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Pâte filo
Author:
Leternelle gamine PM
Il y a Toby qui, après avoir vécu avec sa seule survie à l'esprit, se retrouve paumé quand il doit bâtir son identité. Puis il y a Alexis, étudiant de philosophie blasé, qui l'accueille sans motif cohérent. Ils étaient amis avant. Tout a dérapé. Yaoi
Rated: Fiction T - French - Romance/Drama - Chapters: 11 - Words: 54,356 - Reviews: 66 - Favs: 13 - Follows: 22 - Updated: 07-15-12 - Published: 11-18-11 - id: 2971692
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Titre : Pâte filo
Rating : T
Genres : Romance, drame
Résumé : Après de nombreuses nuits dans la rue, Toby décide de retrouver un vieil ami qu'il a profondément blessé pour lui demander l'hospitalité. À la lueur de la haine que lui porte cet ancien camarade, Toby tentera de comprendre ce qui l'a mené jusqu'ici, de retrouver qui il est.
Mot de l'auteur : Voilà, voilà, une nouvelle fiction ! Je suis très heureuse de la publier parce qu'il y a très longtemps qu'elle trotte dans ma tête. Je me suis décidée ce soir à la mettre en ligne. Il y a très peu de chapitres écrits jusqu'à présent, mais ça ne devrait tarder. Le titre de ma fiction vient d'une chanson de Malajube. Pour le moment, le lien avec l'histoire va vous sembler difficile, mais vous allez finir par comprendre. Cette fiction traitera de la rédemption et du sexe. Oui, du sexe. Pas de scènes pornographiques, je n'excelle pas du tout dans ce genre d'écrits. Je parle plutôt des problèmes reliés à la sexualité, à l'identité sexuelle surtout. Comme d'habitude, il sera question d'une relation homosexuelle, mais je préfère vous avertir, la romance ne va pas se pointer après deux ou trois lignes. Bref, je vous souhaite à tous une bonne lecture. J'espère que ça vous plaira. Le premier chapitre est assez court et la première partie en italique fait partie du passé de Toby …


Chapitre 1 : Qui désespère ne peut mourir

« Qui désespère ne peut mourir ; « comme un poignard ne vaut rien pour tuer des pensées »,
jamais le désespoir, ver immortel, inextinguible feu,
ne dévore l'éternité du moi, qui est son propre support.
»
(Kierkegaard)

L'école ne me plaît aucunement. Je ne peux rester assis. Mes jambes s'agitent comme animées d'une vie qui leur est propre. Elles tremblotent, elles bougent à droite puis à gauche. Mes pensées planent au-dessus des paroles de l'enseignante. Elle est gentille pourtant madame Anne, très gentille, mais quand elle m'oblige à être assis, quand elle parle des additions et des soustractions, je dois lui désobéir, je ne peux lui obéir. C'est la deuxième année que je suis dans sa classe. Je n'ai pas obtenu de bons résultats la première année. J'y suis encore et je me sens vieux, très vieux. Mes amis sont dans la classe supérieure avec madame Isabelle. Ils seront au collège bientôt. Leur récréation est avant la mienne. La plupart du temps, mes yeux sont rivés sur la fenêtre où ils jouent au ballon, où ils courent et crient.

Je n'ai pas d'amis dans cette classe. Ils sont jeunes et moi, je suis vieux et idiot. Je ne suis pas passé dans la classe supérieure. Pourtant, c'est facile, il paraît. Ma mère me dit qu'il suffit d'écouter, seulement d'écouter. Je n'y arrive pas. Elle me répète que je suis bête. Mais mes jambes continuent de s'impatienter sous mon pupitre et mes pensées virevoltent au gré des rires dans la cour de récréation. Mon cahier, bien à plat sur mon bureau, ne peut pas capter mon attention, malgré ses belles illustrations.

Un jour, madame Anne parlait des dinosaures. Il y avait de belles images dans mon manuel et je les ai regardées très longtemps en imaginant que j'étais de leur époque, que je les chevauchais et que je me battais contre de méchants dinosaures. J'ai échoué à l'examen. Je ne me rappelais pas des caractéristiques des dinosaures, des noms de chacun.

Madame Anne nous demande de nous regrouper par équipe de deux pour faire les équations dans nos cahiers. Je n'y comprends pas grand-chose alors j'attends qu'Alexis vienne à mon bureau. Ce n'est pas mon ami. Il est jeune et c'est une tête, une vraie. Il effectue les exercices sans me consulter, en peu de temps. Il me tend ensuite son cahier pour que je copie les réponses. C'est un compromis silencieux qui me convient. Il hait le travail d'équipe. Je hais travailler.

Mon cahier m'est soudainement ôté des mains. Madame Anne l'a pris promptement. Elle m'adresse un regard amer, déçu.

« Tu copies depuis longtemps, Tobias ? Ce n'est pas ce qui t'aidera à passer en classe supérieure … »

/

J'ai la bouche pâteuse et je ne suis pas sûr de mon hygiène personnelle. Tout d'un coup me revient l'odeur nauséabonde des déchets de la ruelle et celle plus âcre encore des bouches d'égouts qui la bordent. Je ne sais trop si cela provient de mon corps ou d'un souvenir olfactif persistant. Je lève mes bras dans les airs et sens mes aisselles. L'odeur du savon à mains rose vient aussitôt à mes narines. Je me suis lavé dans les toilettes d'une station d'essence, minimalement. Mes cheveux étaient gras et les odeurs urbaines me collaient à la peau. En sortant des toilettes, je ne me suis pas senti beaucoup plus propre, mais le regard des autres avaient changé sur moi. Ni dégout, ni interrogation. Leur regard ne m'effleurait même plus. Je me suis dit que je pouvais aller à la rencontre d'Alexis à présent, que mon apparence ne le rebuterait plus.

Devant la porte de son appartement, j'hésite à frapper. Après six ans d'absence, je ne sais pas de quelle manière il me recevra, si sa rancœur à mon égard se sera accrue au fil du temps ou si, au contraire, elle se sera tempérée. Peut-être m'a-t-il oublié, peut-être mon absence aura enlevé les souvenirs de douleur pour ne laisser que ceux, plus heureux, d'une enfance lointaine. Je n'ai pas pensé à Alexis pendant près de cinq ans. Le souvenir de notre amitié m'est revenu très récemment et je me suis mis à espérer. Espérer quoi ? Je n'en sais trop rien. Une âme charitable pour s'apitoyer sur mon sort et pour m'héberger ou encore un homme bouillant de colère qui me claquerait la porte au nez pour me prouver que j'existe bel et bien.

Je frappe à la porte, doucement puis avec plus de conviction. Alexis m'ouvre la porte après un certain temps. Les cheveux en pagaille et les lunettes de travers, il me jette un regard interrogé. Il doit peiner à me reconnaître sous ma barbe et mes longs cheveux. Moi-même je ne me regarde plus vraiment tant j'ai peur de m'identifier au corps maigre et souillé que je possède à présent.

« Toby ? » me demande-t-il au bout d'un moment.

Je hoche la tête après hésitation. Il y a longtemps qu'on n'a pas prononcé mon surnom.

« Qu'est-ce que tu fais là ? m'interroge-t-il en remettant ses lunettes adéquatement.

- … Je me demandais ce que tu devenais et … euh … j'ai obtenu ton adresse dans l'annuaire sur le web … J'espère que ça ne te dérange pas trop que je passe comme ça, à l'improviste.

- Pas vraiment. Je ne m'y attendais pas, c'est tout » me répond-il sans grand enthousiasme.

Il me toise d'un regard que je ne peux définir, qui se situe entre l'ennui et la profonde indifférence. Je cherche rapidement à aligner des mots, des phrases. J'ai l'impression de ne plus savoir parler. Il me faut cependant le convaincre d'entretenir la conversation encore un peu. Je ne sais pas pourquoi.

« Je peux entrer ? »

Alexis hoche la tête sans grande conviction et recule de quelques pas pour me laisser entrer. J'ôte mes vieilles baskets et le suis jusqu'au salon. Il ôte tous les livres qui parsèment son canapé et m'invite à m'asseoir d'un geste de la main.

« Tu travaillais sur quoi ? lui demandé-je.

- Je suis en train de faire mon mémoire de maîtrise sur Kierkegaard comme précurseur de l'existentialisme.

- Ah …

- Mais tu t'en fous, me dit-il. Dis-moi ce qui t'amènes ici au lieu de tourner autour du pot.

- Je voulais reprendre contact avec toi.

- Vraiment ?

- Oui, vraiment. On a été amis très longtemps toi et moi, non ? C'est bête que ça se soit terminé ainsi. »

Ses yeux me toisent très longuement. Il ne me croit pas. Soit, je ne suis pas sûr qu'il y ait une infime part de vérité dans ce que je viens de lui dire. Seulement, il faut qu'il me croit. Je ne veux plus dormir entre deux bennes à ordures. Au moins cette nuit. Après, je lui ficherai la paix.

« Tu as une sale gueule, me fait-il remarquer.

- Je sais. Disons que je suis dans une mauvaise passe en ce moment …

- Je ne veux pas savoir pourquoi.

- D'accord …

- J'imagine que tu veux que je t'héberge pour un temps ? »

J'opine d'un vague signe de la tête. Devant son absence de réaction, je hoche la tête plus fermement, par crainte qu'il n'ait pas compris. Il reste cependant stoïque, comme s'il attendait plus de ma part. Je ne sais trop quoi rajouter. Je pensais l'attendrir par mon passé, lui expliquer ce qui s'est déroulé pour que j'en sois ici aujourd'hui. Cependant, je comprends que je ne lui inspire aucune compassion, pas même une miette de pitié et je crois savoir pourquoi. Son indifférence peut être complète à mon égard, mais je la soupçonne de n'être qu'un mur de sa rancœur. Je n'ai pas envie de lui demander pardon. Il me reste de l'amour propre, de l'orgueil, un lambeau d'humanité sur lequel je ne peux pas cracher.

« Tu te débrouilles toujours en plomberie, avec la tuyauterie et tous ces trucs-là ?

- Assez, oui.

- J'ai pas l'argent pour le plombier et ma salle de bains est en ruines. Si tu t'en occupes, je veux bien te laisser dormir ici. Seulement, je dois étudier sérieusement en ce moment, alors ne fais pas trop de bruit.

- D'accord, pas de problème. »

Alexis se lève du canapé puis me mène jusqu'à une chambre près de la cuisine. Il allume la lumière. Les murs sont roses et un petit lit à baldaquin surplombe la pièce. Le placard est grand ouvert sur des cintres vides, comme si quelqu'un était parti précipitamment, sans prendre la peine de soigner les lieux avant son départ. Une chambre de fillette, de princesse. Je me demande un bref instant qui a pu occuper les lieux avant moi. Alexis n'a pas d'enfant. Du moins, je ne crois pas. Je laisse tomber mon sac à dos sur le sol et j'ai l'impression qu'il fait offense à l'harmonie des lieux. Mon sac poussiéreux et déchiré sur un tapi fleuri, rose comme les lèvres de Barbie. Alexis ne ressent pas le besoin de m'expliquer quoi que ce soit. Il m'indique l'emplacement de la salle de bains puis repart au salon où il continue probablement ses études.

Je ferme la porte derrière moi, ôte mes chaussettes et mon grand manteau. Je me dévêtis complètement et je m'approche du lit à pas mesurés. J'ai toujours l'impression d'être sale, terriblement sale, comme si mon corps allait laisser des trainées grises sur les draps roses du petit lit. Je me glisse entre les couvertures lentement, comme par crainte que les lieux se révoltent contre mon corps qui jure avec eux. Rien ne se produit cependant.

La chaleur me gagne, celle des lieux, celle du confort. Replié sur moi-même pour que mes pieds ne dépassent pas du lit, tout juste couvert par les draps, je savoure le moment. Il suffit d'une nuit sous la lune pour que n'importe quel lit vous apparaisse sous son meilleur jour, peu importe ses couleurs et ses proportions. Le sommeil me gagne avec beaucoup d'aisance. Je dors d'un sommeil lourd, immuable et sans rêve.


J'espère que ce début vous aura plu. Si les choses vous paraissent confuses, c'est normal. Le suspens quant à la situation de Toby et Alexis sera entretenu encore un moment. Le prochain chapitre marquera l'arrivée d'un personnage très important, que j'affectionne tout particulièrement et qui s'appelle Platon ... Vous verrez XD Bisous à tous mes lecteurs.

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