
C'est l'histoire de la scolarisation d'un garçon à tendance flegmatique à l'Académie, une prestigieuse école militaire dans un monde ressemblant au médiéval ou à la renaissance. L'histoire est surtout centré sur la psychologie du personnage .
Rated: Fiction T - French - Friendship/Hurt/Comfort - Chapters: 13 - Words: 28,958 - Reviews: 17 - Follows: 3 - Updated: 09-07-12 - Published: 01-31-12 - id: 2993408
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Ce chapitre a prit du temps à arriver, moins que certains, mais un sacré temps quand même. La raison est fort simple, j'ai eu quelques soucis d'écriture et, grande nouvelle, j'ai maintenant une bêta qui a beaucoup de patience et qui, ma foi, possède ce qui semble être un sens inné pour remarquer mes erreurs. Un très grand merci, donc, à kisilin qui travaille avec moi depuis presque deux mois, maintenant. Elle fait un merveilleux travail.
Je remercie aussi Bernie, qui n'a jamais manqué un chapitre pour me remettre un commentaire.
Et naturellement, je remercie aussi tous les silencieux, qui me lisent tout de même ;)
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CHAPITRE 11
Le voyage se fit efficacement, à défaut de se faire joyeusement. Roy et Jérémie firent plus ample connaissance. La conjecture n`était pas à la joie, elle l'était au respect, au calme et à l'amertume, c`est donc sur une base d'une considération partagée qu`un lien les unit. Jérémie, blessé par les précédents évènements, se coupa progressivement de plus en plus des gens avec qui il voyageait. Ce n'était pas qu'il leur en voulait personnellement, mais il préférait être isolé pour gérer sa peine tranquillement, d'autant plus que sa mauvaise humeur le rendait soupe au lait.
Roy ne lui en voulait pas de cette distance, il avait aussi grandi avec la pensée qu'un homme doit gérer seul sa douleur. De sa simple présence, il espérait soutenir son parent, mais n'osait pas aborder le problème directement, à vive voix. Lors de quelques repas, il arriva à croiser son regard pour lui transmettre sa compassion, mais rien de plus.
L'isolement de son apprenti avait plutôt tendance à irriter Pierce, qui savait celui-ci aux prises d'un cercle vicieux de pensées négatives. Il concéda cependant à ce qu'il se réfugie dans la solitude pour l'instant, il ne servirait à rien, de toute manière, de lui en sortir d'un coup. De retour à l'Académie, il recommencerait à faire pression pour qu'il ressorte de sa coquille.
Jérémie ne socialisa pas avec les Shil`alkas, à ce moment du périple, il n'adressait la parole à quelqu`un que pour donner des indications, et comme il n`était ni guide, ni éclaireur, il ne parlait qu`une fois tous les deux-trois jours. Le moment vint où le chemin de Roy se divisa de celui pour se rendre à l'Académie. Roy n'eut pas le cœur de sourire malgré son attendrissement en voyant la distance naturelle qu'exerçait Jérémie sur les autres. Il avait si souvent remarqué ce phénomène chez les nobles de l'Alliance de Miles, mais nulle part ailleurs; il savait que ce comportement handicapait son cousin dès qu'il sortait de son alliance natale. Roy n'avait pas cette réserve et vint le serrer dans ses bras et réussit à sortir momentanément Jérémie de son mutisme.
–On s'écrira, petit cousin, affirma Roy d'un ton léger, mais honnête.
Jérémie hocha la tête.
–Promis… et si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-le-moi savoir, balbutia doucement Jérémie.
–Pareillement, cousin, pareillement.
L'apprenti observa silencieusement le seul membre de sa parenté encore vivant dont il connaissait le visage s'éloigner avec son escorte de Shil'alkas. Pierce lui serra l'épaule, espérant le soulager un peu, puis le petit cortège reprit son mouvement.
Lorsqu'ils arrivèrent, la neige avait fondu du plateau sur laquelle s'élevait l'Académie, la verdure avait de nouveau repris le dessus. La journée prenait fin, mais ils arrivèrent à temps pour le souper. Ils s'installèrent à leur table, retrouvant Henri et Antony. À peine assit, face à l'expression boudeuse de son apprenti, Pierce commença son plan de resocialisation :
–Jérémie, vas-tu finir par m`adresser la parole de nouveau ou non?
L`adolescent haussa les épaules et continua de manger tristement. Henri et Antony s`enquirent de son état et Pierce leur expliqua rondement toute l`affaire. Jérémie n`écoutait plus, ne voulant pas revivre ces derniers mois à travers les explications de son maître. Il en manqua quelques nouvelles, notamment l'arrivée du deuxième apprenti d'Henri, celui qui avait été assigné par l'Académie quelques mois plus tôt. Durant leur absence, Henri avait effectué le rituel officialisant leur partenariat. Le nouveau, Christian Angert, n`osait pas participer à la conversation, mais il écoutait avec attention les nouvelles qui agitaient présentement le groupe. Il manqua aussi que l'Académie, satisfaite de l'éducation aussi bien générale que spécialisée que recevait leurs apprentis, avait décidé d'officialiser leur regroupement sous le titre d'un commando. Elle comptait laisser à ceux-ci la plus grande liberté d'action possible pour atteindre un objectif, par exemple, elle pourrait les envoyer en mission « diplomatique » avec le droit de se débarrasser de tous les gêneurs si cela était nécessaire à l'obtention de leurs conditions, quitte à exterminer tout un clan si cela s'avérait inévitable. Elle les considérait comme un joker, profitant de leur minimum d'effectif pour effectuer un maximum de dégâts le plus subtilement possible, mais surtout, pour effectuer leur mission avec un maximum d'effectivité.
C'est durant son moment d'évasion que Jérémie remarqua le jeune garçon qui les servait. C'était le même que d`habitude, car l`Académie tentait d`offrir un environnement stable à ses membres, notamment en leur assignant généralement le même serviteur. Mais ce qu`il n`avait jamais remarqué derrière le profond respect enrobé de peur que l`enfant leur vouait, c'était qu'il y avait de l`envie. Plus que de l`envie, il y avait de la curiosité. L'apprenti la trouva si particulière qu'il se demanda si c'était le même enfant qui l'avait à maintes reprises espionné avant son voyage pour Miles. Mais tout était si bien caché derrière sa servitude que Jérémie douta un instant de sa déduction.
–Jérémie, tu m`écoutes?
–Pardon, maître, répliqua le concerné par automatisme.
Pierce l`observa un moment intensément avant de parcourir la cafétéria des yeux. Il hésita à demander à son apprenti ce qui l'avait si soudainement intéressé pour qu'il en oublie son désir de demeurer muet.
–De l`arc, ça te dit? demanda plutôt son maître.
L`adolescent acquiesça, en réussissant finalement à se concentrer sur autres choses que les derniers évènements, Jérémie en avait momentanément oublié son abattement. Et bien que son maître ne sache pas pourquoi son apprenti avait soudainement moins l`air morose, il ne s`en plaindrait pas.
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–Tu en assez fais pour aujourd`hui.
Jérémie obéit et effectua une brève révérence à son maître. Ça faisait une semaine qu'ils étaient de retour dans l'institution, et bien qu'il n'était pas encore réellement sorti de sa carapace, il adressait la parole à tous les membres du commando, excepté Christian.
Ce qu'il fallait savoir, c'est que les jeux de pouvoir, à l'Académie, se faisaient grâce à deux choses : l'argent qu'un individu coûtait à l'Académie et l'argent potentiel que représentait cet individu pour l'institution. Étant donné le réflexe qu'avait l'institut de donner plus de passe-droit à ceux en qui elle avait investi, afin de protéger son investissement, un fossé naturel se créait entre les apprentis financés et les apprentis non-financés. Ce phénomène était exacerbé par le gage de qualité que représentait un financement, tandis que n'importe quel élève pouvait, s'il avait une bourse assez lourde, atteindre le statut d'apprenti. Antony et Jérémie avaient d'abord été surpris que l'Académie force l'un de ses meilleurs maîtres à prendre un « non-financé » sous son aile et avaient craint qu'il ne possède pas les qualités requises à la formation. Leurs craintes à ce sujet avaient été calmées, et dorénavant, Jérémie se sentait tout simplement intimidé par cet enfant bien nanti et avait peur qu'il ne le juge en critiquant son père.
Ils prirent la direction des bains d`eau chaude. C`était des bains publics, mais certains de ces bains étaient réservés pour les hauts fonctionnaires, les maîtres et les apprentis. Le commando dont Jérémie faisait partie occupait toujours la même salle qui, à cette heure, était rarement occupée. Peu de temps fut nécessaire à l`ensemble du petit groupe pour être tous dévêtus et sous l`eau. Bientôt, tout le monde en profitait pour effectuer les étirements nécessaires au maintien de leur bonne forme physique.
–Maître, allons-nous étudier quelque chose ce soir?
Henri concerta un moment Pierce du regard avant de répondre à Christian.
–Pas ce soir, mais si l`humeur t`en dit, tu peux toujours aller à la bibliothèque.
L`enfant marmonna quelque chose en retour.
–Que t`ai-je dit au sujet du grommelage?
Le concerné vira pivoine.
–Je préférais aller voir mes amis, si vous me le permettez, maître.
–Ce soir, c`est quartier libre, confirma Pierce à l'intention de tout le monde.
Jérémie ne fut pas dupe.
–Vous êtes conviés par l`administration?
–Oui, mais il ne semblerait pas que ce soit un sujet sensible, tous les gradués résidents ont été conviés. Ne profitez pas de notre absence pour faire n`importe quoi.
–Ne vous inquiétez pas, maître.
Pierce frotta la tête de son apprenti. Henri jeta un coup d`œil à un sablier avant de s`adresser aux jeunes.
–Allez, sortez maintenant, vous avez eu assez d`eau chaude pour ce soir, allez filer sous les eaux tièdes.
Les jeunes obtempèrent sans rouspéter. Une surexposition aux bains chauds étant déconseillée aux jeunes gens, leurs accès étaient surveillés et chronométrés. Ils prirent leurs serviettes, laissées par des serviteurs, et se dirigèrent ensemble vers les bains tièdes. Christian suivait ses aînés en silence, mais arrivé aux bains communs, il se dirigea rapidement vers ses anciens camarades avec qui il discuta sans interruption.
–Christian a peur de toi, confia Antony à son ami, essayant de lui faire comprendre, avec tact, qu'il se montrait injuste envers le nouveau.
–Il est intimidé par tout notre commando.
–Surtout par toi et un peu par Pierce, il s'est habitué à Henri et moi depuis le temps, enfin, surtout à moi. Il n`est pas vilain, tu sais? Il se sent pas à sa place, avec nous. Nous sommes tous les deux financés par l`Académie, après tout, nous possédons plus de droits que lui.
Jérémie haussa les épaules. Il se demanda qui aurait pu ne pas apprécier le doux jeune homme qu'était son ami, il prenait naturellement soin de tous ceux qui l'entouraient, sans préjugé, et Jérémie l'enviait de cette capacité.
–Tu ne l`aimais pas plus que moi.
–Un peu plus, quand même. C`était dur, au début, parce que j'étais sous le choc, mais dans le fond, c'est lui qui est le plus vulnérable. Il ne nous connait pas, il se retrouve loin de ses amis et il a peur de ne pas être à la hauteur de l'enseignement donné par notre maître.
Jérémie ne semblait pas vraiment l`écouter et entrait dans l`eau, en montrant à son ami qu`il avait ramassé un savon. Antony fit quelques brasses, le temps que Jérémie finisse.
–Nous devrions trouver une façon de le mettre à l`aise, admit Jérémie à son compagnon avant qu'ils n'échangent leur activité.
Après leurs bains, ils allèrent marcher le long de la forêt. Les deux jeunes gens cheminaient tranquillement et en silence. Jérémie épiait du coin de l`œil le serviteur de plus tôt qui les suivaient maintenant en se cachant derrière les arbres, confirmant ainsi ses soupçons, c`était bien celui qui avait pris l`habitude de l'espionner avant même qu`il ne parte pour Miles : il avait la même façon de se faufiler dans les bois pour le suivre. Antony remarqua brièvement leur invité, attiré par les brefs coups d'œil que lançait son camarade.
–On nous observe? demanda-t-il en s`arrêtant.
Jérémie lui adressa un faible sourire tout en l`entraînant devant pour reprendre leur marche.
–Ne soit pas ridicule, affirma l`aîné d`une voix normale avant de compléter à voix basse :
–Ça fait longtemps, et maintenant je sais qui c'est. Il n`a pas eu accès à des informations sensibles, à part peut-être à mes entraînements en forêt, alors je te prierais de le laisser tranquille… je crois bien que nous ayons chacun nos protégés, affirma Jérémie sérieusement, voulant naïvement croire au jeune âge de l'enfant.
Antony continua tout aussi bas.
–C'est moi ou tu l'aimes bien, même si tu le connais pas?
Jérémie ne lui répondit pas, préférant s`éloigner de la forêt tout en évitant les autres membres de l`institution.
–C`est un simple serviteur, je ne sais pas pourquoi il nous observe comme ça, mais je ne pense pas qu`il mérite la mort.
Antony lui sourit largement.
–T`inquiète pas, je dirai rien.
–Même à nos maîtres?
Antony acquiesça, voyant là la chance de véritablement devenir l`ami de son aîné. Jérémie y perçut quand même de l`hésitation.
–Il n`a que neuf ans, tout au plus.
–C`est celui qui l`emploie qui m`inquiète, tu es meilleur que moi en stratégie. Tu sais ce que ça veut dire, un serviteur ne devrait jamais nous observer volontairement comme ça.
–Je crois que ce n`est qu`une curiosité enfantine, nos épées doivent l'impressionner.
–Je t`ai dit que je dirai rien et je compte bien tenir parole. Promets-moi simplement de veiller à ce qu`il découvre rien d'important, y compris tes techniques, parce que là c'est nos têtes qui sont en jeux.
–Il en va de soi.
Les deux jeunes gens allèrent ensuite à la bibliothèque pour étudier, mais passèrent la majorité du temps à discuter au sujet de Christian.
–Alors, qu'allons-nous faire à son sujet? demanda Jérémie.
–Déjà, ça l'aiderait si on l'intégrait lorsqu'on parle..
Jérémie lui lança un long regard, il ne parlait pas beaucoup à la base.
–Il adore parler, tu n'as qu'à lui poser une question et il comblera le reste…
Jérémie n'était pas convaincu.
–De toute manière, les moments où nous discutons le plus, il n'est jamais là, rappela Jérémie.
– C'est sûr, tu l'exclus toujours. Mais tu es plutôt bon professeur… tu pourrais l'aider à un moment donné…
Jérémie haussa les épaules, septique. Son compagnon illustra son propos :
–Ça me fait penser, pourquoi est-ce que les Shil'alkas portent-ils tous des plumes et une petite tresse dans leur queue de cheval?
Jérémie fonça les sourcils, surpris de l'erreur si « flagrante » de son ami.
–Ils ne les portent pas tous, seulement les adultes ayant réussi les épreuves spécifiques, expliqua Jérémie d'un ton didactique. La queue de cheval est une simple démonstration de leur statut guerrier, la tresse est acquise lors de l'épreuve à l'épée et finalement les plumes sont acquises à l'épreuve du tir à l'arc.
Antony fit un mouvement de ses mains pour désigner son ami.
–Tu vois ce que je veux dire, c'est un des seuls moments où tu es toujours plutôt doux et quasiment jamais froid. En plus, tu parles plus longtemps comme ça.
–Tu crois vraiment que Christian va vouloir me poser une question et… c'est vraiment vrai que je suis bon professeur?
–Tu devrais en faire ton futur métier. Tu vas être un bon maître. Et pour ce qui est de Christian, s'il me pose une question et que tu n'es pas loin, je lui dirai de te le demander.
Une cloche sonna pour annoncer l'arrivée du premier couvre-feu. Les deux apprentis partirent rejoindre tout le monde au dortoir. Les deux maîtres se mirent à mettre au courant leurs apprentis des dernières nouvelles.
–Une famine s`annonce durant la prochaine année. L`Académie sera sans doute plus tranquille, elle compte envoyer des troupes afin de prévenir les conflits et aider dans les champs. Jusqu`à maintenant, elle ne compte pas nous envoyer nulle part, aucune alliance n'a suffisamment payé l`institution pour justifier l`utilisation du commando.
–Serons-nous touchés par cette famine? s`enquit Jérémie.
–Je ne pense pas, du moins, pas dramatiquement. Un temps trouble s`annonce, et avec ça, notre source de revenus. N`empêche, par mesure de précaution, l`institut prévoit de nous rationner.
Jérémie approuva la décision, mieux valait prévenir que guérir.
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Un an passa calmement, Henri et ses apprentis durent encore partir en voyage. C'était rendu une tradition pour Pierce d'être plus exigeant durant ces moments que Jérémie trouvait pénibles. Bien qu'il avait arrêté d'ignorer Christian, avant son départ, leur relation était toujours ténue. Jérémie essayait d'être moins rigide envers le cadet, par respect envers Antony, mais même lorsqu'il se forçait, le résultat était médiocre. La mort de son père et du roi ne l'aidaient pas, sa morosité le rendant revêche.
Il faisait souvent des cauchemars qu'il combattait en se concentrant sur les dernières observations du jeune serviteur. Il avait rassemblé le plus d'informations possible à son sujet. Il savait qu'il devait avoir environ l'âge de Christian, soit dix ans, qu'il avait des cheveux bruns qui se couvrait de cuivre au soleil, qu'il avait des yeux d'un gris tellement pâles qu'ils avaient l'air irréels, qu'il avait un intérêt marqué pour les épées et qu'il avait la manie de jouer avec une de ses mèches de cheveux qui lui cachait le visage. Le serviteur l'étudiait dès qu'il s'entraînait à la lame. Déjà, ce n'était pas la matière préférée de Jérémie, mais maintenant qu'il savait qu'il l'étudiait comme ça, il avait de la difficulté à rester concentré, d'autant plus qu'il avait promis à Antony de le tenir à l'écart. C'est d'ailleurs lors d'un de ces entraînements que Jérémie en perdit patience et se décida à suivre l'enfant après le repas du soir.
Le serviteur leur servait leur repas, comme d'habitude, et il ne cachait pas vraiment son regard qui se baladait à leur épée. Jérémie était si souvent absorbé par le garçon qu'il ne remarqua pas que Pierce avait fait la même observation que lui, depuis un moment déjà. Cependant, il avait décidé de laisser l'enfant tranquille parce qu'il semblait apaisé son apprenti à chaque fois que ce dernier s'angoissait et qu'il ne semblait pas avoir de patron malgré toutes les recherches qu'avait pu effectuer Pierce à son sujet. Il voulait de plus savoir combien de temps passerait avant que Jérémie décide de lui en parler, histoire de jauger la confiance que lui portait l'adolescent, ou tout au moins, jusqu'à où allait-il cacher qu'un serviteur enfreignait la loi.
–Pardon, Pierce, est-ce que je peux aller me promener, après le souper?
–Tu as jusqu'au couché complet du soleil.
–Merci!
Pierce sourit en entendant l'empressement dans la voix de son apprenti et l'observa quitter la cafétéria vers la cour extérieure, l'endroit même où était parti le jeune serviteur, qu'il savait se nommer Vasco Reyes.
Jérémie suivit sans aucun problème, ni subtilité, l'enfant qui filait vers la forêt. Il resta estomaqué lorsqu'il le vit, une épée d'un autre à la main, faire les mêmes mouvements que ceux qu'il avait pratiqués la journée même. Il était maladroit, mais avait tout appris de manière autodidacte, et donc, de manière tout à fait illégale. L'aîné sut immédiatement que le garçon qui était devant lui aurait été meilleur que lui, s'il avait été proprement éduqué. Jérémie jeta un regard au grand édifice qui se trouvait derrière lui, sans Antony dans les parages, il n'y avait aucun ami chez les jeunes. Avant même de savoir ce qu'il allait faire, il se dirigea de nouveau vers le serviteur afin de le rejoindre. En observant ses yeux écarquillés, il comprit que l'enfant avait peur qu'il ne le gronde, ou pire, le dénonce.
–Comment t'appelles-tu? lui demanda-t-il avec autorité.
Il s'en voulut de parler aussi durement à l'enfant, ce n'était pas son désir, mais tout comme avec Christian, c'était un réflexe. Il essaya de ne pas se concentrer sur sa frustration, celle-ci avait tendance à empirer son comportement.
–Reyes, monsieur, répondit l'enfant de manière automatique, comme on lui avait appris en bon serviteur qu'il était.
Cependant, on pouvait entendre qu'il avait un chat dans la gorge et son teint devenait livide.
–Tu peux me dire ce que tu fais avec cette épée?
L'adolescent grimaça intérieurement en entendant son ton inchangé, il avait mal au cœur de voir Reyes si mal à l'aise. L'enfant piétinait désormais d'un pied à l'autre et sa respiration se faisait de plus en plus erratique.
–Je… euh…
Jérémie comprit que l'enfant pensait qu'il lui faisait un reproche et il s'empressa de compléter sa pensée.
–Elle est trop lourde pour toi, prend plutôt celle-ci. Elle est encore trop lourde, mais ce sera déjà mieux.
L'apprenti lui tendit l'épée qui pendait jusque là à sa ceinture. Le serviteur accepta l'échange, stupéfié.
–Ta position était correcte, mais il faut prendre l'épée comme ça, tu auras une meilleure prise.
Il illustra ses propos en refermant correctement les mains autour de la poignée que le serviteur utilisait, peu de temps avant. Ébahi, l'enfant l'imita. Après une bonne demi-heure d'entrainement, l'enfant planta l'épée de son aîné au sol.
–Pourquoi les autres élèves ils vous parlent pas? osa demander l'enfant dès qu'une de ses mèches glissa sur son visage, le cachant à la vue de monde.
–Mes études auprès d'un maître sont payées par l'Académie.
Il ne put s'empêcher de penser que ce n'était pas la seule raison.
–Ça veut dire que vous êtes meilleur qu'eux?
Le cadet évitait son regard.
–Oui, et ça les dérange, affirma Jérémie, mal à l'aise.
Il était incapable de lui avouer que c'était plutôt sa dureté et son refus de se mêler aux autres qui l'empêchaient de se faire des amis, particulièrement chez les plus jeunes. L'enfant haussa les épaules, indifférent à l'excuse, mais il tremblait, le sujet de la conversation l'intimidait. Jérémie fit une liste mentale des nouvelles observations qu'il avait fait cette journée-là : un, le jeune Reyes n'avait pas juste un certain intérêt pour les armes tranchantes, il en avait un véritable don; deux, il se sentait inférieur. Cela fit penser à Jérémie au moment où il était arrivé à l'Académie, alors qu'il ne se sentait pas le droit d'utiliser toutes ses capacités, mais même à l'époque, il connaissait la valeur de celles-ci. L'enfant devant lui avait les épaules constamment voutées, la tête tout autant et il ne connaissait manifestement pas la valeur de ses habiletés. Jérémie ne le supportait pas. Il décida de prendre exemple sur son maître et de prendre soin de lui et jura de faire disparaitre de ce regard toute trace de peur, de regret et de manque d'estime de soi. En reprenant l'épée qui était la sienne et en rendant à Reyes l'épée qu'il avait empruntée/volée, il pensa qu'il remercierait Pierce dès qu'il le reverrait.
–Demain, tu reviendras ici, Reyes, je t'entraîne.
Sur ces mots, une lumière illumina le fond des yeux de l'enfant, ce qui convainquit l'apprenti de harceler son maître pour qu'il le prenne en tant que deuxième apprenti. D'ici-là, il lui donnerait l'épée qu'il avait utilisée à ses débuts et lui donnerait tous les cours de base auquel il pouvait penser.
–Ça veut dire que vous êtes comme mon maître?
Jérémie fut soulagé en voyant que le regard de l'enfant était rempli d'espoir et qu'il le regardait finalement directement dans les yeux.
–Oui, et c'est notre secret.
Reyes sauta dans les airs en brandissant joyeusement son poing vers le ciel.
–Par contre, Reyes, tu rapporteras cette épée à son propriétaire, je t'en trouverai une pour demain, et s'il te plait, que je ne t'y reprenne pas.
–Juré!
Jérémie réprima le désir de brasser affectueusement les cheveux de l'enfant et s'inclina plutôt légèrement vers lui, provoquant le rougissement du cadet.
–À demain, alors.
–Merci, monsieur… Riddle.
Jérémie tourna les talons et retourna voir son maître dans leur quartier. Pierce fit comme s'il ne remarquait pas le nouvel entrain de son protéger et l'invita à poursuivre leurs études théoriques sur les procédures diplomatiques à suivre selon les régions.
–Tout de suite, mais avant… je voudrais vous… vous remerciez.
Pierce s'amusa à l'entendre le vouvoyer dès qu'il se sentait intimidé, mais fronça les sourcils en se demanda pourquoi il méritait brusquement des remerciements.
–Voyons, pourquoi soudainement autant de formalités?
–C'est juste que vous faites tellement de choses pour moi.
–C'est normal, tu es mon apprenti, mais c'est gentil que tu me remercies.
–Je ne suis pas l'apprenti le plus facile à vivre.
–Combien de fois devrais-je te dire que tu mérites toute cette attention?
Pierce embrassa le front de son apprenti avant de le forcer à s'asseoir pour commencer leur cours.
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