
Depuis qu'une catastrophe a secoué la planète, tuant la majeure partie des habitants, Vega vit seule, luttant pour s'en sortir. Mais quand elle rencontre Elwin, elle découvre une autre facette de ce monde, regorgeant bien des secrets.
Rated: Fiction T - French - Romance/Fantasy - Chapters: 2 - Words: 7,040 - Reviews: 3 - Favs: 1 - Updated: 07-04-11 - Published: 06-25-11 - id: 2926864
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Voilà le deuxième chapitre, bonne lecture !
Dans le chapitre précédent :
Hochant la tête, la jeune fille le suivit à travers la ville, se remémorant sa vie avant que cette catastrophe ne survienne. C'était probablement la dernière fois qu'elle mettait les pieds ici. Et c'était pour le mieux. Plusieurs fois, lors de ses pérégrinations, elle était tombée nez à nez avec de nombreux cadavres, certains provenant de personnes qu'elle avait connues et appréciées. Mais maintenant, elle allait enfin pouvoir échapper à l'odeur omniprésente de mort qui hantait ces lieux. C'était le moment de tirer un trait sur le passé, et de prendre en main son avenir. Ce fut sans un regard en arrière qu'elle quitta enfin ce quartier qui l'avait hébergée toutes ces années.
Chapitre 2 : Mutations
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Quelques heures plus tard, ils avaient enfin quitté la ville, et avançaient doucement dans ce qui restait de la campagne alentour. Plusieurs fois, ils avaient traversé des villages en ruines, dans lesquels pourrissaient encore parfois les corps de leurs anciens habitants. La plupart avaient été emportés lors des nombreuses tempêtes secouant désormais leur pays autrefois paisible. Mais, parfois, on en retrouvait dans des bâtisses menaçant de s'effondrer à tout moment. Vega, n'ayant jamais quitté la ville après la catastrophe, avait été tout d'abord choquée par ce paysage apocalyptique s'étendant au-delà des anciennes limites de l'agglomération. Partout, tout n'était que ruines et désolation. Où s'étendaient autrefois des champs prospères se tenait désormais un désert sans nom dans lequel régnaient créatures de toutes sortes, provenant pour certaines de mutations génétiques engendrées sur les animaux vivant là autrefois.
- C'est une gigantesque expérience à ciel ouvert, commenta Vega sinistrement alors qu'ils venaient d'échapper de justesse à ce qui avait vraisemblablement été un chien. Certains chercheurs tueraient père et mère pour être témoins de ce que nous voyons aujourd'hui !
- Biologie, alors ? lui rétorqua Elwin en souriant.
- Pardon ?
- C'était la biologie que vous étudiiez ? reprit-il avec malice.
- J'étais en fac de lettres, fit-elle simplement en haussant les épaules. Rien de bien utile, en fait. Les essais de Voltaire, d'Hugo ou de Rousseau ne nous auront pas permis d'échapper au pire.
- Mais vous êtes tout de même en vie, aujourd'hui, contra l'homme alors qu'ils traversaient un pont tenant encore par miracle debout. Pensez à toutes ces personnes qui ont perdu la vie.
- J'y pense, et elles ont bien de la chance !
- Vous auriez préférez mourir ? s'enquit aussitôt Elwin avec inquiétude.
Vega baissa les yeux en voyant son compagnon la fixer avec intensité. Elle n'avait pas voulu le faire réagir de cette façon. Ses paroles étaient sorties toutes seules, sans qu'elle ne puisse vraiment les contrôler.
- Des fois oui, des fois non, admit-elle dans un souffle. J'étais contente d'être vivante, et de voir la manière dont Lem avait changé. Mais, en même temps, je me sentais tellement seule ! Je n'avais presque personne à qui parler. J'étais presque complètement entourée de cadavres ! C'était….c'était terrible. Et puis, je crois qu'au fur et à mesure j'ai appris à apprécier cette totale liberté. Je pouvais faire ce que je voulais, aller où bon me semblait. Mais la solitude me pesait toujours. Vous êtes la seule personne que j'ai vue en deux ans. Je crois… je crois que j'avais tout simplement besoin d'un contact avec un autre humain, avec qui je pourrais échanger pleinement.
Elle effaça discrètement les larmes qui avaient taché son foulard, et sursauta lorsque deux bras l'enserrèrent, la faisant atterrir contre le torse de son compagnon.
- Je vous promets que tout ira bien, Vega, souffla-t-il en la tournant vers lui. Je suis là, maintenant. Et je vais vous conduire vers un endroit où se trouvent plein d'autres personnes comme vous et moi. Tout va bien se passer. Vous ne serez plus seule.
- Merci, murmura-t-elle en rosissant avant de faire un pas un arrière, regagnant ainsi une distance correcte entre eux.
- Hum, fit le jeune homme avec embarras, il faudrait peut-être repartir. Une tempête va bientôt se lever, et le prochain village est encore à quelques kilomètres.
Ce fut dans un silence presque total qu'ils reprirent la route ; silence entrecoupé parfois des ronflements de Lem dans le manteau de Vega.
- Au moins, il y en a un qui dort comme un bienheureux, finit par commenter le marcheur avec amusement. Je crois qu'Al s'est également endormi.
- Tant mieux pour eux, fit la jeune fille avec un léger rire. Est-ce que toutes les personnes vivant au refuge ont un animal avec elles ?
- Pas toutes, non, répondit l'homme en souriant. Mais beaucoup ont su renouer avec la nature de cette belle manière. Vous savez, Vega, maintenant que notre civilisation n'est plus que poussière, il est essentiel pour nous de nous rapprocher de la Terre, de ses forêts et, de nos cousins éloignés : les animaux. Le refuge se trouve au milieu d'une forêt très dense. Mais nous n'y chassons jamais. Nous préférons trouver de la viande au-dehors, nous nourrissant ainsi des prédateurs qui nous menacent.
- Vous vivez en harmonie totale avec la nature ? s'étonna la jeune fille.
Elwin fit la moue.
- Plus ou moins. Enfin, vous verrez bien quand nous y seront. Le refuge est un endroit merveilleux. Je suis certain que vous l'apprécierez.
Le soir même, après avoir échappé de justesse à deux puissantes tempêtes, et manqué de servir de casse-croûte à une meute de loups, Vega commençait à fatiguer. Ils avaient marché toute la journée, dans des conditions climatiques plus que discutables. Et pourtant, Elwin ne semblait pas encore vouloir s'arrêter.
- Dites, finit-elle par lancer à son guide. Quand comptez-vous vous arrêter ? La nuit est déjà tombée, je meurs de fatigue, et de faim. Et je n'ai pas particulièrement envie de finir en repas pour loup affamé.
- Un marcheur se doit de résister aux conditions les plus extrêmes, répondit distraitement le jeune homme qui, marchant en tête, inspectait pensivement l'horizon.
Vega soupira pour la centième fois de la journée. Ils se trouvaient actuellement en plein milieu de ce qui autrefois était probablement un champ. Il n'y avait absolument rien à des kilomètres à la ronde, à part quelques ruines de ci de là. Un vent glacial avait commencé à souffler quelques heures plus tôt et, bien que son lourd manteau la protégeait de ce genre de désagrément, la jeune fille commençait à sentir la morsure du froid s'infiltrer dans son foulard pour venir lui brûler la peau.
- C'est que vous avez dit il y a une heure, marmonna-t-elle. Et puis, c'est vous le marcheur. Pas moi.
- Il faudra bien vous y habituer si vous voulez en devenir un à votre tour, rétorqua Elwin en accélérant légèrement l'allure.
- Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai envie de suivre cette voie ? s'insurgea Vega. Je n'ai pas l'âme vagabonde, figurez-vous. Et je préfère largement rester tranquillement dans votre refuge plutôt que d'affronter les dangers du monde extérieur.
L'homme se tourna aussitôt vers elle. Et Vega put déceler à travers son foulard un sourire moqueur.
- Oh vraiment ? fit-il. Dans ce cas, je suppose que vous ne verrez aucun inconvénient à aider les autres femmes à laver les vêtements, et à faire la cuisine pendant que les hommes vont à la chasse ?
La jeune fille fit la moue.
- Elles ne font que ça de leurs journées ? marmonna-t-elle.
- Plus ou moins, oui, fit son compagnon. Et puis, elles ne sont pas très nombreuses comparé au nombre assez important d'hommes présents. Donc, certains ont tendance à vouloir…
- Repeupler abusivement la race humaine, c'est ça ? le coupa Vega. Je crois que finalement devenir marcheur me tente bien.
- Formidable ! s'exclama Elwin. Ravi d'avoir pu vous faire changer d'avis. Il y a un village dans quelques kilomètres. Nous allons nous y arrêter pour la nuit. Vous aurez besoin de récupérer, car votre formation de marcheur commence demain.
Ouvrant la bouche à plusieurs reprises, Vega ne put trouver de réplique appropriée, et finit par accélérer le pas pour rattraper Elwin, avec la légère impression de s'être fait avoir.
Ce ne fut qu'une heure plus tard qu'ils atteignirent le village en question. Le village, comme tous ceux qu'ils avaient traversés, était en ruine. Mais au centre se dressait encore une bâtisse qui tenait à peu près debout, et qu'Elwin choisit aussitôt comme refuge pour la nuit à venir.
- Suivez-moi ! lança-t-il. J'ai dormi ici à plusieurs reprises. Il reste une salle dans le fond qui est encore en bon état.
Hochant la tête, Vega le suivit à travers les gravats jalonnant l'espace. Dans un coin se trouvaient encore des corps, faisant grimacer la jeune fille.
- N'y faites pas attention ! fit son guide en continuant son chemin. Vous risquez d'en croiser beaucoup, alors autant commencer à s'y habituer.
Hochant la tête, Vega détourna ses pensées du sort funeste dont avaient été victimes les anciens habitants afin de reporter son attention sur la pièce dans laquelle ils étaient arrivés. Elwin n'avait pas menti. Contrairement aux autres pièces de la bâtisse, celle-ci avait été, semble-t-il, pour le moment épargnée par les tempêtes. Les murs, très lézardés de fissures régulières, paraissaient être encore très solides. Dans un coin, une cheminée accueillait plusieurs bûches, lesquelles ne semblaient qu'attendre qu'on les allume pour obtenir un peu de chaleur.
- C'est moi qui les ai installées lorsque j'ai logé ici il y a quelques jours, fit Elwin en suivant le regard de la jeune fille. Je savais que j'allais repasser par ici.
Sortant deux cailloux de sa poche, il les frotta rapidement l'un contre l'autre. Soupirant de soulagement, Vega laissa tomber son sac sur le sol, et s'agenouilla pour en sortir la chaude couverture qu'elle avait prise avec elle. Semblant se rendre compte qu'ils étaient arrivés, Lem sauta de la poche intérieure du manteau de sa maîtresse afin de se rouler en boule dans sa couverture, couinant de plaisir.
- Content d'être arrivé, Lem, lui lança Vega en souriant alors qu'elle passait ses doigts dans le pelage fourni du petit animal.
Ce dernier eut pour seule réponse un bref coup de langue sur la main de sa maîtresse avant de fermer les yeux, s'endormant dans la couverture.
- Vous devriez le rapprocher du feu, fit la voix d'Elwin juste derrière. Cela lui fera du bien.
Sursautant, Vega hocha tout de même la tête, et attrapa avec précaution la couverture contenant Lem afin de la rapprocher de l'âtre dans lequel dansaient maintenant des flammes vivaces et brûlantes, réchauffant la pièce. S'enroulant dans le bout de couverture restant, Vega entreprit de se débarrasser de ses lunettes, puis de son foulard, soupirant alors que sa respiration se faisait plus aisée. Elle reporta ensuite son attention vers son guide, lequel avait également retiré ses protections, dévoilant son visage jeune, et pourtant marqué par la fatigue.
Ils échangèrent un sourire fatigué, avant qu'Elwin ne prenne la parole.
- Je vais cuire ce qui restait de notre repas de midi. Ensuite, je crois qu'il sera temps pour nous de dormir. Par contre, il faudrait peut-être installer des protections sur les portes de la salle, afin d'être sûrs que nous ne seront pas attaqués.
Hochant la tête, Vega se leva et se dirigea en direction des salles attenantes. Elle y récupéra quelques bouts de bois qu'elle fixa avec application sur les entrées grâce à quelques clous rouillés traînant dans un coin, et un bout de pierre.
- Pas mal, fit Elwin dans son dos, la faisant sursauter. Allez, venez, la viande est presque chaude.
La jeune fille le suivit, grimaçant en se souvenant d'où exactement venant la viande qu'ils s'apprêtaient à déguster. Son guide avait trouvé judicieux d'utiliser comme casse-croûte un des loups qui les avaient attaqués. Même si l'idée de manger un loup ne l'avait jamais effleurée, la jeune fille devait tout de même admettre que cela était loin d'être mauvais. Ce fut donc avec appétit qu'elle entama le morceau que lui tendit le jeune homme.
Plus tard, ce fut en un soupir que Vega s'effondra sur le sol, se roulant aussitôt dans sa couverture alors que Lem venait se rouler en boule un peu plus contre elle.
A quelques mètres de là, Elwin observait pensivement les deux survivants prendre un repos bien mérité. Il devait bien avouer que cela avait été une véritable surprise pour lui que de croiser quelqu'un de vivant dans les rues désertes de cette ville. Jamais il n'avait pu ramener de survivants de cette région hostile. C'était d'ailleurs son dernier voyage ici. Cette terre étant trop hostile, il avait complètement perdu l'espoir de retrouver quelqu'un de vivant. Vega était une miraculée. Et elle n'en avait pas forcement conscience. Après tout, rares étaient désormais les survivants rejoignant le refuge. Il n'y avait là-bas qu'une petite centaine de personnes, et de moins en moins de nouveaux venus. Soupirant pensivement, il caressa Al, qui était venu se loger sur ses genoux. Puis, s'enroulant dans sa propre couverture, il s'allongea sur le sol, espérant que les quelques jours de voyage qui leur restaient ne seraient pas fâcheusement interrompus.
Le lendemain matin, Vega fut réveillée par Elwin, ce dernier la secouant rapidement. Elle fut tout d'abord surprise de ne pas retrouver l'environnement familier de son logement. Mais, rapidement, elle se rappela des évènements de la veille, et sourit brièvement à l'homme.
- Bonjour, murmura-t-elle en se relevant.
- Bonjour, répondit-il. Dépêchez-vous. Le soleil ne va pas tarder à se lever. Nous devons nous mettre en route.
Acquiesçant, la jeune fille s'étira, et attrapa avec précaution Lem qui dormait encore afin de le glisser dans sa poche intérieure. Elle replia ensuite sa couverture, et la rangea dans son sac. Quelques minutes plus tard, elle était prête à repartir, et suivit son guide qui n'avait pas perdu de temps et se dirigeait déjà vers la sortie. Ils n'avaient tous les deux pas encore revêtu leur foulard et leurs lunettes, préférant profiter de l'air clément de ce début de journée.
- Allons-y, lança-t-il. Nous avons de la route à faire !
Lorsqu'ils furent à l'extérieur, Elwin fit signe à Vega de se rapprocher de lui. Et il pointa aussitôt le ciel, qui était recouvert par d'épais nuages gris.
- La première chose qu'un marcheur doit savoir, commença-t-il en reprenant la route, c'est repérer l'arrivée des tornades. Ce sont les éléments les plus meurtriers, désormais. Il est donc indispensable de pouvoir prévoir leur arrivée. Vous voyez ces nuages ?
- Oui, bien sûr.
- Typiquement, reprit l'homme, ce sont eux qui vont vous annoncer l'arrivée imminente d'un cataclysme.
- Mais alors pourquoi sortons-nous ? s'insurgea Vega.
Mais son compagnon eut un léger rire.
- La tempête n'est pas imminente, rétorqua-t-il avec un sourire. Et puis, si nous ne faisions attention qu'à cela, nous ne sortirions plus du refuge. Le vent est également important. Typiquement, plus le vent sera chargé en sable, et plus la tempête sera proche. Il est assez simple de s'en rendre compte. En général, c'est à ce moment-là que nous commençons à avoir du mal à respirer.
Vega hocha à nouveau la tête, captivée par les explications de son compagnon.
- Il y a autre chose, n'est-ce pas ? s'enquit-elle. En général, j'ai comme l'impression de pouvoir sentir les tempêtes. Je ressens des courbatures, et de légers picotements dans mes membres. Est-ce normal ?
Relevant la tête vers son guide, elle haussa un sourcil en voyant le large sourire de ce dernier.
- Je vois que vous avez découvert une des particularités des survivants au cataclysme, murmura-t-il en reprenant la route.
- Des particularités ? s'étonna la jeune fille. Quelles sont-elles ?
Mais l'homme secoua la tête.
- Vous les découvrirez au fur et à mesure, annonça-t-il. Après tout, il ne faudrait pas gâcher la surprise en vous disant tout maintenant, n'est-ce pas ?
Vega protesta à mi-voix mais hocha la tête.
- Je peux toutefois vous dire que, même si vous ne vous en êtes pas rendue compte, il n'y a pas que les animaux qui ont muté après avoir été en contact avec les radiations.
La jeune fille le regarda sans comprendre.
- Que voulez-vous dire ? balbutia-t-elle.
- Réfléchissez un peu, Vega, lâcha Elwin. Que croyez-vous qu'il se soit passé ? Pourquoi avez-vous résisté, alors que les autres sont morts ? N'avez-vous pas ressenti de changements particuliers dans votre organisme alors que vos camarades agonisaient sur le sol ?
Frissonnant, Vega ferma les yeux alors que les images du jour de la catastrophe lui revenaient en mémoire. Elle revit ses amis suffoquer, puis hurler de douleur avant de s'effondrer sur le sol. Tout s'était passé si vite. Mais, alors qu'elle se focalisait sur ces souvenirs qu'elle avait tant de fois tenté de refouler, elle sentit à nouveau ce picotement si particulier, envahissant ses sens.
- Nous avons muté nous aussi, n'est-ce pas ? soupira-t-elle en ouvrant à nouveau les paupières.
- Il semblerait, lâcha Elwin sans une once d'émotion.
Il soupira largement alors que la jeune fille tentait tant bien que mal d'emmagasiner cette information.
- Tous les êtres vivants ayant survécu ont muté, Vega, reprit-il. Il va falloir vous faire à cette idée car c'est à partir de cela que je vais pouvoir vous apprendre des choses.
L'heure suivante fut assez pénible pour la jeune fille. Cette dernière devait suivre tant bien que mal son guide, lequel avait pris un rythme de marche rapide, tout en laissant cette nouvelle plus que dérangeante faire son chemin dans son esprit. Elle s'était toujours demandé les causes qui avaient fait qu'elle avait survécu, contrairement aux autres. Elle avait naïvement imaginé que, étrangement, les radiations n'avaient pas atteint son organisme, et qu'elle était sortie indemne de cette confrontation. Voilà qu'elle s'était lourdement trompée. Observant ses mains, elle tenta de voir ce qui avait bien pu changer chez elle. Tout était toujours pareil, pourtant. A part ces picotements qu'elle ressentait de temps à autre dans son bras gauche, rien n'avait changé.
Elle tripota à nouveau son poignet gauche. Depuis sa confrontation avec la tempête, ce dernier ne cessait de la démanger. Elle n'avait pas encore fait attention à ce qui avait pu lui arriver, la veille ayant été plutôt chargée. Mais maintenant, elle lâcha un léger cri de surprise alors qu'elle défaisait la lanière refermant la manche de son manteau.
- Qu'y a-t-il ? fit Elwin en se retournant.
Mais Vega était trop occupée à tracer les contours de l'inscription qui était apparue sur sa peau. A l'endroit où elle pouvait autrefois voir serpenter ses veines bleues au travers de sa peau pâle se dessinait désormais un symbole qu'elle n'aurait jamais cru voir apparaître.
- Une clé, balbutia-t-elle. Qu'est ce que ça fout là ?
Elle détailla à nouveau l'inscription, qui avait en effet la forme d'une clé ancienne, d'une couleur grisâtre qui n'était pas sans rappeler celle que prenait le ciel à l'approche des tornades. Mais, alors qu'elle s'apprêtait à l'examiner plus en détail, une main calleuse se posa dessus. Et la jeune fille releva la tête pour plonger ses yeux dans ceux d'un vert sombre de son guide.
- Refermez votre manteau, fit-il avec sérieux. Ce n'est pas prudent de laisser cette marque au-dehors.
- Pourquoi ? rétorqua Vega.
Mais l'homme se contenta de nouer avec application le bout du manteau de la jeune fille. Cette dernière fit la moue, puis reprit la route après son compagnon.
- Votre marque est liée aux tornades, finit par murmurer ce dernier au bout de plusieurs minutes. Vous l'avez obtenue en vous approchant trop près de l'une d'entre elles. J'ai la même sur mon poignet gauche, tout comme la majeure partie des habitants du sanctuaire.
- Mais à quoi cela est-il dû ? s'enquit la jeune fille. Et pourquoi cette forme en particulier ?
- Je l'ignore, avoua l'homme en soupirant. Nous n'avons pu résoudre tous les mystères entourant la catastrophe. Il semblerait juste que les tempêtes dont nous sommes témoins aujourd'hui entraînent les mêmes radiations que nous avons subies, mais en pire. Ce sont elle qui provoquent ces changements chez nous, nous faisant muter de plus en plus. Lorsque vous vous êtes approchée de l'une d'entre elle beaucoup trop près, vous avez absorbé une quantité de radiations importantes. C'est cela qui génère la marque, apparemment.
- Est-ce dangereux ? s'inquiéta Vega en fronçant les sourcils.
- Je suis encore en vie, n'est-ce pas ? rétorqua Elwin.
La jeune fille eut pour toute réponse un grognement peu convaincu.
- Pour le moment, reprit l'homme. Je vais juste vous demander de faire attention aux picotements sur votre bras gauche. Ce sera votre tâche pour la journée à venir. Vous me direz lorsque vous pensez qu'une tornade est proche. C'est compris ?
- Oui, répondit Vega d'un ton peu convaincu.
Ainsi commença l'une des journées les plus ennuyeuses de sa courte vie. Elle la passa à marcher rapidement, tout en essayant de repérer l'arrivée des tornades. Et, apparemment, elle était loin d'être douée. Chaque fois que les picotements lui semblaient gagner en puissance, et qu'elle avertissait son guide, ce n'était que pour rencontrer quelques minutes plus tard un vent, un peu violent peut-être, mais ne ressemblant que de très loin à une véritable tornade.
- Ce n'est pas grave, se moqua Elwin à la fin de la journée alors qu'ils faisaient étape dans une ferme abandonnée. Vous ne pouviez pas savoir qu'il n'allait pas y avoir de tornades aujourd'hui. Moi non plus, d'ailleurs. Mais au moins, cela nous a permis d'avancer.
Vega hocha distraitement la tête, alors qu'elle partageait avec Lem le morceau de viande cuisiné avec amour par leur guide. Il faut dire que ce qui était autrefois un lapin avait beaucoup changé. Se contentant autrefois de graines, et d'une carotte de temps à autre, le petit rongeur, tout comme Al, dévorait désormais de la viande sans hésitation, avant de se frotter avec amour contre sa maîtresse.
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A SUIVRE
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