
Seul, au fond d'un café... il réfléchissait, ne comprenait pas pourquoi...
Rated: Fiction K+ - French - Words: 812 - Reviews: 2 - Published: 04-21-12 - Status: Complete - id: 3015390
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Note de l'auteur: Ah! Le site marche enfin normalement^^. J'en profite pour publier ce bout de truc.
Bonne lecture ;).
MàJ: le 11/05/2012.
Acte manqué
Elle est restée. Pourquoi ?
Il cherchait encore à comprendre la liaison logique qui les avait tant éloignés, qui avait mis tant de distance entre les bords de leur cœur et s'acharnait à vouloir fixer cette limite-là, alors que comme un con, il se trouvait assis à une table sans âge.
Une antiquité pour tout dire, enfumée d'une atmosphère que Paris était venue visiter. Déconnecté des rires et des potins, il se plongeait dans son tumulte intérieur.
Seul, au fond d'un café.
Ses doigts suivaient pensivement les courbes de sa tasse; il ne se souvenait pas d'avoir commandé quoi que ce soit. Ses ongles dégrossis par des dents nerveuses tapotaient en rythme sur le fer de la table.
Il ne comprenait pas.
Pourquoi s'obstinait-elle à vouloir se trouver dans son champ gravitationnel comme un pulsar ? Pourquoi diable était-elle restée auprès de lui ? Pourquoi l'avait-elle porté à bouts de bras, alors qu'ils arrivaient à peine à se supporter l'un l'autre ?
Il secoua ses tresses sombres gainées de jaune.
Il n'en a pas toujours été ainsi.
L'émeraude de ses iris ricocha à peine sur la surface terne d'un cappuccino sans mousse, tandis qu'il résistait à la tentation de se barrer de cet endroit.
Enfants, ils ne pouvaient pas passer une seconde sans se chamailler... heureusement, c'était dans la tendresse et la fraternité.
Ce mot le fit frémir.
Au fil des ans, rien n'avait pu les séparer. Pas même leurs passions, ô combien opposées ! Quant à leur avenir... quelque part, il se confondait pour s'épanouir en lacets entremêlés. Ce qu'ils poursuivaient n'était pas si différent. Lui cherchait son salut à travers les cellules haploïdes et les êtres vivants elle se plongeait à corps perdu dans les méandres du langage.
Un généticien et une traductrice.
Tous deux des décodeurs de l'humanité.
Il se frotta le menton d'un air pensif. Ses prunelles se baladèrent un moment dans la salle aux planches usées.
Au-dehors, un lampadaire s'alluma.
Il aurait souhaité être un éphémère afin de pouvoir se cramer sur son ampoule, mais comme un con, il restait seul, au fond d'un café.
Non, vraiment.
Un serveur arriva jusqu'à lui pour lui demander s'il désirait autre chose. Il secoua la tête en signe de dénégation.
Une fois qu'il fut de nouveau solitaire, il put se remettre en face de ses questions existentielles. Il essaya de boire une gorgée de son breuvage, mais ça refusait de passer; ses lèvres pleines affichèrent un rictus.
Il se frotta les mains, de la base des doigts jusqu'aux extrémités. Ses paumes pâles contrastaient avec l'ébène de sa chair.
Que pouvait-il bien lui dire ? Cela faisait longtemps qu'ils ne se parlaient plus sous forme de mots. Ils avaient oublié de communiquer.
Mais elle est restée.
Pourquoi ?
Ça le démangeait de se corrompre avec le goudron et la cendre d'une cigarette, sauf qu'il lui avait juré qu'il arrêterait. Il devait au moins respecter cette promesse. Peut-être que comme ça, ils pourraient de nouveau se taquiner comme avant.
Il eut mal.
C'était sa sœur, jamais il n'aurait cru se sentir aussi loin d'elle, aussi... étranger.
Il aurait dû l'inviter ici; comme ça, ils auraient bien fini par s'électrocuter à l'univers de cet endroit, puis s'y fondre en y partageant des éclats de rire. Alors... ils auraient abandonné leur ego et repris leur ancien credo, signé d'une encre fraternelle.
On aurait pu, vraiment.
Mais elle n'était pas là. Et lui se retrouvait seul, au fond d'un café.
Comme un con. Oh oui, comme un pauvre con.
Ses larmes vinrent se mélanger à son cappuccino, désormais glacé.
Glacé sous la chaleur du mois de mai.
Pendant ce temps, il ne remarqua pas qu'un regard aux reflets terre de Sienne se posait sur lui et laissait sa mer cachée se déverser sur les vallées du visage grave d'une inconnue.
Ils ne se connaissaient pas, ne s'étaient même jamais vus. Le désespoir de cet homme avait vrillé son cœur en fragments de cristal. Et le hasard avait décidé.
Elle aussi se retrouvait seule, au fond d'un café; elle pleurait avec lui, émue par la faiblesse et la sensibilité de l'humanité qui le hantaient.
Elle en oubliait sa propre déconfiture.
Un papillon vint se poser sur la rondeur de l'ampoule, là au-dehors. Cela ne rata pas : il fut foudroyé. Sa vie s'échappa en haletant.
Mais eux, ils ne remarquèrent rien.
Seuls, au fond d'un café.
Comme deux idiots.
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