte à clé, ordonne le premier homme au pervers. Puis il se tourne vers moi. Moi c'est Mike. Et ce soir, je veux goûter à ce que tu nous refuses depuis le début.

Je me relève d'un bond et décide que c'est fini. Jurde ne m'en voudra pas de leur refaire le portrait. Petit bout dur, ok, pelotage léger ok, mais là ça devient réellement du grand n'importe quoi.

-Messieurs, vous me laissez partir tout de suite sinon…

-Sinon quoi ?

Les trois hommes esquissent un sourire réjoui.

Mike tend une main vers moi, je lui saisis le poignet et le lui tord avant de lui mettre mon poing dans la gueule. Il s'effondre et je lâche une grimace de colère. Et d'un.

-Sinon je t'éclate la face, grognais-je ;

Le pervers se précipite vers moi, je l'esquive et lui tape dans l'entrejambes.

Haha je suis un warrior. Je suis peut-être petit, mais je n'en reste pas moins vif. Et dans les bastons, j'ai de l'expérience.

Toutefois le grand black ne me laisse pas l'ombre d'une chance. Je lui décerne mon coup de pied du tigre, celui du cobra et même celui du chimpanzé, version terminator trois, mais un seul de ses coups me fait tomber à la renverse. Mazette, un monstre !

Le black me soulève par le t-shirt et je me prends trois poings dans la tronche qui me mettent presque hors jeu. Et lorsqu'il me lâche je n'ai pas grande honte à avouer que je suis à la ramasse. Je me suis défendu, non ?

Le Mike du début revient au dessus de moi et je le regarde d'un air vitreux.

-Pierre, se fâche Mike, tu me l'as abimé. T'es vraiment lourd.

Il me saisit par la mâchoire avant de m'embrasser et je lui fous mon poing dans le nez.

Vous l'aurez deviné, dans ma situation ce n'est pas ce qu'il fallait faire. En moins de deux je me retrouve saisi par les deux autres et Mike me défonce le ventre au point que j'en vomirais bien.

Les larmes me montent aux yeux, effet qui s'accentue lorsque l'on m'arrache mon t-shirt. Je vais me faire tripoter et bien davantage, et personne n'est là pour m'aider.

-Pourquoi ? gémis-je…

-Voyons trésor, tu devrais le savoir. Il ne faut pas tenter les gens comme tu le fais. Ca donne envie…

Je lâche une grimace de douleur en m'essayant à un sourire. Ma bouche est en sang, ça n'aide pas vraiment.

-Tu ne pouvais pas t'envoyer le gay du coin, mec ? … je ne suis pas homo mon pote !

-Tant mieux, ça n'en rend les choses que plus intéressantes.

Il hoche la tête et je me retrouve à plat ventre.

-Je vais te faire découvrir de nouvelles sensations petite chose…

Je me débats mais ne suis pas assez fort. Je ne suis plus qu'une loque, et je m'étonne à peine lorsque j'entends des coups sourds à la porte.

Le pervers me bâillonne d'une main, mais je constate que la situation ne se déroule pas comme escompté.

-Ouvrez, rugit la voix de Jurde.

Ouh, je doute d'avoir déjà entendu cette voix menaçante. Je ne savais pas qu'il en était capable.

Mes agresseurs ne parlent pas mais je les vois s'entre-regarder…

Juste avant que la porte ne soit démoli et que Jurde n'apparaisse.

Je le regarde de mon regard de mec défoncé, il croise mon regard et ce que j'y lis me laisse pantois ; De la rage, et pour la première fois, je le trouve vraiment, mais alors vraiment méchant. Un monstre. Un ogre, non plus un nounours. Wow.

Je le laisse saisir la tête du black pour l'aplatir contre le lavabo et je le laisse encore assommer d'un coup le pervers. Mike se sauve, je ne m'en rends pas compte, car je ne veux pas laisser mon patron me prendre dans ses bras pour me soulever.

Mais Jurde m'adresse le regard destructeur et je cesse de gueuler. Première fois que j'en ai peur. Wow, le choc. Je décide donc de laisser tomber la bataille et ma tête dodeline en tout sens jusqu'à ce qu'il me pousse la tête d'une main afin qu'elle vienne se poser contre son épaule. Hmm, l'effet princesse en détresse ne m'a jamais tenté, mais… qu'est-ce que c'est bon !

Je laisse donc ma tête posée là et je le sens m'emmener à l'abri. Je ne me préoccupe pas des regards sur moi, et j'entends juste un ordre de Jurde à Mimi.

-Occupe-toi du bar, je reviens.

Puis l'obscurité du couloir, et l'on me pose sur un lit. Je tourne la tête, le corps façon guimauve et constate qu'il s'agit de son lit. Ah non, déjà que je viens me faire « secourir », il y a des limites à ce que mon orgueil peux supporter.

-Non mais qu'est-ce que tu fous ? Merde…

-Tim, la ferme.

La voix m'impressionne et je me tais, vaguement gêné. Le regard du colosse me glace et soudain je me sens mal à l'idée qu'il m'en veuille. Je n'ai rien fait pourtant. Mais je l'ai contraint à frapper des clients. Snif, va-t-il me virer ? Dommage.

L'expression de Jurde s'adoucit toutefois et il va chercher de quoi me soigner.

J'ai froid et me sens plus embarrassé encore à l'idée d'être torse nu.

-Laisse-moi faire, lâché-je faiblement lorsqu'il s'assoit près de moi.

Je tente de me redresser mais l'ogre me repousse sans ménagement.

-Tu te tais et t'arrêtes de faire chier.

Une éponge vient sur ma poitrine et je me tortille.

-Ah c'est froid… ne me touche pas.

Mais Jurde semble ne pas être d'humeur ce soir. Il me saisit la mâchoire, si comparable à Mike, et je me raidis.

-Putain, lâche l'homme, tu commences sérieusement à me faire pêter un câble. Tu bouges encore et c'est moi qui te viole.

Pff, menace de merde mais je préfère me tenir tranquille. Je le laisse faire et grimace seulement lorsqu'il touche des zones meurtries. Mon corps s'enfonce dans le matelas et je saisis que je pourrais facilement m'endormir dans ces conditions.

Les mains de Jurde ne sont pas dures sur ma peau, elles sont au contraire réconfortantes, chaudes, et je me sens bien. Je croise son regard, et cille. Il est toujours furieux.

-Tu n'es vraiment qu'un abruti, grince t-il en pinçant les lèvres.

Hein ? Mais je n'ai rien fait. J'ouvre la bouche mais ne parviens pas à parler, je me sens si fragile. Et puis inutile d'essayer, il ne m'en laisse pas l'occasion.

-Pourquoi tu ne les as pas explosés ? Continue Jurde. Je croyais que t'étais un mec, un vrai. Tu ne sais plus te défendre ?

Alors là c'est le bouquet. Qui c'est qui m'a dit de ne taper personne ? Maintenant il me fait de l'incitation à la violence ? Bah ça promet…

Je ne dis rien cependant et le vois reposer l'éponge pour ramener les pansements. Je souris malgré moi.

Jurde hausse un sourcil.

-Quoi ? grogne-t-il face à mon air « gai ».

-Demain, murmurai-je, je serais pansement's man…

-Pff, idiot.

-Non mais sérieux, tu sais ça fait viril d'avoir des blessures partout. Au moins je vais avoir la classe pendant un moment.

Jurde me regarde et le sourire que j'aime tant revient. Il m'ébouriffe les cheveux et en bon abruti je me réjoui du geste. Sa main s'égare sur ma joue et dans cette semi obscurité je frissonne malgré la chaleur de sa paume.

-Tu veux avoir la classe avec qui murmure-t-il ? Les filles ?

Je ne réponds rien, et songe que moi-même je n'en sais rien… attends… si je sais, c'est avec les filles ! Bien entendu que c'est avec les filles… enfin, je crois…

J'hoche faiblement la tête, et Jurde me sourit d'un air moqueur avant de m'embrasser la joue.

-Dommage pour toi, je t'interdis de sortir de là pendant un bon moment… tu es officiellement en congé maladie, et ce aussi longtemps que je le voudrais. Tu es vraiment trop nul en auto-défense.

-Va te faire voir.

-C'est ca c'est ça, dors petite peste.

Je le scrute, puis regarde le plafond blanc. Mes paupières sont lourdes, si lourdes. En sombrant ne reste qu'une sensation.

Non, il ne s'agit pas de mes blessures physiques, ni celles spirituelles. Il ne s'agit pas non plus de mon orgueil mis à mal, ni d'une gêne quelconque. Tout ce qui reste en atterrissant dans les bras d'une Morphée langoureuse, c'est la trace brulante sur ma joue.

Jurde m'a embrassé. Wow ! Merde… je deviens vraiment malsain.

-POV Jurde-

Quelle peste. Un démon. Un ange. Je ne saurais le qualifier. Un peu des deux sans doute.

Toute la soirée je n'ai fait que m'inquiéter pour cet hétéro de pacotille, et mon amabilité s'en est ressentie. J'ai moins vendu, et la soirée sans Timothée, ce n'était vraiment pas ça. Et moi qui l'ai mis en congé maladie. Je dois vraiment être à coté de la plaque.

-Vas-y, ronchonne Mimi en m'arrachant le torchon des mains. Tu n'es vraiment bon à rien ce soir, je vais fermer. Va donc voir comment il va…

Je devrais sans doute penser à virer un tel insolent, mais l'androgyne est vraiment doué, ce serait du gâchis ; alors je me contente d'hocher la tête et me dirige aussi lentement que je le peux dans ma chambre.

Mon petit blessé est toujours là, et je profite de son inconscience pour m'assoir près de lui. Oui il dort, pas de doute là dessus, le petit ronflement en atteste. Avec un peu de chance je n'aurais pas loupé le meilleur morceau. Monsieur parle durant son sommeil. Et je trouve ça chou comme pas possible.

En attendant je réfléchis. Pourquoi suis-je là à m'occuper d'un être insupportable toute la journée durant ? Pourquoi suis-je toujours ainsi à ma soucier d'un mec aussi borné et fermé ?

Timothée choisit ce moment pour se tourner sur le coté et sa bouche s'entrouvre.

Je retiens mon souffle. Serait-ce le moment?

-Jurde, soupire l'être magnifique dans son sommeil. Tu n'es qu'un connard.

Aïe, ça je le sais déjà, il le dit presque toutes les nuits. D'ailleurs vu toute les saloperies qu'il me sort une fois dans les vapes, j'aurais dû le virer depuis belle lurette.

-Jurde, murmure encore la créature, où es tu ? Non… non (son souffle s'accélère) ne pars pas… ne me laisse pas seul… Jurde…

Timothée soupire de bien être en prononçant mon nom et mon cœur fait malgré moi un triple salto dans ma poitrine. Adorable. Hétéro à 200%, ça ?

Timothée tourne une fois de plus sur le coté.

-Jurde… tes bras… chaud…

Je comprends, et décide que ce soir je ne lutterai pas. Chaque soir l'homme me demande d'être près de lui, et chaque soir je me retiens. Au début je m'en amusais, puis est venu la frustration. Alors cette fois j'enlève mes chaussures, et après vérification qu'il dort bien, je m'allonge près de lui.

Presque aussitôt il vient se coller à moi et ses bras m'enlacent. Mon cœur cogne anormalement contre ma poitrine et je l'étreins moi aussi.

-Jurde, soupire Timothée, ne me laisse plus avec ces tarés.

-D'accord Tim.

Je m'approche de lui et lui embrasse le front avant de lui caresser le visage. L'être semble apprécier, contrairement à lorsqu'il est éveillé.

-J'aime bien…, murmure Tim… il soupire tristement. Une vraie lavette…

Peut-être. Je ne sais pas si aimer les caresses d'un autre homme fait de vous une lavette. Je suis mal placé pour en juger et Timothée en semble si convaincu… mais j'aime la lavette que devient la peste une fois le soir venu. Un ange. Mon ange venu comme un défi que j'accepte.

Autant je déteste le démon du jour, mais pour l'ange, je le veux…

-Je te veux, murmuré-je d'ailleurs à son oreille. Je t'aime mon ange…

Le petit être se serre plus fort contre moi et je me demande s'il comprend ce que je lui dis, si une partie même minuscule, saisit que je viens de lui dévoiler mes sentiments. Peut-être. Enfin, c'est ce que j'espère.

-Moi aussi, marmonne l'ange. Pff…. tafiole.

Je le caresse encore, et ainsi dans les bras de cette épreuve personnifiée, je m'endors empli d'un bien-être éphémère.

Inutile de préciser qu'à son réveil, le principe du « lui contre moi » a mis le démon hors de lui. Un véritable carnage. La prochaine fois, je me lèverai avant que le monstre ne se réveille.

-POV Timothée-

Je n'en peux plus, je suis à bout. Je crois qu'on m'a une nouvelle fois drogué. Et les effets sont insupportables. Ça dure depuis plus d'une semaine et j'en deviens fou.

Jurde me sourit derrière son bar et je détourne la tête, perturbé. Je devrais sans doute lui en parler, lui dire le problème. Sans doute ce nounours géant connait-il toutes ces techniques de stupéfiants que j'aurai si facilement pu ingérer.

Je le regarde une nouvelle fois mais lui non. Les clients sont venus en masse aujourd'hui, et je le vois courir depuis deux bonnes heures en tout sens.

Je n'ose pas lui en parler, parce que je crois que les effets sont retombés sur lui. Vous savez, ça devait être une sorte de boisson toxique qui vous hypnotise et il suffit qu'une personne vous passe devant, pour que pouf, l'on se sente… Argh que c'est dur à dire… Hmm… « Attaché » ? Asservi ?

Je me mords la langue en songeant à ma propre faiblesse. Les effets du poison peuvent se révéler aussi terribles qu'ils le souhaitent, je devrais être en mesure de lutter.

Lorsqu'il me caresse la nuque, m'adresse son sourire magnifique, qu'il me dit « bonjour petite peste » le matin de sa voix douce, je ne devrais pas me sentir aussi bien. Je devrais davantage le repousser, et je vous assure que j'essaye comme je peux, mais rien n'y fait.

Le fait qu'il me voie nu après la douche me gêne désormais, qu'il soit près de moi me rend tout chose et je ne parle pas de quand sa main effleure mes hanches de temps à autre le soir. Pour faire simple, moi aussi, il m'arrive de devenir le petit bout tout dur de la scène... Non !!!!!!!!!

Je dirais même plus…. Ahhhhhhhh !!! Non ! Enfer, damnation !!!! Je ne veux pas !!!!! Maman !!! Papa ! Père noël !!! Les lutins de la foret enchantée !!! Quelqu'un !

-Timothée ?

Je me retourne mais sais déjà qu'il s'agit de Jurde. Il me fait un petit signe de tête et je comprends que c'est mon tour.

La foule m'attend, et ce soir, plus que tous les soirs, j'accepte ce divertissement comme une bénédiction.

J'arrive au centre de la piste et me met à danser. J'ondule, je flotte, je virevolte et au gré des danseurs qui viennent dans l' « arène » pour se confronter à moi, j'oublie que personne ne viendra m'aider. Ni mes parents insouciants qui me croient toujours agent d'accueil dans un banque respectable, ni le père noël qui semble se torcher les fesses tous les ans avec mes lettres envoyées par milliers, et les lutins je n'en parle même pas… Ca doit copuler fort dans les fourrés enchantés !

Trop vite, beaucoup trop vite la musique s'achève et mon tour est fini.

La foule que je connais bien désormais me demande une nouvelle danse, et comme chaque soir, je me fais un bonheur de la leur offrir. Il est dingue qu'ils demandent à voir quelqu'un danser. Pour ma part, je dois être égoïste mais seul compte l'acte ; le regarder, c'est d'un ennui soporifique. Où sont les sensations, l'oubli de soi même ?

« Tu les fais rêver » m'a expliqué un soir mon « patron ». Selon lui je suis connu et plus que ma danse, tous savent de quel bord je suis. Je suis le petit hétéro intégré parmi les loups, et la danse est notre lien d'union.

Un hétéro parmi les loups…

J'y songe en m'affalant sur le comptoir du bar.

-Dégage, marmonne Jurde en me relevant la tête d'une main, tu vas salir mon plan de travail.

Je fais la moue, mais ne grommelle pas. Il a raison, je suis crasseux de sueur… berk berk et reberk. Quoique la sueur fait de l'homme un mâle. Enfin c'est ce qu'on dit. Mais là je rejoins les homosexuels véritables. La sueur, c'est d'une anti-classe à toute épreuve. Il me faut ma douche.

Ou mon torchon, songé-je lorsque je prends l'objet des mains de Jurde.

-Merci.

Il me sourit, et je détourne une fois de plus les yeux.

Ça ne va plus du tout.

Jurde semble se moquer de ma gêne, où alors cela l'amuse mais il tente de remettre mes cheveux en place. Agacé, je l'écarte d'une main. Pas touche on a dit.

-Arrête de me faire chier.

Jurde fait la moue.

-Mais tu es tout mal coiffé, c'est nul.

-M'en fous, je suis mal coiffé et j'aime ça, va plutôt t'occuper des boissons au lieu de mes problèmes capillaires.

Jurde lance un coup d'œil à un Mimi qui se démène à l'autre bout et hoche la tête.

-Ça va, il semble gérer l'affaire.

Je secoue la tête. Quel gamin !

-Au fait, reprend mon patron. Je ne t'ai pas vu rentrer hier soir… Ca fait beaucoup de découché en ce moment.

-Hmm…

J'hausse les épaules.

-J'avais besoin de me changer les idées.

-Hmm hmm…

Ok je ne l'ai pas convaincu.

-Et tu faisais quoi pour te « changer les idées » ?

-Je ne pense pas que ça te regarde mon pote. Retourne à tes boissons au lieu de me fliquer.

Jurde me fait les gros yeux, je ne trouve rien de mieux à faire que de lui tirer la langue.

Que veux-tu, songé-je en le voyant retourner à ses clients d'un air contrarié, je ne peux pas te compter mes folles soirées de séduction foireuse.

Et oui, en ce moment je tente de renouer avec mon coté viril… et ce n'est guère concluant. Les filles arrivent toujours, les soirées alcoolisées renforcent toujours la complicité entre sexes opposés et pour faire court, l'homme est le grand dominateur dans ces soirées.

Un délice, une pause jouissive qui devrait contraster avec la folie de ces nuits unicolore… et pourtant.

Lorsque j'ai étreins des filles cette semaine (trois pour être précis) je n'ai pas réussi à retrouver ce coté bestial du passé.

Ce coté hypocrite de la fille qui se languit d'amour pour toi ce soir, alors qu'il est certain qu'elle ira voir ailleurs plus tard, passe encore. Cette soumission surjouée, ce manque de sensation, d'enjeux, je peux toujours le supporter. Mais cette gêne que je ressens, qui m'envahit sans cesse et me dit que je ne suis plus à ma place ça, ça fait mal.

J'aime toujours la femme, c'est certain, mais plus de la même manière. J'aime jouer avec elle, j'aime considérer que nous nous amusons tous les deux, mais je culpabilise aussi de ne pouvoir lui donner plus et de m'imaginer d'autres personnes à leur place. Un peu d'amour, de douceur… mais non, ça ne veut plus venir.

Serait-ce un traumatisme de toutes ces femmes qui m'ont trahi je n'en sais rien, mais le phénomène est dur, car j'aimerais pouvoir changer ce que j'éprouve. Non pas je me trouve forcément malsain, mais je sais que les autres le penseraient si je m'en ouvrais. Inconsciemment mon but a toujours été de satisfaire la vision que l'on avait de ma personne et malgré moi je ne parviens plus à donner le change.

Désormais je danse, je côtoie des êtres géniaux mais en retrait de la société malgré toute la bonne volonté du monde, et… je… Jurde…

-Timothée ???

La voix surprise me vrille les oreilles et je déglutis en me retournant.

-Linda ?

L'ex-petite amie me saute dessus pour m'enlacer.

-Ça fait plaisir de te voir !!! Elle me sourit, éberluée. Mais qu'est-ce que tu fous ici ?

Je souris pauvrement à Cindy, sa « copine », mais ne réponds pas. Comment le pourrais-je ? Ma peur de la moquerie revient et je me sens plus minable que jamais. Que dois-je dire ?

« Je travaille ici, car tu sais, je suis danseur et je me débrouille pas trop mal » ah non je ne deviendrais pas le mec efféminé qui se plait dans un endroit pareil.

Ces pensées me transpercent et je préfèrerais ne pas les ressentir. Car brusquement je viens de le comprendre, je ne suis vraiment pas comme la norme. Et ça me plait. Mais pas aux autres.

Je les regarde, elles attendent avec un sourire perplexe et je songe brièvement à l'éventualité de leur sortir un baratin du style « oui je suis avec un ami pour lui faire plaisir, bien sûr il m'a supplié et je n'ai pas eu le cœur à le priver d'une expérience tout à fait exceptionnel… on ne m'y reprendra plus »

Un mec me salut, puis un autre.

-Tu as été super ce soir, Tim, rugit Kevin, l'un de mes habitués. C'était mortel !

Je lui souris, crispé, avant de me tourner d'un air mortifié vers les deux donzelles. Ok, quand il faut, il faut. Je leur débite la première phrase. Je suis efféminé, et je danse.

Linda semble ahurie, Cindy rigole.

-Et bah Linda, tu ne m'avais pas dit que ce mec était fermé d'esprit et totalement à coté de la plaque ? Tu me déçois pour le coup.

Elle se tourne vers moi.

-Tu danses avec moi ?

Le retournement de situation me surprend. Alors je leur avoue et ça leur plait ? Semblerait-il que oui. Et même beaucoup. Ainsi mon coté nouvellement tafiole pourrait plaire à certains. Soit.

Le restant de la soirée les deux me collent et je semble combler comme il se doit Cindy.

-Dis, Tim, tu ne serais pas gay par hasard ?

Je m'écarte d'elle et plonge sur mon verre.

-Bien sûr que non, quelle connerie…. Pourquoi ?

-Je te trouve plus charmant qu'avant, avoue Linda. Aimable. Presque vivable. En fait, je trouve que tu as changé.

-Ahhh… heu… et ben non, navré mais les filles sont toujours à mon goût…

Cindy s'avance vers moi, aguicheuse.

-Et bien prouve-le…

Je constate qu'il s'agit plus d'un défi que d'une envie et souris.

-Je suis toujours hétéro. Tu crois quoi, que je vais m'évanouir à l'idée d'emballer une lesbienne ?

Elle hoche la tête et pour le principe, je l'embrasse comme je le fais si bien. On ouvre les lèvres, on rentre la langue par le coté droit puis on la manie avec précision, ni trop fort ni pas assez… la technique reste à la portée de tous, et je vois Linda nous faire une crise de jalousie. L'alcool me monte à la tête, et je l'embrasse elle aussi, en suivant le même mécanisme.

Les deux se collent à moi, et les mains s'égarent, les souffles s'accélèrent tandis que je jette un coup d'œil évasif sur la scène. Jurde nous regarde. Va chier, je fais mon rôle d'hôte dira-t-on…

Mais soudain, je comprends qu'il manque quelque chose. Les filles continuent, leur souffle s'accélère tandis qu'elles s'embrassent entre elles, que la passion monte et que la scène s'embrase… mais pas moi.

Ma respiration reste clame, mes membres restent tranquilles et comble de l'horreur, je constate que la main de Cindy s'est égarée vers mon popole sans que celui-ci ne s'en trouve nullement affecté. Je suis… insensible aux femmes !!!

En comprenant le phénomène je me lève d'un bond et les filles sursautent.

-Je dois vous laisser, j'ai un truc à faire…

-Mais… Cindy me fait une moue de tigresse qui me laisse de marbre malgré son écrasante beauté. On venait juste de commencer. Elle me fait un clin d'œil. Reste et tu auras le rôle central.

J'embrasse une dernière fois les deux filles.

-Ça aura été avec plaisir mais une autre fois…

Et je détale. Je fonce dans la populace qui danse, je bouscule des couples enlacés et passe devant le bar sans un regard à l'adresse de… de quoi au juste ? Mon patron ? Mon enfer personnifié ? La cause de mon malheur ? J'ouvre la porte fermée à clé, mais Jurde arrive à ce moment.

-Tim, qu'est-ce qu'il y a ?

-Fous-moi la paix. Je veux être seul !

Je tourne la poignée.

-Tim. (Il me prend le bras.) Raconte, il s'est passé un truc ?

Sa main valse encore et je le repousse brutalement.

-Dégage, hurlé-je, t'es con ou quoi ?

Jurde reste impassible devant ma réaction mais me laisse m'engouffrer dans l'escalier sans me suivre. Tant mieux. Il ne faudrait pas qu'il assiste à la triste scène de moi pleurant tout mon saoul sur son lit. Ce serait fâcheux.

Je m'agrippe à l'oreiller, et tente de ravaler mes larmes, mais rien ne m'aide. Il n'y a jamais eu d'effets secondaires. Ni de poison destructeur. Juste moi qui suis gay. C'est dingue, je n'ai rien vu venir.

Les filles que j'ai toujours laissé insatisfaites, à qui je n'ai jamais réussi à donner plus que du plaisir charnel, ce mépris du monde, Jurde… je n'aime plus les femmes et je ne suis même pas certain de les avoir aimées un jour. Et Jurde… je ne sais pas encore mais je le déteste. C'est de sa faute si j'ai compris ce fait terrible. Je le maudis, et veux partir sur le champ.

Puis les larmes se tarissent et la bienheureuse raison s'en vient. Jurde n'y ait pour rien. Il m'a seulement permis de comprendre cette énorme incohérence dans ma vie.

Mais… si je suis gay, je reste homme. Je ne me sens pas différent d'avant, je suis toujours un con fauché, j'ai toujours les manières d'un mec, je sais toujours faire des trucs de mecs. Seul change la personne de mon désir.

Mes préjugés, déjà mis à mal ces deux dernières semaines, s'effondrent totalement et je saisis que je n'étais qu'un aveugle abjecte envers une façon de pensée qui me semblait différente… Pourquoi aura-t-il fallu que je me retrouve derrière la barrière pour saisir mon erreur ? Qu'en est-il des innombrables autres préjugés qui me tenaillent sans même que j'en ai conscience ?

En d'autres termes, j'ai honte. Honte d'être homme, honte d'avoir appartenu à cette société égoïste et totalement ethnocentriste. La différence, l'homme peut la revendiquer autant qu'il souhaite, rares sont ceux qui l'acceptent avant d'en être soi-même directement victime.

Victime ? Mon dieu quel lapsus. La différence est un don…

Ces pensées m'apaisent, et quoique mon avenir s'annonce sombre en ce monde de totale incompréhension, je décide de me laisser bercer par l'idée que je ne plairais jamais à ceux qu'il faudrait, mais que ce n'est pas si mal. C'est eux qui perdent au change s'il refuse de me connaitre tel que je le suis vraiment.

-oOo-

Cette nuit là, je fais un rêve extrêmement perturbant. Pour la première fois, du moins où je m'en rappelle, je suis dans les bras d'un autre homme.

Il est près de moi, et je me sens si bien et mon cœur bat si fort que je doute de l'existence même d'un pareil sentiment. L'extase, la joie, l'excitation, et surtout cette impression que rien n'est impossible, que je vais m'envoler.

Et l'homme dont je suis si proche n'est non moins que Jurde. Je l'appelle, il me touche et je peux respirer son odeur. Je lui avoue tous ces sentiments qui me taraudent l'âme et je sens qu'il les accepte. Et enfin je me sens entier.

Une caresse, un éclair et je me réveille en sursaut dans le noir. Où suis-je, quelle heure est-il, qui est là ?

Juste Jurde au dessus de moi. Ohh… ce regard… pourquoi me regarde t-il comme ça ?

L'homme est tout près, et je me sens fragile face à son regard qui me transperce de part en part.

-Je t'ai entendu, souffle Jurde tout bas. Ce n'était pas trop tôt.

Je fronce les sourcils et tente de comprendre ce qu'il me dit. D'après l'heure, il a fermé le bar depuis une bonne heure et demie et pourtant il est toujours habillé, là assis près de moi.

Mais qu'est-ce qu'il a foutu tout ce temps ?

-Qu'est-ce que…?

L'ogre ne me laisse pas finir, et je ne saurais trop dire comment il se retrouve au dessus de moi, tandis qu'il m'embrasse.

Ohh… la technique est bonne, la bouche douce et chaude… je ne devrais sans doute pas répondre et d'ailleurs de surprise je ne le fais pas. Je le repousse.

-Mais qu'est-ce que tu fous, stop…

Jurde ne s'éloigne pas, ses coude posés de chaque coté de ma tête tandis qu'il est installé de manière à ne pas m'écraser de sa masse de muscles. Son front argenté vient toucher le mien bronzé, et son souffle me fait frissonner.

-Timothée, tu fais chier, pourquoi tu luttes comme ça ?

-Heu… sans doute parce que tu es mon patron…

Il secoue la tête, agacé.

-Très bien, je te vire, tu es trop nul de toute façon… et je n'aime pas l'insolence dans le petit personnel.

Je grimace. Il bluff. Je sais qu'il bluff. Mais soit imaginons qu'il ne soit plus mon patron… ai-je d'autres arguments ? D'ordinaire, lors d'argumentations décisives de ce genre, il arrive de toute part de la matière à débiter pour remporter la manche… mais peut-être suis-je un mauvais parleur, ou alors je n'ai pas la volonté nécessaire pour lutter…

Bien sûr je ne lui avouerai jamais que ça me fait flipper… je ne veux pas être en dessous. Je ne le supporterais pas.

Je lui lance un regard perdu et il m'embrasse encore, alors je décide de répondre. Non pas par amusement cette fois, mais bien plutôt parce que l'envie me calcine de toute part.

Mon popole réagit au quart de tour de toute façon, et la conclusion de ma sexualité n'a nul besoin d'être. Je l'ai accepté, tout comme ce merveilleux sentiment qui définitivement semble exister. A ceci près que la sensation est plus merveilleuse encore.

Son corps s'échauffe contre le mien, et nos corps de braise se découvrent, se cajolent en cette nuit sans lune qui m'empêche d'admirer son corps d'opale et d'argent. Je veux le voir et la lumière d'une lampe vient assouvir ma frustration croissante.

Personne ne domine ce soir, ce sera pour plus tard puisque nos corps nus ne s'imbriquent jamais l'un dans l'autre. Nous sommes là l'un pour l'autre, et la communion de nos doigts sur le corps de l'autre suffit amplement à nous procurer tout le bonheur d'un univers jusqu'alors inexploré. J'ai vingt-cinq ans, et il me reste tant à découvrir.

Un frisson, nos souffles ardents qui exultent dans la semi-pénombre et un autre souvenir se grave dans mon esprit déjà plein pour longtemps : celui de moi m'affalant sur lui, et le plaisir de son torse puissant sous mes paumes frémissantes.

Contenté, Je voudrais dormir mais plus que ce besoin j'ai besoin de lui parler.

-Tu ne m'as pas vraiment viré n'est-ce pas ?

Un sourire différent, entre celui dangereux et le normal de gros nounours attendrissant. Un sourire juste pour moi compris-je, celui que je ferais tout pour conserver loin des autres.

-Tu rêves mon ange, tu es bel et bien viré. (Il hésite.) De toute façon ça me rendait dingue que tu fricotes avec les autres. Et avec les filles de ce soir, tu as atteint des sommets…

-Mais…

-Pas de mais, je te préfère en relation avec l'une de mes amies chorégraphes que dans mes pattes à me faire voir rouge… une véritable peste.

Je souris. Chorégraphe ? Vraiment ?

Je serais moins viril, je l'embrasserais telle une donzelle mais au lieu de ça, je préfère la taloche (petite hein, je reste un gentleman…)

-Décide-toi, fis-je semblant de m'offusquer. Je ne peux pas être ange Et peste.

Il m'attire une nouvelle fois contre lui, et je me loge dans ce bien-être au delà de toute description.

-Bien sur que si petit être, me murmure mon nounours à l'oreille. Tu es les deux, et même plus. Mon ange pestiale attitré.

Hmm, pas très français tout ça. Soit, je cède, je flanche, et je me soumets. Mais juste avec lui. Il ne faudrait pas que je perdre mes reflexes de sale con tout de même.

Le jour se lève au travers de la fenêtre, et silencieux nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre.

Ces deux dernières semaines, j'ai agis comme d'ordinaire. J'ai trouvé un job, l'ai gardé un temps, me suis fait de nouvelles fréquentations, puis ai tout perdu. Mon job, mes illusions, et en complément mes préjugés.

Et pourtant, il me semble avoir gagné au centuple si l'on se penche de plus près sur ma situation. Certes j'ai perdu un travail, encore et toujours, mais qu'est-ce que le labeur et l'argent qui s'y associe, à coté de l'amour ?

Je crois que je deviens philosophe, ça devient malsain ; mieux vaut donc vous dire que c'est la Fin, je dois me ressourcer auprès de mon homme, avant le petit matin.

A son réveil voyez-vous, Je veux qu'il me touche, encore et pour toujours.

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