
Ou mon reflet, alors que cette bâtisse m'attend... Nouvelle écrite à partir d'un début imposé.
Rated: Fiction K+ - French - Fantasy/Mystery - Words: 1,261 - Reviews: 2 - Published: 06-26-12 - Status: Complete - id: 3036099
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Note de l'auteur: une autre nouvelle que j'ai corrigée et un peu remaniée. Par contre, malgré sa brièveté, cela sera la dernière fois. Sinon, je risquerais de vraiment dénaturer le texte.
Je rappelle le principe: à partir d'un début imposé, que j'ai mis en italique, j'ai écrit la suite de l'histoire. Nous ne devions pas dépasser une cinquantaine de lignes, je crois, du moins au format Word.
Amnesthésie, le château d'une âme
La vieille bâtisse découpait l'horizon quand le crépuscule pointait, laissée à l'abandon peut-être, et surtout au fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la falaise. D'aucuns disaient qu'à la tombée de la nuit, l'on entendait des cris ou bien toutes sortes de musiques inquiétantes. Mais tous étaient bien ignorants.
Moi, je savais...
Moi, jeune femme déchue de ses sentiments à la suite d'événements que je n'ose vous conter, je me suis réfugiée dans cette demeure avec l'espoir de pouvoir m'oublier et de tout oublier. J'ai quitté la maison familiale sans rien leur dire après des mois de pleurs retenus. Combien de fois j'ai bouclé ma valise, pour la défaire des heures après sans avoir pu prendre de décisions ! Combien de fois j'ai claqué la porte de chez moi en pensant que cela serait la dernière fois... Au final, aujourd'hui, je me retrouve là.
L'épaule meurtrie par la bandoulière de mon sac et l'air hagard, j'ai atterri sur ce chemin blanc; un endroit détrempé par l'ombre d'autres vagabonds comme moi, sans doute, ou bien de promeneurs... J'ai dérivé ainsi comme une naufragée jusqu'à rencontrer les murs gris de cet endroit. Je ne sais pourquoi, mais l'herbe folle enlaçant les rosiers fanés – l'automne se pointait déjà –, le ciel orageux qui laissait à peine apparaître un voile noir avec ses brillants, sans compter le chant de la mer se suicidant à chaque renaissance de ses houles... tout cela m'appelait. De plus, mon oreille semblait entendre d'autres échos.
La pluie s'est mise à cascader autour de mon corps frêle; cette fois c'était clair, je devais me choisir cet abri pour passer la nuit. Après, j'aviserais...
Je suis arrivée dans une cour abandonnée, pleine de sable blanc. Ne me demandez pas pourquoi. Les grilles rouillées ne m'avaient pas laissé entrevoir que le lierre dévorait les murs bordant la bâtisse. J'ai marché jusqu'à rencontrer une porte en cuivre, avec une poignée sculptée dans le fer. Une tête de loup ornait cette dernière.
J'ai ouvert la porte tout doucement; je me suis retrouvée dans un hall vide, avec pour simple décor un lustre de cristal et un double escalier faisant face à des vitraux ternis. Il semblait m'accueillir alors que je n'avais rien demandé... Pour ce qui est du bas étage, il y avait une porte au centre, que je ne pus ouvrir malgré mes efforts. Alors, c'est à contrecœur que j'ai frôlé de mes pas les marches noires pour arriver à l'étage surplombant le hall. De chaque côté des vitraux, un couloir menant à plusieurs portes m'a fait de l'œil.
Une plainte a attiré mon attention vers le verre teinté; trouvant cela étrange, je me suis appuyée dessus et j'ai tâtonné sa surface. Une fois proche du couloir de droite, quelque chose d'étrange s'est produit : mon corps est passé à travers le verre. Paniquée, j'ai tenté de retourner en arrière, mais c'était impossible! Il m'aurait fallu briser le vitrail et l'intuition me soufflait de continuer sur ma lancée. C'est pourquoi je me suis retrouvée dans une pièce où des draps blancs recouvraient des silhouettes informes. Des meubles, des chaises, sans doute. L'odeur du renfermé m'a saisie à la gorge, alors j'ai ouvert les volets de l'unique fenêtre et j'ai laissé l'air s'engouffrer. Il a enveloppé mon corps vêtu d'une simple robe bleue et d'une grande veste; ce coquin a même essayé de danser avec ces fantômes cachant le mobilier.
J'ai tendu mon oreille de nouveau. Ce n'était pas une plainte, mais une douce voix qui chantait...
Le cœur battant la chamade, je me suis approchée tout doucement d'un de ces draps; une sorte d'objet plat et allongé déformait sa surface. À première vue, cela pouvait évoquer une table. J'ai posé mon sac, qui m'avait sérieusement pesé sur l'épaule.
Le souffle court, j'ai tiré sur ce dernier avec mes doigts tremblants. Je me suis retrouvée face à un lit et... à un homme d'une beauté surnaturelle. Son aura forçait au respect. Ses cheveux roux, mi-longs, encadraient un visage aux traits fins, aux pommettes hautes, à la bouche ferme. Il portait une tunique rouge sang, son cou arborait un collier dont le jade – ou l'émeraude – semblait avoir une vie propre en son sein. En regardant de plus près, je pus voir qu'il avait de longues oreilles... Bon sang, un elfe ! Sa poitrine se soulevait régulièrement; alors il n'était pas mort, il...
Prise d'une sourde panique, je ne sais plus ce que j'ai fait. Je crois que je me suis dirigée vers la fenêtre. J'ai enjambé la balustrade, je me suis retrouvée devant une mer en colère; elle frappait la falaise de ses poings salés... trop haut pour que je saute ! Quelle lubie d'avoir de tels réflexes ! Il aurait mieux valu que je me sauve de la pièce autrement, en brisant ce vitrail qui m'avait engloutie, tiens... Je ne fais rien comme tout le monde, décidément !
Un bras s'est accroché à ma taille et m'a ramenée contre mon gré dans la pièce de mes cauchemars. Trop hébétée pour me débattre, je n'ai pu que remarquer le lit vide. Le propriétaire a chuchoté à mon oreille, tout en me maintenant contre lui :
— Voyons, ne partez pas si vite.
Quelle voix; elle m'a donné des frissons, à croire qu'elle m'ensorcelait avec sa tessiture chaleureuse et musicale.
— Je me suis donné tant de peine pour vous attendre...
Ma conscience alors a compris quelque chose : cette légende de l'enchanteur des Limbes... Oui. Elle s'imposa à mon esprit, tandis que ses mains me retournaient pour lui faire face et prenaient mon visage avec douceur. Je compris pourquoi cette demeure me paraissait familière, si sombre, si triste... Animée par un désespoir certain, j'avais tout perdu. Puis, j'avais répondu à son appel selon les caprices du Destin.
Ses lèvres se posèrent doucement sur mon front. Cette âme sœur qu'il cherchait et qu'il a trouvée en moi gémissait encore sous ses meurtrissures... mais ceci est une autre histoire.
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Il y a longtemps, un elfe fut condamné par l'esprit de la forêt à dormir pour l'éternité car il avait voulu rallier les hommes à la cause de son peuple. On dit qu'il ne serait réveillé que par une humaine et qu'à ce moment-là l'Esprit de la forêt accepterait cette alliance. Cette jeune fille devait être son âme-sœur. À ce que l'on raconte aussi, le chant de l'enchanteur l'appellerait jusqu'à ce que son âme puisse l'entendre, jusqu'à ce qu'elle vienne... Cette bâtisse serait le reflet du cœur de cette demoiselle. Un cœur à sublimer, ou bien à reconstruire.
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