
Elle, c'est Caroline. Solitaire, plutôt acide, elle ne cherche plus à trouver de circonstances atténuantes à la stupidité des gens. Lui, c'est Stéphane, jeune, en pleine forme, il croque la vie à pleine dent. Eux, ce sont les deux amants de Stéphane...
Rated: Fiction T - French - Romance - Chapters: 2 - Words: 10,223 - Reviews: 3 - Favs: 1 - Follows: 2 - Updated: 05-14-12 - Published: 05-07-12 - id: 3020342
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Bonjour !
Je n'avais pas publié depuis un moment déjà sur FictionPress, mais je n'oublie pas :)
Alors me revoici avec une histoire un peu expérimentale, je dois bien l'avouer.
Je remercie d'avance ceux qui ne m'ont pas oublié ^^
Bonne lecture !
Elle, Lui et Eux
Chapitre 1 :
Lui :
La musique me fait ouvrir les yeux brusquement. Le poids du bras du Bastien sur mon torse ne me donne aucune envie de bouger pour éteindre le réveil qui diffuse une horrible musique, mélange de R'N'B et de pop. Lui, il dort profondément, et je sais que je vais devoir le réveiller avant de partir en cours. Eloïse bouge dans son demi-sommeil, me dégageant juste assez de place pour que je puisse repousser légèrement notre petit ami à tous les deux et me lever du lit. Je prends le temps d'éteindre l'appareil hurlant puis je viens couvrir les corps nus de mes amants. J'essaie de ne pas trop les regarder. Deux ans que nous sommes ensemble et ils sont toujours aussi beaux et désirables. J'adore le contraste des cheveux noirs d'Eloïse sur sa peau blanche, et ses formes rondes sont d'une sensualité douce ainsi exposées à mon regard à moitié endormi. J'ai envie de profiter de sa faiblesse, là, maintenant, tout de suite. De la sienne, et de celle de Bastien qui ne se rend même pas compte à quel point il offre un spectacle tentant, le drap épousant la forme de ses fesses et dévoilant son dos, son visage endormi entouré par ses mèches blondes un peu trop longues. Il dort toujours sur le ventre et c'est une manie que je trouve particulièrement attendrissante, surtout chez un garçon aves sa carrure d'athlète.
Enfin pour le moment, je n'ai pas vraiment le temps de les regarder dormir tous les deux ou de profiter d'eux. Je me lève doucement pour ne pas les déranger et vient attraper mon boxer noir qui traine sur le sol avant de l'enfiler. En me passant une main sur le visage, je me dirige jusqu'à la salle de bain, les yeux plissés à cause de la luminosité. L'avantage, c'est que ça m'empêche de voir le bazar qui règne dans notre appartement. Ce dernier, pourtant grand avec ces trois chambres, la cuisine ouverte sur une grande salle à manger et une seule salle de bain dans laquelle on peut tenir à trois si l'on veut se doucher ensemble, me donne l'impression de ne jamais être vraiment rangé. En même temps, en laissant vivre trois adolescents ensemble, même avec une femme de ménage qui passe trois fois par semaine, je ne pense pas que nous pouvions nous attendre à autre chose.
J'évite de regarder ma tête dans la glace qui occupe un pan du mur, mes cernes liées à la nuit précédente doivent me donner l'air d'un cadavre, et ma démarche n'est pas très assurée. Les fourbes m'ont pris en traitre dans la chambre vers minuit alors que je révisais tranquillement mon contrôle de math. Forcément avec l'un qui ne bosse jamais ses cours et pourtant réussi sa première année de médecine, et l'autre en préparation aux concours d'entrée en école d'infirmière qui n'auront lieu que dans quelques mois, ils n'ont pas grand-chose à faire à part me faire suer, ou profiter de ma trop grande faiblesse envers eux. Pourtant, ils savent que la terminale S ne me fera pas de cadeau, surtout dans mon lycée un peu huppé qu'ils ont fréquenté eux aussi. Je n'ai pas envie de rajouter un redoublement à l'année sabbatique que j'ai prise à cause d'une vilaine fracture ouverte du tibia gauche. Merci maman et papa de m'avoir offert un scooter… Enfin au moins comme ça, j'ai pu les convaincre de me laisser venir vivre avec Bastien et Eloïse dans un appartement proche du lycée. Et puis, la culpabilité parentale est un moteur très puissant, enfin à ce qu'il parait, le portefeuille d'un grand-père avec un nom à particule aide aussi. Eloïse, elle appelle son aïeul papy, moi c'est Mr le Comte. L'avantage, c'est que ce monsieur-là m'aime beaucoup, il parait que je lui ressemble avec mes yeux marron et mes cheveux bruns en bataille. Mes parents ne contesteront jamais une de ses décisions, héritage oblige, et moi je profite un peu de l'affection de mon grand-père, j'avoue. Pour mon scooter, c'était lui qui avait finit par les convaincre, ou plutôt avait imposée sa décision, parce que vraiment, son petit fils ne pouvait pas marcher à pied et prendre les transports en commun tout le temps comme ça. Pour l'appartement, c'est lui aussi, d'ailleurs c'est l'un des siens. Ce qui explique que mes deux amants ne paient quasiment rien pour ce petit luxe en plein Paris. Pour mon grand-père et mes parents, nous sommes colocataires. S'ils apprenaient que cela fait plus de deux ans que je couche régulièrement avec deux personnes à la fois, et que l'une d'entre elle est un garçon, je crois que ça serait un aller simple pour la rue. Je pense qu'on peut dire que j'ai une famille un peu psychorigide. Enfin, depuis que je ne vis plus avec eux, ça va un peu mieux. Dès la sortie du centre de rééducation où j'ai passé huit mois ( temps qui ne m'a pas empêché de garder un léger boitement qui arrive quand je suis fatigué ), j'ai dit que je voulais prendre mon indépendance et cela fait maintenant six mois qu'on vit tous les trois ici. C'est pratique, je peux les voir et ça n'étonne plus personne quand Eloïse sort de chez moi ou chez lui à une heure très matinale comme ça se passait avant. Je crois que de nous trois, c'est elle qui a le plus de soucis avec notre relation un peu particulière. Pas évident de passer inaperçue quand deux hommes vivent avec vous et que vous semblez aussi intime avec l'un et l'autre. C'est peut-être pour ça qu'avec Bastien, nous lui passons tout. Comme son habitude de me voler mes jeans parce que j'ai la taille fine et qu'elle rentre pile dedans. Je suis censé mettre quoi moi aujourd'hui ? Un jogging ? Je suis certain qu'ils apprécieraient beaucoup dans mon lycée à « tenue correcte exigée ». Je soupire tout en vidant ma vessie puis vient me laver les mains au lavabo, osant enfin affronter cette tête de déterré qui va me poursuivre toute la journée. Et là, comme un idiot, je reste planté : deux traces violines bien rondes parent mon cou d'une façon presque obscène. Je crispe ma mâchoire de colère, ça c'est la marque de Bastien. Il sait que je déteste ça pourtant.
Avec le temps qu'il fait, ça va, je peux encore me permettre un petit col haut, mais il faudrait vraiment qu'il songe à arrêter de me faire ce genre de surprise. Mon ventre manifeste sa joie de me voir debout par un bruit explicite, et j'imagine déjà qu'il ne doit plus rester grand-chose dans le réfrigérateur. Avec un peu de chance, je trouverai bien un fruit pour accompagner mon café noir serré. Je crois qu'il me faudra au moins ça pour émerger correctement et assurer pour le contrôle de mathématiques que je n'ai pas franchement révisé. Enfin, peut-être pas vu la brusque bouffée d'énergie que j'ai. Dans le miroir, je viens d'apercevoir le reflet de Bastien, encore à moitié dans le pays des songes. Il fait bien vingt centimètre de plus que moi, mais là on dirait un môme. Un gamin franchement attirant. Nu, ses cheveux en bataille et ses yeux bleus à peine ouvert… Je me retourne vers lui, passé de la contrariété à un sentiment beaucoup plus agréable et profond. Ce mec-là, il me fait perdre les pédales, je le veux à moi. Il doit lire en moi comme dans un livre ouvert parce que tout à coup, il s'étire d'une façon plus que sensuelle.
-Bonjour Steph... souffle-t-il.
C'est fou ce que le diminutif de Stéphane peut avoir une consonance érotique dans sa bouche. Il s'approche de moi doucement et je m'appuie sur le lavabo, l'air nonchalant. Quand ses doigts touchent mon torse nu, c'est comme un choc. Mes mains froides posées auparavant sur la porcelaine blanche viennent se poser sur le bas de dos. Au revoir mon petit déjeuner…
Elle :
Je revérifie que j'ai bien mis mon nom sur la copie : Caroline Talerne. Tout est en ordre, il y a ma classe, la date d'aujourd'hui, la matière du contrôle… je n'ai rien oublié. A vrai dire, je perds rarement la mémoire concernant les choses ennuyeuses ou désagréables. C'est sans doute pour cela qu'après un week-end passé à réviser pour cette évaluation, j'ai réussi à tous les exercices, d'ailleurs ma calculette me redonne les mêmes résultats pour chacun d'entre eux. Notre très aimable et adorable professeur de mathématiques, alias Madame Dragonator, annonce la fin du temps donné pour le contrôle. La moitié des élèves se mettent à râler : forcément, pour réussir à finir les évaluations de ce reptile, il faut avoir bien révisé, et surtout avoir un bon niveau. Et je dois dire que je réunis les deux. Pas comme Stéphane qui s'est endormi à sa table au bout de vingt minutes. Il est juste devant moi, les bras repliés sous son visage serein. Ce matin, il est arrivé avec un quart d'heure de retard et la marque d'une nuit blanche sur le visage. Pourtant, il n'avait pas l'air fatigué, juste bêtement souriant.
Je me lève de ma chaise et attrape mon sac dans lequel je range mes affaires avant d'aller rendre ma copie. En passant près de Stéphane, je donne un coup de pied discret dans sa chaise pour le réveiller. Il a un sursaut qui me fait sourire : autant l'avouer tout de suite, je déteste ce garçon. Pourquoi ? L'histoire est longue… C'est un idiot que je pourrais ignorer, comme tous les autres dans ce lycée, mais il a le don de m'énerver. Avec lui, pas moyen d'être tranquille : les filles piaillent autour de lui, et les garçons sont pris de bouffées de testostérone qui les obligent à faire des blagues vaseuses.
-Je crois que ce coup-ci t'es mal, je lui murmure avec un sourire satisfait devant sa mine déconfite.
Il se redresse puis se frotte les yeux avant de répondre :
-Non, j'ai fini en fait.
Pour preuve, il me montre sa feuille où les réponses sont inscrites de son écriture fine. Première raison pour laquelle je le déteste : Stéphane a toujours eu des capacités hors normes, et même moi avec tout ce que je fais pour réviser, mes cours de soutien, je n'arrive pas à avoir ses résultats… a vrai dire je révise que pour ça en fait, lui prouver qu'il est un idiot et que je suis plus intelligente que lui à ce gosse de riche. Sans rien ajouter, je me dirige vers le bureau du professeur où je dépose ma copie avant de sortir de la pièce. Ruminant un peu ma colère, je me dirige vers l'extérieur du lycée pour céder à une de mes mauvaises habitudes : la cigarette. Dans les couloirs, les autres lycéens me lancent des regards surpris, curieux, effrayés et parfois même agressifs. Ceux qui sont indifférents me connaissent depuis pas mal d'années et savent que de toute façon, je ne répondrai pas à des provocations : mon style fait peur mais je ne suis pas combative. Je fuis les conflits autant que faire se peut, sauf avec Stéphane… qui ne se gêne pas pour me faire remarquer que je ressemble à une morte au moins deux fois par jour. Ce n'est pas totalement faux je dois dire : je dors très peu et mes cernes ressortent sur mon teint pale, encadrant mes yeux verts délavés, le tout contrastant avec mes cheveux bruns sombres. J'avoue que je n'améliore rien avec mon Kohl et mon mascara noir. En plus, j'ai pris l'habitude depuis quelques années de porter exclusivement du noir. On me dit « Gothique », non ce n'est pas vraiment ça… La couleur ne me va pas c'est tout. On dit aussi que je suis une solitaire, c'est vrai. Les gens m'insupportent, aucun ne me comprends vraiment et en fait, je préfère rester seule, de toute façon, personne ne peut remplacer Eve.
Je passe les portes du lycée et me retrouve sur la place Victor Hugo, du même nom que l'établissement. C'est un endroit assez agréable : des arbres en plein Paris qui abritent des bancs et ou la circulation ne se fait pas encore trop entendre… Néanmoins, je ne m'attarde pas trop au milieu de la foule de mes collègues lycéens qui m'insupportent. Le bruit que provoquent leurs bavardages m'agace. Comme à mon habitude, je fais le tour de la place par la gauche et m'engouffre dans une petite rue où je sais que personne ne me suivra. Il y fait sombre et il n'y a rien pour s'asseoir. Moi ça me convient et je m'adosse au mur avant que mes doigts ne viennent attraper presque convulsivement une cigarette et mon briquet dans le paquet que je garde dans mon sac. Je l'allume et la porte à ma bouche rapidement, aspirant la première bouffée avec plaisir. Après un contrôle de math, ça fait du bien. Après avoir vu Stéphane aussi. En trois ans et un accident de scooter, il n'a pas vraiment changé, même si le fait de perdre ses amis devenus étudiants à l'air de l'ennuyer. Il ne fréquente plus vraiment les autres lycéens, même si ces derniers lui tournent régulièrement autour, ce que je comprends. Enfin ses deux amis n'étaient pas vraiment mieux que tous ces idiots, en particulier la fille… Eloïse ou quelque chose comme ça.
Je fais semblant de ne pas me souvenir, mais en fait je me rappelle de chaque détail de cette fille et de Bastien, l'autre ami de mon très cher camarade de classe. Il faut dire qu'ils n'ont pas vraiment été tendres avec moi à l'époque, et c'est peut-être pour ça que je les déteste. De toute façon, Eloïse ne doit pas être très équilibrée pour sortir avec Stéphane. Je sais qu'ils sont ensembles depuis qu'elle est venue le chercher un soir au lycée, mais c'est étrange car à l'époque où Bastien était encore au lycée avec eux, j'avais l'impression qu'Eloïse était sa petite amie à lui, et non pas à Stéphane. En même temps, ça ne m'étonnerait même pas qu'elle passe de l'un à l'autre, cette fille est complètement délurée et jamais très couverte. Au vu de ses vêtements, je me demande si elle n'a pas une bronchite à longueur d'année. Mais c'est vrai qu'elle est belle. Je tire une nouvelle bouffée sur ma cigarette, plus profondément que la première fois, juste pour me calmer.
Une amertume qui n'est pas due à la cigarette me prends peu à peu la gorge. Je me souviens de ma pathétique déclaration d'amour. J'étais en seconde, lui en première, et j'avais craqué pour ce garçon qui avait beaucoup de charisme. Eve m'avait poussée à aller lui parler, et lui faisant confiance, j'avais pris mon courage à deux mains pour aller le voir. Déjà à l'époque j'avais ce style un peu dérangeant des adolescents qui ne rentrent pas dans le moule, mais je n'en souffrais pas vraiment. Plus qu'introvertie, je parlais rarement aux autres, et ne faisais pas attention à ce qui se disait autour de moi. C'est Stéphane qui m'a mis la réalité en face des yeux. Je me souviens encore m'être approchée de lui, Eve non loin de moi, ses cheveux roux flamboyant et son air mutin au visage, réhaussé par ses yeux verts et ses taches de rousseur. J'avais peur, j'avais le cœur qui battait à cent à l'heure, la bouche trop sèche pour parler, et en fait je n'ai même pas eu besoin d'ouvrir la bouche. Dès qu'il nous avait vu s'approcher de lui, un sourire s'était dessiné sur ses lèvres et il avait prononcé cette phrase qui pendant quelques temps avait hantée mes pensées :
-Je vous arrête là les filles, je ne suis pas intéressé par les dindes, même cachées dans du noir.
Autant dire qu'Eve n'avait pas attendue très longtemps pour me tirer avec elle pour s'éloigner. Elle était désolée de la situation qu'elle avait provoquée, et moi plus encore d'avoir suivi ses conseils. J'allais regretter encore pendant longtemps d'avoir osé m'approcher de Stéphane et de sa bande d'amis. A chaque fois que je passais dans le couloir près d'eux, dès que j'entrais dans le réfectoire et qu'ils étaient là, quand ils étaient près du gymnase pendant mes cours de sport… je n'en réchappais jamais. Et puis, il y a eu l'accident de scooter de Stéphane. Le pire, c'est que j'ai eu peur pour lui, que j'avais mal de le savoir à l'hôpital. A croire que j'ai une grande tendance masochiste, parce que même si Eloïse et Bastien continuaient à me maltraiter, j'étais souvent dans leur sillage, essayant d'avoir des informations sur l'état de Stéphane. Et puis, tout avait changé. Eve… ça n'aurait jamais du lui arriver… Et voila, j'ai la main qui tremble alors que je porte ma cigarette à mes lèvres. Je sais que je vais aller la voir après les cours et que comme d'habitude, ça va être dur. Je vais devoir prendre sur moi pour ne pas craquer, pour soutenir ses parents et sa petite sœur, pour être l'amie toujours forte.
-Toujours en train de te planquer ? T'as peur de prendre le soleil ?
Mes mains se crispent sur ce qu'il reste de ma cigarette et je lance un regard mauvais à Stéphane. Il a beau m'agacer depuis le début de l'année, me lancer des remarques acerbes dès qu'il me voit, à chaque pause, il vient me rejoindre dans mon coin.
-Tu veux pas aller voir ailleurs si j'y suis ? Je sais pas, t'as pas des amis pour t'occuper ?
En fait, s'il s'entend bien avec tout le monde, il ne traine jamais avec personne, d'ailleurs il ne mange pas à la cantine du lycée. Non, tous les midis, Stéphane va rejoindre ses amis à l'université…
-En parlant d'amis, elle devient quoi ta copine ? La rousse avec qui tu trainais tous le temps ? Elle s'est rendue compte que t'étais un cas désespéré ?
Je crois que le regard que je viens de lancer lui a fait peur, parce qu'il me fixe avec des yeux un peu stupéfaits et honnêtement, s'il n'était pas si loin, je crois que je lui aurais mis mon poing dans la figure. Il y a des sujets comme ça que personne ne peut aborder, et surtout pas lui…
-Le prends pas mal, c'est juste une blague…
-La ferme.
Je passe à côté de lui et jette mon mégot dans un égout pas trop loin en l'ignorant superbement. C'est soit ça, soit je le frappe jusqu'à m'en faire mal.
Eux :
Elle
Tout en relisant des sujets de culture générale, j'écoute les musiques rock du mp3 que Bastien a oublié ce matin en partant en cours. Il n'a aucune mémoire et si ce n'était pas Stéphane, je crois qu'il ne se souviendrait même pas de mon anniversaire alors que nous sommes ensemble depuis trois ans. Je me demande comment il fait pour si bien réussir sa première année de médecine en ayant pourtant une aussi mauvaise mémoire. Pire qu'un poisson rouge. En parlant de ça, il a même oublié que c'était moi qui avait son t-shirt noir marqué d'une rose rouge, ce qui m'arrange vu que c'est la première chose que j'ai mise en sortant de mon sommeil ce matin. Autrement dit, j'ai sortit le bras de sous la couverture et attrapé le bout de tissu a portée de main pour me couvrir. J'ai beau être une salope qui couche avec deux mecs, avoir une réputation de fille facile alors que j'ai toujours été fidèle a mes deux hommes, je déteste me balader à poil. Même si quand je me suis réveillée, j'étais déjà toute seule dans le lit, resté nue me dérange.
Le matin, c'est souvent comme ça, je suis dans une classe qui prépare aux concours pour les écoles d'infirmiers, alors niveau horaire, je suis assez libre. La plupart du temps, on nous demande de faire des exercices à la maison, en fait je soupçonne nos profs d'en avoir rien à foutre de nos concours, mais que quitte à être payer, autant l'être à rien faire… Bref, moi ça m'arrange bien, je peux dormir jusqu'à l'heure que je veux, tant que j'ai fais mes exercices et mes lectures pour approfondir ma culture générale… C'est un peu une situation que j'ai choisie aussi. J'aurais pu passer mes concours en terminale et cette année, je serais déjà étudiante infirmière, mais franchement, six mois de sursis avec des horaires comme ça… ça ne se refuse pas. Même si je dois faire les tests que j'ai sous les yeux et que ça me saoule mieux qu'une vodka pomme bue à la paille.
Etalée sur le ventre dans le grand lit de la chambre de Stéphane, je regarde la poussière sur les meubles noirs. Forcément la femme de ménage est en vacances depuis une semaine, et comme ce ne sont pas mes deux hommes qui vont faire les poussières et que moi, j'ai d'autres choses à faire plus intéressantes, au hasard le shopping et ma manucure, ça attendra son retour. Ce petit luxe non négligeable, tout comme l'appartement est en grande partie aux frais du grand-père de Stéphane. Si au début j'étais un peu gênée de profiter de la richesse d'un autre, j'ai fini par me dire que de toute façon ce vieux croulant n'aurait pas assez d'année devant lui pour tout gaspiller, alors autant l'aider un peu ! Mes parents sont convaincus que je vis dans une petite chambre d'un appartement miteux pour étudiants en attendant d'intégrer l'internat de l'école d'infirmières, j'ai préféré éviter de leur dire que je vis avec deux garçons pour leur éviter une crise cardiaque. S'ils savent que je suis en couple avec Bastien depuis trois ans, ils n'ont toujours rien compris à propos de Stéphane, ou plutôt de notre « Trio ».
Je laisse mes feuilles de côté. De toute façon, je ne les lis même pas et ça me saoule. Je me tourne sur le dos et m'étire comme un chat dans l'énorme lit aux draps défaits. Mon bras vient butter contre un cadre qui se casse la figure par terre avec un bruit horrible. Mais quelle idée de foutre une photographie à côté de son lit… genre on regarde des trucs comme ça quand on dort… Je me penche pour ramasser le cliché et le regarde : nous trois, il y a trois ans. Des têtes de bébés, et pourtant quelques jours après, nous allions coucher pour la première fois ensemble. Stéphane, Bastien et moi, dans le même lit, partageant le même plaisir. J'ai l'air heureux sur la photographie, pourtant à l'époque je ne l'étais pas. J'étais amoureuse de Bastien avec qui j'étais en couple depuis plusieurs mois, mais je pensais déjà à être infidèle, ce qui déprimait la petite prude en moi. Stéphane était le meilleur ami de Bastien, et si nous nous connaissions depuis quelques années, ce n'est que lorsque j'ai décidé de sortir avec son copain que j'ai vraiment commencé à lui parler, à l'apprécier. Et même plus encore. Physiquement, il n'avait rien à voir avec mon genre de mec, mais il avait un air sur de lui… et puis j'aimais bien parler avec lui de tout et rien. Il avait un humour cassant, parfois méchant qui donnait un peu de piquant à son caractère. Bastien nous faisait une confiance aveugle, et avec sa grande naïveté, il n'a rien vu venir entre sa petite copine et son meilleur ami.
C'était le soir de mon anniversaire, et j'avais bu verre sur verre pour fêter ça. Nous étions tous un peu éméchés, et quand Stéphane m'a frôlé ce soir là, je n'ai pas résisté, surtout que ma chambre de l'époque n'était pas tellement éloignée… Dans le couloir, il m'a embrassé, puis après tout a été très rapide, sans doute à cause de la frustration que nous accumulions depuis le début. Je ne me souviens plus comment je me suis retrouvée sur mon lit, son corps à moitié nu au-dessus du mien tout aussi peu couvert. La musique du salon résonnait dans la maison que mes parents avaient désertés pour la soirée, et les rires de mes invités ne m'inquiétaient pas plus que ça. Tout le monde s'amusait et dansait. Tous, sauf trois personnes. Les deux couchés dans un lit en train de s'embrasser à pleine bouche, et le petit ami qui était en train d'être trompé…
Je ne sais pas ce qu'il a pu passer par la tête de Bastien lorsqu'il a ouvert la porte de ma chambre, se retrouvant devant nous. Je me rappelle avoir regardé Stéphane, sans doute aussi mal à l'aise que lui, et un sentiment de culpabilité montant peu à peu, puis avoir tourner le yeux vers mon petit ami, me demandant ce qu'il allait faire. Au final, j'ai fermé les paupières pour éviter d'avoir à affronter la colère de Bastien. Ma gorge était si serrée que j'étais à moitié en train d'étouffer… J'attendais de l'entendre s'enfuir ou bien nous hurler dessus, mais au lieu de ça il y a eu un crissement à peine étouffé par la moquette puis le claquement de la porte qui se refermait. Je sentais le cœur de Stéphane battre fort et le mien n'était pas loin du même état. Puis, j'ai entendu un sanglot. Le visage plein de larmes, Bastien s'est effondré. J'ai eu un choc : comment cette masse de muscles pouvait pleurer comme un gamin ? Il était à genoux devant le lit, les yeux rouges, l'air pitoyable. Moi qui m'attendais à une grosse colère, peut-être même à une gifle… C'est là que j'ai compris qu'en fait, ce mec là, je l'aimais, et le voir dans cet état me donnait envie de vomir. Sa voix grave était un murmure lorsqu'il nous a dit :
-Me laissez pas…
Il a plongé son visage contre mon ventre nu alors qu'il sanglotait comme un gamin. J'étais encore sous le choc, et encore heureux que Stéphane ne l'était pas autant. Il nous a serré tous les deux dans ses bras, sans même prendre le temps d'enfiler un t-shirt. Bastien s'est accroché à lui avec force et moi j'ai embrassé la nuque de mon petit ami.
-Pourquoi on te laisserait ? a demandé Stéphane tout bas.
Puis, il s'est penché pour embrasser la nuque de Bastien à son tour, mais d'une façon différente de la mienne. Avec tendresse, il lui a fait relever la tête d'un doigt sur le menton. Il a essuyé les larmes avec le pouce avant de l'embrasser sur les lèvres. Ni l'un ni l'autre n'a semblé dégouté par le geste, et moi, les voir comme ça m'a fait prendre conscience que je les aimais tous les deux. Je n'étais pas jalouse, non, je voulais juste leur prouver ma tendresse moi aussi et je suis venue caresser Bastien dans le dos et embrasser Stéphane dans le cou.
C'est comme ça que tout a commencé pour nous trois. Le lendemain, nous nous sommes réveillés ensemble dans le même lit. Aujourd'hui, j'ai du mal à dormir sans leur présence à tous les deux. J'aime sentir la chaleur qu'ils dégagent, le poids de leurs corps sur le matelas. Même si ça fait quelques jours que je m'inquiète un peu. Quelque chose a changé, je ne sais pas quoi, mais c'est là. Je ne sais pas si Stéphane et Bastien s'en sont rendus compte, mais plus ça va et plus on se fait des secrets, on s'éloigne les uns des autres. Bizarrement, je ne me sens pas en colère par rapport à ça, mais plutôt nostalgique. Peut-être aussi parce que depuis le début, je sais qu'entre nous trois, ça ne peut pas durer.
Lui
J'en ai marre. Je me fais chier dans ce cours alors que j'ai franchement d'autres trucs à faire. C'est l'anniversaire de Steph dans pas longtemps et je sais pas quoi lui offrir. Comparé à Eloïse, c'est vraiment la misère. Pour elle, deux minutes dans une bijouterie, et j'avais trouvé un petit truc sympa : un pendentif en forme d'ange qu'elle porte tout le temps maintenant. Tout ça parce que Stéphane et moi, on l'appelle notre ange… Les filles se contentent de peu en fait. Pour mon petit ami, ça va être différent. Je veux lui offrir un truc digne de lui. Et ça c'est pas évident. Une fille de l'amphi m'envoie un regard lourd. Et merde, depuis tout a l'heure, je la fixe avec un sourire con, parce que je pense à Stéphane.
Faut dire qu'il était hyper canon ce matin quand je l'ai réveillé en repoussant l'une de ses mèches de cheveux. Quand j'ai vu qu'il bougeait, je me suis recouché, mettant juste le drap sur mon cul pour l'allumer. D'habitude, ça suffit pour le faire réagir, mais là, rien… il est sortit du lit. Avec Eloïse ça n'a jamais été un problème. Quand j'avais envie, souvent elle aussi. Je la caressais un peu, lui disait des mots chauds, et on finissait dans un lit, par terre, contre un mur ou tout autre surface sur laquelle on peut faire des choses pas catholiques. Avec Steph, c'est plus compliqué. Peut-être parce que c'est un mec et qu'on a pas la même vision des choses lui et moi. Par exemple, voir Eloïse sortir de la douche à poil, moi ça me rends dingue, lui ça le touche pas vraiment. Par contre, la voir en minishort en train de faire la cuisine, personnellement, je trouve ça tout sauf sexy alors que lui, ça lui plait. Et puis, avec Eloïse, c'est peut-être trop facile. Stéphane, je veux lui faire envie, j'aime le voir baver pour moi, me courir après. En fait, c'est plutôt sympa quand je l'ai rien que pour moi. Parce qu'au final, c'est pas pareil quand je suis avec lui et quand je suis avec Eloïse. Ce que je pense n'est pas comparable. Peut-être parce qu'avec elle, en fait c'est doux. Je suis obligé de faire attention, parce que faire mal à une fille, c'est vraiment dégueulasse. Mais avec lui, je peux être un peu plus brusque, parce que je sais qu'il ne va pas hésiter à me rendre mes coups si jamais je lui fais mal. J'aime bien quand ma peau est un peu éraflée, quand j'ai des bleus et que c'est lui qui me les a fait. Et puis, c'est drôlement agréable de voir mes marques sur lui aussi, ça prouve qu'il est à moi, ça montre à tout le monde notre relation même si on doit la garder secrète. Alors oui, entre nous, c'est physique. On pourrait même penser qu'il n'y a que ça. Mais pas du tout. En fait, je pense même que je suis plus jaloux, plus possessif, et plus câlin avec lui qu'avec Eloïse, pourtant c'est un mec. Bien sur j'ai envie de ma petite copine, mais parfois, je préfère vraiment être avec Stéphane. J'ai l'impression qu'il me comprend mieux qu'elle, qu'il sait tout de suite à quoi je pense sans trop réfléchir. En fait, rien qu'en pensant à lui, à son corps, à son torse, à son cul…
Le cours est fini, mais je me lève pas. Ce qui étonne les autres. Suffit de voir les regards des filles qui passent à côté de ma rangée pour sortir de l'amphithéâtre. Peut-être parce que j'ai rien écrit sur mon bloc (franchement, c'était pas intéressant son truc ). Ou alors c'est à cause de mon air un peu coincé. En même temps, chaque mouvement fait frotter mon jean sur mon érection. Si je me lève comme ça, impossible de passer inaperçu, et il ne manquerait plus qu'un des thons de ma promotion de médecine pense que c'est pour elle que je bande…
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