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Origines
Author:
Aislune Seidirey PM
Une quête un peu spéciale. Yaëlle n'en sortira pas indemne, hélas...
Rated: Fiction T - French - Mystery/Spiritual - Words: 2,734 - Published: 05-11-12 - Status: Complete - id: 3021386
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Note de l'auteur: nouvelle écrite sur le thème du fantasme.

Elle est... complètement barrée, comme moi ^^'. Bonne lecture!


Origines

J'ai l'haleine rauque.

Vous avez bien lu, ce n'est pas une faute. Juste un écart de langage, une excentricité de ma part. Vous pouvez en rire, j'aime bien. Je peux exprimer mon désappointement devant ce monde-là, étalé de sirop et de stupeurs.

Une vision un peu dichotomique.

Pour l'instant, c'est ma base, parce que rien n'est seul sans être d'abord deux. Ou bien plusieurs, choisissez votre nombre.

Je m'égare.

Avec beaucoup de difficultés, je me redresse, contemple le ciel. Enfin pour ça, il faut peut-être que je m'expose à la fenêtre, et que j'ouvre les volets…

J'y pense, j'ai aussi ceux de mon esprit à entrebâiller. Pour ma quête, née d'un cours de Philo.

Nos horizons sont confondus après tout.

En fait, nous étions allés voir un film avec le professeur. Je ne me souviens plus du titre, ni du contenu, mais ce n'est pas grave.

Ce sont les images subliminales, glissées entre deux scènes, qui m'ont inspirée. Elles m'ont plongée dans une profonde perplexité face à moi-même et à ce que nous sommes.

Est-ce que j'ai les moyens de le découvrir ? Peut-être, surtout qu'un nouveau monde est à la portée de mes yeux. Un monde à part, méconnu. Enfin, un monde aussi vieux que celui-ci.

Mes mains sont fatiguées.

Ma langue a soif.

oOo

Une journée différente.

Je le sens, je le sais. Ça ne s'explique pas. Est-ce à cause de ce timide rayon de soleil, qui s'égare sur mes joues creuses, ou bien cet écureuil qui a cogné contre le volet à six heures le matin ? Que venait-il faire là, d'ailleurs ? C'est la campagne, mais quand même; il aurait pu aller embêter quelqu'un d'autre...

Je bâille et ne me préoccupe plus de ça. Il est temps de passer à la phase suivante.

Soudain, une voix. Ce n'est que mon père.

— Yaëlle ! Tu vas être en retard.

La vie s'amuse parfois. C'est ce genre d'événement banal qui me motive à fuir la réalité. C'est aussi comme ça que j'ai pénétré de l'autre côté, et pas seulement à travers un miroir. J'ai « réfléchi » à sa place.

C'est un monde.

Je brosse une dernière fois mes cheveux pour ensuite laisser leur rousseur candide envahir mes épaules.

Une couleur, c'est une abstraction relative. Nous ne la voyons pas et ne la quantifions pas non plus. Notre cerveau ne fait que l'interpréter. Certaines espèces ne savent même pas qu'elles existent. Elles ont une vision « manichéenne » : noir et blanc. Parfois, il y en a qui reconnaissent le gris ou le rouge.

Comme nous, les êtres vivants ont une conscience, même ceux qui sont invisibles. Pourquoi parler de ça ? Parce qu'il y a tant de choses que nous ignorons et que nous gagnerions à connaître par le biais du Rêve.

Car nous rêvons tous.

J'ai trouvé comment faire pour utiliser cette capacité. Du moins, je sais le pourquoi. Ça commence par Ph. Loin d'être neutre, et surtout pas dans cette configuration de lettres. Pour faire un monde, il ne faut pas lésiner sur la variété et les nuances. Cela tombe bien, je suis une contradiction. Ce monde, je n'ai pas besoin de le créer. Il existe déjà. D'ailleurs, c'est l'heure d'y aller par la voie la plus évidente.

Arrivée en classe, je me pose, ouvre mon classeur et ma trousse. Habituée, je ne ferme plus les yeux. Je rêve. Je ne sais pas combien de temps s'écoule, ce n'est pas le plus important.

Encore une petite virgule… Ah, j'y suis : ma ligne mineure est prête. J'ai besoin d'elle pour franchir le prochain cap et ce n'est pas celui de bonne espérance. Non, plutôt celui de "il était une fois le monde".

Oh, ceci n'est pas réel. Vous croyez vivre et évoluer entre ces trois dimensions, mais vous avez négligé le plus important : le Temps, celui que nous traquons, après lequel nous courons à pure perte. Lui aussi va me servir dans ma quête du "n'importe quoi".

Je vous arrête tout de suite : ceci est un nom provisoire. Je recherche vraiment cette chose, que je ne nomme pas pour l'instant.

Je ne suis pas Alice, mais je crois qu'elle me comprend.

Je bats des paupières, interromps mon œuvre. La sonnerie de midi... déjà? Je n'ai pas faim, mon esprit se gave assez de psychisme. L'hypoglycémie m'est inconnue.

Je sors de la salle, suis un groupe d'amis jusqu'à la cantine. Je joue celle qui écoute, qui est attentive, mais je suis ailleurs. Je n'ai pas de problèmes de sommeil – enfin, d'après moi. C'est idéal. Le rêve… c'est le cas de le dire. C'est par nos songes que nous évoluons aussi. Moi, je veux le prouver, en même temps que ma quête se poursuit.

Oui, une quête, une mission. Maintenant, vous comprenez.

Mes doigts jouent avec quelques miettes de pain et je fais semblant d'écouter mes amis. De quoi parlent-ils, déjà ? Ah oui, de Machiavel…

Tant pis. Le réfectoire aussi n'en a rien à cirer.

J'évolue entre la vie et l'autre monde : celui des rêves, du subconscient peut-être. Je crois qu'il y a une différence entre les deux. Minime, mais elle est là.

L'après-midi ne vient me surprendre d'aucune façon, ni le cours dans lequel je suis. Je replonge dans l'autre monde illico presto.

J'ai bientôt fini de remplir cet espace qui m'avait tant obsédée. Il s'agit de mon antichambre, mais je ne suis toujours pas satisfaite. Pourquoi dans ce plein que j'ai ajouté, y a-t-il encore tous ces petits vides qui m'exaspèrent ? Ils n'ont pas le droit d'être là !

Puisque je l'ai décidé… je les anéantirai. Je reprends mon instrument. Mes yeux se mettent à traquer ce que je n'ai pas eu le temps d'appréhender. En l'espace d'une nanominute, ce que je cherche se pointe juste devant mes prunelles.

La chasse commence; mes lèvres se décrispent avec mon front, en un mouvement parfaitement synchronisé. Il ne manque plus que la note clé. Quoi encore ? Pourquoi m'appelle-t-on ? Je n'ai pas fini, non !Elle m'a échappé, ce n'est pas vrai… Je… La voix qui a osé me déranger reprend son discours… Que me dit-elle ?

C'est là que je prends conscience qu'elle se fait de plus en plus forte. Ça y est, je décrypte, je résous l'énigme, je…

— … un oreiller ne vous gênez pas, après tout vous êtes en classe, c'est tout à fait normal !

Je cligne des yeux, et je regarde avec un air ahuri mon professeur d'anglais, dont la face austère est rouge pivoine. Rouge comme les raisins de la colère.

Le reste du cours se déroule sans autre anicroche, mais je ne peux plus retourner là-bas sans risque de me faire virer définitivement de cours. Je soupire de soulagement dès que la sonnerie nous libère enfin.

Par la suite, je ne me souviens pas d'être sortie, ni d'avoir franchi les portes du lycée. J'ai juste conscience que Jack, un de mes meilleurs amis, me suit pour faire un bout de route avec moi.

— Tu t'es encore endormie en cours, pas vrai ?

— Hm…

Je n'ai pas envie d'en parler. C'est mon secret. Il se retourne vers moi, une lueur d'inquiétude se meut dans ses yeux sombres.

— Excuse-moi, Jack, je dors mal, ces derniers temps. Je crois que je vais rentrer chez moi.

— Et le cinéma prévu ce soir ?

— On reporte. De toute façon, on a un bac blanc demain.

Il ne bronche pas, mais je sais qu'il doit se dire que je ne tourne pas rond. Il a bien raison : je tourne triangle aujourd'hui. Ce qui compte, c'est avoir le temps de trouver définitivement ces clés que mon esprit cherche au-delà de l'autre monde. Celui-là même qui scelle nos rêves et les empêche de vivre.

Je pense qu'il est temps. Tiens, quand on parle du loup… Le revoilà, comme pour appuyer mes hypothèses. Le Temps… Oui vraiment, il est vital.

Quant à ma quête, je vais l'appeler phantasme. Comme à la vieille école, c'est comme ça. Quel est le meilleur moyen de combattre, si ce n'est succomber ?

Je suis prête. L'accord se tord encore à mort. J'y suis presque. Je vais parfaitement bien.

oOo

— Yaëlle, je te parle.

— Oui, m'man.

— Alors, regarde-moi, s'il te plaît.

Je soupire. Pourquoi faut-il toujours écouter ses parents ? Nos yeux verts s'entrechoquent, euh… qu'est-ce que je dis ? Bref, ils se fixent.

C'est un face à face un peu froid.

— Tu as vraiment maigri, et tes cernes ! Est-ce que tu dors, la nuit ?

— Oui, tu me le reproches d'ailleurs.

Je n'ai pas de problème du côté de Morphée, non. Combien de fois devrai-je le répéter ?

— C'est vrai… Mais à côté de ça, tu parles dans ton sommeil, tu marmonnes des trucs incompréhensibles… Alors, je m'inquiète, tu vois…

— Bah, je dois être somnambule.

Je prends une grande inspiration, puis ajoute d'un ton posé :

— D'accord… Peut-être que c'est pas normal. À ce moment-là, laisse-moi le temps d'y réfléchir.

— Yaëlle…

— Deux semaines, d'accord ? Je t'en demande pas plus. Après, tu pourras m'emmener chez un médecin.

Mes prunelles se font suppliantes. Ça va marcher, j'en suis certaine.

Ses épaules s'affaissent et elle secoue la tête, signe qu'elle abandonne. Je peux reprendre le contrôle de la situation. Je m'avance vers elle et l'enlace. Je murmure à son oreille :

— Tu n'as pas à t'inquiéter, je pense que le bac doit me travailler beaucoup.

Mes narines perçoivent alors une odeur un peu douceâtre, ou chaude, je ne sais pas trop. Ah, mais si : ça sent le brûlé.

— Maman… Les pâtes…

Entre mes bras, elle se raidit. Puis elle me lâche et court vers la cuisine en criant :

— Zut !

J'entends un bruit de casserole, puis d'eau qui coule. Je crois qu'elle a aussi ouvert la fenêtre. Je quitte le salon pour aller l'aider, mais elle a déjà terminé. Par contre…

— Après les avoir passées à l'écumoire, j'ai oublié d'éteindre la plaque électrique quand j'ai reposé la gamelle dessus.

Je croise les bras et lui demande :

— Euh… On mange quoi, alors ?

Tout redeviendra dans l'ordre bientôt. Ça ira.

oOo

Je n'ai pas vu les jours filer. Quelle heure il est, d'ailleurs ? Je ne sais pas trop; paradoxalement la notion de Temps dans ce monde est inexistante.

Mes mains jouent avec ce morceau de gomme que j'ai pêché je ne sais où. Elles ne savent pas encore ce qu'elles vont en faire.

Rêveuse, je change d'angle de vue. Je crois que vous auriez aimé être là, avec moi, parce que même si ce n'est pas encore l'Éden promis, on n'y est pas si mal.

Je suis entourée de tous ces brouillons; ils forment des âmes funambules de leur seule silhouette étoilée. Quelque part, il se dresse un sentier qui peut s'amuser à se perdre parfois, alors même que nos pas le marquent au fer indélébile.

Du coup, on ne sait jamais où l'on va atterrir.

Mes galets improvisés s'agitent. Je suis censée former une portée, puis des bases géométriques. Que dois-je faire ? Effacer à grands coups de karcher ces maudites courbes et droites qui perturbent mon raisonnement, en finir une bonne fois pour toutes, ou alors émietter des fragments pour y ajouter un énième élément ?

Le choix est dur, et je ne sais pas si mon cerveau va pouvoir supporter la troisième solution.

Qui est de reporter la question.

Phantasme. J'aime ce mot. Cela sonne comme philtre, philanthropie. Toutes ces choses-là, qui ne portent qu'une étiquette au final. En découvrant ce que tout Homme cherche depuis sa naissance, je pense pouvoir restaurer aussi le cœur de chaque Idée.

Ça sera magnifique.

Je chute, toujours plus bas. Mon cœur bat la cambrousse. Éperdue, je ne songe pas à reculer. La dernière clé est en ma possession. Je vais ouvrir la cage pour me noyer un peu plus loin dans le phantasme… lui qui ne le sera bientôt plus, parce que je l'aurai saisi et réalisé.

Je découvrirai enfin le secret du monde et de notre existence. Je n'aurai eu besoin de rien pour y parvenir. Avec mon seul cerveau, que je peux plonger à tout loisir dans la dimension onirique, je serai allée là où personne n'a pu encore y poser les pieds. Nous avons trop négligé les rêves, alors qu'ils ont la réponse à tout.

Freud avait raison quelque part.

Un zeste de néant, une pincée de théorie… Ces mélanges me révulsent le Surmoi, mais je n'ai pas vraiment le choix. Voyons… une cuillerée d'énergie statique, quelques grammes de résonance… Tiens, cela me donne un brouillon d'émotion, et si je tourne mon neurone dans le sens des aiguilles d'une montre, j'y trouve le désir. Si je verse un quart de tonicité, j'arrive à obtenir de la patience. Ah non, je me suis trompée : c'est de l'envie. Compliqué tout de même. Fumisterie ! C'est de la transsubstantiation, j'en suis sûre !

Un parfum doux comme une fleur de pommierse dilue dans mes veines. J'ai ouvert la porte un peu plus loin.

La cage.

Absolution, rédemption… nous y voilà. Je suis capable de ressentir chaque émotion tout en les mélangeant. Mon cœur tient le coup. Je suis devant la question, ô combien insondable et magnétique !

Le cœur est à la base du rêve et de nous.

Et de la solution.

Je peux y répondre. Oui, je le veux.

Clic.

Non ! Que se passe-t-il ? Pourquoi s'éloigne-t-elle ? J'ai respecté les règles pourtant ! J'ai bien cascadé sur chaque page ! Pourquoi n'ai-je pas le droit ?

Mon cœur... lui, il le sait.

Phantasme.

Oh, je comprends. Cela ne se réalise pas.

Fantasme.

Je l'écris autrement. Peut-être que cela m'aidera à y voir plus clair… Je sens une boule immense comme l'univers enserrer mon pharynx. Je n'ai pas réussi, parce que le rêve est encore trop loin de nous et que le cœur est notre salut. L'Homme a oublié ses clés dans une autre dimension, qu'on a gommée à grands coups de mythes. Pandore.

Il n'aurait jamais dû refermer la boîte. L'espoir se serait échappé, certes… mais il se serait logé partout, nous aurions su et nous aurions pu retrouver l'harmonie.

Je voulais tellement pouvoir faire ça, réparer les erreurs que l'on a commises, mais ce n'était qu'un fantasme, une pure chimère.

Je ne suis pas Dieu.

Recroquevillée sous mes draps, je pleure comme une dératée. Ou une ratée, rayez la mention inutile. Je ne m'en suis pas sortie indemne. On ne joue pas avec ce que l'on ne connaît pas. Je ne regrette rien, mais... j'aurais pu me perdre. A travers mes divagations et mes passions, ont vécu les Péchés Capitaux. Il n'y a que la Luxure qui s'est faite subtile à travers la Paresse. Je suis en colère contre moi-même.

Soudain, j'entends du bruit. Quelqu'un s'assoit à côté de moi, une main me caresse les cheveux. Ma mère me dit alors d'une voix douce :

— Un chagrin d'amour ? J'aurais dû m'en douter… Allez, viens là…

Je me réfugie dans ses bras. J'ai si froid, mais elle n'a rien compris. Ce n'est pas grave, ça fait du bien d'être auprès d'elle.

Et d'être aimée.

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