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Une heure
Author:
Nandra-chan PM
Textes écrits en une heure.
Rated: Fiction K - French - Chapters: 4 - Words: 5,845 - Reviews: 9 - Favs: 2 - Follows: 3 - Updated: 08-20-12 - Published: 07-22-12 - id: 3044020
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Titre : Façonner

Auteur : Nandra-chan

Note : Texte écrit en une heure pour un "marathon" d'écriture et laissé tel quel. Pardonnez donc les fautes si vous en trouvez :)

Pour me faire du bien ou du mal, on clique en bas au milieu et on écrit des choses dans le petit rectangle. On n'oublie pas de se loguer si on veut recevoir une réponse :)


Je n'ai pas de mère. J'en ai forcément eu une, un jour, mais qui était-elle ? A quoi ressemblait-elle ? Qu'est-il advenu d'elle ? Je n'en sais rien. Je ne me souviens que de l'homme que j'appelais mon père. Ce n'était pas mon vrai père, je l'ai toujours su, et il suffisait de nous regarder quand nous étions côte à côte pour le deviner ; nous n'avions rien en commun, exception faite de l'amour que nous nous portions. Mais il était le seul père que j'aie jamais connu. Il connaissait ma vraie famille, mais je ne l'interrogeais jamais là-dessus. Ça le rendait triste, quand je le faisais, et je n'avais pas vraiment besoin de savoir. Ma famille, c'était lui.

Quand je pense à lui, c'est toujours la même image qui me vient à l'esprit. Il est assis devant son établi, et je ne peux pas voir son regard, à cause de ses lunettes noires. Légèrement penché en avant, ses sourcils fins un peu froncés, le front humide de transpiration et ses cheveux blonds collés à ses tempes, il travaille. Il manie de fines tiges entre ses doigts longs et agiles, les passe dans les flammes tantôt bleutées, tantôt jaunes et rouges, du chalumeau. Il ne porte pas de gants et ses mains dansent avec le danger, sans jamais se brûler. La pâte de verre se ramollit, se tord, en fils incandescents si lumineux que je pourrais les observer pendant des heures, fasciné.

"Cruz, si tu veux rester, protège-toi", me dit-il. Je n'ai fait aucun bruit, je sais qu'il ne m'a pas vu arriver, mais il devine toujours le moment exact où j'entre dans la pièce. Je regarde son profil concentré, ses traits encore jeunes ; il est beau, mon père. Et les objets qu'il façonne sont comme lui, comme ses yeux bleus : transparents, purs, et mouvants, changeants selon la lumière qui les éclaire. Oiseaux, animaux de toutes sortes, dragons, chimères, ses créations m'entraînent dans un monde féerique, fantastique. Ils sont si beaux, si délicats, qu'on les dirait vivants et parfois, j'imagine que tout à coup, ils se mettent à bouger et racontent une histoire sur le bois noirci du vieux plan de travail. Certains enfants construisent des mondes oniriques en écoutant les contes que leurs parents leur lisent. Moi, je vis des rêves de cristal. "Quand je serai grand, dis-je, je serai souffleur de verre comme toi, Papa." Il ne répond pas, ne lève pas la tête, mais un léger sourire effleure ses lèvres, à chaque fois, et ça me rend heureux. Il ne sourit pas souvent. Parfois, il m'invite à m'asseoir à sa place et il m'enseigne son art. C'est difficile, il faut être minutieux et mes doigts ne sont pas aussi habiles que les siens.

Une fois, j'ai réalisé un escargot. Je ne sais pas pourquoi j'avais choisi cet animal, je l'avais fait comme ça, sans réfléchir. Je le trouvais plutôt moche, mais il a dit qu'il était magnifique. Il pouvait passer des heures assis à la table près de la fenêtre, à l'admirer, ce petit animal biscornu avec sa coquille pas tout à fait aussi ronde qu'elle aurait dû et ses antennes qui n'étaient pas de la même longueur. Il le posait sur sa paume, et il s'amusait à le placer dans les rayons du soleil pour que la lumière, en passant à travers, dessine de petits arcs-en-ciel dans sa main. Il ne disait jamais rien, dans ces moments-là et je n'osais pas le déranger. Pendant qu'il contemplait mon piètre travail, moi, j'observais son visage, et me demandant à quoi il pouvait bien penser. Ou à qui. Qui était la personne dont le souvenir le rendait si nostalgique ?

Le temps passait, je grandissais. J'ai fait d'autres objets, plus jolis, plus réussis, mais lui, toujours, c'était cet escargot qu'il gardait dans le creux de sa main. Et puis un jour, il a levé les yeux sur moi et il m'a souri. "Je n'ai jamais compris pourquoi, mais il adorait les escargots, ton père." Puis il s'est levé, il a reposé délicatement le petit animal à sa place sur l'étagère où il rangeait tous mes travaux, et il est reparti dans son atelier.

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