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De tant de fleurs brisées…
Author:
Aislune Seidirey PM
Qui aurait cru qu'il la perdrait un jour, à vouloir aller trop loin?
Rated: Fiction K+ - French - Words: 1,470 - Reviews: 2 - Published: 01-09-11 - Status: Complete - id: 2880700
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Note de l'auteur: ceci est une nouvelle écrite originellement en 2007. Je l'ai un peu retouchée. Bonne lecture à tous.


De tant de fleurs brisées...

Parmi tant d'autres, une histoire... écrite par une plume courbée.

L'Aube se lève avec timidité et avec une certaine retenue, tout en arborant une teinte orange pastel, annonciatrice d'une chaude journée. Peu à peu, ses jupons capturent le ciel, puis un petit village endormi, pour le sortir de sa torpeur aux méandres glacés d'une nuit commune...

Dans l'une de ses maisons, quelqu'un pleure doucement, le corps tremblant recroquevillé sur un lit de fortune. Le matelas d'un jaune passé gémit sous sa frêle étreinte, expression des ressorts qui supportent toute cette masse. Il n'en a pas conscience, ses larmes le noient dans un autre Ailleurs…

Le soleil n'arrive pas à percer les lourds rideaux blancs accrochés à une grande fenêtre, refuge d'habitude du dormeur agité. Une petite table de nuit branlante servait de support à un ordinateur. Sur l'écran, quelques mots... Ou plutôt, une histoire...

On peut y lire :

"Quel malheur, quel malheur ! Je n'aurais jamais dû m'enfermer comme je l'ai fait... Jamais! Jamais je n'aurais dû aller jusqu'au bout, ni chercher à la capturer, ni à la posséder... Maintenant, je n'ai plus rien... juste ma passion maudite !

Dieu, ou qui que ce soit, je vous en supplie, rendez-la-moi... Je vous le jure, j'arrêterai d'écrire, je ferai tout ce que vous voudrez..."

Plus bas, un long récit attend qu'un regard s'y pose.

Le récit de cet homme. Il a perdu la chose la plus précieuse, il ne pensait pas imaginer comme telle...

X

XXX

X

À trop désirer posséder l'écriture, à avoir trop voulu arracher ses secrets, j'ai ainsi escaladé à l'envers des abysses de mon esprit. Terré dans mon intérieur en effervescence, je gribouillais sans relâche des bouts de monde, histoires sans débuts destinées à être éclatées. Cette passion malsaine finit par prendre des proportions cyclopéennes; vingt-quatre heures sur vingt-quatre devant mon écran, "scotché" sur un site où s'épanouissait mon encre et celles d'autres, je lisais, j'écrivais, les yeux fous... Je perçais les secrets des mots déchus, virtuelles pensées du réel. Je surprenais les auteurs, qui étaient charmés de voir à quel point ils étaient lus et compris; d'un autre côté, je rimaillais sans conviction, jusqu'à ce jour où…

Oui, jusqu'à ce jour où, pris d'une subite illumination que les autres nomment "inspiration", j'ai mêlé raison et cœur. À ce moment-là débutèrent les cascades d'une folie enivrante! Je décortiquais les mots, mais je sortais de cet accomplissement déçu de ne percevoir aucune saveur une fois la chose faite...

Alors, j'allai plus loin. Je violai leur sens, leur essence, je fus grisé par tant d'ivresse; lentement, je me suis imprégné de cette saveur interdite, je prenais plaisir à malmener les sons et symboles. La bouche sèche, devenue inutile, ne soufflait mot... Mes mains parlaient, c'était suffisant. Exalté de ces tombes nouvelles, j'allais toujours plus loin, jusqu'à ce que...

Un beau jour, je me décidai à parcourir le monde avec ce nouveau don. Le regard aiguisé telle une lame épineuse, je sortis et j'arpentai chaque centimètre. Tout autour de moi s'effaçait, effrayé d'une nudité aperçue par mes prunelles... Démoniaque, je jouissais de pouvoir voler à tous leur intimité profonde. Je n'avais plus besoin de parler, mes yeux accompagnaient mes mains pour le faire... Insensé !

Plusieurs jours après, alors que je déambulais sous un soleil pâle, il m'a pris l'idée d'aller dans une bibliothèque. Mes pas m'ont mené jusqu'à celle du village où j'habitais, aux dimensions modestes. La porte, gémissante, s'est ouverte sous mes doigts impatients. Sans un mot – futile action ! –, je me suis dirigé vers les rayons des livres sous le regard inquisiteur de la bibliothécaire. Elle finit par quitter son siège; je ne m'en préoccupai pas. D'un pas rapide – du moins, c'est ce que mes oreilles ont pu capter – elle est parvenue à ma hauteur. Avec un ton aimable mais forcé, elle m'a demandé :

— Bonjour, vous avez besoin de quelque chose ?

Mon regard l'a mise extrêmement mal à l'aise, mais elle ne s'est pas départie de son stoïcisme :

— Monsieur ? Vous m'entendez ?

Un spasme nerveux a secoué ma poitrine, ressemblant à un rire. Apeurée, elle a reculé :

— Ve... venez me voir si v-vous avez un problème.

Elle partit presque en courant. Sans attendre, j'ai pris un livre au hasard. J'ai caressé brutalement, mais avec amour, sa couverture au carton si doux et rêche à la fois. Puis je l'ai ouvert d'un coup sec. Comme un alchimiste devant sa créature, je scrutai chaque lettre inscrite à l'encre d'imprimerie noire, soulevant les pages à une vitesse folle; au bout de 10 minutes, 500 pages furent parcourues. Et j'ai repris un livre, et encore un autre. Les heures ont passé; la petite bibliothèque n'avait plus de secrets pour moi…

À l'heure de la fermeture, la jeune femme, effrayée par ma présence, n'osait pas me dire de partir. Prenant tout mon temps, j'ai reposé le dernier livre. D'un pas nonchalant, j'ai foulé les allées des tables à la couleur insipide et passée. Je me suis dirigé vers un ordinateur de la petite salle adjacente. Sans demander l'autorisation, j'ai mis la machine en route. Une fois prête, j'ai ouvert une page blanche et j'ai laissé se déchaîner mon inspiration :

"Sur les allées de la Mort crevée, je suis donc passé pour aller chercher le cercle disparu. Avec rage, j'ai parcouru ce chemin sanglant de tant de fleurs brisées… J'ai arraché une corde vocale à celui que je considérais comme mon inconscient protecteur…"

J'ai entendu des pas derrière moi. C'était la bibliothécaire. Timidement, elle m'espionnait. Elle a reculé et a balbutié ces mots :

— Il est l'heure de fermer, si vous voulez v-vous pouvez re-revenir de-demain…

Un rictus aux lèvres, je brûlais de lui dire que je n'en avais que faire, qu'il fallait que j'écrive, qu'il fallait que j'aie plus, et encore plus de livres… Oh, oui, plus ! Que je voulais remplir des milliers, et des milliers de pages blanches, de mon écriture révélée, éclairée... nouvelle, pure !

Je voulais lui dire tout ça… Des bouts de monde…

L'air est passé de mes poumons jusqu'à mes cordes vocales engluées de poussière et… aucun son n'est sorti.

Elle a levé la tête, ne voulant jusqu'à présent affronter de nouveau ma vue. Elle entendit mes halètements. Son regard surpris a croisé le mien, qui l'était tout autant. Je repris une inspiration et recommençai… sans résultats! La panique enlaça peu à peu mes bronches. Jes yeux exorbités, j'ai continué à la fixer. Terrifiée, elle s'est précipitée vers l'accueil et s'est saisie du téléphone. Son premier hurlement a surgi au moment où mes pas ont franchi le perron. J'ai mené une course effrénée jusqu'à chez moi, ne pouvant même pas hurler ma peur! Je ne croyais pas à ce qu'il m'arrivait…

Je me suis dirigé vers ma petite salle de bain, aussi nue que les autres pièces de ma maison. Je me suis regardé dans la glace: j'ai été choqué, horrifié… par mon apparence.

Un fantôme… squelette… Un spectre…

Des larmes ont coulé de mes yeux. J'ai frappé encore, et encore, et encore… cette fichue glace...

X

XXX

X

Le dormeur gigote sur le matelas; ses lèvres remuaient sans que rien ne franchisse leur barrière… En décryptant leur langage sporadique on peut comprendre ceci :

"Ai… tout perdu… Elle est partie… Elle… non… pas ça… Pourquoi ? C'est pas juste… Je t'ai perdue, reviens, jamais… je ne recommencerai…"

Il se calme; son souffle se bloque quelques instants, pour redevenir régulier.

Il dort.

Et le soleil, lui, ne perce toujours pas les rideaux; la chaleur est seule maîtresse, mais par contre, la nuit laissera le vent agiter ces robes inachevées…

Son Troisième Œil dévoilera… un lit vide.

On ne sait ce qu'il est devenu. La maison est restée vide depuis ce jour là, l'écran blême de l'ordinateur ne s'est éteint que lorsque le courant a été coupé.

Cet homme avait perdu la chose la plus précieuse de son être, à un prix tellement élevé…

Sa voix.

Le langage étant essentiel à l'homme dans son rapport à l'autre. Sans lui, il est tout simplement…

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