Fiction » Thriller »

Les affres du pouvoir
Author:
suttarns PM
Quand un directeur d'entreprise, gérant des systèmes de sécurité ultra-sophistiqués, est retrouvé mort pendu dans sa demeure faisant office de forteresse, le lieutenant Alex Chapman et son équipe se retrouvent embarqués dans une affaire explosive qui risque de nuire à certaines personnes haut-placées. Comme le disait Honoré de Balzac: "Le pouvoir est une conspiration permanente".
Rated: Fiction T - French - Suspense/Crime - Chapters: 4 - Words: 21,221 - Reviews: 2 - Follows: 1 - Updated: 09-18-12 - Published: 07-24-12 - id: 3044655
A+  A-   Full 3/4 1/2 Expand Tighten

PROLOGUE

Stacy Lennox était une belle femme de trente ans qui avait su percer dans la hiérarchie de sa ville natale, Boston. Elle n'hésitait pas à se salir les mains quand il le fallait, ne reculait devant rien pour réussir ses objectifs. Une partisane de la principale doctrine de Machiavel, « La fin justifie les moyens ». Aujourd'hui, Stacy se trouvait être l'adjointe du maire de la ville de son enfance. Son fer de lance, son bras droit, sa principale conseillère. Mais ce soir là, elle aurait préféré être celle qu'on ne voit jamais, celle à qui on ne demande jamais de conseils car on ne se rappelle même plus de son prénom. Elle savait que le monde dans lequel elle se hissait, n'était sûrement pas celui le plus honnête mais elle ne s'était pas doutée la moindre seconde de jusqu'où cela pouvait aller.

Aux environs de dix huit heures, le maire profitait du confort de son domicile, assis sur un fauteuil hors de prix, regardant une émission culinaire à la télévision. Son petit rituel quotidien quand il n'était pas à des réunions urgentes à la mairie ou quelques autres problèmes qu'ils soient. Sa femme préparait le repas du soir, un très copieux bœuf bourguignon. Étant une adepte de la cuisine française, la femme du maire se surpassait tous les jours pour impressionner son exigeant mari. Elle lui demanda de sortir les poubelles, ne voulant pas lâcher son émission, le maire fit semblant de ne pas avoir entendu la requête de son épouse. Celle ci insista en montant d'un demi ton, cette fois il ne pouvait pas y échapper. Car si il y avait une chose qu'il avait appris, c'était de ne pas contrarier madame. Il se leva, prit le sac qui se trouvait dans le garage et déposa dehors. L'air était frais mais très doux pour un mois d'octobre. Il resta quelques secondes à regarder les alentours et profiter de l'air frais revigorant. Quelques secondes ! Quelques secondes de trop ! Un homme se plaça derrière le maire en lui pointant quelque chose qui ressemblait à un revolver dans le dos.

- Ne faite aucun geste brusque ou je vous promet de vous abattre ici sur le champ, déclara l'inconnu avec une voix calme et posée.

- Qu'est ce que vous voulez ? Demanda le maire terrorisé.

- Un homme est sur le point d'être jugé demain matin, Matt Bigelow. Faite en sorte que le procès soit annulé.

- Vous plaisantez ? S'écria t-il en essayant de se retourner pour voir son agresseur. L'inconnu lui donna un coup de crosse derrière la tête.

- J'ai dis ne bougez pas ! Vous allez faire ce que je vous demande ou demain matin sera le début d'un très long cauchemar pour vous et votre entourage.

Le maire avait mené beaucoup de négociation d'une main de maître mais ses opposants n'étaient normalement pas armés. Il ne savait pas quoi penser de cette menace, il décida de tâtonner le terrain pour savoir exactement de quoi cet homme était au courant.

- Un long cauchemar ? De quoi vous voulez parler ?

L'inconnu sourit discrètement, il n'attendait que ça. Il sortit d'une main, une enveloppe de sa veste et la tendit au maire. Celui ci sentait son cœur battre de plus en plus vite comme si il allait imploser. L'enveloppe renfermait des photographies du maire dans toutes sortes de rendez-vous, affaires louches ou adultère à répétition, etc …

- Où avez eu ces photos ?

- Réfléchissez plutôt au moyen que vous allez utiliser pour faire sortir Matt Bigelow de prison. Le procès est demain matin, ne perdez pas de temps.

L'inconnu frappa une dernière fois le crâne du maire avec la crosse de son arme et s'en alla à toute vitesse. Quelques secondes plus tard, la femme du maire découvrit horrifiée le corps de son mari, gisant sur le sol, inerte. Quand il reprit ses esprits, celui ci vit son épouse, le téléphone à la main, parlant à la police. Il ne manquait plus que ça, pensa t-il.

Il faisait nuit noire désormais et la lumière d'un bureau de l'hôtel de ville était étrangement encore allumée. Pourquoi le maire farfouillait son bureau à presque une heure du matin ? Il avait ouvert son coffre fort et découvrit avec stupeur que tous les documents qui se trouvaient à l'intérieur avait disparu. Comment une telle chose pouvait-elle être possible ? Il fallait un code numérique et une reconnaissance digitale pour ouvrir le coffre. Il existait même une sécurité infaillible contre toute tentative de piratage informatique. Il avait appelé son adjointe Stacy au plus vite pour avoir accès aux vidéos de surveillance. La jeune adjointe n'appréciait pas ce genre de liberté de son patron. Quand il lui expliqua la situation, son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Alors que les élections approchaient à grand pas, ce n'était pas le moment de tomber sur des scandales de cette sorte, les médias ne perdraient pas une seconde avant de se ruer sur les ragots comme des charognards sur une pauvre bête, seule dans le désert.

Stacy et monsieur le maire observaient attentivement les vidéos, mais il n'y avait rien à en tirer. La dernière fois qu'il avait ouvert son coffre fort, c'était la semaine dernière. Rien ne montrait sur les enregistrements qu'une personne se serait infiltrée dans le bureau en l'absence du maire. Mais même avec cela, comment cette personne aurait pu passer le système de sécurité ?

- Il ne reste plus qu'à espérer que la police le retrouve, annonça Stacy sur un ton de défaite. La première fois que ça lui arrivait. Normalement toujours abonnée aux victoires depuis sa faculté de droit.

- Mais ça ne servira à rien ! s'emporta le maire avec véhémence. Le procès de Bigelow a lieu demain matin à dix heures. J'ai pas vraiment envi de prendre le risque d'espérer que la police réussisse à le chopper. Il a déjà réussi à voler mon coffre par je ne sais quel moyen !

- Vous n'avez quand même pas l'intention de faire annuler le procès ? S'exclama Stacy cette fois ci. Bigelow est une ordure de première, la police a mis dix ans pour enfin trouver les preuves de ses escroqueries. Vous vous rappelez que la loi interdit à une personne d'être jugée deux fois pour le même crime. Si on le libère là, on ne pourra plus jamais l'avoir !

- J'apprécie vos recommandations miss Lennox mais si vous avez une meilleure idée je l'attends ! Car je ne peux pas pleinement coopérer avec la police sans me couper directement la tête. Je ne vais sûrement pas attendre les bras croisé qu'un miracle survienne et ça ne me plaît pas plus qu'à vous de laissez filer Bigelow !

Stacy laissa échapper un soupir. Elle ne savait pas ce qui allait l'attendre par la suite. Le maire avait une idée en tête et il savait qu'il ne pourrait convaincre son adjointe qu'en la menaçant.

- Vous allez vous introduire dans le local des pièces à conviction du commissariat central.

- Quoi ? S'offusqua t-elle sans laisser son patron finir sa phrase. Mais vous êtes malade ! Je suis d'accord pour fermer les yeux sur vos magouilles mais il est hors de question que vous me mêliez à ça !

- Vous êtes la personne en qui j'ai le plus confiance et de toute façon je ne vous laisse pas le choix ! Si je tombe, vous tombez aussi et je m'assurerai que vous passiez vos quinze prochaines années en prison.

Stacy reconnaissait bien là monsieur le maire. Lui aussi était un partisan de la doctrine de Machiavel, mais il ne se dérangeait pas pour l'appliquer dans son propre camp. Il faut être proche de ses amis mais encore plus de ses ennemis.

- Je vous demande juste de falsifier les preuves incriminant Bigelow, reprit le maire. Je sais que vous en êtes capable. Sous vos airs de gentille adjointe intègre, je sais que vous êtes comme moi.

Stacy resta silencieuse, il avait bien raison, elle était capable de beaucoup de chose mais faisait en sorte de ne pas se compromettre. Une manipulation perfide et vile que pratiquement toutes les femmes de pouvoir exerçaient dans la plus grande des discrétion. Elle accepta le marché du maire et se mit en chemin.

Stacy avait garé sa voiture sur Cambridge Street, à quelques centaines de mètres de New Sudbury Street dans laquelle se trouvait le commissariat central. Le local des pièces à convictions se situait derrière. Heureusement que la jeune adjointe au maire continuait de faire du sport car elle allait devoir mettre ses talents d'athlète à contribution. Elle escalada un grillage juste à côté de là où elle s'était garée pour atterrir dans une petite ruelle. Elle s'était toute vêtue de noire pour passer telle une ombre, fugace et mystérieuse. Mais Stacy ne faisait pas vraiment la fière toute seule dans une ruelle sombre à trois heures et demie du matin. Elle prit soin d'éviter tout ce qui pouvait faire du bruit sur le sol comme les bris de verre, les canettes de soda ou de bière. La seule chose qu'elle ne pouvait empêcher de faire du bruit, c'était les chats. Avec leur vision favorisée en pleine nuit, il était impossible de les éviter et en général, ils ne se privaient pas de faire un maximum de bruit en s'enfuyant. Et pour couronner le tout, elle ne croisait que des chats noirs. Stacy n'était pas de nature superstitieuse mais après tout ce qu'elle venait d'apprendre en quelques heures entre le vol du coffre, la menace contre le maire, la demande de libération de Bigelow et maintenant à jouer les Mata Hari pour sauver la peau de son patron et surtout la sienne. Elle ne pouvait pas résister à la tentation de se demander si elle n'était pas maudite aujourd'hui.

Après de multiples efforts, la jeune femme arriva à hauteur du local des preuves. Elle resta immobiles plusieurs minutes afin de mémoriser rapidement la logique du gardien dans son tour de garde. Dans un même temps, elle repéra une fenêtre entrouverte qui malheureusement, était trop haute pour l'atteindre. Sa seule option était la porte de l'issue de secours. Elle avait de la chance, le local était un vieux bâtiment qui n'avait pas encore reçu les nouvelles technologies en matière de serrures électroniques. Là il ne s'agissait que d'une simple serrure que n'importe quel gamin de la rue pouvait crocheter facilement. Stacy attendit que le gardien soit hors du champ de vision pour s'approcher de la porte. Elle sortit son rossignol et commença à crocheter la serrure quand un énième chat se mit à faire un vacarme terrible. Stacy vit immédiatement la lumière de la lampe torche du gardien faire demi-tour. Elle se cacha derrière le mur mais oublia de retirer le rossignol. Quand le gardien arriva à hauteur de la porte de secours, il braqua sa lampe dans la ruelle, dans les poubelles et aperçut le chat tigré responsable de tout ce baroufle. Il reprit sa ronde sans remarquer la présence de l'outil de crochetage sur la serrure.

L'intérieur du local était d'une propreté éclatante, la jeune femme ne se rappelait pas ce détail. Normalement, il y avait des allées poussiéreuses, des étagères un peu bancales. Des boîtes rangées n'importe comment. Mais là tout était nickel. Elle se souvint alors que le lendemain matin, le procureur général devait personnellement inspecter les preuves contre Bigelow. Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle allait faire libérer cet énergumène. Stacy se sentait très concernée sur le sujet de Matt Bigelow, il s'était plusieurs fois mis en travers de son chemin. Les collègues de l'adjointe au maire ne comprenaient pas pourquoi elle prenait cette affaire tellement à cœur, elle passait des nuits entières à rester à son bureau à fouiller dans la vie du directeur de la firme BSS, Boston Security System. Mais elle non plus n'arrivait à rien. Du jour au lendemain, les preuves se sont mises à sortir comme des fleurs qui éclosent. Le jour de l'arrestation du multimillionnaire, Stacy n'avait pas pu cacher sa joie. Une victoire qui fut d'une trop courte durée. Après avoir repéré l'allée où se cachait la fameuse boîte. Elle brisa les scellés de la boîte et farfouilla à l'intérieur. Elle remplaça la déposition de Bigelow contre une fausse, tout comme les relevés bancaires et les relevés téléphoniques. Les principales preuves devenaient complètement bidon, avec tout ça, il n'y avait aucune chance que le procureur générale puisse ordonner un procès. Stacy approcha de nouveau de l'issue de secours. Il n'y avait pas de vitre sur la porte, impossible de voir si le gardien était à quinze mètres ou juste à deux centimètres. Elle avait une chance sur deux et vu la chance qu'elle se trimbalait depuis le début de la nuit, elle préféra coller son oreille sur la porte et essayer d'entendre des bruits de pas. Après quelques minutes, toujours rien, elle n'avait ni entendu des pas s'approcher ou s'éloigner, à croire que le gardien avait disparu. C'est alors qu'elle entendit du bruit dans la salle. Quelqu'un venait de rentrer et s'avançait dangereusement vers sa position. Stacy n'avait plus vraiment le choix, elle inspira profondément et ouvrit la porte de l'issue de secours.

Personne de l'autre côté, la chance était peut être revenue après tout. Elle refit le chemin de l'aller en sens inverse en étant moins délicate que la première fois. La montée d'adrénaline lui disait de ne pas réfléchir et de vite revenir à sa voiture. Une fois à l'intérieur de son véhicule, la pression retomba, elle se sentait en sécurité. Il ne lui restait plus qu'une chose à faire, brûler les véritables preuves dans un lieu isolé. Le geste le plus difficile de sa vie pour l'instant. Brûler ces documents, c'était pour elle comme une trahison. Elle commença par détruire la déposition. Une preuve mineure mais qui expliquait en grande partie les détails de ses arnaques. Elle enflamma les relevés bancaires et téléphoniques. Mais au dernier moment, elle eut un instant d'hésitation.

« J'ai déjà vu ce nom quelque part, dit elle à haute voix en regardant le relevé téléphonique de plus près. »

Kaplan0130 ! Elle se tritura les méninges et sa mémoire mais il n'y avait rien à faire. Elle devait sûrement se mélanger ses souvenirs, l'adrénaline n'était pas encore tout a fait tombée et l'émotion était trop forte pour elle. Elle jeta les derniers papiers dans le brasier. Stacy leva les yeux au ciel et versa une larme en guise de pardon.

Favorite : Story Author   Follow : Story Author

  .    .