
Gabrielle s'échappe d'une vie qu'elle ne veut plus, et décide de fuir un père violent et des sœurs indifférentes... Warning : violence. UPDATE : chapitres 5 et 6
Rated: Fiction T - French - Drama - Chapters: 6 - Words: 14,131 - Reviews: 2 - Updated: 11-02-12 - Published: 06-24-12 - id: 3035692
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Chapitre 1
Je regarde les personnes autour de moi s'agiter. Il y en a que je connais, comme cet homme Millus avec qui je vis depuis ma naissance. Mon père ? Quelque chose en moi me dit que ce n'est pas mon père. J'en ai la certitude. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais y répondre mais j'en ai le sentiment tout au fond de moi. Il y a également ses filles, Cléone et Céphise qui sont toutes deux plus âgées que moi. Les autres personnes, je ne les connais pas, je ne sais pas qui ils sont ni pourquoi ils sont là.
Je me rappelle que la femme avec qui l'on vit est malade, c'est ce que Millus m'a expliqué lorsque je lui ai demandé où elle était. Je sais juste que depuis quelques temps, quelques lunes en fait, elle était souvent malade le matin, qu'elle avait mal au dos et qu'elle avait un gros ventre. Cléone et Céphise étaient contentes, très contentes même. Leur père aussi l'était. Maintenant, ils sont tous inquiets.
Je ne sais toujours pas ce qui se passe et je vois sur leur visage un sentiment qui n'est plus de l'inquiétude et que je ne connais pas. Je ne leur avais jamais vu cette expression auparavant.
Une femme vient vers nous, c'est notre voisine. Céphise était partie la chercher quand sa mère a commencé à crier et qu'elle s'est évanouie. Nous sommes tous les quatre assis dans la pièce qui nous sert de cuisine. La femme parle à présent avec Millus.
Je le vois s'effondrer en larmes. J'ai six ans et je viens de voir pour la première fois cet homme pleurer. Il y a dans ses yeux une telle douleur que cela me fait mal rien que de la voir. Je sens des larmes couler sur mes joues. Je ne sais pas du tout pourquoi je pleure, je regarde Cléone, Céphise et Millus et ce sont leurs larmes que je vois qui me font pleurer.
Cela fait une semaine depuis ce jour. Une semaine que j'ai vu Millus pleurer et une semaine que je n'ai pas revu sa femme. Je ne sais pas où elle a pu aller et quand je l'ai demandé à Céphise, elle m'a répondu avec un sourire triste qu'elle était partie très très loin et qu'elle ne reviendra plus. Je voyais bien qu'elle retenait ses larmes, elle ne voulait pas pleurer devant moi mais certaines lui ont quand même échappés. Je m'en suis voulue de lui avoir fait de la peine, j'aurai aimé la réconforter mais je ne savais pas quoi faire ou lui dire. Je suis donc partie dans ma chambre.
Je suis toujours assise sur mon lit et je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qu'elle m'a dit. Pourquoi serait-elle partie ? Non, pourquoi est-elle partie ? Puisqu'elle est belle et bien partie. Je pensais qu'elle était heureuse, elle souriait tout le temps. Ils étaient tous heureux et à présent, ils sont tous tristes.
J'entends Cléone rentrer. Je me lève et vais vers elle. Je veux comprendre.
- Pourquoi votre mère est partie ? Elle n'était pas heureuse ici, c'est pour ça ?
Elle me regarde. Je n'aime pas et je ne connais pas son regard. Je ne sais pas ce qu'il veut dire. Puis elle me dit une phrase que je ne comprends pas :
- Elle est morte.
Elle me dit ça avec une telle douleur dans les yeux que j'en ai peur.
Je connais la joie, la tristesse, la douleur et la peur. Mais ce que je vois dans leurs yeux est inconnu pour moi : ils ont un regard vide.
Millus vient de rentrer. Je regarde dans ses yeux, je le fixe et j'essaye de comprendre ce vide que je vois.
Je ne fais pas attention.
Je ne remarque pas qu'il me fixe aussi.
Je ne vois pas qu'il s'approche.
J'essaye de comprendre.
Mais je ne comprends pas.
Je le regarde toujours.
Il lève la main.
Je n'y fais pas attention.
Il me frappe la joue.
Je ne comprends pas.
Je tombe de ma chaise.
Il continu.
Il me crie dessus.
Je ne comprends pas.
Il me crie toujours dessus, plus fort.
Je ne comprends pas.
Il me frappe.
Je comprends une chose : j'ai peur et je veux que cela s'arrête.
J'essaye juste de comprendre.
Mais lui ne me comprend pas.
Il repart.
Je suis toujours par terre, j'ai peur de me mettre debout. J'ai peur qu'il recommence. J'ai peur de lui.
Je viens de me rendre compte : c'est mon anniversaire. Je viens d'avoir sept ans. L'homme avec qui je vis vient de me battre et ses filles n'ont rien fait pour l'en empêcher. Je me relève et vais dans ma chambre.
J'ai mal.
Deux semaines. Il me bat toujours. Je suis dans mon lit. Je ne veux pas sortir. J'ai peur et j'ai mal. Je déteste avoir mal.
Je le déteste pour ce qu'il me fait ressentir et pour ce qu'il me fait. Maintenant, je connais la haine. J'ai demandé à une voisine ce que c'était de ne pas aimer quelqu'un.
Elle était surprise que je lui demande cela mais elle m'a répondu.
- Ne pas aimer quelqu'un, c'est le haïr.
Elle a faux. Maintenant je le sais.
Lui il ne m'aime pas. Mais il ne me hait pas.
Il passe devant moi. Mais il ne me voit pas.
Je ne connais pas ce sentiment. Je veux savoir ce que c'est.
Cléone et Céphise entrent dans ma chambre. Je dois sortir pour travailler. Je ne fais que de petits travaux. Petits mais épuisants.
Je ne veux pas. Il sera là et je ne veux pas le voir. Mais si je n'y vais pas, c'est lui qui va venir et je ne le veux pas non plus. Alors je les suis. Je le vois. Il ne me regarde pas. Il ne me regarde plus, sauf quand il me bat.
Je sais que les autres villageois le savent. Ils en parlent entre eux mais ils ne font rien. Que peuvent-ils faire ? Ils ont tous plus ou moins peur de lui et il a tous les droits sur moi. Ce n'est pas mon père mais je vis chez lui donc je lui « appartiens » comme il aime à le dire.
Je mange avec Cléone et Céphise. Je me dépêche. Je dois me dépêcher. Je veux travailler le plus pour oublier. Je ne peux pas y échapper, alors j'oublie pendant que je travaille. Il ne vient jamais m'embêter quand je travaille. Il vient le soir. Il regarde mon travail, ce que j'ai fait. Il me dit que j'ai mal fait quelque chose et me bat. Je fais tout comme il me le dit mais ce n'est jamais assez bien pour lui.
J'ai arrêté d'essayer de comprendre. Je ne veux plus comprendre. Je veux que cela s'arrête.
Quand il a fini de me battre, je mange et vais dans ma chambre. Comme la première fois. Toujours la même chose, la même habitude, les mêmes gestes.
Je finis de manger. Je me lève et vais travailler.
Il me suit et me regarde travailler.
Il m'observe.
Il observe tous mes faits et gestes.
Il ne me fera rien, je le sais.
Je m'occupe des champs. Planter les graines. Toujours, tout le temps, tous les jours.
On va manger.
Il m'observe toujours.
Je n'aime pas sentir ses yeux sur moi.
C'est la première fois depuis qu'il m'observe ainsi.
Il ne fait rien à ses filles, pourquoi à moi ? Je me pose la question, je ne veux pas savoir. Je ne veux rien savoir. Je fais avec. Je dois faire avec.
Je reprends le travail. Faire le plus, le plus possible. Je suis fatiguée mais je ne m'arrête pas. Il ne sera pas content. Je le regarde. Il sourit et je n'aime pas son sourire.
Son regard me fait penser au regard d'un rapace prêt à bondir sur sa proie. C'est ce que je suis pour lui alors ? Une proie ?
Continuer le travail. Ne pas penser. Oublier. Mais la journée n'est pas éternelle. Je le voudrais. J'arrête de travailler. J'ai fini pour aujourd'hui. Je rentre pour me laver. Il me regarde rentrer mais reste dehors.
J'ai droit à un moment de calme.
Je ne prends pas mon temps. Jamais. Trop peur, trop mal. L'eau me fait mal, elle pique mes plais qui restent ouvertes. Elle cache mes larmes, mais pas la douleur.
Je l'entends rentrer avec ses filles. Il est gentil avec elles, il ne leur fait rien à elles.
Je sors. Le repas est prêt. Je mange en silence, comme toujours. Je sais ce qu'il attend : il attend que je finisse. Et je fais toujours vite.
J'ai fini.
Il ne fait rien.
Je me lève.
Il ne fait toujours rien.
Je vais dans ma chambre.
Il ne bouge pas, ne me suit pas.
Aujourd'hui est différent. Il me laisse en paix. Un seul jour de calme depuis deux semaines. Je me couche et m'endors de suite, épuisée comme chaque soir. Par les travaux et mes pensées, par lui et ses regards, par mes peurs et mes craintes.
Je rêve. Je rêve d'une vie calme, de journées comme celle que je viens de passer. Mais tout rêve a une fin. Et celui-ci n'y échappe pas.
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