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identité(s)
Author:
cmoineko PM
Quand la société a décidé que vous êtes devenu une paria, il vous reste quoi comme espoir de survie. Lia va s'y adapter tant bien que mal du moins jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre d'un jeune chef de clan qui va tout bouleverser.
Rated: Fiction T - French - Adventure/Hurt/Comfort - Chapters: 48 - Words: 118,085 - Reviews: 224 - Favs: 7 - Follows: 11 - Updated: 06-19-13 - Published: 06-05-12 - id: 3029519
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Bonjour à tous et bienvenu dans mon monde, voici le premier chapitre de mon histoire.

J'ai apporté des modifications en fonction des remarques de Deynoument de Soy (Merci) et j'espère que ça sera plus agréable à lire.

Bonne lecture à tous


Lia regarde le paysage par la fenêtre de son studio. Elle se demande quand ça va s'arrêter, quand ils vont enfin se ressaisir et sortir de l'horreur dans laquelle ils commencent à plonger la population. Elle soupire à l'idée de vivre une nouvelle journée tordue dans ce monde tordu. Elle entre dans la salle de bain et comme chaque jour, elle observe son reflet dans le miroir avant de partir. Elle a un air lugubre. Son visage est recouvert de maquillage blanc qui sert normalement aux enfants pour Halloween, elle a fait un trait au crayon noir sous ses yeux, qui bave et accentuent ses cernes déjà marquées. Elle se dévisage et songe que ses propres parents ne la reconnaîtraient pas s'ils la croisaient dans la rue. Elle soupire et rabat une grande capuche sur sa tête. Sa tenue générale cache des formes qui, à une autre époque, auraient fait sa fierté. Le vieux sweat la grossit et le manteau la recouvre entièrement, gommant toutes traces de sa féminité. Sa tenue est sa seule garantie pour affronter un monde qui ne veut plus d'elle et elle y accorde un soin particulier. Elle attrape son sac en bandoulière et referme la porte du studio derrière elle. Elle descend les escaliers des trois étages qui la séparent de la rue et inspire profondément avant de sortir.

Elle s'insère dans la foule qui se déverse au pied de son appartement. Il est huit heures et chacun se hâte vers son lieu de travail. Chaque matin et chaque soir, il n'y a qu'une demi-heure de trêve dans la guerre qui déchire les gangs et la population lambda en profite pour rejoindre le lieu qui leur permet de survivre avec un minimum de sûreté.

A présent, ce sont les gangs qui dominent la ville. Ils sont nombreux et le plus souvent agressifs, chacun se spécialisant dans un domaine particulier. Généralement leurs activités se résument au vol, au meurtre et à la violence gratuite. Cela engendre une véritable guerre civile pour la prise de possession de nouveau territoire. Le sens moral de leurs actes est devenu très secondaire et les civils sont souvent coincés entre deux feux. La mort et la douleur font partie du quotidien. Les seuls moments où la population peut espérer survivre dans la rue, c'est de 8h à 8h30 et de 17 à 17h30. Ce sont les instants où les gangs se sont mis d'accord pour avoir une trêve. Ces derniers ont besoin que les civiles travaillent pour garder les derniers vestiges de l'économie en leurs permettant d'acheter ou d'aller travailler. Actuellement, les gangs représentent 20% de la population mais ce sont eux qui possèdent le pouvoir et impose la marche à suivre aux autres.

Lia avance à pas rapide dans la foule tout en surveillant ce qui l'entoure. Elle devine un fusil sous le blouson d'un homme particulièrement immobile. Instinctivement, la jeune femme cherche le symbole de son gang qu'il doit porter sur la main. Il a un tatouage qui ressemble à un œil dans un triangle. En y réfléchissant, il lui semble que c'est celui qui dirige son quartier et qu'ils s'appellent ''Les Illuminés''. Lia connait peu le gang qui oppresse sa rue, elle n'a jamais pris le temps de se renseigner. Pour elle, ils sont juste bons à lui pourrir la vie et le nom qu'ils se donnent ne change pas grand-chose à sa situation. Deux hommes en uniforme lui passent devant en gardant la tête baissée. Il ne fait aucun doute qu'ils ont vu son arme mais ils ne feront rien. Tous les représentants de l'état ont renoncé depuis longtemps à faire la loi sur les gangs qui ont pris le contrôle sur la totalité des instances représentatives du pouvoir. Cela fait plusieurs mois qu'ils pratiquent la politique de l'autruche, laissant les gangs donner libre court à leur violence.

Elle quitte le flux ininterrompu des sans-gangs pour entrer dans un immense bâtiment ancien. Elle a la chance d'habiter à moins de cinq minutes de la bibliothèque nationale, son lieu du travail et cela limite les risques d'agression qu'elle pourrait subir sur les trajets quotidiens. Une fois à l'abri, la jeune femme inspire profondément pour retrouver son souffle. Elle marche rapidement tout en essayant de respirer le moins d'air possible. A chaque inspiration, elle avale des relents de poudre et de sang et malgré le temps qui passe, elle n'arrive pas à s'y faire.

« Lia, te voilà. » Elle lève le nez pour fixer l'immense homme à la couleur sombre qui lui fait face. Il est tout en longueur et les années passées ont blanchi ses cheveux crépus et sa barbe soigneusement taillé.

« Bonjour, Monsieur Lewis. » C'est un homme bon d'une cinquantaine d'années. Lia sait qu'elle a de la chance de l'avoir comme responsable bien qu'elle ait du mal à le considérer comme tel. A sa décharge, il y a encore quelque mois c'était elle qui dirigeait l'équipe s'occupant de l'arrivage de livres. A présent, elle doit se contenter de faire de la saisie informatique, scannant les livres et renseignant les informations manquantes pour chaque nouveau livre qui entre dans le bâtiment. Pourtant malgré son travail fastidieux, elle sait qu'elle doit s'estimer chanceuse.

Sa situation est loin d'être une exception. Face à la situation qui se dégradait de jour en jour, le gouvernement, acculé et sans réponse face à la population qui grondait de plus en plus, a trouvé une réponse démagogique, simple à comprendre et discriminatoire. Si le pays sombre, c'est à cause des femmes qui prennent de plus en plus de libertés. A l'annonce de la nouvelle, il y a eu un instant de flottement. L'idée énoncée était trop grosse pour être vraiment acceptée comme tel. Malheureusement, l'idée a plu aux gangs. Rapidement, les femmes ont subi des pressions pour les pousser à rentrer chez elle. En deux mois, 75% de la population féminine a renoncé à son droit de travail. Les 25% restants continue de travailler mais a renoncé à avoir un travail à la hauteur de leurs qualifications. Elles font ce qu'on leurs demande en baissant la tête. Les endroits où elles sont à peu près tolérées sont les milieux féminisés : école, infirmerie, couture, ménage…

La descente en enfer a été graduelle. Lia était responsable d'une équipe d'une dizaine de personnes pour le compte de la bibliothèque. Ils étaient responsables des achats et acquisitions des nouveaux livres. Elle s'assurait ensuite qu'ils soient traités pour intégrer les étagères de l'immense bâtiment. C'était un emploi qui la passionnait. Il lui a fallu du travail et du temps pour réussir à remplir sa mission de la meilleure façon possible mais elle ne le regrettait pas. Quand l'annonce du gouvernement a été faite, elle n'y a pas fait particulièrement attention. Au début, rien n'a réellement changé mais graduellement, ses subordonnés masculins ont commencé à se montrer désobligeants envers elle. La direction lui imposait des objectifs irréalisables. Une semaine plus tard, ils l'ont forcé à accepter un nouvel emploi. Officiellement, parce qu'elle ne faisait plus le travail demandé et officieusement, parce qu'une femme cadre était très mal vue par le gang responsable du quartier. Par chance, Monsieur Lewis l'a immédiatement prise sous son aile. Il lui a permis de garder un travail et donc son indépendance.

Les autres possibilités qui s'offraient à Lia, étaient limitées. Elle avait le choix entre faire le trottoir ou rentrer chez ses parents. Ces derniers sont à la campagne et, grâce à ça, ils subissent moins les effets pervers de la crise. Son jeune frère a choisi cette perspective et, aujourd'hui, il est marié et s'occupe d'un élevage avec sa femme. Elle sait que si elle choisit cette option, ils la marieront et elle devra subir son mari pour le restant de sa vie. Lia est optimiste, elle se dit qu'il est impossible que cette situation dure éternellement. Elle s'accroche donc en espérant que les jours meilleurs viendront au plus tôt.

Le gouvernement a réalisé avec un temps de retard son erreur en remettant au goût du jour la misogynie. En imposant aux femmes de rester à la maison, de nombreux postes se sont retrouvés vacants brutalement. La population masculine n'était pas formé ou suffisamment importante pour pallier au manque brutale de main d'œuvre. Le pays a donc sombré un peu plus. Malheureusement, les politiciens sous la pression des gangs ne pouvaient plus revenir en arrière et comme il n'avait pas de solution pour aller de l'avant non plus, ils ont laissé la situation se dégrader en fermant les yeux.

Lia suit son responsable avec la tête baissée. Il a l'air plus triste que d'habitude aujourd'hui. La jeune femme n'est pas vraiment surprise par la morosité qu'il dégage. Monsieur Lewis a découvert, il y a quelque jour, que l'homme qu'il a trouvé à sa fille est violent. La solution qu'il a envisagée pour préserver sa fille, la blesse un peu plus chaque jour. Lia l'entend soupirer. Elle suppose qu'il l'a certainement vu la veille et a deviné de nouveaux hématomes. La jeune femme comprend sa déception. Il s'est saigné aux quatre veines pour payer des études à sa fille, elle était sa fierté. Mais aujourd'hui, elle est enfermée dans une grande maison bourgeoise et se doit d'obéir docilement à un homme qui ne l'aime pas. Elle sait qu'il a été très fier de sa princesse quand elle a enfin fini ses études. Pour lui un doctorat de neurochirurgie lui promettait un brillant avenir. Malheureusement, la crise est passée par là. Pour la protéger, son père a cherché un homme digne de sa fille. Il est tombé sous le charme de Xavier et sa fille aussi. Aujourd'hui, il la bat et il n'y a aucun moyen de la sortir de cet enfer.

La jeune femme entre dans son bureau et fait un petit signe à Cyril, son seul collègue. Ils sont l'un et l'autre terrés ici pour gagner un peu de liberté. Elle est une femme qui souhaite rester indépendante, lui est gay. Sa vie quotidienne n'est pas meilleure que la sienne car il laisse peu de place aux doutes avec ses manières efféminées. Monsieur Lewis les protège comme il le peut avec ses faibles moyens. Il les met à l'écart dans une pièce au sous-sol pour éviter qu'ils n'attirent l'attention et leur fourni un travail. La jeune femme s'assoit derrière son PC, tire de la caisse à proximité vers elle et commence sa saisie. Elle imprime ses étiquettes et les collent sur les livres pour qu'ils puissent être rangés ensuite. Ils sont silencieux parlant peu de leurs problèmes respectifs. Lia fait ses tâches quotidiennes mécaniquement. Elle pense activement aux courses qu'elle est sensée faire ce soir. Pour prendre un minimum de risque tout doit être pensé et étudié avec soin. Il n'y a pas de place pour l'improvisation. Lia a un sac en toile dans sa bandoulière et fait mentalement sa liste de course : pommes de terre, pâté, riz, pâtes, … Ses repas sont peu élaborés mais elle peut s'estimer heureuse de manger à sa faim. C'est devenu une vraie chance par les temps qui courent. Une fois à peu près satisfaite de sa liste, elle réfléchit intensément au meilleur marché noir qu'il va choisir.

Les marchés légaux sont protégés et la qualité des produits garantie. En contrepartie, les prix sont exorbitants. Les supermarchés et supérettes ont mis la clé sous la porte depuis longtemps, submergés par les attaques à main armée et les vols à la tire. Elle a le choix entre deux lieux et c'est le jeu de la roulette russe à chaque fois. En général, se mêler à la foule reste un exercice dangereux quelle qu'en soit la raison. Là, les risques encourus sont variés : vol, agression, balle perdue, … Elle n'a pas suffisamment d'imagination pour avoir une vue d'ensemble de ce qui pourrait lui arriver. Il lui semble que la guerre des gangs est plus intense sur la place du Général De Gaulle et elle ira donc à l'Avenue de la Liberté. Ça fait partie des difficultés de l'exercice. Il y a un manque d'information qui ne rend pas les sorties plus sûres pour la population même pendant les demi-heures de trêve. Si l'information sur les confrontations a circulé, il y aura plus de monde à l'Avenue de la Liberté mais moins de risque de se prendre une balle perdue. Il lui faut deux heures pour mettre au point sa virée.


Bonne journée et à bientôt.

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