
Quand on veut faire la morale, il faut être droit dans ses bottes.
Rated: Fiction K+ - French - Words: 1,928 - Reviews: 1 - Published: 04-26-12 - Status: Complete - id: 3017021
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Disclaimer : Toute ressemblance avec des personnages ayant existé ou existant n'est pas fortuit.
Rating : K+
Style: Ca peut arriver près de chez vous.
Les cordonniers sont les plus mal chaussés
Je suis dans son bureau, c'est la quatrième fois en un mois que je suis convoqué pour une discussion.
Une discussion d'après la définition du dictionnaire, c'est un échange d'opinion.
Et je suis là à écouter son long monologue. Puisque c'est bien de ça qu'il s'agit, Monsieur l'éducateur en chef du juge de la jeunesse, me parle, me parle, me parle, me saoule quoi, restons logique.
Et tout ça pourquoi me demandez-vous ? Parce qu'à dix-sept ans et demi, je viens de me rendre compte que je ne suis pas dans la bonne section pour mes études.
Je suis un fan d'ordinateur, je fais ça depuis tout petit, c'est inné chez moi. Je suis un autodidacte, parce que quand on est orphelin, confié à l'Etat, il ne faut pas croire que c'est sur mon ordinateur personnel que j'ai appris.
Non, j'ai appris là où je pouvais en avoir un en travaillant le soir plus longtemps à l'école. J'ai réussi à en remonter un plus tard en utilisant des pièces détachées sur des ordinateurs qui devaient être mis au container.
Pour mon apprentissage, je peux également remercier le directeur de mon premier orphelinat, Monsieur Jérome, il a toujours très gentil avec moi. Il m'a laissé faire mes premières gammes sur l'ordinateur de l'établissement en me conseillant, en me donnant des petits trucs.
Le PC qui trône dans ma chambre de mon internat actuel, est à moi. Je l'ai acheté avec mes deniers que j'ai grappillés de dépannage de pc en baby-sittings. J'ai accumulé tous les petits jobs que je pouvais trouver pour me le payer. Alors monsieur le baratineur, je sais que dans la vie, je vais m'en sortir.
L'éducateur parle tellement que je n'arrive plus à suivre mes pensées, parce qu'il faut rester concentrer et surtout ne pas dire oui pour avoir la paix, sinon, on est cuit. Il y en a qui se sont fait prendre à son jeu.
Donc je disais, je suis un fan d'ordinateur, mais est-ce que je pouvais savoir avant de commencer des études dans le domaine et de faire des stages pratiques que je ne voulais pas en faire mon métier. J'adore surfer sur le net, je suis un pro du piratage. Il n'y a pas une information qui peut m'échapper quand j'ai décidé de l'avoir, mais de là à faire de la programmation toute la journée. Non, merci. Je dois continuer à prendre du plaisir avec mon ordinateur et pas le prendre en grippe.
Si je suis dans son bureau, c'est parce que je voudrais pouvoir changer d'option dans mes études. Seulement voilà, comme je ne suis pas encore majeur, je dois avoir l'accord de monsieur l'éducateur en chef. C'est lui qui est mon tuteur depuis que je suis dans cet établissement. Parfois, je me demande pourquoi je ne suis pas né en juin plutôt qu'à la fin décembre.
Parce que là c'est du n'importe quoi ce qu'il me raconte.
-« Quand tu auras dix-huit ans, tu auras toutes les données pour prendre ta vie en main. Et tu te rendras compte de l'importance de tes choix. Et que tu es en train de faire une grosse bêtise, tu vas rater ta vie. » Sermonne Monsieur l'éducateur en chef.
Mais oui, nous avons déjà bien entamé le mois de juillet. En quatre mois, je vais attraper énormément de maturité et d'un coup je vais me rendre compte que ce n'était pas une erreur d'avoir choisi comme filière la programmation. D'un seul coup je vais me rendre compte que je vais adorer mettre des formules sur des pages html. Je sais bien que ce que je choisis c'est diamétralement opposé. L'environnement, c'est loin de la programmation, néanmoins je m'y retrouve plus.
J'adore la nature. Je suis un solitaire, mes rares amis vous le diront. Je suis toujours prêt à protéger la nature, à ramasser les papiers qui traînent et que les autres jettent parce qu'ils n'ont pas envie d'attendre de trouver une poubelle ou de le jeter dans celle de chez eux.
J'aimerai mieux comprendre la nature afin de pouvoir expliquer convenablement aux autres ce qu'il faut faire pour arrêter de la détruire petit à petit.
-« Tu vas bientôt avoir dix-huit ans, il serait temps que tu choisisses ta voie et que tu arrêtes de te disperser, tu as commencé par le général avant de prendre une spécialisation en informatique, maintenant tu veux aller dans une école professionnel pour étudier l'agronomie. » Ajoute le monsieur qui à mon âge, ne savait pas encore ce qu'il voulait non plus.
Il était même palefrenier.
Hé oui ! J'ai fouillé, qu'est-ce que vous croyez, que j'allais me laisser faire et me rabâcher les oreilles sans avoir des armes à lui mettre sous les yeux.
Et ce grand monsieur qui pète plus haut que son cul n'est éducateur spécialisé que depuis trois ans. Alors qu'il a quarante-quatre ans et ça ose faire la morale sur le tâtonnement.
-« Oui, mais si je suis votre exemple, j'ai le temps de trouver ma voie. Je n'ai encore testé que deux secteurs, moi, enfin je vais tester le second. » Lance d'une voix posée le jeune.
J'ai fait mouche. Il se tait. Mais c'est vrai quoi. Il est sorti de l'école à seize ans, il a fait son apprentissage en ferronnerie, avant de faire mille métiers. C'est au bout d'une quinzaine d'années qu'il a décidé de prendre des cours pour finir ses études.
Depuis son plus jeune âge, il ne va jamais jusqu'au bout de ce qu'il entreprend. Il a eu une affaire en or dans les mains, une agence de tiercé qu'il tenait en tant qu'indépendant, après six mois, on vient lui reprendre car il y avait un énorme trou de caisse.
Juste après, le futur éducateur a travaillé en usine. Cependant, il a vite été épuisé par les quatre tours. Au bout de six semaines, il donnait son préavis malgré le salaire bien supérieur à ce qu'il avait touché depuis qu'il travailait.
Je me retiens de secouer la tête. Je suis désespéré de réaliser que ce type ne sait pas ce que s'est de devoir travailler parce qu'il faut manger. Moi, je me bats pour devenir quelqu'un, pour être heureux malgré les difficultés que la vie a mises sur ma route. Je suis un battant. Le prix de l'effort, je connais.
Pour aider mon père à tenir sa boulangerie de renom, je me suis levé pendant des années à l'aube afin de sortir les pains chauds du four et préparer le magasin avant de partir pour l'école. J'ai fait ça dès mes six ans jusqu'à mes neuf ans, c'est à cette époque d'un terrible accident de la route m'a privé de la tendresse de mon papa.
Si on était seuls pour faire tout ça, c'est déjà parce que le sort m'a privé de ma maman. Elle a été emportée par un cancer quand j'avais trois ans. Je ne me rappelle presque plus d'elle. Je n'ai que les souvenirs des histoires que mon père m'a racontées et les rares photos que j'ai gardées de l'époque.
C'est vrai que je dois reconnaître que Monsieur l'éducateur a dû mérite d'en être arrivé jusque là, il a mis vingt-sept ans avant d'arriver à cette situation actuelle. Il est passé par la voie du commerce car il croyait être fait pour ça, son commerce a fait faillite après un an pour mauvaise gestion et il veut me donner des conseils pour gérer l'argent que je gagne avec mes jobs d'été. Je crois que je gère mieux que lui.
Dans tous ses petits métiers, il ne faut pas oublier les études de maréchal ferrant qu'il n'a pas finies une fois de plus. Alors il me fait rire en me disant que je ne dois être sûr de mes choix et que je dois me fixer maintenant.
Tiens la discussion reprend, c'est sarcastique, il se rappelle qu'il doit m'ouvrir les yeux. Il n'aime pas ne pas avoir raison, il est mal tombé avec moi. Car je suis déterminé, je l'ai toujours été, surtout quand je suis certain de mes choix.
-« C'est ce que tu disais déjà quand tu as voulu faire des études d'informatique. » Me rappelle-t-il.
Il est vrai que je n'avais pas encore fait de stage et j'aimais, ça, trifouiller dans un ordinateur.
-« Et vous croyiez être un commerçant né. »
-« Tu fais une erreur Henry. Je crois que si tu te trompes encore de voie, tu ne finisses comme un assisté. » Lance-t-il en redressant son nez.
-« Moi, jamais ! S'il faut être éboueur pour vivre, je le ferai. Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens. »
Ce qui fait encore plus râler l'éducateur c'est qu'il est impuissant. Monsieur Jérome a déjà payé les frais d'inscription dans la nouvelle école. Il a donné tacitement son accord. Cependant, comme l'éducateur en chef est mon tuteur, j'ai besoin de sa signature et je dois passer par tous ses sermons. Il espère toujours me faire changer d'avis, m'avoir à l'usure ainsi il aurait gain de cause contre Monsieur Jérome, qui lui se ralliera à ma cause quelle qu'elle soit.
Je l'aime tellement ce brave homme que j'ai voulu gardé des contacts avec lui. C'est lui qui gère également mon héritage tant que je ne suis pas majeur. La loi est un peu stupide. N'étant plus dans le même établissement, j'ai changé de tuteur légal, mais pour ce qui est de mon héritage, c'est un notaire qui a désigné Monsieur Jérome à l'époque.
Pour Monsieur l'éducateur en chef, je suis certain qu'il n'aurait pas gérer mon avoir en bon père de famille. Cet homme se fout de mon avenir, tout comme mon bonheur. Son but c'est de montrer sa suprématie et surtout pouvoir tout diriger. Il voudrait que j'aie un métier qui rapporte beaucoup d'argent, il se sentirait glorifié de m'avoir poussé à avoir un métier qui me fasse crouler sur l'or et tant pis si je me détruis et déprime à force de réaliser un métier où je m'ennuie tous les jours un peu plus.
Un peu lassé de l'entendre recommencer son discours au début, je lui pousse le papier d'inscription devant les yeux et je lui tends un stylobille. De l'autre main, je lui montre l'emplacement où il doit opposer sa signature.
-« Tu le regretteras Henry » Me dit-il tout en signant nerveusement.
-« On en reparlera dans dix ans. » Lui dis-je en reprenant le papier pour l'envoyer dans ma future école.
Fin
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