
Ça: Siège des pulsions physiques et psychiques à l'état primal. Surmoi: Censeur du Ça et du Moi qui refoule les pulsions jugées mauvaises. Moi: Le partie consciente de tout ce boxon qui crève d'envie d'oser parler à ce mec... Freud me rendra dingue! HxH Oneshot
Rated: Fiction T - French - Romance/Spiritual - Words: 2,864 - Reviews: 4 - Favs: 1 - Follows: 2 - Published: 03-09-12 - Status: Complete - id: 3003771
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Ça, Moi et Surmoi
Andy referma le clapet de son téléphone portable d'un geste agacé. Il était assis à la terrasse d'un café depuis près d'une heure, assoiffé, mais il n'osait pas toucher à son verre. Il avait un rendez-vous, et il ne voulait surtout pas donner l'impression d'être arrivé avec plus de cinquante minutes d'avance - ce qui était le cas.
Andy avait seize ans, il allait encore au lycée. Pourtant, il y avait ce garçon - non, il y avait cet homme, il devait bien avoir au moins cinq ans de plus que lui... Il y avait cet homme qui allait venir prendre un verre avec lui. Depuis trois mois, il travaillait dans la grande bouquinerie juste en face de l'école, où il allait souvent traîner avec son frère ou ses potes. Ces derniers temps, il y allait plus volontiers seul, parce que bien sûr, les autres avaient remarqué comment il regardait le nouvel employé, quand il était assis derrière son comptoir en bois patiné à examiner des piles de livres, par exemple. Andy adorait cette assurance dont il faisait preuve, tandis qu'il séparait les livres en deux piles, son regard noir baissé derrière ses lunettes. Il aimait le son de sa voix, grave et un peu voilée, quand il repoussait la pile d'ouvrages que le magasin ne rachetait pas et annonçait un prix pour les autres. Il aurait pu passer des heures à l'observer, occupé à trier ce qu'il avait racheté, pour ensuite aller le ranger sur les étagères encombrées, par ordre alphabétique ou par thème, ou encore quand il remettait de l'ordre dans les rayons, retirant des livres, en rangeant d'autres. Par moments, il se sentait comme hypnotisé par deux tatouages que le jeune libraire arborait sur ses joues, sous ses yeux, deux losanges noirs comme des larmes de clown triste, sauf qu'il n'avait rien d'un clown, et pas franchement l'air triste.
Andy n'achetait de livre que quand c'était lui qui se chargeait de la caisse, rien que pour l'entendre lui dire « bonjour », pour le voir effleurer du regard ce qu'il avait choisi et lui en annoncer le prix en moins d'une demi-seconde, et même une fois ou deux, oser toucher ses doigts en lui tendant l'argent. Ça faisait battre son cœur à toute vitesse.
Epinglé au tissu de ses vêtements cintrés, il portait son nom sur un badge.
Jared.
Jared lui souriait toujours quand il le voyait dans la boutique. Andy se demandait parfois s'il l'avait remarqué, et de quelle façon. Il venait presque tous les jours, il le prenait peut-être pour un détraqué ? Heureusement pour lui, il n'était qu'un adolescent, pas le genre de personne qu'on soupçonne de harcèlement ou de trucs dans ce genre.
Un combat sans merci se déroulait en permanence sous ses épais cheveux blond cendré. Deux petites voix se faisaient la guerre - pas si petites que ça en fait, vu qu'il n'arrivait pas à les ignorer. Nous emprunterons sa théorie sur l'inconscient au Dr Freud pour les nommer « Surmoi », et « ça ». Surmoi était la voix de la raison, bien sûr. Celle qui lui expliquait en long, en large et en travers que la personne qui lui plaisait n'était pas faite pour lui, que c'était un homme, beaucoup plus âgé que lui, probablement pas du tout intéressé, qui serait même sûrement outré de savoir à quoi il pensait, et enfin, demande-toi ce que diraient maman et papa, tu veux faire honte à toute la famille ou quoi ? Redescends un peu sur terre, mon vieux !
Ça était le cri du cœur, qui répétait inlassablement qu'il avait les plus beaux yeux qu'il avait jamais vus, que son sourire lui donnait envie de faire des bonds jusqu'au plafond, que jamais l'amour n'était une chose négative, et ces tatouages, mon Dieu, il a l'air tellement intelligent en plus ! Je suis sûr qu'il doit avoir une culture générale de la taille de l'Empire State Building, et cette façon qu'il a de s'habiller près du corps, il doit être super bien f... (En général, c'était là que Surmoi intervenait et l'empêchait de poursuivre plus loin ses extrapolations.) Ça était encouragé et soutenu dans cette lutte par David, son frère jumeau, qui commençait à en avoir sa claque de le regarder languir pour ce type, aussi beau, classe et apparemment intelligent fût-il.
- Mais il est beaucoup plus âgé que moi, il doit avoir au moins vingt-deux ans ! Disait Andy, qui récitait là le discours de Surmoi.
- C'est toi que ça dérange ? Ou t'as peur qu'il t'envoie sur les roses à cause de ça ?
- Non, moi, ça me dérange pas !
- Qu'est-ce qui te dit que lui non plus n'ose pas t'accoster parce qu'il pense que tu es trop jeune ? Contre-attaquait alors David, avec cet argument que ça répétait lui aussi sans arrêt.
Cela pouvait durer des heures. Andy se mettait « dans tous ses états », son jumeau finissait par l'engueuler. Un jour où il en avait vraiment ras-la-crête de ces discussions stériles et répétitives, son frère avait fini par dire :
- Demain, après l'école, tu vas lui parler, sinon c'est moi qui le fais.
Andy avait pâli.
- Tu... Tu ferais pas ça ?
- Si !
- David !
- Andy ! Singea le frère exaspéré.
- Tu es sérieux ?
- OUI !
Le vendredi matin, préparé à essuyer la pire humiliation de sa vie, Andy était donc sorti de l'école en marchant sur des œufs. Jamais les couloirs, la cour de récréation, la grille de l'école puis la rue qui séparaient la porte de sa classe de la bouquinerie ne lui avaient semblé si rapides à traverser. Il sentait le regard de David sur sa nuque. Il sentait bien que son frère ne plaisantait pas, s'il se défilait, il irait lui-même parler au jeune homme. La Honte, avec un H majuscule, comme dans Triple H. Ouais, Triple Honte. Non, il fallait qu'il y aille... Le matin, il s'était quand même levé avec une heure d'avance (après en avoir mis quatre pour arriver à s'endormir) pour avoir le temps de prendre une douche, de se laver les cheveux, de se coiffer avec un soin tout particulier (il n'avait pas l'heur d'avoir la tignasse de son - faux - frère qui eux, affichaient à toute heure du jour ou de la nuit un désordre seyant que beaucoup auraient bien voulu imiter – David et lui n'étaient pas des vrais jumeaux et ne se ressemblaient guère) et de se brosser très soigneusement les dents. Lorsqu'il avait franchi la maudite grille après les cours (Adieu, enceinte de la connaissance qui me protégeait du désastre au devant duquel je marche comme un con !), il avait cru mourir en le voyant adossé au mur, non loin de l'entrée du magasin, une clope allumée entre les doigts.
- Quelle chance ! Dit la voix de David dans son dos. Il est en pause.
- Oh, la ferme ! Reste pas là, ce sera encore pire avec ton haleine de chacal qui me chauffe la nuque ! Avait répliqué le blond d'une voix acide.
Son frère avait rigolé.
- Bon, vas-y, j'te regarde.
- Ta gueule.
- Allez, Roméo, va chercher les clés du bonheur !
Andy avait continué d'avancer seul, et plus il avançait, moins il savait ce qu'il allait dire. Ce qu'il avait regretté, à ce moment-là, d'avoir refusé les clopes qu'on lui avait proposées à l'âge où les autres commençaient à fumer ! A l'heure qu'il était, le développement de sa capacité respiratoire aurait été interrompu, il aurait déjà eu quelques alvéoles pulmonaires foutues, il aurait gaspillé une grande partie de son argent de poche pour se payer des tubes à cancer et ses dents auraient commencé à jaunir, mais au moins, il aurait pu l'aborder en lui disant « Salut, t'as du feu ? ». Il avait envisagé brièvement de s'arrêter pour taper une cigarette à un des élèves qui marchaient près de lui mais c'était trop tard, il était trop près, plus que deux mètres, un mètre et demi...
Andy s'était pris le pied dans la bordure du trottoir et s'était étalé de tout son long aux pieds de son idole. Ceux qui le connaissaient avaient éclaté de rire en le charriant tandis qu'à quelques mètres de là, David s'était pris la tête dans les mains, exaspéré.
- Hé, Andy, avait crié un garçon coiffé d'un bonnet noir, tu peux la refaire, que je te filme ?
- Ouais, avait renchéri un brun qui marchait à ses côtés, les plongeons, c'est dans les piscines, pas dans les pavés !
Ils s'étaient éloignés en rigolant de plus belle. Andy aurait voulu mourir. Ou au moins, il aurait aimé s'être blessé en tombant, genre commotion cérébrale, n'importe quoi qui lui aurait permis d'échapper à ça. Mais vu que ce n'était pas le cas, il avait entrepris de se redresser, rouge comme une écrevisse. Il était alors tombé nez à nez avec une main - blanche, les doigts longs et fins, avait enregistré son cerveau en une fraction de seconde - tendue vers lui.
- Andy ? Avait interrogé la voix familière un peu au-dessus de lui. C'est bien ça ?
Malgré l'horreur de la situation, il n'avait pu s'empêcher d'éprouver un bref sentiment de plaisir sauvage en l'entendant prononcer son prénom. Il avait levé la main et saisi celle qu'on lui tendait. A nouveau, indépendamment de la honte cuisante qu'il éprouvait, au contact de la peau chaude contre sa paume et de la pression des doigts autour de siens, son cœur s'était emballé avec bonheur. Une fois debout, il n'avait pas osé lui répondre, ni le regarder, il s'était contenté de brosser ses vêtements du dos de la main, le nez baissé.
- Tu ne t'es pas fait mal ? Avait demandé la voix de Jared.
- Non, ça va, avait-il répondu en se forçant à lever les yeux pour le regarder (paraître grossier était bien la dernière chose qu'il souhaitait après cette pitoyable entrée en matière). Merci, Jared.
Le jeune homme avait haussé les sourcils, apparemment surpris sache comment il s'appelait, mais il n'avait pas relevé. Andy s'était adossé au mur à côté de lui, embarrassé, sa langue clouée à son palais, incapable de trouver un seul mot à dire. Et un miracle s'était alors produit.
- Tu tombes bien, avait commencé le jeune homme avant de rire un peu (Que c'est beau ! Avait pensé Andy), pardon, je ne voulais pas me moquer mais c'est vraiment le cas de le dire ! Enfin bon... Je voulais justement te parler.
- Ah bon ? Avait dit le blond en s'efforçant d'empêcher sa voix de trembler. Pourquoi ça ?
Il avait vu du coin de l'œil Jared tirer sur sa cigarette et recracher doucement la fumée. Jamais il n'avait trouvé ça aussi joli. Et aussi dommage.
- J'avais envie de discuter avec toi. Tu viens tout le temps au magasin, alors forcément, je te connais de vue. Et puis c'est marrant, à chaque fois que tu achètes un livre, tu prends des trucs que moi j'ai déjà lus. Je me disais que j'aimerais bien faire ta connaissance.
Il avait tiré une nouvelle taffe sur sa clope. Andy l'avait regardé, incrédule. Était-il possible qu'il ait autant de chance ? Il entamait la discussion, il trouvait qu'ils avaient des choses en commun, il avait envie de le connaître. C'était le plus beau jour de sa vie.
- Moi aussi, j'aimerais bien, avait-il répondu simplement.
Le jeune libraire s'était tourné vers lui et lui avait adressé un sourire radieux, aux dents encore très blanches malgré la cigarette, avait remarqué le blond. Mais au moment où il avait ouvert la bouche pour parler, une voix était sortie par la porte ouverte du magasin.
- JARED ! Ta pause est finie depuis cinq minutes, grouille-toi !
- Oups ! Avait dit le jeune homme, pas l'air embêté du tout en fait. Il avait gratté le rouge de sa cigarette contre la semelle de sa chaussure et l'avait remise dans le paquet entamé.
- Tu es libre demain ?
- Que... Oui, bien sûr !
- Alors on pourrait prendre un verre ensemble ? Je ne travaille pas, ce samedi-ci.
- C'est une bonne idée, avait répondu Andy en essayant de ne pas avoir l'air trop heureux.
Jared lui avait montré un café un peu plus haut dans la rue.
- Là, ça t'irait ? Vers deux heures.
- D'accord.
A nouveau, le jeune homme avait voulu ajouter quelque chose, mais...
- JARED ! Tu vas faire des heures sup ', je te préviens !
- J'ARRIVE, ACE ! Avait-il crié, avant de partir vers la porte de la boutique. A demain, avait-il dit à Andy avant d'y entrer.
Ce dernier avait la tête pleine de bulles. Ça pétillait, là-dedans. Il serait probablement resté là une heure si une main n'avait pas fermement saisi son bras avant de le tirer en avant.
- Allez, réveille-toi ! Avait dit David. Raconte-moi ! Comment t'as réussi à trouver quelque chose à lui dire après cette lamentable introduction ?
- C'est pas moi qui ai parlé, c'est lui, avait grogné Andy, qui aurait bien voulu rester seul et savourer son bonheur tranquille.
Mais son frère n'était pas du même avis. Il l'avait charrié jusqu'à la maison, le poursuivant jusque dans sa chambre. Il ne l'avait laissé que lorsqu'ils étaient allés se coucher - mais pas dormir, pour Andy en tout cas. Le stress était revenu se loger en une boule dure posée au fond de son estomac, l'empêchant de fermer l'œil jusque tard dans la nuit. Ce qui ne l'avait pas empêché d'arriver sur le lieu du rendez-vous à 13h10 le lendemain. Il avait commandé un coca auquel il n'osait pas toucher et attendait. Depuis cinquante deux minutes.
Andy reprit son téléphone et appela son frère, qui décrocha immédiatement et ne lui laissa même pas le temps de parler.
- Andy, il est quatorze heures trois. Ça fait trois minutes. On ne parle pas de retard à partir de trois minutes !
- David, j'ai peur ! J'ai le cœur qui bat à cent à l'heure, je me fais l'impression d'être une fille ! Une fille complètement stupide! Attendre comme ça, comme si c'était...
- Le prince charmant ?
- Tu m'aides pas, là !
- Mais t'es trop drôle. Honnêtement, j'espère aussi que tu te fais pas des films pour rien… Allez, cheer up, frangin. Je te laisse, il va sûrement pas tarder.
Et il raccrocha. Andy se levait pour remettre son téléphone dans sa poche quand il entendit l'autre chaise racler le sol. Jared était là, qui s'asseyait. Il était 14h04. On ne parle pas encore de retard pour quatre petites minutes, pas vrai ?
- Salut, dit-il.
- Salut, ça va ?
- Ça va.
Jared leva le bras pour attirer l'attention d'une serveuse qui passait pas loin - la même qui avait servi Andy. Elle jeta un coup d'œil bizarre à son verre avant de retourner à l'intérieur. Jared le remarqua et regarda la boisson à son tour.
- Tu attends depuis longtemps ? Lui demanda-t-il avec un demi sourire.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Eluda Andy en essayant de ne pas avoir l'air trop embarrassé.
- Ton coca est plat.
... Holy crap. Andy ne répondit pas, gêné. Jared gloussa.
- Si j'avais su, je serais venu plus tôt, dit-il.
- Tu as quel âge ?
Andy jura silencieusement. C'était sorti tout seul. Mais de nouveau, Jared ne releva pas. Ce type est trop bien pour être vrai, comment ça se fait qu'il m'a pas encore envoyé sur les roses ?
- Vingt-trois ans, répondit-il simplement. Et toi ?
- Seize.
Andy but une gorgée de son coca, tiède et plat. Devait-il prendre sur lui et renoncer à ses attentes ? Dans sa tête, ça et Surmoi avaient recommencé à se disputer. Sept ans, c'était beaucoup. Est-ce que ce serait trop pour eux ? La serveuse apporta la commande du jeune homme et il le regarda de près, pour une fois. Derrière ses lunettes à fine monture métallique, ses yeux noirs étaient immenses. Ses cheveux auburn, ses petits tatouages, ses doigts fins autour du verre, qui avaient touché les siens, la veille... Jusqu'à son corps lui-même, qu'il devinait sans peine à travers le tissu de sa chemise grise cintrée, tout l'attirait si fort... Il éprouvait le désir puissant et impérieux de s'approcher plus près, de s'approprier tout cela.
Non, décida-t-il, sept ans, ça ne serait pas trop. Il écouterait son cœur et son désir. Il allait essayer.
Et tant pis pour Surmoi.
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