
Lettre d'Anna à une personne chère, lui dévoilant ses sentiments. Quelques mots sur un papier remplis de tendresse
Rated: Fiction K+ - French - Friendship - Words: 836 - Reviews: 1 - Favs: 1 - Published: 05-30-11 - Status: Complete - id: 2919120
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Ma chère Eléonore,
Je t'écris cette lettre en espérant que celle-ci sera la bonne. Si tu savais le nombre de feuilles qui ont fini au fond de la corbeille, sans parler de l'encre gâchée. Ces dépenses matérielles seront les dernières choses que je te prendrai en échange de ce que je viens de te laisser. Malgré tout, je trouve mon présent bien modeste comparé à tout ce que toi, tu m'as apportée. Oui Eléonore, à travers ces mots, j'ose enfin te le dire. Est-ce là une question de fierté ou de gêne qui ont fait que je n'ai jamais eu le courage de te le dire de vive voix et que pour cela, je m'en rabaisse à utiliser ton propre matériel d'écriture ? Peu importe, je ne peux me résoudre à disparaître sans te dire à quel point tu es une fille merveilleuse. Ne rougis pas, ce n'est point là de la flatterie. Ces semaines passées à tes côtés ont illuminé mes jours, tel l'éclat doré d'un rayon de soleil qui se montre en un jour bien nuageux. Ma comparaison te parait peut-être déraisonnée, mais elle reflète bien mes sentiments face à ton attitude maternelle. Cette façon que tu avais de me cajoler, de me sourire, de me considérer, moi, une catin sans honneur, qui a passé sa vie à se faire courtiser pour au final me retrouver à califourchon sur un homme qui me donne la nausée. Ce charme sulfureux que tout le monde m'a toujours enviée n'a au final réussi qu'à me noyer. Je me serai sans doute retrouvée tel un cadavre gisant au milieu des hippocampes dans la mer si toi, tu ne m'avais pas sauvée.
Je ne peux m'enfuir sans t'avouer les terribles pensées qui ont envenimé mon esprit alors que j'étais logée et nourrie de ta propre maison. Sournoisement, j'ai pensé m'enfuir sans te donner ce présent qu'il était convenu que je te lègue. Je suis même allée jusqu'à enfouir certains de tes précieux objets au fond de mon sac en espérant les revendre un jour pour m'en tirer un bon prix. Alors que j'arpentais cette maison de la cave au grenier, pestant contre cet isolement forcé et ces richesses qui t'appartenaient, que tu avais hérités, alors ma vie à moi n'a été qu'un interminable périple. Toute ta richesse que je convoitais, je m'en sens aujourd'hui profondément coupable, car je n'ai vu que trop tard que ta simple personne vaut bien plus que de l'or.
Tu as été d'une patience inconsidérable, tu n'as jamais regimbé mes caprices, cette façon que j'avais de pandiculer à longueur de journée, sans parler de ma constante mauvaise humeur que je mettais sur le compte de mes hormones. Quand j'y repense, tu as passé des heures à écouter mes carabistouilles, sans faire de remarque, sans jamais montrer un quelconque signe d'impatience. Chaque jour, je te provoquais et étais plus désagréable que jamais, tant et si bien que j'en suis venue à me demander pourquoi souffrir autant pour obtenir cette chose.
Je ne comprends pas très bien le concept de maternité, puisque la mienne m'a lâchement abandonnée. Mais après des mois passés avec toi, je pense que je commence à saisir, et c'est sereinement que je te laisse cet enfant que j'ai porté. Bien que tu m'aies affirmée que je pouvais rester autant de temps que je le voulais, je ne tiens plus à perturber votre petit foyer. Prends soin de ce bébé, cet enfant auquel bizarrement, j'ai mal au cœur de m'en séparer. Moi qui me suis jurée de ne jamais aimer, c'est là un dilemme que de partir sans l'emmener.
Je t'en supplie Eléonore, ne pense pas me retrouver. J'ai bien l'intention de quitter la région et recommencer à zéro. Moi qui n'étais qu'un corps survivant, tu m'as insufflée la vie. Je te donne une partie de moi, à toi qui est dans l'incapacité de féconder. Mon isolement prend fin, cela fait un moment que je rêve de sortir dans le jardin, même si je sais qu'en cette période de l'année, les couleuvres ont vite fait de s'installer. Mais je me réjouis à l'idée de retrouver de l'air frais, bien que plus rien ne sera comparable à la fraîcheur que toi tu dégageais.
Je te laisse l'argent que tu avais préparé. Ta gentillesse vaut tout l'or du monde, et c'est le cœur lourd que je m'en vais. Tu vas trouver lâche que je profite de ta promenade pour déguerpir, mais je n'aurais sans doute jamais eu l'audace de te dire tout ça en face. Les derniers mots que je te dirai sont "Merci" et "Prends soin de lui".
Avec tendresse
Anna
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