Fiction » General »

Guess : L'Escorte
Author:
Season Canahait PM
Et je me suis réveillée sur un banc, à Vegas. Notez que ça ne me surprend plus, après quatre rapts, sept tentatives de meurtre et douze explosions intempestives. Je me dis juste que mes sept gardes du corps pourraient faire leur job un peu mieux que ça...
Rated: Fiction T - French - Humor/Suspense - Chapters: 20 - Words: 71,381 - Reviews: 25 - Favs: 9 - Follows: 9 - Updated: 01-13-13 - Published: 12-31-10 - id: 2878032
A+  A-   Full 3/4 1/2 Expand Tighten

La première partie de L'Escorte est disponible en téléchargement gratuit ! Pour en savoir plus, lisez mon profil ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire !


Attention : certaines expressions ou sujets abordés ne conviennent pas aux enfants de moins de 13 ans. Ce récit n'est pas à prendre au premier degré. Ce récit n'est pas purement fictif, toute correspondance avec des personnes réelles ou des faits vécus ne serait pas fortuite.

Et l'auteur sait pertinemment que certaines blagues sont de TRÈS mauvais goût. Il semblerait qu'il ne tienne pas à s'en excuser.

Merci de votre compréhension.


« Scribitur ad narrantum,

Non ad probantum. »

Quintilien, Ier siècle.


La jeune femme blonde se retourne, elle ne me voit pas. Elle porte dans son regard toute la peur du monde. Mon ombre se confond avec la sienne. Elle se glisse dans une ruelle étroite. Son pied délicat, trop habitué aux douceurs des tapisseries persanes, se blesse sur un pavé déchaussé. Elle laisse échapper une plainte ; un cri bref. Elle fuit. Je m'imprègne de son souffle ; elle ne respirera plus très longtemps.

Je ne réfléchis pas. Tant qu'elle ne me voit pas, je peux inverser le cours du temps. J'aimerais tellement...

La ruelle débouche sur un champ de blé. La nuit est chaude mais la Proie frissonne. Elle s'immobilise et se retourne. Elle n'entend plus rien. Rien que le battement du sang contre ses tempes. Ses yeux ambrés scrutent les maisons silencieuses. Par où arrivera-t-il ? Parce qu'il finira bien par arriver, par lui tomber dessus ; il le lui a promis.

Soudain, elle perçoit dans son dos le froissement des épis. Ce n'est pas le vent. Il n'y a jamais de vent à cette période. La peur la saisit à la gorge. Elle prend son temps pour se retourner. Elle sait que c'est moi.

« Lu... Lucius ? laisse-t-elle échapper. Je suis rassurée de te voir, je crois que quelqu'un me suit. »

Elle ment mal. Elle ne sait pas mentir. Elles n'ont jamais su mentir.

« Lucius, tu ne veux pas m'aider ? J'ai tellement peur... Keith a disparu, je ne sais pas quoi faire. »

Elle est complètement désemparée. Un nouveau frisson lui parcourt l'échine et elle ne parvient pas à réprimer un sanglot d'angoisse.

« Lucius, s'il-te-plaît... »

Ce n'est pas mon aide qu'elle implore. Je fais un pas dans sa direction, tend le bras. Elle recule précipitamment, dans un mouvement de terreur pure.

Elle sait.


JOURNAL n°1

Ça m'a toujours fait un peu peur.

Toi, ça risque de te donner des cheveux blancs...

Pourtant, il faut bien que je te raconte, non ? Je me dis, maintenant que les choses se gâtent et que je vieillis, qu'il vaut mieux que je te raconte, au moins pour expliquer quelques évènements qui t'ont semblé inexplicables. Qui vous ont semblé inexplicables.

Personne ne sait qu'ils sont là. Personne, sauf moi. Et je ne pourrai jamais, jamais le prouver. Ils se planquent trop bien. Pourtant ils sont bel et bien là, tout autour. Parfois, ils me quittent pour un temps. D'autres fois, ils restent pendant des mois.

Je vous les présente ? Ils n'aimeraient pas que je fasse ça... Oh, non, ils n'aimeraient pas !

En premier, laissez-moi vous présenter Ove (« Ça s'prononce Ô-vEU, en gonflant la bouche bien grand pour le ''oh'', bordel ! »). Je n'ai jamaisréussi à prononcer son prénom correctement. Je dis ''Ooh-vé'', et ça l'agace. Physiquement, c'est le scandinave pur et dur : il est très grand, blanc comme un cachet d'aspirine et ses cheveux sont d'un blond si pâle qu'on les dirait couverts de givre. Mais ne lui dites jamais qu'il a les cheveux blanc, ça ne lui plairait pas beaucoup. Niveau social, maintenant. La grâce incarnée. Il a battu le record d'injures au téléphone. Il est chaotique à souhait. Les seuls trucs que j'aime bien, chez lui, c'est qu'il sent super bon, et qu'il n'est jamais sérieux. Sinon je le déteste.

Ensuite, il y a Jin. Le plus vieux (il est vraiment très vieux, mais il préfère garder son âge secret). La plupart des gens à qui je fais une description approximative de Jin me disent que je dois exagérer. Au contraire, détrompez-vous... Il a des origines chinoises et que c'est pour cette raison qu'il a un drôle d'accent. Il faisait partie d'une espèce de gang quand il était jeune (je n'ai pas tout compris, je dois avouer...) et c'est pour ça qu'il porte des dizaines de cicatrices bizarres partout sur le corps. Mais il ne s'en vante pas, il préfère les dissimuler (c'est Ove qui m'a dit qu'il en portait, sinon, je n'en aurais rien su). Je vous conseille de ne jamais lui en parler, il vous ferait passer un mauvais quart d'heure. Ah, oui : la nervosité est chez Jin une seconde nature. Il s'énerve pour un rien. Mais quand je dis pour un RIEN, comprenez-moi, hein ? Il suffit que vous lui demandiez quelle heure il est alors qu'il n'a pas sa montre pour qu'il vous assomme (croyant que vous vous moquez de son oubli). Franchement, il est un peu dangereux comme type. Il paraît que s'il se met vraiment en colère, il peut vous tuer en quelques secondes (c'est Ove qui m'a dit ça, il a même rajouté que Jin avait éclaté plusieurs personnes sous ses yeux, mais je ne sais pas si c'est la vérité... Ove dit souvent des conneries). Le problème avec Jin (le VRAI problème), c'est qu'il est complètement obsédé par l'argent.

Ove et Jin n'arrêtent pas de se disputer. Tous les deux jours, ils en viennent aux mains. Ça se termine inévitablement mal pour Ove, parce que Jin est le plus fort (et surtout parce qu'il n'hésite jamais une seule seconde à frapper).

Laissez-moi vous introduire une personne un peu plus cool, à présent (relativement aux deux précédents). Il s'appelle Jonah. Non, il n'est pas Juif. Il n'est pas Amish non plus (il m'a dit que les gens le lui demandent souvent, alors je règle la question). C'est un black super grand (un mètre quatre-vingt dix-huit, je suis obligée de prendre un mégaphone lorsque je lui parle...) et je dois avouer que c'est plutôt rassurant de l'avoir comme ami. La plupart du temps, c'est lui qui empêche Jin de tuer Ove. Il a un rire de baleine, c'est très amusant, et c'est un excellent cuisinier (il adore particulièrement utiliser des épices, et ça peut surprendre). Je dois avouer qu'il peut se montrer parfois un peu brutal (par exemple en vous donnant de grandes claques amicales dans la colonne vertébrale), mais il prend quasiment tout avec douceur. Ce doit être le plus sociable de tous, le plus chaleureux. Celui qui fait le plus peur vu de loin, mais qui fait le moins peur après trois mots échangés. Il ne boit jamais d'alcool. Toujours de l'eau. C'est peut-être aussi pour ça que je l'aime bien : je peux être sûre qu'il ne viendra jamais plein comme une barrique à la maison (ne revenons pas sur Ove, s'il vous plaît). Il est également un des rares que Raven n'effraie pas.

Raven, parlons-en. Taciturne, il peut vous glacer la moelle épinière d'un seul coup d'œil. Il a un humour noir, très noir (surtout quand il s'agit de personnes qu'il n'aime pas). Jonah m'a glissé qu'il est orphelin depuis l'âge de quinze ans, et qu'il n'y est pas pour rien. Ça peut expliquer des centaines de choses. Déjà, le fait qu'il soit totalement asocial, ensuite, celui qu'il soit presque aussi sadique que Ove. Il aime la musique baroque, et est très, très intelligent. Il y a quelque chose de super marrant, avec Raven : il est myope comme une taupe. Vraiment comme une taupe. La plupart du temps, il porte des lentilles spéciales qui coûtent vachement cher, mais il arrive parfois que ses yeux ne supportent pas les verres de contact ou alors qu'il oublie de les poser (c'est exceptionnel). Là, c'est vraiment marrant : il est obligé de mettre des lunettes énormes. Sauf que ce ne sont pas des montures très adaptées à son type de myopie extrême (à ce propos, il a trois chances sur cinq de devenir aveugle avant ses trente ans). Chaque fois qu'il met ces fameuses lunettes, il se cogne dans tous les coins de portes, dans tous les meubles, dans toutes les personnes qui croiseront son chemin zigzaguant. Il me considère comme une petite idiote écervelée, alors j'ai peu de souvenirs de conversation de plus de six secondes avec lui...

Nous arrivons à Nuka. Nuka est une personne vraiment bizarre. Déjà, il est très, très contradictoire. On dirait qu'il n'est jamais d'accord avec lui même (encore moins avec les autres). L'intérêt de le connaître, c'est que c'est un docteur. Enfin, disons plutôt qu'il sait guérir les gens. Vu comme il est altruiste, ça m'étonnerait qu'il se soit assis cinq années sur une chaise à suivre des cours de médecine (et pourtant il est excellent dans ce domaine !). Il est moqueur, il n'hésitera pas à ponctuer chaque jour que Dieu fait d'un « Je l'avais bien dit ! ». Comme Jonah, il attache énormément d'importance à la protection de l'environnement. Il jure ses grands dieux qu'il possède une sierra de plusieurs kilomètres carrés en Amazonie. Personne ne le croit, parce qu'il refuse d'y emmener qui que ce soit, mais ça ne m'étonnerait franchement pas que ça soit vrai. Comme je l'ai dit, il est très contradictoire, donc il peut se mettre en pétard pour un truc le mardi et éclater de rire pour très exactement le MÊME truc le mercredi... Il est bizarre. Des fois, son ventre gargouille d'une manière extraordinaire, et je peux vous assurer que c'est hilarant. C'est assez effrayant aussi. Et puis si plus de filles le connaissaient, elles seraient toutes jalouses de lui : il mange, il mange, il mange, et ne grossit strictement jamais. Il doit aller dans un centre de cure spécial, je pense, même s'il nie. Il a des dents très pointues, et à cause de ça, il s'amuse à lorgner les gens qui l'entourent d'un air bizarre (il EST bizarre !) en marmonnant « J'ai FAIM ! ». Bizarre, je vous dis.

On peut passer à Eva et Oliver. Ces deux-là sont indissociables. Ils sont en couple. Je ne les ai jamais vu séparément, et d'ailleurs je n'ai dû les croiser qu'une demi-douzaine de fois dans ma vie, ça doit bien faire six ans que je ne les ai plus vus (et je vais pas m'en plaindre). Que dire sur ? Oliver a beaucoup d'autorité sur les autres (sauf sur Eva, là, c'est Eva qui gagne), il porte plusieurs piercings autour des lèvres, sur la langue et dans les oreilles. Eva a un visage tout de même plus avenant. Même si elle est la plupart du temps glaciale, elle reste très féminine et très classe. On s'apprécie modérément. La seule personne pour qui son cœur bat, c'est Oliver. Eux, je ne peux pas les voir. Ils me font presque peur.

Sawyer a un visage presque poupin, mais c'est un des plus vieux du groupe (sans compter Jin, qui est vraiment très vieux). C'est aussi un physicien-chimiste (enfin, ça, c'est comme pour Nuka, je ne pense pas qu'il ait fait des études de physicien-chimiste...), il connaît beaucoup de produits chimiques ou naturels (surtout les venins de serpents et autres poisons, ce que je trouve assez inquiétant) et est surdoué en mécanique. C'est très pratique pour réparer tout ce qui est matériel domestique... En revanche, il est nul en informatique, c'est très amusant de le voir utiliser un ordinateur. C'est limite s'il ne fond pas en larmes lorsqu'il n'arrive pas à faire bouger la flèche de la souris... Et puis le voir chercher les lettres sur le clavier AZERTY est tout simplement tordant. Personne n'est parfait. Par contre, il est très autoritaire. C'est un peu lui le garde-fou du groupe. Je peux relativement compter sur lui s'il y a un souci avec Ove ou Jin. S'il dit « ça suffit », c'est que ça suffit. Par contre, vous êtes sûr de ne pas perdre votre sérieux avec lui. Dans le genre ''j'ai tout vécu, que c'est fatiguant la vie... surtout la tienne !'', on ne fait pas mieux ! Il se dispute non-stop avec Boyd. On dirait qu'ils se haïssent du plus profond de leur être, mais en fait ils s'adorent. Ça leur arracherait la langue d'avouer ça, mais tout le monde le sait. Ils se critiquent en tout, mais ils ont pratiquement les mêmes genres de goûts.

Boyd. On dirait une femme, pas vrai ? Allez donc lui parler, vous entendrez tout de suite la différence ! Que dire sur lui ? Il est agréable à vivre, blagueur, parle couramment l'anglais (ou plutôt l'américain, ça s'entend à son accent) et son vocabulaire est fleuri des termes californiens, c'est surprenant, la première fois. Il peut vite s'énerver (c'est un grand stressé, un peu comme Jin) et dans ce cas-là, il se met à faire des fautes de grammaire phénoménales... Sinon, du point de vue professionnel, il dit être un artificier. Et c'est un maître dans cet art. C'est impressionnant de le voir manipuler des feux du Bengale, et il garde toujours sur lui une panoplie de pétards aux effets divers (il y a encore peu, il me concoctait des mini-spectacles à grands renforts d'explosions colorées la veille de mon anniversaire mes parents l'ont remarqué à chaque fois, mais ils n'ont jamais fait le rapprochement). J'ai eu des doutes sur son véritable métier lorsqu'il s'est ramené dans ma chambre avec un attaché-case bourré de petits pains de plastic. Au moment où je l'ai interrogé à ce sujet, il a éludé la question en me répondant que c'était avec cela qu'il préparait la base de ses pétards et autres feux d'artifices. Pour en revenir à ses relations houleuses avec Sawyer, le véritable problème est que l'un considère que la vie repose sur le passé est que le second soutient que la vie, au contraire, est basée sur le futur.

Quotidiennement, ce sont ces personnes que je dois supporter. Je ne sais presque rien de plus sur eux, concrètement. Parfois, j'ai le sentiment qu'ils viennent d'une autre galaxie... D'ailleurs, je n'ai au sens strict du terme aucun moyen de les contacter. Je ne sais pas d'où ils viennent. Je ne sais pas qui ils sont. Je n'ai pas encore découvert ce qu'ils font là. J'ai juste l'impression qu'ils me surveillent tout en se comportant davantage comme des membres de ma famille, des oncles, que comme des gardes du corps. Je n'ai jamais réussi à apprendre quoi que ce soit sur leurs origines ou sur ce tatouage qu'ils portent tous sur le biceps. Un petit P cerclé d'arabesques. Tout ce que je sais au sujet de cette marque, c'est qu'elle leur fait horreur. Ils n'aiment pas en parler. Ou même qu'on puisse la voir.

Ah, si, il y a une chose que je suis censée ignorer et que je n'ai découvert que récemment : ils sont en permanence armés.

J'ai donc décidé de tenir ce journal au cas où les choses s'envenimeraient davantage.

Parce que, pour l'instant, vous n'avez eu droit qu'à l'aspect théorique de la chose. Soyons honnêtes : leur présence a parfois du bon. Prenons au hasard un exemple banal.

C'était l'année dernière, vers la fin de l'automne. Les jours raccourcissaient, les manteaux s'épaississaient, et la demi-heure de trajet qui me menait de l'arrêt de bus à la maison se déroulait dans une semi-obscurité très rassurante. Au moment où j'ai posé le pied sur le trottoir, après avoir souhaité une bonne soirée au chauffeur, mon portable s'est mis à vibrer.

-Allô ? La puce ?

Ah, ça, c'est Jonah. Une vraie mère poule.

-Ça va, Jo ?

-Très bien, et toi, la puce ? Tu as eu de bonnes notes ? Tu as bien mangé ce midi ?

-Jooooooo, je n'ai plus six ans... Quand est-ce que tu vas comprendre que je n'ai pas besoin d'une nounou qui vérifie que je me suis bien lavé les mains avant de manger ?

-Ah oui ? rétorque Jonah sur un ton ironique. Si tu lèves la tête, et que tu regardes dans la petite rue que tu vas dépasser certainement dans quelques secondes, sur ta gauche, tu vas noter que trois types attendent tranquillement. Ne t'arrête pas.

-Je les ai vus. Jo, ils sont là pour quoi ?

-Dis plutôt pour qui ils sont là pour toi.

J'ai senti mes jambes flageoler, j'ai voulu accélérer le pas, mais n'ai pas réussi.

-Où es-tu, Jo ? ai-je demandé, des larmes dans la voix.

-En train de t'acheter du savon pour te laver la bouche.

-Jo, allez, dis, tu es où ?

-Chez moi, mais Boyd a accepté de s'en charger. On les avait remarqués il y a quelques jours.

-Mais qu'est-ce qu'ils me veulent ?

-Tu habites dans une maison immense, ton père roule en BMW, tu fais un mètre cinquante de haut et tu pèses quarante kilos... Si j'étais à leur place, je n'hésiterais pas.

-Attends deux secondes, ils sont trois, Boyd les prend tout seul ou...

-Et bien...

J'ai entendu une cavalcade dans mon dos. Je me suis retournée pour voir trois mecs encapuchonnés se ruer sur moi. Euh... C'était nécessaire, la chaîne de motocyclette ?

Au moment où j'allais me mettre à hurler, j'ai perçu un FFFFFOMP sonore. Le premier de mes poursuivants s'est écroulé en gémissant. Ça a eu l'avantage de stopper les deux autres, monumentalement surpris. Du petit bois qui bordait la route ont jailli deux silhouettes noires deux ninjas à cagoule survoltés. L'un d'eux m'a fait un petit coucou en m'adressant un grand sourire, avant de se jeter sur l'un de mes deux agresseurs qui avait dégainé une belle batte de base-ball.

Le deuxième ninja tenait une sorte de fusil à pompe assez imposant. Je n'ai plus eu de doutes sur son identité au moment où, tout en courant, il a levé le canon de l'arme dans ma direction et a tiré une balle en caoutchouc à quelques centimètres de ma tête. Ce crétin a ensuite employé le fusil pour fracasser le troisième assaillant (qui a dû avoir très mal) à coups de crosse.

Ove dans toute sa splendeur. Je le hais. Il me le rend bien. Pas étonnant que Jonah n'aie pas voulu me prévenir de cette petite opération de nettoyage. Je me serais jetée dans les bras des trois voyous plutôt que de devoir supporter le Scandinave ne serait-ce qu'une microseconde.

Bref, les trois futurs témoins des miracles de la chirurgie esthétique ont été (très) rapidement maitrisés. Ove a bien évidemment repris son fusil à pompe pour le vider à bout portant sur les pauvres types qui avaient pensé s'attaquer à une gamine sans défense.

-Tiens ! Prends ça dans ta gueule ! Et vlan ! Premier mec qui survit à une greffe de flash-ball dans l'cul !

-Ça va, Pretty Young Thing ? m'a alors demandé Boyd avec un grand sourire.

L'Américain m'a serrée dans ses bras. Je tremblais encore, mais il est parvenu à me rassurer.

-C'est bon, Ove, arrête, laisse-les tranquille, ai-je voulu intervenir alors que Boyd et moi nous rapprochions du Suédois.

-Toi, tu m'donnes pas d'ordre, espèce de p'tite conne ! a craché le ninja aux yeux bleus. Déjà qu'faut t'surveiller comme des chiens d'garde, alors si j'peux pas non plus m'éclater... Enfin, s'est-il repris, les éclater. Tiens, mange tes dents !

L'un des types avait osé lever la main.

Finalement calmé, Ove nous a emboité le pas, prenant la direction de ma maison, son fusil sur l'épaule. Boyd s'est tourné dans sa direction :

-Dis, Ove, Jonah avait dit « Intervenez, mais ménagez-les ». C'est quoi, en français ?

Ah, c'est vrai, Boyd et les mots dont il n'ose pas demander la traduction sur le coup... Son ami a ôté sa cagoule, m'a regardée comme si j'étais une mouche écrasée sur son pare-brise, et a adressé un sourire goguenard à l'androgyne :

-''On les ménage'', ma vieille, ça veut dire qu'on les massacre MAIS qu'on les insulte pas !

Ils se sont marrés, se sont frappés dans la main et ont fini par me raccompagner chez moi. Enfin... Boyd m'a raccompagnée et Ove a essayé de me faire tomber durant tout le trajet.

Vous voyez ? Il y a le pour et le contre dans ma situation. Le pour, c'est que je suis protégée des petits aléas de la vie et que je peux être assurée de bien rigoler au moins une fois par semaine. Le contre, entre autres, c'est Ove.

D'un autre côté, il m'arrive parfois d'être un peu trop protégée.

Sélectionnons une scène typique de la vie d'une adolescente de seize ans.

Je rentrais chez moi, un vendredi soir, exceptionnellement raccompagnée par un garçon de ma classe, qui allait passer la soirée chez ses grands-parents. Je ne vais pas m'étendre sur sa personne, mais c'était quand même l'un des plus beaux garçons de ma classe et, qui plus est, je savais de par ma meilleure amie qu'il s'intéressait à moi.

Alors qu'en règle générale, les seuls canons qui m'approchent sont ceux qui veulent que je leur refile mon DM de maths, allez savoir pourquoi.

Bref, le beau M¤¤¤¤¤ marchait à mes côtés, on se taquinait gentiment. Je gloussais. Il riait. Sortait une vanne idiote. Je glouss... Bon, ça va ! Est arrivé le moment fatidique où j'ai senti son bras sur mes épaules. J'ai piqué un fard lorsque j'ai senti que sa ma n'allait certainement pas s'attarder plus longtemps dans le haut de mon dos. Je n'ai pas eu le temps de protester – ni même de faire quoi que ce soit, d'ailleurs. M¤¤¤¤¤ a été tracté violemment en arrière. Un gargouillis infâme est sorti de sa gorge : le type qui venait d'intervenir avait attrapé mon Dom Juan par le cou.

Gé-nial.

Le type portait une cagoule avec deux trous à la place des yeux et mesurait dans les deux mètres. M¤¤¤¤¤ ne dépassait pas les un mètre soixante-dix.

Su-per...

Le type a plaqué M¤¤¤¤¤ par terre, lui a fait une clef de bras et a sorti un flingue.

Encore mieux.

-La prochaine fois que je te vois poser la main sur elle, espèce de sale vicieux, je loge une balle dans chacun de tes membres !

C'était Jonah. Je suis restée bouche bée.

-C'est clair ?

M¤¤¤¤¤ a émis un gargouillis pitoyable.

-Je n'ai pas bien entendu, c'est clair ?

-Ou... oui, monsieur, c'est clair. Tr... très clair.

-Tu ne parleras de ça à personne ?

-Je jure, monsieur ! Personne ! Je jure ! Pitié !

-Pleure pas !

Jonah a soulevé M¤¤¤¤¤ par le col de sa veste. Le jeune homme ne me jetait pas un coup d'œil. De mon côté, je n'ai pu que pincer les lèvres, furieuse, et foudroyer mon importun garde du corps.

-File ! s'est exclamé Jonah en agitant son arme.

M¤¤¤¤¤ n'a pas demandé son reste. Il s'est mis à courir et a disparu dans la première venelle.

-Merci ! Ah, vraiment ! Merci !

-La puce...

-Non ! Tu me fous la paix ! Tu m'as... tu m'as...

-La puce, écoute-moi...

-C'est ton problème si tu fais une crise de jalousie, mais que ça ne rejaillisse pas sur ma vie sociale, merde !

-Tu n'as plus dit ça depuis que tu as dépassé les quinze ans, a relevé le géant.

-Oui, mais là, c'est... Jo ! ai-je gémi en désespoir de cause. Jo, tu m'as pourri mon plan love ! Et en plus il va croire que je suis une grosse barge qui ne fréquente que des types complètement perchés... Tu as sorti une arme... Oh là là là là là là... !

Le grand noir a roulé des yeux et m'a forcée à m'asseoir sur mon lit. Heureusement, mes parents n'étaient pas encore rentrés. Jonah s'est agenouillé pour se mettre à ma hauteur. Il a sorti trois pastilles jaunâtres de sa poche.

-Qu'est-ce que c'est, ça, la puce ?

-Des pastilles à la menthe. Tu es gentil, Jo, mais j'ai une brosse à dents dans la salle de bains si j'ai mauvaise haleine, il suffit de le dire, ça fait des années qu'on se connait !

-Ça, la puce, m'a rétorqué Jonah avec un gentil sourire, ce sont des morceaux de crack.

J'ai senti quelque chose, comme une eau glaciale, me couler le long de la colonne vertébrale. Ah. Du crack. Le grand noir a ensuite dégainé d'une poche intérieure une sorte de petite bouteille en verre surmontée d'un embout en plastique.

-Et ça, a-t-il ajouté en agitant la petite bouteille, c'est un inhalateur. J'ai le regret de t'informer qu'il a déjà été utilisé.

Il s'est redressé :

-Tu m'en veux toujours ?

-Pas du tout, Jo, j'ai compris. Mais tu sais bien que je n'en aurais jamais pris...

-Je te fais confiance pour ça, la puce. Mais un homme sous l'influence de cette cochonnerie est capable du pire.

Ma mère est entrée dans la maison sur ces entrefaites. Jonah a souri à nouveau et s'est dirigé vers la fenêtre (la sortie de secours favorite de mes oncles...). Avant qu'il ne parte, j'ai demandé :

-Mais... M¤¤¤¤¤ en prend depuis... longtemps ?

-M¤¤¤¤¤ ? Le garçon que j'ai maitrisé ? Non, lui il était clean, jusqu'à aujourd'hui. C'est son demi-frère qui... Non, la puce, attends, ne te mets pas en co...

Il avait déjà un pas à l'extérieur, au premier étage.

Allez expliquer à ma mère pourquoi j'ai passé une partie de la soirée dans le jardin, lampe torche à la main, à ramasser les objets hétéroclites que j'avais balancé à Jo jusqu'à ce qu'il sorte...

Je ne lui ai pas parlé pendant trois jours. Le quatrième, il m'a payé quatre places de cinéma pour que j'y aille avec mes amies. On a passé le reste de l'après-midi à se pavaner en robes hors de prix dans une galerie marchande de luxe et à dévaliser une confiserie en gloussant au sujet de notre professeur de français, le futur époux, semble-t-il, de P¤¤¤¤¤¤, ma meilleure amie.

La semaine suivante, M¤¤¤¤¤ (qui ne m'a plus jamais adressé la parole), sortait avec J¤¤¤¤¤¤, une terminale.

Et oui... Être flanquée de gardes du corps envahissants, ça a aussi des inconvénients ! Comme vous tuer une soirée romantique en trente secondes chrono.

Je sais que ce ne sont pas mes parents qui les paient (mes oncles font en sorte de ne pas être vus par eux), et je ne crois pas qu'ils fassent ça par plaisir ou par charité. Pas Ove ou Raven en tout cas.

Je vous tiens au courant.

Favorite : Story Author   Follow : Story Author

  .    .