
Spin-off À l'ombre du crépuscule Le voyage de Shô et Kirai à Paris, entre découverte et redécouverte d'une autre vie.
Rated: Fiction M - French - Romance/Humor - Words: 7,398 - Reviews: 2 - Favs: 1 - Published: 02-12-11 - Status: Complete - id: 2890654
|
|
A+ A- |
LES ÉTRANGERS
« Tu es prêt ? »
Shô redressa la tête en bouclant sa valise et eut un grand sourire. Il enjamba ses bagages et vint se serrer contre Kirai, qui l'enserra entre ses bras. Shô en profita pour s'arrimer à lui et déposa un petit baiser sur ses lèvres.
« Merci encore, Akira…
-Oh, ça me fait plaisir. J'ai besoin d'un petit break aussi, et ce week-end arrive au bon moment. Pas trop stressé, quand même ?
-C'est bon, j'ai déjà pris l'avion avec toi une fois. Ça ira, je crois…
-C'est un peu plus long quand même cette fois. »
Kirai embrassa Shô à son tour, tendrement. Ses doigts passaient machinalement dans les cheveux de l'autre jeune homme. Ses lèvres trouvèrent la peau de sa gorge, la cajolèrent, l'effleurèrent, arrachant de petits rires à Shô, qui se laissait faire bien volontiers.
« On ne va pas tarder à y aller, murmura Kirai, en passant son pouce sur les lèvres de Shô. Ne t'en fais pas pour ton chat, Jouchi s'en occupera parfaitement pour deux jours.
-J'ai un peu peur pour ma mère aussi… La laisser comme ça…
-Je demanderai à Kazuyuki d'aller prendre de ses nouvelles… D'accord ?
-Hum… Je ne suis pas tranquille…
-Shô, écoute. Pour deux jours. Deux petits jours… Et durant ces deux petits jours, tu vas penser à toi et à moi. On va passer un week-end en amoureux à Paris, tous les deux. Ok ? »
Shô hocha la tête et se pressa contre la poitrine de Kirai, quelques instants.
« Allez… On y va. Mon père n'aime pas attendre. »
Kirai déposa un dernier baiser sur la joue de Shô puis s'avança vers le shôji, pour appeler Makino. Il le laissa prendre les valises et amena Shô jusqu'à la voiture.
« Bon… J'ai tout. Tu as la liste de ce qu'on doit ramener à tout le monde ?
-Oui, oui, je l'ai mise dans ma valise.
-Parfait. »
Kirai ferma les yeux et sourit en sentant Shô se serrer contre lui. Il écoutait distraitement la musique classique que Makino avait mise dans le lecteur de disques. Il déposait parfois de petits baisers parmi les cheveux bruns de Shô. Kirai se sentait heureux ; les années les plus noires de sa vie lui semblaient avoir été enfin englouties par son passé. En arrivant à l'aéroport, il laissa Makino s'occuper des bagages, une nouvelle fois, puis entraîna Shô vers le petit jet privé que son père avait loué. Mitsuru les attendait à l'intérieur, mais était déjà occupé. Il se contenta de leur dire bonjour, avec le sourire, avant de se pencher à nouveau sur son ordinateur.
« Bon, on ne devrait plus tarder. Ça va ?
-Oui… Je crois. Mais j'ai hâte que ça soit terminé quand même, avoua Shô, la voix un peu tremblante.
-Tu n'as qu'à dormir. Tu verras, tout se passera parfaitement bien.
-J'espère… »
Shô lâcha un soupir puis retira son pull avant de se mettre un peu plus à l'aise dans le grand fauteuil en cuir. Il se crispa un peu en sentant l'avion s'ébranler et se mettre en mouvement, et il chercha instinctivement la main de Kirai. Celui-ci sourit et passa un bras par-dessus ses épaules. Shô, guère rassuré, s'agrippa à lui. Il le lâcha enfin au bout de plusieurs minutes et retrouva une place plus correcte. Il respira calmement puis se leva pour aller chercher de quoi manger dans le petit frigidaire. Il grignota distraitement des petites pépites de chocolat, assis sur les genoux de Kirai, en essayant de ne pas regarder par le hublot. Shô finit par se rencogner contre son ami et ferma les yeux, pour dormir. L'autre jeune homme le laissa faire, bougeant légèrement pour trouver une position plus confortable. Il posa sa joue contre les cheveux de Shô, et l'écouta sommeiller, étrangement, avec une affectation et une concentration étonnantes. Shô avait un souffle régulier qui tapait contre son cou, de petits mouvements de la tête ou des mains. Tout ce que Kirai connaissait déjà par cœur. Il garda Shô contre lui, mesurant ses gestes. Le jeune homme ne voulait pas indisposer son père plus que de raison ; Mitsuru avait déjà accepté beaucoup de choses, et Kirai ne souhaitait pas tester sa patience ou sa tolérance. Mitsuru ne faisait pour le moment pas attention à eux, trop occupé à travailler, encore et toujours. Kirai finit par s'endormir lui aussi, et ce fut les appels de Makino qui le tirèrent de son sommeil. Le jeune homme fronça les sourcils, mit la moue et bougea lentement. Shô n'avait pas encore bronché, toujours contre lui.
« Nous arrivons, monsieur.
-Oh… Euh… Merci… Shô… Shô…
-Hmm… »
Shô enfouit sa tête dans le creux de l'épaule de Kirai et soupira.
« On arrive, mon cœur, murmura Kirai.
-Ah… D'accord… J'ai dormi tout le temps ?
-Tout le temps… sourit Kirai. Allez, assis-toi et mets ta ceinture. »
Shô retourna sur son fauteuil et boucla sa ceinture, encore endormi. Il s'appuya d'ailleurs de nouveau sur Kirai et lui prit la main, un peu apeuré. Son ventre se tordit quand l'avion entama la descente, et Shô pâlit un peu. Il ne put retenir le soupir de soulagement quand l'appareil s'arrêta sur la piste. Kirai se pencha vers lui pour l'embrasser sur la joue et lui murmura :
« Ce n'était pas si horrible, tu vois. Allez, viens… Je parie que tu es affamé.
-Pas faux, appuya Shô, en se levant. »
Il mit le manteau que Makino lui avait apporté, puis descendit enfin du petit jet. Une voiture les attendait et le chauffeur lui ouvrit la portière pendant que Makino chargeait leurs bagages dans le coffre.
« Je n'arrive pas à croire que je suis à Paris, s'exclama Shô.
-Je te promets que ce sera un séjour inoubliable. Pour ce soir, on ira dîner à l'hôtel. On va passer une bonne nuit et demain, on ira se promener un peu. »
Shô sourit et tourna les yeux vers la fenêtre, curieux. Ils quittèrent le tarmac lentement. La nuit commençait à tomber, et Shô n'en perdit pas une miette. Il apercevait les lumières de Paris, et son cœur se mit à battre plus vite quand ils pénétrèrent dans la ville, après avoir quitté le périphérique. Tout semblait si différent de Tokyo. La voiture s'arrêta enfin devant un hôtel, et le chauffeur sortit le premier. Il ouvrit la portière de nouveau, et Mitsuru s'extirpa du véhicule puis pénétra dans l'hôtel, après avoir fait signe à Makino de s'occuper des valises. On leur remit les clés de leur chambre, et ils prirent l'ascenseur. Mitsuru se dirigea vers la sienne, et prévint les deux garçons qu'il les attendrait pour dîner dans une heure. Kirai invita Shô à entrer dans la suite que son père avait louée pour eux. Le jeune homme eut une exclamation ravie et s'arrêta dans l'immense salon. Il retira son manteau, qu'il posa sur le dossier du canapé, et se tourna vers Kirai.
« C'est absolument magnifique ! Je n'arrive pas à y croire ! Je t'adore trop, Akira ! »
Shô sauta dans les bras de Kirai et l'embrassa à pleine bouche, avant de passer ses mains dans ses cheveux, alors que le bout de sa langue traçait une petite ligne mouillée vers son menton.
« Ton père a dit qu'on devait le rejoindre quand ?
-Dans une heure, répondit Kirai, la voix un peu altérée.
-Une heure, hein ? répéta Shô, avec un petit sourire. »
Kirai eut un gémissement léger quand la main de l'autre garçon dévala sa chemise pour venir masser son entrejambe, à travers le tissu de ton pantalon.
« Shô…
-Hum ?
-Makino doit venir nous apporter nos valises.
-Il ne devrait pas tarder, n'est-ce pas ?
-Oui…
-Parfait… On n'a qu'à l'attendre. »
Shô poussa Kirai sur le grand canapé du salon, et le jeune homme chuta avec un petit cri surpris, une jambe repliée sur le divan, un bras étendu sur le dossier.
« Shô… »
Shô n'avait que faire de ses plaintes, et il lui lança un regard espiègle. Il déboutonna la braguette de son pantalon, puis tira sur son sous-vêtement. Kirai bascula la tête en arrière avec une plainte passionnée et ferma les yeux. Ses hanches avançaient lentement, et il écarta un peu plus les jambes. Soudain, quelques coups sur la porte lui firent redresser la tête et il baissa les yeux vers Shô, qui s'écarta de lui, en souriant. Il poussa le vice à passer lascivement l'un de ses doigts au coin de sa bouche, puis se leva pour aller ouvrir, pendant que Kirai se rhabillait un peu plus décemment. Le jeune homme avait les joues rougies, le souffle un peu court. Shô remercia Makino avec un grand sourire puis referma la porte derrière lui. Il se pencha vers un de ses sacs, et plongea la main à l'intérieur. Il attrapa une petite bouteille et une boîte et revint vers Kirai. Ce dernier n'attendit pas que Shô fasse le premier pas, il le devança de lui-même. Il le ramena vers lui et l'embrassa, avant de se laisser pousser vers la chambre. Sans prendre la peine d'allumer le lustre, ils tombèrent sur le lit, l'un sur l'autre. Shô posa la boîte de préservatifs et le lubrifiant à côté de lui, puis revint embrasser Kirai. Ses doigts commencèrent à déboutonner sa chemise, et il caressa son torse de ses paumes. Il effleura les tétons de ses pouces et s'amusa même avec la petite barre en fer qui traversait l'un d'eux. Kirai se laissait faire, entièrement soumis à Shô. Il se contentait de caresser son dos, ses épaules, ses fesses. Il avait écarté les cuisses pour lui laisser plus d'ampleur, plus de liberté. Kirai ne lui opposait aucune résistance, complètement à sa merci. Shô se pencha vers lui pour l'embrasser et lui lécha les lèvres avant de souffler :
« Akira, j'ai la vague impression que cela t'excite bien plus que d'habitude. »
Kirai tourna la tête sur le côté et ne répondit pas. Il laissa échapper un gémissement quand Shô écarta doucement son intimité pour la dévoiler et ne put retenir ses hanches, qui bougèrent toutes seules. Shô étala le lubrifiant et s'en contenta, contemplant Kirai et son abandon. Shô se pencha vers lui pour embrasser ses joues, puis vint chercher ses lèvres. Ses mains s'agrippèrent à ses cheveux, presque violemment, et Kirai gémit, écartant plus largement les jambes. Le baiser de Shô était brutal, et le bassin du jeune homme se frottait à celui de son compagnon. Son sexe effleurait le sien, son intimité sans la forcer, arrachant de petits geignements à Kirai, qui arquait le dos. Il lâcha une longue plainte contentée quand Shô le pénétra lentement. Le paquet du préservatif était tombé au sol, paresseusement. Kirai referma ses cuisses autour du bassin de Shô et chercha à s'empaler plus encore, en gémissant. Shô eut un petit sourire et lui embrassa le bout du nez, avant que sa main ne dévale son torse pour venir caresser son sexe, doucement. La soumission de Kirai était excitante et sublime. Son corps tendu dans le plaisir, ses plaintes, ses gémissements, étaient un véritable ravissement pour le jeune homme. Les doigts de Kirai s'enfonçaient dans sa peau et s'y tenaient fermement. Il avait rejeté la tête en arrière, découvrant sa gorge. Il lança ses bras autour du cou de Shô et le ramena vers lui, suçotant sa langue avant de l'embrasser. Il jouit dans un cri étouffé par les lèvres de son compagnon, qui s'appuya de ses deux mains pour donner de plus amples coups de bassin. Kirai ne pouvait retenir ses petits geignements contentés et amoureux, incapable de penser à autre chose qu'au corps de Shô contre le sien. Il referma ses bras autour de ses épaules quand l'autre jeune homme jouit enfin et l'empêcha de se retirer. Il vint chercher un baiser en souriant puis lâcha enfin Shô, qui roula sur le côté. Il remonta la braguette de son pantalon et lâcha un gros soupir contenté.
« Je t'aime, souffla Shô à l'oreille de Kirai, avant de l'embrasser tendrement.
-Je t'aime aussi… »
Kirai était toujours nu, reprenant son souffle lentement.
« Je pense qu'il faudrait qu'on se prépare, sourit Shô, en se redressant.
-Je vais aller prendre une douche.
-Je viens avec toi. Ça nous fera gagner du temps. »
Kirai hocha la tête puis se leva du lit, sans prendre la peine de se couvrir. Shô en profita pour le contempler encore une fois puis se décida à entrer avec lui dans l'immense salle de bain qui jouxtait la chambre. Il se déshabilla et rejoignit Kirai dans la douche.
« Je crois qu'une fois qu'on sera revenus du dîner avec ton père, je vais aller me coucher. Je suis complètement crevé, soupira Shô, en se collant à Kirai, la tête contre son épaule.
-Tu as raison. Demain on a une longue journée ! sourit Kirai, en posant ses deux mains sur les cheveux de Shô. Si ça te plaît, on pourra revenir souvent.
-Tu es déjà venu ici, Akira ?
-Oui. J'ai vécu à Paris durant trois ans.
-Oh ? Tu me l'as jamais dit !
-Désolé, j'avoue que… je n'y pense pas forcément. Je t'emmènerai voir les endroits que j'aime ici. »
Shô sourit et embrassa Kirai sur la joue puis sortit enfin de la douche. Il se sécha sommairement avec une serviette puis alla enfiler ses vêtements. Il attendit Kirai assis sur le lit. Il eut un sourire imperceptible et jeta un œil plus acéré à la chambre. Il fronça les sourcils et se baissa pour ramasser le préservatif, qu'il alla jeter à la poubelle.
« Je suis prêt, s'écria Kirai, en sortant enfin de la salle de bain. »
Shô se tourna vers lui et lâcha un petit soupir désespéré.
« Tu m'énerves, déclara-t-il, en s'approchant de Kirai, époussetant une saleté imaginaire sur ses épaules. »
Kirai lui déposa un baiser sur le bout du nez puis lui prit la main pour le mener vers la porte d'entrée. Il ne lâcha les doigts de Shô qu'une fois dans l'ascenseur.
« Mon père nous attend au restaurant de l'hôtel. On sera pile à l'heure, je pense. »
Kirai et Shô arrivèrent bientôt dans le grand restaurant au premier étage de l'hôtel. On les conduisit à une table, près d'une haute fenêtre qui s'ouvrait sur Paris, et les deux jeunes hommes sourirent à Mitsuru. Kirai s'assit près de son père, pendant que Shô prenait place en face de lui, poliment.
« Tout va bien, les enfants ?
-Impeccable, sourit Kirai.
-Très bien. Je vous remercie, monsieur Kurokawa. C'est très gentil à vous de m'avoir permis de venir avec vous. »
Mitsuru eut un petit geste de la main, et Shô sourit en posant ses yeux sur Kirai. Ils dînèrent tranquillement, à l'ombre de cette existence paisible. Shô savait qu'à présent, il ne pouvait plus y renoncer et qu'il ne supporterait pas d'être abandonné ou mis de côté par Kirai. Il était prêt à tout, jusqu'à l'impossible pour le garder à ses côtés, et certainement, même au pire. Shô préférait ne pas y penser, ne pas se laisser dériver vers ce côté sombre et délictueux de sa personnalité. Kirai était docile avec lui, et étrangement malléable pour le caractère plutôt despotique de Shô. Doux et parfois influençable, Kirai se laissait volontiers faire sans protester, aimant faire plaisir à Shô et le voir sourire. Altruiste et magnanime, apte à faire des concessions, Kirai pouvait s'adapter et s'aplatir pour éviter les conflits. Shô, par contre, était plutôt rigide, fidèle à lui-même et sa personnalité butée et torve. Il faisait des efforts sincères mais connaissait ce travers.
L'heure avançait, et la fatigue commença à les gagner. Ils quittèrent le restaurant de l'hôtel un peu avant minuit. Kirai souhaita bonne nuit à son père puis regagna sa chambre avec Shô. Il était épuisé et pressé d'aller dormir. En entrant dans la suite, il jeta sa veste de costume sur le dossier du divan, puis sa cravate, et alla s'écrouler sur le lit. Shô le rejoignit et sourit, puis l'aida à se déshabiller.
« Finalement, tu es plus fatigué que moi.
-J'ai toujours mal géré le jet-lag, soupira Kirai en gémissant un peu. »
Shô le poussa du coude pour l'obliger à se relever et le poussa dans la salle de bain.
« Allez, un petit effort. »
Kirai grogna, mais Shô ne broncha pas et le laissa seul quelques instants pour aller se déshabiller dans la chambre. Il le retrouva dans la salle de bain, toujours aussi amorphe, et il secoua la tête, en soupirant.
« Dépêche-toi de te brosser les dents, Akira.
-Oui, oui, ça va, c'est fait, marmonna Kirai, en s'essuyant la bouche du revers de la main. »
Shô le regarda, amusé, se traîner hors de la pièce pour se réfugier sous les draps. Il le rejoignit quelques instants plus tard et le serra dans ses bras, en fermant les yeux. Le voyage avait épuisé les deux garçons qui basculèrent dans le sommeil sans attendre.
Comment souvent, Kirai se réveilla le premier. Il se redressa lentement sur les coudes puis tendit sa main vers la table de chevet pour attraper ses lunettes. Il s'écarta de Shô doucement et se leva pour aller jusque dans le salon. Il attrapa le téléphone et demanda à ce que le petit-déjeuner leur soit monté dans une demi-heure. Il reposait le combiné quand un corps encore un peu endormi se serra contre son dos.
« Tu es plus reposé ?
-Ça va, oui. Hâte.
-Bien. J'espère que tu es d'attaque, parce qu'on a une longue journée.
-Je suis impatient, sourit Shô, en se détachant de Kirai.
-J'ai commandé le petit-déj. On ferait mieux d'aller prendre une douche avant. »
Shô acquiesça et s'enferma avec Kirai dans la salle de bain pendant un bon quart d'heure. Ils attendirent ensuite dans le salon que le groom daigne enfin leur monter leur repas. Shô eut un soupir impressionné et gourmand et mangea de bon appétit.
« On leur demandera de venir chercher ça en descendant à la réception. Allez, on y va. J'ai loué une voiture.
-On commence par quoi ?
-On peut aller au Sacré-Cœur.
-Oh, moi je n'y connais rien. Je te fais confiance, sourit Shô. »
Ils descendirent jusqu'à la réception de l'hôtel, et Kirai récupéra les clés qui l'attendait à la réception. Il lança à Shô, en sortant :
« Ce soir, on dînera tous les deux. Mon père a un dîner d'affaires. Plutôt que de rentrer à l'hôtel, j'ai pensé à manger au restaurant. J'ai réservé une table pour vingt-et-une heures. »
Shô caressa distraitement la main de Kirai, ravi.
Ils rentrèrent à l'hôtel avant d'aller dîner pour déposer les achats qu'ils avaient faits durant la journée. Ils avaient acheté les souvenirs qu'ils avaient promis à leurs amis, puis s'étaient fait plaisir.
« J'ai passé l'une des meilleures journées de ma vie. Je sais que je dis ça souvent, depuis que je te connais, mais là, c'est vrai !
-Jusqu'à la prochaine qui sera encore meilleure. Allez, on y va. »
Shô ne se le fit pas dire deux fois et prit la main que Kirai lui tendait. Il la serra si fort que son compagnon eut une petite grimace. Shô mettait toute sa force dans le lien qui l'unissait à Kirai, toute sa hargne pour le garder près de lui, quitte à lui faire du mal.
Leur soirée fut merveilleuse, et Shô en oublia jusqu'aux malheurs qui avaient jusque là émaillé sa vie avec une régularité déconcertante. En rentrant, ils firent encore l'amour, tendrement. Kirai finit par se reposer dans le bras de Shô, en reprenant son souffle.
« Demain, j'ai une surprise pour toi, murmura Kirai.
-Oh ?
-Tu verras. J'espère… que ça te plaira. »
Shô eut un sourire dans l'obscurité et glissa ses doigts le long du dos nu de Kirai, amusé, en le sentant frissonner. Il s'endormit en rêvant à demain.
Il se réveilla seul une nouvelle fois. Il pouvait entendre Kirai parler au téléphone, mais il n'y fit pas attention. Il se leva pour le rejoindre dans le salon et lui demanda :
« C'était qui ?
-Ma surprise.
-Hein ?
-Non, rien, tu verras. Va te préparer, mon cœur. Il faut qu'on parte tôt.
-Bon… »
Shô obéit et retrouva Kirai un quart d'heure plus tard.
« Akira… Je commence à avoir peur, s'exclama-t-il, en grimpant dans la voiture.
-Mais non, allez. Tu sais que je n'essaierai pas de te faire du mal. Alors fais-moi confiance. »
Un peu plus rassuré, Shô eut un sourire et jeta un œil aux rues qui défilaient. Il trouvait Paris magnifique et captivante, et se lamentait déjà de devoir la quitter. Kirai s'arrêta bientôt dans un coin du seizième arrondissement et aida Shô à descendre de la voiture.
« Où on va ?
-Voir un de mes amis. J'aimerais te le présenter.
-Oh… D'accord. »
Kirai s'approcha de la porte d'un immeuble et sortit un petit papier de sa poche. Il tapa le code d'entrée sur le digicode, puis attrapa le bras de Shô.
« Allez, viens. »
Il le poussa vers l'ascenseur puis appuya sur le bouton du troisième étage. Il frappa à la porte d'un appartement et attendit quelques secondes avec Shô. Un homme vint leur ouvrir et Shô se figea sur place, le visage pâle, le corps tremblant.
« On s'en va, Akira, finit-il par souffler, la voix glacée.
-Non, Shô, lui répondit Kirai, doucement. Reste-là. »
Il l'empêcha de partir en lui barrant la route de son bras et le ramena vers lui.
« S'il te plaît… s'exclama soudain l'homme qui était resté silencieux jusque lors. Entre…
-Lâche-moi, Akira. Je ne vais pas te le dire deux… Hé ! »
Kirai le poussa d'autorité à l'intérieur de l'appartement, et attendit que la porte soit refermée derrière lui pour lâcher Shô. Celui-ci se dégagea brusquement de son compagnon, et essaya de se diriger vers la sortie, mais Kirai continuait de lui barrer le passage.
« Laisse-moi passer. Comment t'as pu me faire ça ? T'es vraiment qu'un pauvre type. Je t'avais rien demandé, je t'avais rien réclamé. De quel droit t'as pris cette liberté ? demanda Shô à Kirai, agressivement.
-Shô… »
Le jeune homme se crispa encore plus quand l'homme, toujours derrière lui, lui adressa la parole. Il essaya encore de s'enfuir mais Kirai le retenait fermement. L'autre garçon restait de marbre, supportant la colère de son ami sans broncher, comme toujours.
« Shô… Je n'arrive pas à y croire.
-Tu m'étonnes, grinça le jeune homme, méchamment. Je veux partir. Ça sert à rien d'être venu ici. J'm'en fous. Je veux pas entendre ce qu'il a à me dire.
-Shô, reprit Kirai. Ça ne te coûtera rien. Juste quelques instants de ton temps. Après, on partira, je te le promets. »
Shô lâcha un très gros soupir puis se tourna enfin vers l'autre homme.
« Je présume que je devrais dire bonjour, « papa ».
-Shô… Je t'en prie, écoute-moi. Même si ce que je vais dire n'aura aucune valeur véritable, même si ça ne rachètera rien, répliqua l'autre, dans un japonais parfait.
-Est-ce que je dois vous laisser ? demanda Kirai. Je reviendrai plus tard, si tu le souhaites.
-Non. Reste-là, lui ordonna Shô, en lui attrapant la manche.
-Venez… »
Les deux garçons passèrent dans le salon et s'assirent sur le divan qu'on leur avait désigné. Shô avait l'air renfrogné, hostile et mauvais. Kirai se tenait à ses côtés. Ce fut lui qui parla le premier :
« C'est moi qui ai appelé Pierre quelques semaines avant de partir. Tu avais beau me dire que tu te moquais bien de ton père, que tu ne voulais plus rien savoir de lui. Je te connais par cœur, Shô. Je sais quand tu vas mal, quand tu es triste. Ta famille te fait souffrir. Je voulais juste que tu aies une dernière chance.
-Je ne l'ai pas demandée, cette chance, rétorqua Shô.
-Non. Pas de vive voix, en tout cas.
-Shô, reprit Pierre. Je suis si ému de te voir.
-Depuis le temps…
-Je te dois des explications. Je ne sais pas si elles te paraîtront suffisantes. D'ailleurs, non, certainement, elles ne seront jamais suffisantes.
-Tu es parti comme un voleur. Un jour, tu me dis à ce soir, et tu disparais de ma vie.
-C'est ta mère qui me l'a demandé, avoua Pierre, tristement. Nous ne te l'avions pas dit mais nous étions en instance de divorce. Je n'avais plus aucun droit aux yeux des autres. Je n'étais qu'un étranger. Sans ta mère, je n'existais plus. Je n'avais pas l'intention de partir sans revenir. Mais je n'ai pas eu le choix, Shô. Si j'avais pu, je t'aurais emmené avec moi. Mais c'était impossible. Alors, je suis parti. J'ai pensé que c'était mieux, même si j'ai eu tort. J'ai pensé que tu serais mieux avec ta mère. Je t'ai écrit toutes les semaines. Je n'ai jamais eu de réponse. J'ai pensé que tu avais fait ton choix.
-Tu m'as écrit ? s'écria Shô, soudain étonné. Ça m'étonnerait. Je n'ai jamais rien reçu. En plus, t'es un beau menteur.
-Non. Je te l'assure. Je t'ai écrit. Chaque semaine. Ta mère a dû les garder.
-Je t'en prie. Dans l'état où elle est tombée après ton départ, ça m'étonnerait ! le coupa Shô.
-L'état ?
-Maman a fait une profonde dépression et elle a été internée à l'hôpital sur la demande de ses parents. Elle est dans le coma depuis plusieurs mois, maintenant. »
Pierre avait pâli. Il déglutit péniblement et prit sa tête entre ses mains.
« Eh ouais. Ma vie est géniale, pas vrai ? J'ai perdu mes deux parents presque coup sur coup, grinça Shô, ironique. T'as pas idée de ce que j'ai traversé. De ce que j'ai supporté. T'as pas idée ! De tout ce que j'ai dû faire pour espérer survivre un peu ! Combien de fois j'ai failli mourir ? J'ai vécu en enfer si longtemps. Et toi, tu n'en avais rien à faire !
-C'est faux, Shô. J'ai régulièrement appelé tes grands-parents, ils ne m'ont jamais répondu ! Ils n'ont jamais voulu me dire où tu étais, ce que tu faisais !
-Comment est-ce qu'ils auraient pu le faire ?! Ils ne sont jamais occupés de moi ! Ils ne m'ont jamais considéré. Ça me fait une belle jambe de savoir que tu pensais à moi, mais je ne t'ai pas vu pendant dix ans ! Tu crois que tu as une place dans ma vie ? La seule raison pour laquelle on se parle, c'est parce qu'Akira a cru amusant de décider à ma place.
-Non, je continuais encore à te chercher. C'est pour cela que ton ami m'a contacté.
-Monsieur Fujita m'avait remis une lettre de ton père, qu'il avait trouvée chez Akimine, expliqua Kirai.
-Pourquoi il te l'a donnée à toi ?
-Il me fait confiance vis-à-vis de toi. Il a préféré me la donner, c'est tout.
-Tu aurais pu m'en parler.
-Je te connais, Shô. Tu te serais braqué sans même m'écouter. Je voulais te donner une chance, même si à la base, tu ne la voulais pas.
-De toute façon, c'est moi qui lui avais aussi demandé de ne pas t'en parler. Je voulais vraiment avoir la chance de te parler. De t'expliquer aussi. Shô… Tu m'as tant manqué. Je pensais à toi si souvent. Je continuais à t'écrire. Je ne sais pas si mes dernières lettres sont arrivées à destination. Je vais te demander de ne pas m'interrompre. Si tu veux partir après, je comprendrai. Je ne t'en empêcherai pas. Je veux juste que tu m'écoutes. Shô… Tu es mon fils. Je t'ai toujours porté dans mon cœur. Je t'ai toujours tellement adoré. On t'avait tellement désiré, avec ta mère. Tu es arrivé tel un trésor. On était si heureux, ensemble. Mais ta mère a fini par mal supporter la situation, les remarques et les reproches de sa famille. Toute cette pression autour d'elle. Alors j'ai fait comme elle le désirait. J'ai accepté de signer les papiers du divorce. J'ai accepté de partir. Mais on ne voulait pas te faire de mal. On voulait… t'épargner tout ça. Je suis tellement désolé. Si je pouvais refaire le passé… Trouver une meilleure solution. Je n'ai jamais voulu te blesser, Shô. Je voulais toujours te protéger, t'aider. Tu es mon fils. Je t'aime tellement. Te voir devant moi, c'est si… Je suis si heureux. Tu as l'air de bien te porter.
-Ce n'est certainement pas grâce à toi. La seule chose bien qui me soit arrivée, c'est d'avoir rencontré Akira. Ah oui, je ne t'ai dit, continua Shô, avec un sourire mauvais. C'est mon copain. Je suis homo. Je préfère coucher avec des mecs. Je suis toujours si adorable à tes yeux ? Si gentil ? Si parfait ? Si t'étais pas parti, peut-être que j'aurais pas dévié. Peut-être que je me serais trouvé une copine, comme tous les autres fils. Mais non, à la place, je préfère me taper des mecs. Ah oui, pour ton information, Akira n'est pas le premier. Et loin s'en faut.
-Shô, ça suffit, l'interrompit Kirai, soudain. Je sais que tu en veux à ton père, mais ce n'est pas une raison pour te montrer grossier ou vulgaire.
-Tes préférences sexuelles m'importent si peu, souffla Pierre. Qu'est-ce que ça pourrait me faire ? J'ai retrouvé mon fils. Tu crois que je vais te laisser partir juste parce que tu ne serais pas comme il faut ? Je me moque bien de tout ça. Ton existence a plus d'importance que la normalité.
-C'est faux ! s'écria Shô, en se redressant brusquement, se mettant debout. C'est faux ! Si t'étais un vrai père, tu devrais me dire que je suis un raté, un nul ! Que je suis répugnant, que je suis une sale fiotte qui mérite de crever ! Tu devrais me dire que tu me détestes ! Me demander de changer ! Tu n'es même pas capable de ça ! Et tu te prétends être mon père ! Mais… »
Le bruit de la gifle résonna sèchement dans la pièce. Kirai observa Shô, un peu choqué, qui se tenait la joue. Le jeune homme luttait pour retenir ses larmes et il ne résista pas quand Pierre lui prit le bras pour l'attirer à lui et le serrer contre son torse. Shô essayait de pleurer en silence. Ses doigts se crispaient sur la chemise de son père, et le jeune homme pleurait sur son épaule.
« Je suis désolé, souffla Pierre. Je suis tellement désolé. Qu'est-ce que je t'ai fait, mon bébé ? Mon dieu… »
Pierre embrassa Shô, qui passa ses bras dans le dos de son père, pour se serrer contre lui. Le jeune homme avait toujours prétexté le détachement pour cacher sa plus grande peine, lui qui enfant, admirait et adulait ce père qu'il avait érigé comme modèle. Pierre avait toujours eu des mots tendres ou des gestes affectueux pour lui, et quand Shô était petit, leur relation avait toujours été une relation fusionnelle et profonde. La cassure qu'avait provoquée le départ de son père avait marqué Shô dans les tréfonds de son âme, et il avait préféré le détester de tout son cœur, plutôt que de le regretter et de le pleurer encore et encore. L'entendre lui demander pardon avait abattu le mur que Shô croyait éternel, entre lui et Pierre. Ce dernier se rassit avec son fils sur le canapé et chasse d'un geste tendre les grosses larmes qui coulaient ses joues. Shô essuya son nez et se calma enfin. Kirai n'avait toujours rien dit. Pierre attendit quelques instants puis reprit :
« Je remercie le ciel depuis ce jour où ton ami m'a appelé. Tu sais, j'étais venu plusieurs fois au Japon, dans l'espoir de te retrouver. J'étais allé voir tes grands-parents, des membres de la famille de ta mère. J'ai appris le décès de sa sœur, hélas.
-Au début, c'est elle qui s'est occupée de moi, expliqua Shô, dans un souffle. Quand elle est morte, les parents de maman ont décidé de me mettre à l'internat pour ne pas avoir à s'occuper de moi.
-Pourquoi n'ai-je pas été prévenu ? s'insurgea Pierre. Je t'aurais fait venir en France.
-Ils n'ont pas voulu, expliqua amèrement Shô. Ils ont prétexté que c'était ce que maman voulait. »
Pierre serra un poing rageur et leva la main pour caresser les cheveux de son fils. Il jeta un œil à Kirai puis demanda :
« Alors, si tu me parlais un peu de toi, mon grand. Il y a tellement de choses que je voudrais savoir…
-Eh bien, commença Shô, en reniflant un peu. Je suis en dernière année à la fac. Bientôt, j'aurais mon diplôme.
-Tu es allé dans quelle université ?
-À Keiô. En droit économique.
-Félicitations ! C'est là que tu as rencontré Akira ?
-Si on veut, expliqua Shô, un peu mal à l'aise.
-Vous êtes ensemble depuis…
-Quelques mois, répondit Shô. Je suis très heureux avec lui. Même si je n'apprécie pas vraiment ce qu'il a fait aujourd'hui, tout en sachant qu'il l'a fait pour moi. Tu sais, sans lui, je n'aurais certainement pas eu la chance d'être encore là aujourd'hui.
-Dis pas ça, sourit Kirai.
-C'est vrai, pourtant. Tu sais, papa… »
Shô s'interrompit et se mordit soudain la langue mais Pierre sourit et lui dit :
« Appelle-moi ainsi encore et encore. Autant de fois que tu en auras envie. Quand repars-tu ?
-Demain matin…
-Oh…
-Nous étions juste venus passer le weekend, expliqua Shô. Kirai me l'avait offert pour mon anniversaire. »
Pierre scruta l'autre jeune homme, un peu surpris, mais finit par avoir un sourire.
« Je suis heureux et triste à la fois. Heureux de te voir et triste parce que tu pars déjà demain.
-C'est étrange…
-Vous pourrez vous voir souvent, à présent, rassura Kirai. Et rester en contact. Ce n'est que partie remise. Monsieur Arnault, pourquoi ne passeriez-vous pas la journée avec nous ?
-Eh bien, je… Si Shô est d'accord.
-Tu… Tu viendras au Japon ?
-Bien sûr que je viendrai. J'irai voir ta mère, aussi… Si tu es d'accord…
-Oh, tu sais… Je ne sais pas si j'ai très envie que tu la voies comme ça.
-Ça me ferait plaisir…
-Tu vis seul, papa ? demanda soudain Shô.
-Oui, répondit simplement Pierre.
-Oh… »
Shô eut un petit sourire tranquille, soudain plus apaisé. Quelques mois auparavant, il n'aurait jamais pu imaginer les changements qu'il avait connus.
« Pourquoi vous ne restiez pas manger ici tous les deux ? Vous pourriez me parler un peu plus de ce que vous faites. Ça me fera plaisir, proposa Pierre.
-Cela ne me pose aucun problème, sourit Kirai. Shô ?
-Je suis d'accord, souffla le jeune homme, en détournant les yeux. »
Pierre eut un regard ravi et se releva. Il tapota la tête de Shô, tendrement. Parfois, la réalité semblait plus douce que le rêve. Shô savait que le chemin à parcourir était encore bien trop long pour qu'il puisse déjà parler de rédemption, mais le premier pas enfin réalisé, les autres derrière lui paraissaient bien plus faciles. Pierre avait un peu changé, mais il restait comme dans ses souvenirs.
Ils passèrent une bonne partie de l'après-midi ici. Shô essayait de combler les creux et les vides, avec les mots de son père, ses aveux, ses souvenirs. Shô ne lui parla pas une seule fois de sa vie dissolue, mais s'attarda longuement sur sa relation avec Kirai, un grand sourire plaqué sur le visage. Les deux garçons repartirent vers dix-huit heures. Pierre fit promettre trois fois à Shô de le rappeler une fois rentré à Tokyo, lui jura qu'il viendrait le voir dès qu'il en aurait la possibilité, et lui demanda enfin de prendre soin de lui. Il les raccompagna jusqu'à la voiture et donna sa carte à Shô, avec un petit mot griffonné à l'arrière. Il le serra contre lui, l'embrassa, puis le laissa entrer dans le véhicule. Il lui fit un dernier signe de la main et rentra chez lui, le cœur encore battant.
Dans la voiture, Shô resta silencieux, triturant la carte que lui avait remise son père. Son pouce passait machinalement sur son prénom et sur son nom. De retour à l'hôtel, il resta encore de marbre, dans l'ascenseur, et entra dans la chambre calmement. Il posa la carte de son père sur la table du salon, retira sa veste et son pull, puis se tourna vers Kirai. Il l'observa un instant, sans bouger, et lui décocha soudain une belle gifle. Il avait hésité à lui donner un coup de poing mais il avait jugé la solution trop violente. Kirai subit sans protester et sourit quand Shô se pressa contre lui, en soupirant.
« Comment t'as pu me faire ça ? lui demanda-t-il, durement malgré tout.
-Je suis désolé. Je voulais tout finir de réparer. À chaque fois qu'on parlait de ta famille, tu semblais si triste. J'avais l'impression que tu adorais ton père quand tu étais plus jeune. J'espérais juste que tu aurais une dernière chance avec lui.
-T'es chiant, répondit Shô. Vraiment chiant. C'est encore parce que tu étais là que tout ça a pu arriver. Franchement, je pense que sans toi, je serais toujours le petit chien d'Akimine pour être poli.
-Oui, mais ça n'est plus le cas, sourit Kirai. Bon… Tu veux qu'on aille se promener ? On a encore le temps, tu sais. Comme ça, on se remettra de nos émotions. »
Kirai embrassa Shô au coin des lèvres et posa son front contre le sien. Pour rien au monde, il ne regrettait ce choix. Il était entré en contact avec Pierre au mois de janvier dernier et avait longuement discuté avec lui. Kirai avait souhaité prendre le risque de fâcher son petit-ami. Shô lui en voulait sans doute et le lui avait fait savoir. Mais au-delà de sa colère, il lui était aussi profondément reconnaissant pour avoir osé faire ce qu'il n'avait jamais pu faire avant. Sans Kirai pour le pousser, Shô serait passé à côté de tant de choses, dans sa vie. Il ne devait son salut qu'à un seul homme, et la situation était à la fois rassurante et terrifiante. Shô s'accrocha plus fort à Kirai et lui souffla :
« Sur le moment, je t'ai insulté de tous les noms mentalement. J'ai eu envie de te tuer, sérieux.
-Je comprends… Ça va mieux maintenant ?
-Oui… Une fois le choc passé… J'ai encore du mal à croire que j'ai retrouvé mon père… Après toutes ces années… En fait, j'avais peur… Peur qu'il me dise que de toute façon, il s'en foutait, qu'il ne voulait plus me voir. Je préférais penser qu'il ne m'aimait plus. C'était moins difficile.
-Mais cela n'a jamais été le cas, Shô. Ce sont tes grands-parents, les fautifs. C'est quand même dingue d'en arriver là.
-J'étais le rappel de mon père à leurs yeux. Ils n'ont jamais été heureux que leur fille épouse un étranger.
-C'est triste…
-Mais vrai. À la base, ils avaient trouvé un homme pour ma mère mais elle a refusé, et elle s'est mariée avec mon père. Tu imagines le truc ? Enfin, voilà… Tout ça, c'est du beau gâchis…
-Tu vas le rattraper, ne t'inquiète pas. »
Kirai frotta le dos de Shô, gentiment, et le porta soudain jusqu'au leur lit, en souriant.
*
Shô lâcha un autre profond soupir. Il avait appelé son père ce matin pour le saluer et peut-être pour bien s'assurer qu'il ne lui avait pas menti et qu'il n'allait pas le supprimer encore une fois de sa vie. Mais Pierre lui avait parlé longuement. Shô pouvait presque voir le petit sourire que son père avait sur les lèvres pendant qu'il discutait avec lui. Au moment de raccrocher, Shô avait eu un pincement au cœur. Kirai paraissait d'une bonne humeur étincelante et en arrivant sur le tarmac, il se pencha vers Shô et lui dit :
« Ne sois pas triste. Tu vas le revoir bientôt. Et sans doute même plus tôt que tu ne le crois. »
Shô fronça les sourcils et sortit de la voiture, mais se figea brutalement. Pierre l'attendait là, près d'un taxi. Le jeune homme se mordit la lèvre et se jeta contre son père.
« Je ne pouvais pas te laisser partir sans te voir une dernière fois, sourit Pierre, en embrassant son fils.
-Papa… souffla Shô, en se serrant contre lui.
-On ne sera pas séparés longtemps, ne t'inquiète pas, mon grand. Je viendrai te voir dès que je le pourrai. Je ne m'inquiète plus maintenant, je sais que tu es heureux, je sais que tu vas bien. Je n'ai plus peur pour toi. »
Shô se pressa encore plus contre son père et plissa les yeux pour retenir ses larmes. Il réussit à les ravaler et renifla, puis s'écarta de Pierre, qui leva la main pour lui caresser les cheveux.
« Je t'aime, Shô. Je suis tellement désolé pour ses années perdues. Bon, allez… Ton avion va bientôt partir… On va se revoir bientôt, je te le promets. Je t'appellerai demain ou après-demain, le temps de te laisser récupérer.
-D'accord…
-Allez, pleure pas, sourit Pierre, en essuyant la joue de Shô de son pouce. »
Il embrassa Shô une dernière fois puis le lâcha doucement. Le jeune homme marcha vers l'avion en se retournant, la gorge nouée. Kirai passa un bras par-dessus ses épaules pour le réconforter, mais avant de rentrer dans l'avion, il leva la main pour saluer son père, et Pierre disparut enfin dans le taxi, qui repartit comme il était venu. Le jeune homme renifla et alla s'assoir, l'air profondément triste.
« Ne sois pas triste. Tu l'as entendu, mon cœur. Ton père ne t'a jamais oublié avant. Il ne t'oubliera pas maintenant non plus. Et nous reviendrons de toute façon. Puis lui viendra te voir. Il te l'a promis.
-Je sais bien… Ça me fait juste de la peine de devoir le quitter si vite.
-Pour peu de temps. »
Kirai embrassa Shô sur la tempe et lui prit la main, avec tendresse. L'autre homme eut un petit sourire puis se pelotonna contre son compagnon, encore une fois. Il n'avait plus peur, il ne voulait que dormir pour oublier un peu de sa peine. Mais sa vie, pourtant, se coloriait de plus en plus, retrouvant chaque jour une teinte qu'elle avait perdue ou qu'elle n'avait jamais eue avant.
**
Fin
|
||||||