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Peut être : un essaie la cruauté en art
Author:
Emmpii PM
Essaie sur Jean Genêt et sur les questionnements qu'apporte l'utilisation de la cruauté en littérature et au théâtre. Composé en 2005.
Rated: Fiction T - French - Words: 1,405 - Published: 05-21-12 - Status: Complete - id: 3024481
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Peut-être (un essaie sur Genêt et la cruauté en littérature & théâtre)

Dans sa pièce Les Nègres, l'écrivain et dramaturge français Jean Genêt s'exclame : « Ce qu'il nous faut, c'est de la haine. D'elle, naîtront nos idées ». De la haine, d'accord. De la cruauté même, soit ! Mais envers qui, pourquoi ? Envers ce lecteur ou spectateur, préférablement ignare et naïf, à qui l'on tente de dévoiler ces révélations choquantes qu'on imagine qu'il n'aurait jamais réalisé par lui-même ou pour l'écrivain, misérable, prisonnier des chimères de son esprit, qui souffre en écrivant, et ce, pour le bien de la littérature ? Certains diront que c'est des clichés, d'autres, des sottises. Mais, en regardant l'histoire de l'art, il est évident que la cruauté, sous toutes ses formes, peut être motrice de création…

Bien sûr, elle n'a pas qu'un seul visage la cruauté peut être quelque chose de subtil, comme voir Cosette se faire torturer par les Thénardier dans Les Misérables de Victor Hugo. Elle peut être lente, progressive, tentant subtilement de s'infiltrer dans l'esprit du lecteur, comme dans La Chute d'Albert Camus. Elle peut se manifester par surprise, comme le coup de théâtre final du Parfum de Patrick Süskin où Grenouille finit par se faire dévorer par cette foule orgasmique pendant une fête presque bacchanale. Elle peut être d'une violence inconcevable, tels Macbeth et ses bains de sang ou être totalement (auto) masochiste, comme ce pauvre Nerval qui prenait la plume pour se revivre sans répit son amour perdu. Et il y a la cruauté éclatante, se voulant un miroir déformant, grossissant, brisé, dirigé vers nous pour nous montrer tels que nous sommes : voilà la cruauté de Jean Genêt.

La question reste : le public devrait-il être un cobaye ? Peut-on déclaré ingrat un créateur si, au lieu de faire passer du bon temps à ses spectateurs, il leur crache au visage milles mensonges et quelques vérités souvent si peu bonnes à dire ? Il y a-t-il une limite à ce que l'on peut révéler à un lecteur ? Il est vrai, selon Genêt, qu'écrire, c'est lever toutes les censures. Mais à quel point l'écrivain peut-il prétendre connaître l'ultime vérité ? Car, il va de soit, ce ne peut être qu'à travers cette conviction qu'il peut se dire : « Je crois que l'homme mérite de savoir, et, pour leur dire, je dois être le faire de façon coup-de-poing». La création, dans ses cas, peut-elle est qualifié d'outil de communication d'un message, défoulement malsain qui espère donner un aperçu à d'autres de son propre enfer personnel ou encore sensationnisme vil dans le seul but de s'assurer postérité et éclat ? Il y a-t-il une raison noble et une autre discutable de propager un malaise ?

Pour Genêt, le motif est rarement discuté, mais ce qui est une certitude, c'est que son œuvre se base totalement sur la glorification de la cruauté envers son spectateur, son lecteur. Tout en est empreint ; de la façon rigide de disposer le décor (souvent minutieusement décrit par le dramaturge) aux costumes plus grands que nature (rappelant les cothurnes et le monde imposant du théâtre grec) qui appellent à un travestissement pour fuir sa vraie nature, en passant par l'écriture cinglante tout y passe, tout y est. Ses pièces de théâtre, comme Les Paravents, Les Bonnes, Le Balcon, forcent une prise de conscience violente ; le spectateur est mis en face d'un monde dont il est conscient de l'existence réelle, mais qu'il a jamais exploré dans ses abîmes. Voilà la vraie cruauté : montrer, sans pudeur, la veulerie, la tartufferie humaine, la solitude qui pèse aux hommes, le monstre intérieur qu'on n'assume que très mal. Tout ces mensonges proférés, ses envies refoulées, peut-être de voler ou violer, les préjugés inavouables et le carcan dans lequel on se terre, il nous les jette au visage, il nous les présente avec allégresse. Peut=être par envie qu'on s'effondre, peut-être par envie qu'on finisse par se reconnaître. Il veut faire vivre à l'homme l'expérience de la terreur… Car exister, vivre, c'est nécessairement affronteur la terreur, le dégoût, la cruauté.

De plus, Genêt fait un retour au théâtre hellénistique, avec les costumes imposants, la présence subtile du fatum (la fatalité) qui flotte comme un parfum au travers de ses pièces, l'importance du sacré et de la mort, la mise en avant d'une sorte de catharsis. Catharsis peu banale, car elle doit être vécue autant par le spectateur que l'acteur, qui doit, lui aussi, sublimer toutes ses peurs, donner son corps entier à son personnage, et ainsi, scène et salle peuvent devenir pures, passer à travers un acte total dont la cruauté les a lavés de toutes souillures. L'auteur, ici Genêt, n'est pas exempt de tout cela. Dans Journal d'un voleur, on peut lire : « Créer n'est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s'est engagé dans une aventure effrayante, qui est d'assumer soi-même, jusqu'au bout, les périls risqués par ses créatures ». Genêt, il y a croire, pensait qu'il faille pousser la théâtralité jusqu'à vivre soi-même cette purification par l'horreur à travers l'écriture, avant de la servir aux spectateurs ? L'écriture pourrait-elle être un moyen de se sublimer, de devenir meilleur après avoir subi, à travers ses personnages, toute l'horreur et l'horrible ?

Réflexion faite, le dénominateur le plus commun de l'utilisation de la cruauté dans une œuvre artistique est son utilisation comme mode de réalisation ; la provocation pour servir la cause. Ainsi démontrer aux hommes leurs faiblesses, pour tenter de limiter les dégâts futurs, pour rappeler que les saleries du passé ne devrait pas se répéter. Peut-être pour rappeler aux lecteurs qu'ils ne sont pas invincibles, qu'ils ne sont pas intouchables, que, comme dit Antonin Artaud, le ciel peut encore leur tomber sur la tête. Elle est peut-être issue de cette base fondamentale de la littérature elle-même. En effet, comme dans le théâtre de la cruauté mise en place par Artaud (qui a comme base la souffrance du spectateur pour arriver à une théâtralité parfaite) et l'écriture illusoire de Genêt, tout repose sur la dépendance malsaine d'un Dominant/Dominé. Le Dominant a besoin d'un dominé pour exercer sa fonction intrinsèque, et ainsi, il devient dépendent de ce dernier, et l'évolution vicieuse des chose relègue de dominant finalement nécessiteux et dominé. Quel écrivain, être à l'œuvre créatif qui veut apporter la connaissance, n'est pas dépendent en réalité d'un lecteur qui le lis? Peut-être que ce désir de cruauté découle tout simplement parce que l'écrivain tente de ce placer en position de bourreau plutôt que de victime… Tant de questions, si peu de réponses.

La question réelle est peut-être donc : peut-on ne pas être cruel ? Cruel envers le lecteur ou le spectateur, à qui on impose, du moins, pour le moment de l'œuvre, notre façon de pensée. Est-ce légitime de laver une œuvre de son abrasif pour offrir un univers-cadeau plutôt qu'un univers-miroir. L'art, dans sa définition de reflet de société, peut-être se permette d'omettre le cruel ? Peut-être que création ne peut être dissocié de la cruauté pour le très bon principe que, comme disait Edgar Allan Poe, on Essaie sur le thème de la cruauté et la création pour un magazine indépendant sur la littérature et le théâtre, publier en peut pas écrire si on est heureux.

Et peut-être que Roger Blin, metteur en scène fétiche de Genêt à raison : l'insolence et la violence sont les plus grandes qualités de Genêt… car il nous montre qui on est sous un autre angle, angle que même le miroir le plus fidèle ne pourrait nous dévoiler. Voilà tout un défi pour la création ; montrer les choses d'un angle qu'on n'a jamais vu.


Essaie sur le thème de la cruauté et la création pour un défunt magazine indépendant sur la littérature et le théâtre, publier en 2005.

Ma pensée sur le sujet à évoluer depuis, mais certains aspects sont toujours d'actualité en art, selon mon avis.

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