
De la Mort à la Terre, il n'y a qu'un pas.
Rated: Fiction K+ - French - Mystery/Spiritual - Words: 1,306 - Reviews: 4 - Favs: 1 - Published: 04-25-11 - Status: Complete - id: 2910275
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Note de l'auteur: bon, je vois que la fenêtre pour éditer le document bugue toujours autant, je n'ai plus les balises, ni la mise en forme du texte sans que ce soit en html... Je ne sais pas si c'est normal^^! C'est un peu galère du coup, quand je veux éditer, heureusement que je connais un peu les bases, je fais tout à la main! Bonne lecture à tous.
Là-haut
Le visage pensif, elle regardait les mots s'aligner les uns après les autres sur le papier blanc. Sa main était en quête d'inspiration, entre deux soupirs mal léchés... Après tout, elle n'avait que ça à faire, personne ne la blâmerait.
L'encre, aussi noire que ses yeux de charbon, semblait luire faiblement sous quelques rayons de soleil échoués là par hasard. Elle mordilla sa lèvre supérieure; son crayon s'était brusquement arrêté, comme l'aiguille d'une horloge cassée.
L'envie lui prit de se lever.
Elle le posa et descendit de son lit, en essayant de ne pas marcher sur un livre. Sa chambre en était remplie, que ce soit pour travailler ou pour s'évader. Pour n'importe quel amoureux des livres, c'est un sacrilège de les laisser traîner comme ça... Pourtant, elle avait un profond respect pour eux.
Une bibliothèque, voilà ce qu'il lui fallait.
Elle se dirigea vers la fenêtre, ne songeant à rien de précis. Ses sourcils se froncèrent, tels deux grands traits tracés à l'encre de chine, afin de former une vallée sur son front soucieux.
Un front haut et rehaussant les grands cernes violets sous ses yeux tourmentés.
Puis, à quoi bon réfléchir maintenant ? Elle répugnait à le faire.
Ce jour-là, elle n'avait pas envie de faire de réflexions. Elle n'y arrivait pas. Était-ce le manque de sommeil ou ses soucis actuels qui étaient la cause de tous ces maux ?
À vrai dire, elle se fichait bien de le savoir.
Sa main était fatiguée d'aligner ces mots-là, les muscles s'en trouvaient endoloris à force de garder cette position crispée – typique lorsqu'on écrit le coude en l'air sans surface ferme où il peut se reposer.
Et aujourd'hui, même ceci n'arrivait pas à l'envelopper d'une sérénité trompeuse auréolée de paillettes d'espoir.
"Autant arrêter."
Avait-elle parlé à voix haute ? Il semblerait. Elle posa ses mains crayeuses sur le rebord et jeta un coup d'œil furtif à sa chambre, comme pour lui dire au revoir.
Un lieu mansardé, d'assez grandes dimensions, décoré avec tout et n'importe quoi. Des murs qui ne demandaient qu'à être peints.
Rien d'autre de spécial à signaler.
Une chambre normale, mais dont elle avait peur. Elle demeurait glacée hiver comme été, la jeune fille n'avait jamais réussi à en faire un véritable refuge. Était-ce parce que c'était la plus grande pièce de la maison et que juste au-dessus se trouvait le grenier ? Ou alors, était-ce parce qu'elle n'était presque pas exposée au soleil ?
Et si elle abandonnait tout, là, à l'instant ? Et si elle quittait les lieux, afin d'entreprendre un long voyage ? Et s'il était temps pour elle de découvrir sa quête, de la réaliser ?
Mais elle était si fragile...
Et si, et si... ah ! Beaucoup de "et ", et de "si" sans queue ni tête ! Il y en avait trop, ou pas assez, mais tant qu'à faire, autant choisir !
"Laisse tomber".
Son subconscient fatigué la menait souvent là où il ne fallait pas.
"Quel est ce monde dont tes écrits parlent avec beauté ?"
Bien des personnes lui avaient demandé ça... Elle aurait aimé leur répondre, mais quelque chose la retenait... Pour elle, ils n'étaient pas prêts.
"Ils ne le sont toujours pas."
Surtout quand elle voyait leurs regards converger en une sorte de silence teinté de secret.
Elle contempla le ciel clair et rassurant, sans aucun nuage pour le gâcher. Ses lèvres aux couleurs effacées murmurèrent quelque chose d'incompréhensible; elle parlait si bas que même un oiseau n'aurait pu être effrayé.
Ses yeux demeuraient obstinément accrochés à cet espace si grand, complètement opposé à l'immensité de ses prunelles. Noir contre bleu. Les vrais opposés.
Le blanc n'était qu'une page blanche à remplir.
Elle fixa le soleil... si proche, mais pourtant si loin d'elle...
Sa maison...
"Qui me retient ici ?"
Telle était sa question.
Ses parents, ses proches ?
Non, même pas.
D'un pas lent, elle recula. Son cœur battait trop vite.
Elle sut ce qu'elle avait à faire. Sans compromis possible, elle ferma la fenêtre et ouvrit la porte de sa chambre.
Elle était seule. Juste en face d'elle se trouvait la salle de bain. Elle aussi n'était pas finie. D'ailleurs, dans cette maison, il y avait encore un boulot monstre à faire, ça faisait des années que ça traînait.
Ses parents avaient déménagé en catastrophe.
La jeune fille s'y dirigea. Elle ouvrit le velux et s'engouffra à travers pour monter sur le toit. Son pied glissa à un moment contre le bois, mais ne s'écorcha pas; elle aurait juste une ecchymose plus tard.
Bleu sur blanc d'albâtre.
Ensuite, elle s'avança le plus près possible du bord. Elle leva les bras, sentit le vent s'engouffrer dans ses vêtements amples. Ses longs cheveux d'or, quant à eux, flottaient autour de son visage rond et ses épaules. Elle aurait pu être jolie si ses yeux n'étaient pas aussi éteints... Quoiqu'en cet instant précis, ce n'était plus le cas : ils arboraient une étrange luminescence, spirale aveuglante dans les ténèbres accrochées aux iris.
Et ce souffle des anges, qui semblait l'appeler vers son chez-elle...
Là-haut.
Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait à peu près normale. La femme enfant ferma les yeux et se laissa tenter par le vide. Elle voulait être oiseau. Elle rêvait d'être funambule... elle serait entre les deux.
Un ange.
Elle chuta.
Ses mains se serrèrent contre sa poitrine, tandis que son corps frêle s'arquait dans le vide... Quelque chose l'envahit au plus profond de son être et une douleur vive, mais brève, se fit sentir dans son dos. Elle gémit quelques paroles indistinctes, tout en devinant ce qui la soutenait désormais.
Des plumes, baptisées par son sang.
Quelques gouttes allèrent se perdre sur les tuiles.
"Je dois aller à la rivière."
Vulnérable oiseau au corps humain enveloppé d'une étoffe blanche bercée d'arc-en-ciel, elle ne pouvait rester ainsi. Elle y vola, après avoir parcouru quelques étendues d'herbes à la chevelure tumultueuse. Elle ne reconnaissait plus rien, comme si elle avait basculé dans un autre monde en se métamorphosant.
Elle laissa ses ailes se tremper dans l'eau un peu troublée. Son lit gonflé d'allégresse se clairsemait là où le regard s'éloignait. Puis une angoisse sourde s'empara d'elle. Ces eaux-là, pourtant si accueillantes, ne recelaient-elles pas des abysses fatals ?
Voilà la forêt, devant elle.
"Devant moi."
L'ange femme s'enivra de l'odeur de vie qui y régnait; elle se laissa porter au dessus de sa majestueuse coiffe, tout en n'osant pénétrer à l'intérieur. Enfin, elle ne résista pas plus longtemps aux doux appels du ciel.
C'était lui et lui seul qui l'avait poussée à passer cet entre-deux. Celui-là même que ses écrits décrivaient, avec le plus grand sérieux. Elle se confondit avec les nuages qui commençaient à arriver, prémisses d'un futur orage...
Et enfin, elle put étreindre son refuge à pleines ailes.
Là-haut.
P.-S. De la Mort à la Terre, il n'y a qu'un pas.
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