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DcS De Cornu Servi fr
Author:
Proconsul PM
"Qu'est-ce que je ferais de toute l'éternité, je ne sais déjà pas ce que je vais faire de ma vie. Et puis tu ne regardes pas la télé ? L'éternité, c'est nul, tout le monde veut en sortir !" Quand elle lui avait demandé s'il était sûr de son choix, quand elle lui avait expliqué ce qu'il risquait, il n'aurait peut-être pas du rire.
Rated: Fiction K+ - French - Mystery/Adventure - Chapters: 16 - Words: 59,195 - Reviews: 2 - Follows: 1 - Updated: 08-23-12 - Published: 07-04-12 - id: 3038776
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Les complications d'être un domini en vacances

Il était rapidement apparut que la présence de Tintin serait tout aussi « provisoire » que celle de Kadzuaâri l'avait été. À trois dans un petit studio d'étudiant, Achille avait songé que la chose risquait cependant de se compliquer. Une fille déjà … Mais deux ? Et tout le retard accumulé lors de ses activités « para-scolaires ». Il avait beau avoir une bonne mémoire, la licence, ça se complique tout de même un peu … Heureusement, Kadzuaâri et lui avaient leurs habitudes désormais et elle avait su comprendre qu'il était plus facile si elle restait tranquille et que ses soupires ne nécessitaient aucune réponse. Tintin, elle, n'était pratiquement jamais là en journée alors ce n'était pas vraiment un problème non plus.

Kadzuaâri avait toujours maintenu l'appartement propre … à moins qu'une présence féminine ait contribuée à elle seule à guider la main jusqu'au panier à linge sale. En tout cas, il ne passait pas souvent l'aspirateur. Mais depuis l'arrivée de Tintin, l'appartement sentait … des trucs de filles, il ne mettait plus un pied dans la cuisine et le linge passait miraculeusement du panier à linge à l'armoire. Alors, les petits embouteillages de salle de bain, franchement … !

La fin de l'année scolaire s'était déroulée ainsi. Tranquillement : fac, boulot, amis. Servi ... Mais sans plus ni lémures, ni domini en tout cas.

C'était un peu comme s'il avait adopté des chats. Une présence chaude et incertaine … Chaque fois qu'il les voyait onduler à travers la porte, il se demandait s'il allait les revoir. Parce qu'un chat contrairement à un chien n'a pas vraiment besoin des hommes et qu'il y avait des chances qu'un jour, il ne rentre pas. Quand on a un chat vagabond, on fait attention à ce qu'il ait toujours de la nourriture. Mais Tintin ne mangeait pas franchement plus que Kadzuaâri ... Alors il leur achetait des trucs. C'était même devenu pathologique. Il ne pouvait pas aller boire un verre tranquillement en centre-ville et rentrer les mains vides. Il achetait vraiment n'importe quoi : une paire de boucle d'oreille, des trucs pour les cheveux, il ramenait des touilleurs qui s'allument … Il doutait sincèrement que cela ait quelque chose à voir avec le fait qu'elles restent. Mais il était plus tranquille.

C'était une sensation étrange de toujours avoir quelqu'un dans la maison. Chez ses parents, Achille avait sa chambre et la bibliothèque, personne ne venait l'y déranger s'il avait envie d'être seul. Achille aimait être seul. Il aimait penser. Aujourd'hui, il ne supportait plus le silence. Le silence avait quelque chose de dangereux et de menaçant. Et peu importait le manque d'intimité : il rentrait tous les week-ends et il y avait toujours la bibliothèque universitaire ... Ce qui comptait c'est qu'elles soient toujours là lorsqu'il ouvrait les yeux.

Ce matin, là, comme presque tous les matins, elles étaient pelotées dans les coussins sous la fenêtre. Kadzuaâri brodait, Tintin lui déroulait lentement les pelotes du bout des doigts, la tête posée sur ses genoux. Est-ce que les filles étaient même autorisées à faire ça en public ? A neuf heures du matin, avec le petit rayon de soleil, c'était proprement pornographique de les entendre murmurer et rigoler doucement pour ne pas le réveiller. Achille grogna et referma la porte de la salle de bain derrière lui : c'était un homme marié pour l'amour de Dieu !

Sa relation avec Tintin avaient bien changé … Les premiers temps, il pouvait la surprendre qui l'observait du coin de l'œil. Il avait l'impression d'être un moineau et Kadzuaâri la seule chose qui l'empêchait de lui arracher la tête. Elle ne l'aimait pas. Mais Tintin n'aimait aucun homme, ça n'avait rien de personnel … Et puis du jour au lendemain, son attitude avait complètement changé. Comme s'il faisait partie du paysage. Il s'était senti soulagé, jusqu'à ce qu'il réalise qu'elle avait simplement cessé de le considéré comme … un homme. Elle s'était mise à se balader à moitié nue dans l'appartement, à tripatouiller Kadzuaâri. Elle souriait parfois en le voyait écarquiller les yeux ou lorsqu'il lui disait de préparer ses affaires avant d'aller se doucher, mais … à ses yeux, c'était devenu un eunuque.

Aucun homme sur cette terre, n'aime être considéré comme un eunuque. Aucun.

Mais c'était toujours mieux que l'hostilité ... Et puis avec l'aide de ses deux bouquins sur pattes, Achille n'avait pas eu besoin d'aller au rattrapage, chose qu'il anticipait pourtant depuis le jour de leur rencontre.

Réviser avec Kadzu et Tintin, étaient intéressant. C'était comme écouter des témoins de la Grande Guerre au lieu d'aligner les chiffres. L'inconvénient, c'est qu'il comprenait mieux ses cours d'historiographie sur la fiabilité des sources depuis qu'il les avait entendu se crêter le chignon pendant une demi-heure sur la personnalité de Tibère : apparemment Tintin l'avait rencontrée en Germanie, Kadzu à Rome, et elles n'en avaient pas du tout la même opinion. Le tout était ensuite de faire le tri entre ce qu'un étudiant pouvait savoir et ce qu'il devait garder pour lui sous peine d'avoir un autre professeur le couper en plein exposé pour lui demander d'un air pincé quelles étaient ses sources et lui suggérer d'aller poursuivre son cursus dans le bâtiment d'en face, en Lettres, où l'on ne se formaliserait pas tant d'écouter une œuvre de fiction. Mais les anecdotes aidaient à fixer les grandes dates et les écouter parler des gens procuraient parfois un contexte à des actions qui, au XXIème siècle, n'avaient pas grand sens.

Tant bien que mal, il avait eu son année avec 12 de moyenne. Ce qui était correct.

Son professeur d'histoire romaine l'acceptait en Maîtrise l'année suivante.

La fin de l'année scolaire signifiait aussi le retour à la maison des étudiants. Et donc celui de Marion. Les vacances allaient être piégeuses parce qu'il ne pouvait pas vraiment lui dire d'aller habiter chez ses parents alors qu'ils ne s'étaient pratiquement pas vu de l'année : le week-end, et encore pas tous. Et chez leurs parents respectifs. Autant sortir le parapluie et tendre la pancarte « Je veux rompre ». Ou « Je suis un sale type ». Et Achille détestait passer pour le sale type.

Il allait falloir trouver des solutions. Des trucs, des signes. Et à commencer par un portable. Kadzu avait haussé les épaules : « comme il voulait ». Comme le fond les gens qui n'en ont jamais eu … avant de se demander bientôt comment ils faisaient avant pour vivre sans ! Alors qu'il se tournait vers Tintin pour lui demander si elle en voulait un aussi. Il était poli, il allait proposer. Mais il espérait bien qu'elle déclinerai : il aurait déjà bien du mal à expliquer un deuxième portable si ses parents ou Marion venaient à s'en apercevoir. Il avait bien pensé à lui prendre un téléphone à carte mais Achille n'aimait pas trop l'idée qu'elle oublie de le recharger et qu'elle se retrouve injoignable. Et puis, il ne fallait pas se voiler la face, il n'y avait pas grand avantage à choisir ce système en se disant que c'était juste pour quelques mois. Achille ne voulait pas avoir l'air cynique mais il avait bien peur que les deux ans d'engagement d'un forfait soit, un jour, atteint …

Mais Tintin s'était détournée et avait sorti de son sac la dernière version de l'Iphone.

– « J'en ai déjà un … »

Achille fronça les sourcils : il faut des papiers d'identité pour prendre un abonnement ...

– « Comment …? »

– « Comme je fais toujours dans ces cas-là, je laisse parler le vendeur et je prends le deuxième plus cher. Ça marche pour tout, quelque soit l'époque ».

Ce n'était pas les questions qu'il se posait …

– « Je ne sais pas si je saurai m'en servir … », souffla Kadzuaâri en manipulant l'objet comme s'il s'agissait d'une bête étrange. Qui aurait éventuellement pu la mordre. « D'Aubagne en avait un, il s'en servait souvent, ça n'avait pas l'air bien compliqué ».

– « À chaque fois que les Hommes inventent quelques choses d'un tant soit peu novateur, ils crient à la fin de la civilisation … », avait commenté Tintin pour se moquer.

Achille n'avait de toute façon pas l'intention de lui en payer un si compliqué et si cher ! La dernière fois qu'il lui avait payé un truc un peu cher, elle lui avait avoué un soir en rentrant l'avoir perdu dans un égout.

Dès lors, les allers et venues de Marion et des servi n'avaient plus été qu'une histoire de coordination : si les servi voulaient sortir ou rentrer, elles devaient simplement le faire avant qu'ils rentrent ou attendre qu'ils soient partis.

Mais contrairement ce que certains pourraient penser qu'il y ait deux jeunes et jolies jeunes filles à l'étage du dessus n'était pas vraiment un excitant. Semblant lire dans ses pensées, Kadzu et Tintin, commencèrent à découcher. Achille se demandait ce qu'elles pouvaient bien faire seule, dehors, la nuit. Il n'aimait pas ça. Alors que Marion rentrait passer quelques jours chez ses parents, Achille expliqua qu'il allait la rejoindre et qu'ils passeraient quelques temps là-bas, sous prétexte qu'ils étaient plus proches de la mer, puis partiraient en vacances.

_ « Où ? », avait demandé Kadzu l'air contrariée.

_ « En Italie. On ferait bien l'Italie du Nord … Pourquoi ? »

Tintin éclata de rire.

_ « L'Italie, ça risque d'être compliqué ! »

_ « Pourquoi ? »

_ « Parce que les villes appartiennent à des gens ! Un domini ne peut pas aller se balader n'importe où, n'importe comment ! »

Achille se tourna vers Kadzu, en quête d'explications.

_ « Les domini sont nombreux en Italie … », commenta la jeune femme.

_ « On les évitera ! Il y a bien … ! »

_ « En Italie du Nord ? Pas Turin, pas Milian. Pas Gênes, pas Florence, pas Bologne. J'y ai passé suffisamment de temps, crois-moi. Pas l'Italie. »

_ « C'est un peu tard maintenant, j'ai dit à Marion qu'on partait en voyage … »

_ « Ils peuvent toujours aller à Rome … »

Pourquoi Rome ? S'il devait bien y avoir une ville à éviter, ce devrait être Rome !

« Rome est trop dangereuse, les domini s'en méfient », expliqua Kadzuaâri.

_ « Trop dangereuse ? »

_ « Les Hommes ont passé des siècles à se battre pour le contrôle de cette ville, les domini ne sont pas les seuls à y comploter. Et cela a fini par faire trop de complots. Et de morts. Rome n'est à personne. Un genre d'aleu … »

_ « Ok … »

Kadzu allait se détourner.

« Est-ce que toutes les villes sont contrôlées par des domini ? »

_ « Non, bien sûr que non. Et celles qui le sont ne sont pas … « contrôlées ». Il faut plutôt voir cela comme un autre genre de découpage administratif … Ça évite les conflits : « chacun chez soi, les vaches seront bien gardées » … ».

_ « Et ici, chez qui sommes-nous ? »

_ « Les Egalii, bien sûr », répondit Tintin.

Super … Maintenant, il avait vraiment besoin de vacances. Loin, très loin.

Marion ne semblait pas trouver à redire à ce regain d'intérêt qui lui valait tout ce temps passé ensemble : ils étaient ensemble depuis la 3ème et elle avait parfois peur que la distance et l'habitude, les éloigne mais … Achille avait enfin décidé de l'emmener en vacances. Leurs familles avaient de l'argent, Achille n'avait pas besoin de travailler, mais le petit pot à pourboire semblait ne pas comprendre qu'il n'était pas censé se remplir pendant la nuit, et … il n'avait vraiment plus d'excuses pour travailler cet été. Et plus que de faire plaisir à Marine, c'était de repos dont il avait besoin. Il en avait fait assez cette année …

Au retour de ses congés, enfin seul avec ses deux squatteuses - Marion était à Paris, préparant son déménagement -, Achille pu se rendre compte combien les choses avaient changé : Kadzuaâri et Tintin avaient des discussions un peu trop sérieuses. Tintin était de plus en plus absente. Et, en allant récupérer des chaussettes dans le lave-linge, il y avait trouvé des vêtements tâchés de sang. C'était les vêtements préférés de Tintin. Achille avait soudain réalisé qu'ils les voyaient un peu trop souvent rentrer des magasins les bras chargés … Sans pour autant que les armoires se mettent à déborder.

Jetait-elle habituellement ses vêtements tachés de sang ? Rentrait-elle souvent les vêtements tâchés de sang ?

Il appela Marion pour savoir comme se débarrasser sur vilain liquide et passa le repas à dévisager la jeune femme.

– « Que fais-tu de tes journées, Tintin? »

Il savait qu'il ne pouvait pas demander d'où venait ce sang, si c'était le sien, si c'était celui de domini, celui de Lémures. Si elle menait une vendetta maintenant qu'elle était libre, si elle se blessait en les défendant.

Kadzuaâri et elle se figèrent. Achille avait bien retenu sa leçon : ses questions n'allaient jamais plus loin que « bonne journée ? »

Tintin consulta Kadzuaâri du regard. Celle-ci donna son assentiment. Tintin semblait bien embêtée pourtant …

« Je ne demande rien de secret mais, Kadzu, je sais : depuis que tu es là, elle reste à l'intérieur, elle brode, elle lit. Elle retient mon ordi en otage. Mais toi ? J'ai l'impression que tu passes tes journées dehors …. Tu vas quelque part où c'est seulement des affaires de kouraïls ? Le pot à pourboire n'arrête pas de se remplir et, l'argent ne pousse pas dans les arbres ... Est-ce que tu as un travail ? … Ou est-ce que vous vous débrouillez autrement ? »

– « Je … Je danse. »

– « Tu danses ? »

– « J'ai eu un maître qui m'a mise à l'opéra de Paris. A la Grande Epoque. Mes maîtres font toujours de moi, soit une concubines, soit une danseuse ... Où les deux. L'un va bien avec l'autre, j'imagine. J'ai eu un professeur russe. Ces gens-là ne plaisantent pas quand disent vous faire répéter jusqu'à ce que le geste se grave jusque dans vos os. Même maintenant, je suis une ballerine plutôt convenable. Alors je donne quelques cours … »

« En plus, des autres choses dont Kadzuaâri a besoin », ajouta-t-elle rapidement.

Kadzuaâri avait besoin que les gens rentrent tachés de sang ? Il croyait qu'ils en avaient fini avec tout ça …

_ « A ce sujet … », commença Kadzuaâri avec ce ton qui indiquait « histoire de servi » et « tu ne vas pas aimer ce qui suis ».

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