
William Hart, pyrokinésiste, évadé. Adrien Valpert, psychurgiste, tortionnaire. Entre les deux Alice Bernaget, chômeuse, complètement ignorante des enjeux. La guerre c'est un truc d'un autre temps. Elle ne veut qu'un mari et des enfants.
Rated: Fiction K+ - French - Supernatural/Adventure - Chapters: 2 - Words: 1,725 - Follows: 1 - Updated: 08-10-12 - Published: 02-23-12 - id: 2999726
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L'exigence de la Famille
Son visage présentait une disharmonie des traits si profonde qu'aucun chirurgien n'aurait su par où commencer les modifications pour le rendre beau. Un visage émacié et fermé, aux joues creusées comme des cratères. Le nez se développait telle une pyramide dont la base se fendait de deux larges ouvertures. Ses lèvres formaient un arc bandé.
–Euh..
–Ouais, il fout la trouille. C'est bien tu n'auras pas de mal à retenir. Adrien Valpert, directeur et fondateur du HSS, fuir à vue. Compris ?
–Hm, oui...
–Parfait.
Il reposa la photo sur le guéridon et s'affala dans le seul autre meuble, le fauteuil. Son regard à elle ne se détachait pas du portrait.
–Mais... Hm, si je suis dans une rue pleine de monde, qu'est-ce qu'il pourrait me faire ? Je veux dire, tout le monde le verrait m'agresser ou s'il vient vers moi faudrait juste que j'crie.
–Ah !
Relevé d'un bond.
–Bon, je recommence !
Elle frémit.
–Non mais... Je veux dire...
–Chut !
L'index était autoritaire comme une baguette prête à tomber sur les doigts d'un insolent. Le regard s'illuminait.
–On va passer aux mots barbares si tu veux.
L'index toujours pointé s'illumina d'une flammèche jaunâtre.
–Adrien, Valpert - le majeur suivit l'index, même mouvement, même flammèche – maître – l'annulaire – en psychurgie – l'auriculaire ponctua la déclaration, le dernier détail en apparence insignifiant.
–Psychurgie ?
Les yeux et la bouche ouverts, l'ignorance pendante.
Un soupir. Il s'assit, tira une cigarette que les flammèches allumèrent avant de disparaître. Le silence s'étira. La fumée s'échappa de ses narines. Elle allait parler...
–La psychurgie c'est, en gros, le maniement des forces psychiques, coupa-t-il.
–Hm... une sorte de télépathe ?
Pas convaincue. Agacée. Terrifiée.
–Si seulement...
La fumée sortit plus rapidement. Le regard brillait derrière l'écran grisâtre.
–Il y a...
On frappa. Des coups secs et vifs. La fumée crépita. Il se tint parfaitement immobile, les mains en appui sur les accoudoirs.
On frappa encore. La même cadence. La police ! Pensa-t-elle furieusement entre panique et soulagement. Etait-elle sauvée ou condamnée ? Jusqu'à présent le pyromane l'avait aidée, mais pour combien de temps ? En acceptant de le suivre elle était aussi suspecte que témoin... Oh ! Maudit destin ! Maudit destin ! Un mouvement du coin de l'oeil. De vifs petits signes de tête vers la porte. La fumée envahissait la pièce.
–Q...Qui... Qui c'est ? Demanda-t-elle.
Un hochement de tête encourageant. Les coups s'arrêtèrent nets.
–Roland.
Hart éclata de rire. Après un sursaut sa messagère se laissa tomber par terre. Pas de police. Pas d'échappatoire à cette histoire de dingues.
En deux pas le pyromane ouvrit la porte, accueillit son visiteur, referma et regagna son fauteuil.
–Hart, la prochaine fois... Oh ! Je me disais bien avoir reconnu votre voix, content de voir que vous vous en êtes tirée mademoiselle.
Un sursaut. Du ressentiment. De la frustration. De petits bonds cardiaques qui la jetèrent sur ses jambes.
–Vous ! C'est vous !
Un léger recul face à l'index menaçant.
Oh pas de doute possible ! Ah ! Enfin un objet pour sa colère ! Il était là devant elle encore une fois ! L'albinos aux yeux violets et aux cheveux de chez Loréal. Le manteau élégamment jeté sur l'épaule, tenu par une belle broche. Oui ! Oui ! Il avait encore son bras droit en écharpe, invisibles sous les bandages ! Et encore ses longs cils frôlaient délicatement ses pommettes battant langoureusement ses tacites questions. Ah ! Pas cette fois !
–C'est votre faute ! C'est à cause de vous tout ça ! Vous m'avez filé ce sale job ! Vous avez promis que ce s'rait facile et que j'aurais pas de problème ! Et j'suis coincée ici maintenant ! Avec un malade qui... qui... Je veux qu'on m'paie et qu'on m'laisse tranquille !
Il était bien moins intimidant que le pyromane. Il était beau.
Un éclat de rire. La cigarette échoua sur la moquette, répandant une cendre froide.
–Tu fais toujours autant d'effet aux filles !
–Silence Hart ! Ecoutez mademoiselle...
–Tu te souviens même pas de son nom hein ?
Un vague geste de la main.
–Alice ! j'mappelle Alice Bernaget !
–Mademoiselle Bernaget, je n'avais pas oublié.
–Ben voyons, siffla Hart.
Un filet de fumée remontait depuis le fauteuil.
–Ecoutez mademoiselle Bernaget, je suis certain que compte-tenu des circonstances qui vous ont conduite ici vous comprenez que je doive délayer le règlement de notre affaire. Une fois la situation présente mise en ordre nos envisagerons un moyen de vous remercier gracieusement pour votre service.
Et le léger sourire Email Diamant ponctua le discours. La sucette du médecin après la piqûre.
–Maintenant, Hart.
–Quoi ? Que me vaut l'honneur d'une visite du chien de la Famille ?
–A ton avis, idiot ?
–Je ne pouvais pas attendre que vous vous décidiez à avoir besoin de moi. Tu n'as jamais mis les pieds au H.S.S !
Le regard flambait. La cigarette se consuma dans un souffle. Cendre flottante et crépitante.
–C'est un endroit horrible ! Confirma Alice.
–Hart, Hart, Hart...
–Ne va pas me dire que vous regrettez les lieux ou les pertes...
Le petit sourire satisfait récolta un froncement de sourcils.
–Valpert a parlé à – un coup d'oeil vers l'employée, un pincement de lèvres – Estée.
Une paralysie éphémère. Un haussement d'épaule forcé. La fumée s'échappa nonchalamment de ses narines.
–Estée... Et ?
–Il n'a pas été la voir parce qu'il n'y avait qu'elle de disponible.
–Estée est une grande fille. Alice a survécu au H.S.S, Estée survivra à une visite de Valpert.
–Réfléchis ! Tout ne tourne pas autour de toi Hart !
–Et quelle idée géniale a-t-elle eue ?
–Valpert est instable. Il doit craquer. La Maison ne doit pas avoir à répondre de lui.
Une contradiction flottante.
–Débrouille-toi, Hart, coupa le dit Roland. La Famille ne te regarde pas.
L'air était lourd, brûlant. Alice essuya la sueur de son front avec un geste rageur.
–Alors j'peux partir tranquille ! Si je dis où vous êtes ça posera pas de problème !
Le regard enflammé se posa sur elle. Un frisson.
–Pas une bonne idée, pas comme ça, pas pour toi. Mais j'peux te trouver comment m'aider et être tranquille. La Famille paie bien, pas vrai cabot ?
Elle suivit le regard sur l'autre. Une moue pinçait ses traits comme un pli sur une chemise après le repassage.
–Ce sera toi ou lui, Hart. Mademoiselle.
Il tourna les talons. La beauté quitta la pièce. La lumière avec elle. La raison enragea dans le crâne d'Alice. Un regard sur le pyromane. Son amusement s'étendait aux pirouettes de la fumée de sa cigarette. Elle fuirait à la première occasion.
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