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Vœu, la clé de ton cœur
Author:
Aislune Seidirey PM
Il est d'étranges rencontres qui peuvent avoir lieu, dans des lieux tout aussi incongrus. Néanmoins, elles sont bien réelles, Cassandra le sait. C'est ainsi qu'elle a trouvé la clé de son cœur et ouvert les yeux sur elle-même.
Rated: Fiction K - French - Fantasy/Spiritual - Words: 3,833 - Reviews: 1 - Favs: 1 - Follows: 1 - Published: 09-13-12 - Status: Complete - id: 3057945
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Note de l'auteur: Bonjour à tous,

Voici une autre histoire, qui j'espère vous charmera. Je garde le mystère sur son origine... mais si vous êtes curieux, vous pourrez toujours me le demander ;). Bonne lecture!


Vœu, la clé de ton cœur

L'hiver, une fascination aux allures de cendres blanches appartenant à une divinité immolée à l'aube des temps. Cette saison tisse une trame de sommeil proche de la mort physique. Ses lèvres blêmes embrassent les corps comme les rêves qu'ils abritent. Elle peut assassiner et protéger selon les humeurs du temps, et aussi selon sa propre volonté.

En hiver, saison blanche et pure, quelques promenades peuvent se révéler charmantes ou surprenantes, surtout dans des endroits où l'urbanisation n'a pas encore d'emprise. La nature semble dormir, se magnifier sous un manteau pâle ou même quelques cristaux de glace. L'hiver n'est pas surnommé la « mort blanche » pour rien en certaines contrées. Malgré tout, il n'est pas qu'associé à la grande Faucheuse; quelques fééries extraordinaires s'y tapissent.

Il n'y avait pas âme qui vive dans le village lorsque Cassandra en sortit pour que son esprit s'évade à l'extérieur. Elle inspira longuement un grand bol d'air frais, puis s'engagea sur le sentier forestier qui invitait à une balade tranquille, sans prise de tête. Cette envie la tenaillait depuis son arrivée dans ce petit village de montagne, aussi commun que le commun des mortels, que ceux d'autres contrées. Ses parents avaient choisi cet endroit pour leurs vacances, ce qui n'avait rien de bien folichon lorsqu'elle y repensait.

Du haut de ses dix-huit ans, elle avait courbé l'échine lorsqu'ils l'avaient supplié de les accompagner afin de passer du temps ensemble en famille. Si la jeune fille avait été invitée par ses amis, ou si elle avait eu l'occasion de participer à la fête étudiante pour le Nouvel An, elle ne les aurait pas suivis.

On se voit si peu... mais y avait-il besoin de partir en vacances pour ça ?

Songeuse, Cassandra remonta juste un peu le col de son écharpe pour que le vent ne gèle pas ses lèvres, et réajusta les manches longues de son manteau de sorte qu'elles couvrent ses mains. Même si elle portait des gants, elle sentait le froid pénétrer leur laine. Elle balaya ses dernières pensées pour se concentrer sur le paysage, puis se permettre de rêvasser. Même sous le manteau de la saison blanche, la forêt exhalait une odeur de pin et de mousse agréable, bien que ténue.

Cassandra passa sous une rangée de sapins relativement jeunes, sans se rendre compte qu'elle déviait de sa route et qu'elle s'approchait d'une lisière. Ce n'est que lorsque ses pieds faillirent glisser sur de la roche bordant un petit lac emprisonné par une fine couche de glace que la jeune fille se gourmanda pour son inattention. Il était moins une: elle se serait retrouvée sur cette patinoire, les fesses meurtries, ou pire encore : au fond du lac, assommée, avec une cheville brisée...

Elle secoua la tête pour chasser ces pensées glauques, fixa le ciel qui ne portait plus son nom d'azur depuis quelques minutes, frissonna.

Je n'ai pas choisi le meilleur moment pour sortir...

Elle frotta ses mains et obliqua de nouveau vers la forêt. Le temps se couvrait, ce qui ne signifiait rien en soi. Néanmoins, la jeune fille ne souhaitait pas tenter le diable en jouant avec sa vie. Elle ne connaissait pas les lieux, alors si elle s'y perdait... Des accidents en montagne, il y en avait bien assez !

En vain, Cassandra chercha le sentier qu'elle avait emprunté et malencontreusement délaissé à cause de ses rêveries. Chose non aisée, surtout qu'à son plus grand désarroi, aucun marquage, aucune pancarte, aucun repère apposé par l'homme ne montraient le bout de son nez. Elle aurait dû s'y attendre, en même temps... Contrairement à ce que pouvaient penser beaucoup de personnes, tout paysage montagnard, aussi mignon fût-il, n'était pas forcément un lieu aménagé pour les touristes, les randonneurs ou les amoureux de la nature.

Elle soupira et persévéra dans sa tâche. Un peu angoissée, elle espérait qu'elle ne s'était pas trop éloignée au point de devoir attendre que l'on ait remarqué sa disparition. Elle n'avait même pas pensé à prendre son téléphone portable...

J'arriverai bien quelque part, de toute façon. Je finirai par sortir de cette forêt, toute chose a une fin !

Cassandra pesta entre ses dents lorsqu'une petite chute de neige s'abattit sur son crâne à cause d'un sapin aux branches trop fragiles pour la supporter. Elle ôta son bonnet, le secoua, et tressaillit quand quelques flocons de neige fondue frôlèrent sa nuque et s'infiltrèrent dans son col pour descendre le long de son dos. Elle grimaça, rhabilla sa tête en cachant bien ses oreilles et remua ses omoplates pour que cette sensation désagréable s'achève.

C'est alors que son attention fut attirée par une éclaircie dans la masse uniforme des arbres sur sa gauche. Une autre orée semblait se profiler. Prudente, Cassandra s'y rendit en veillant à ne pas se faire avoir comme tout à l'heure. Ses pieds s'enfoncèrent dans une petite crevasse et elle se retrouva enlisée jusqu'aux mollets. Elle s'en dépêtra en bénissant ses bottes fourrées, même si quelques jurons avaient franchi la barrière de ses lèvres. Heureusement, la jeune fille parcourut sans dommages la distance et put constater que l'orée donnait sur une plaine ouverte. Bon, ce n'était pas tout à fait la sortie, mais peut-être qu'elle ne se situait pas loin du village et qu'elle trouverait un raccourci pour rentrer...

Cassandra fixa l'horizon, puis l'étendue immaculée, que quelques touffes d'herbe parvenaient à braver. La bise chatouilla le bout de son nez, qu'elle frotta pour y chasser l'engourdissement. Elle sourit, puis marcha en toute confiance dans la plaine en s'éloignant de la forêt. Une mélodie légère s'éleva alors, portée par cette bise, ce qui la pétrifia sur place.

Tiens, cette plaine est habitée ?

La crainte aurait pu choisir ce moment précis pour assiéger son cœur, mais le seul sentiment qui vint la taquiner fut une curiosité mêlée de perplexité. Cassandra courut vers cette mélodie, se guida avec son ouïe, tout en notant que la neige commençait à tomber. Tant pis... Tout ce qui importait pour l'instant, c'était de connaître l'origine de cet air qui ressemblait à celui d'une boîte à musique, ou encore d'une fête foraine. Cassandra se mordit la lèvre inférieure alors qu'elle prenait conscience de son comportement hallucinant et de ses pensées abracadabrantes. Néanmoins, elle n'y prêta plus attention.

Lorsqu'elle parvint à son but, elle se figea à nouveau, ébahie par la vision qui s'offrait à elle. Les mains serrées contre son cœur, elle retint son souffle et laissa ses émotions se décanter alors que ses yeux furetaient.

Le ciel délivrait quelques flocons grossiers sur une petite place entourée par les ruines de ce qui avait sans doute été un hameau. Ils ne masquaient pas complètement l'état d'abandon des lieux, ni sa tristesse. Les herbes folles délogeaient les pavés, patientes et nombreuses. Aucun rayon de soleil ne perçait l'épaisse robe grise des nuages. Néanmoins, Cassandra ne se concentra pas davantage sur ces détails, mais sur d'autres, incongrus en cet endroit délaissé par les hommes.

Comme si c'était parfaitement normal, quelques enfants se trouvaient en ces lieux désolés. Et ce manège, enfin ce carrousel... qui tournait joyeusement ! De bonne taille, il semblait sans âge, à la fois neuf et vieux. Le passé, le présent et le futur s'entremêlaient dans ses formes rondes, ses boiseries, cette mélodie qu'il délivrait. Des éclats naquirent dans les yeux de la jeune fille, qui continua de s'approcher sans dire un mot. Le cœur ému, elle fixa les vestiges des deux fermes qui bordaient la place en se demandant ce qu'était devenu le reste du hameau.

Un vieil homme, ni maigre ni gros, aux joues rebondies et le visage recouvert par une grande barbe blanche, accueillait les enfants. Un sourire, qu'elle qualifia de mystérieux, égayait ses lèvres. Mal à l'aise, elle décida de fermer les yeux et de respirer profondément pour se ressaisir. Rien n'était normal en cet endroit, rien. La magie y habitait, ce n'était pas possible autrement. Son propre comportement tenait de l'irrationnel, comme si un envoûtement la possédait. Du carrousel en mouvement, la mélodie invita la mélancolie à se poser entre ses notes, comme pour se joindre avec son état d'âme.

Hésitante, elle rouvrit les paupières, puis regarda les enfants se diriger vers un stand qui longeait la cabine du carrousel. Des poupées et des marionnettes attendaient sagement qu'un être vivant daigne leur accorder son attention. Cassandra fut soufflée par leur beauté et par le raffinement des visages en porcelaine ou en bois. De plus, elle ne percevait rien de malsain en elles, bien que depuis sa plus tendre enfance, tout jouet de ce type lui fasse peur. Sa mère n'avait jamais compris pourquoi, au demeurant. Néanmoins, Cassandra ne s'approcherait pas de son plein gré du stand. L'appréhension ne la lâcherait pas aussi facilement !

Après avoir parlé au vieil homme, une petite fille blonde monta dans le carrousel une fois ce dernier arrêté. Un grand sourire illuminait son visage rougi par le froid. Ses iris verts furetèrent pour choisir l'unique cheval de bois qui s'y trouvait, puis elle le chevaucha comme une princesse. Les quatre autres enfants attendirent sagement que l'homme fût disponible pour eux, alors qu'il redonnait vie au manège qui apparaissait de plus en plus enchanté aux yeux de Cassandra. Ensuite, il sortit de la cabine, resserra son long manteau gris sur son corps, puis se pencha vers l'enfant suivant. Ce dernier leva ses grands yeux noirs vers lui, tendit sa menotte à la peau tout aussi sombre, puis lui chuchota quelque chose à l'oreille.

C'est alors que Cassandra étouffa un cri de surprise; la petite blonde, au fur et à mesure des tours qu'elle faisait sur le carrousel, semblait devenir de plus en plus transparente... jusqu'à disparaître complètement ! Interdite, elle plaqua sa main sur sa bouche. La terreur aurait dû la broyer entre ses crocs et la pousser à détaler en courant, trébucher dans la neige, et peut-être s'écorcher les genoux et la voix. Pourtant, Cassandra restait là, comme pétrifiée par Méduse en personne, dévorée de curiosité, sans une once d'épouvante pour tordre son cœur dans tous les sens.

Où est-elle allée ?

Elle cligna des yeux lorsqu'elle se rendit compte qu'elle se trouvait désormais derrière les enfants. Pourtant, elle ne se rappelait pas avoir bougé d'une quelconque manière ! Nerveusement, Cassandra saisit la petite clé qu'elle portait en pendentif et la frotta entre son pouce et son index. L'anneau, épousé par deux ailes en métal symétriques, mais inversées, roulait contre les maillons de la chaîne en argent qui la soutenait. Le panneton, de facture classique, finit par reposer au creux de sa gorge, protégée par son écharpe au bleu terni par l'usure. La jeune fille la remonta sur son menton par réflexe.

La neige, plus généreuse que tout à l'heure, continuait de recouvrir ce paysage que Cassandra avait de plus en plus de difficultés à analyser. Toute son attention était concentrée sur le vieil homme, qui lui avait jeté un bref coup d'œil, mais lui avait servi un sourire amusé, comme s'il l'attendait et avait ressenti son étonnement. La jeune fille déglutit et tendit l'oreille pour percevoir au moins un échange entre le dernier enfant et lui. Les autres, qui étaient montés dans le carrousel ensemble, avaient subi le même sort que la petite fille.

Cassandra ne fut pas au bout de ses surprises lorsqu'elle entendit, de la part d'une enfant de dix ans aux courts cheveux bruns à qui c'était au tour de s'entretenir avec le vieil homme :

— J'ai un vœu, moi aussi !

— Alors, quel est-il ? Écoute ton cœur et répète-moi ce qu'il te dit.

— Je voudrais... Oh, monsieur ! Je voudrais une poupée habillée en reine !

— Es-tu sûre de ton choix ? Est-ce ton vœu le plus profond, le plus cher ?

— Oui, monsieur ! souffla-t-elle, les yeux bleus brillants.

Cassandra fut étonnée qu'il ne lui en donne pas une présente sur le stand. Pourtant, celle qui se situait à un des bords semblait être une parfaite candidate ! La petite fille s'assit dans une tasse; Cassandra saisit alors ce qui lui avait échappé jusque-là.

Ainsi donc, en montant dans le carrousel, le vœu désiré se réalisait... la jeune fille frémit intérieurement. Elle nageait en plein délire ! Non, elle ne pouvait pas rester là, elle n'avait rien à faire ici. Déjà, elle n'était plus une gamine; ensuite, tout son être aspirait à une seule et même réponse : quel enfant avait-il écouté vraiment son cœur ? Qu'advenait-il s'il formulait un souhait superficiel... du même style que celui de cette fillette, par exemple ? Cassandra grimaça. Non, elle n'avait pas le droit de la juger sur si peu d'éléments.

Son oreille fut plus attentive à la mélodie que délivrait le manège chatoyant. La jeune fille ne put s'empêcher de fermer les yeux et de se laisser porter par cet air qu'elle ne connaissait pas, mais qui lui semblait tant familier et accueillant, malgré sa tristesse. Soudain, elle se raidit et resserra les bras autour de son corps pendant que l'évidence crevait ses questions comme si c'étaient de vulgaires bulles de savon : seuls les rêves les plus profonds donnaient satisfaction et bonheur ! Bien que tout vœu fût réalisé, s'il n'était ni sincère, ni essentiel, il laissait sur la langue un goût amer, si amer...

Combien de fois un enfant peut-il venir ici ? Un seul vœu peut-il infléchir tout un destin ?

Soudain, Cassandra sentit le regard du vieil homme posé sur elle, ce qui la fit sursauter. Elle s'avança vers lui, bredouilla deux ou trois mots brouillons, avant de secouer la tête, de tourner la langue sept fois dans sa bouche, puis de recommencer sous forme de phrases plus claires :

— Je... Je ne veux réaliser aucun vœu. Je suis arrivée ici par hasard.

Durant tout ce temps, l'homme la fixait, les yeux bleus – oui, car ils étaient bleus comme un ciel d'hiver dégagé – scintillant d'amusement, les bras croisés, la tête penchée sur le côté.

— Vraiment ?

Cassandra voulut l'affirmer, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Elle put tout juste marmonner :

— Je ne suis plus une enfant...

— Faut-il être un enfant pour formuler un vœu ?

— Non, mais... j'ai déjà tout ce que je désire.

— Hum...

Cassandra pensa qu'il ne chercherait pas plus loin, mais elle fut vite détrompée par la suite :

— Pose tes questions. Elles tournoient dans tes yeux comme les étoiles de l'univers.

— Oh, euh, je... En fait, comment se fait-il que je sois là, alors que de toute évidence, seuls les enfants devraient pouvoir...

— Parce que tu n'as vu que des enfants, aujourd'hui. C'est vrai qu'ils sont majoritaires, car ils croient encore au pouvoir des vœux, mais les adultes peuvent me voir aussi et venir, lui expliqua-t-il en souriant et en triturant les boucles de sa barbe.

— Vous n'êtes pas le père Noël ?

— Ah, ça non ! fit-il en hurlant de rire.

Étrangement, le soulagement envahit son être. Donc il ne s'agissait pas d'une quelconque fantaisie issue de l'imaginaire collectif qui se déroulait là. Cassandra posa les yeux sur les marionnettes du stand; celles-ci lui renvoyèrent un regard aiguisé qui la fit tressaillir. Cependant, aucune peur ne serpentait le long de son corps. La confiance commençait même à s'installer.

— On ne peut faire qu'un seul vœu pour toute la vie ?

— Tout dépend de ce que tu appelles « vie », et aussi de tes choix.

Ce n'est pas une réponse.

Le vieil homme sembla entendre ses bougonnements mentaux, parce qu'il repartit à rire comme un enfant. Détail qui frappa Cassandra, qui baissa la tête et lâcha :

— Je crois que c'est tout.

— Vraiment ?

— Oui. Je vous l'ai dit, je n'ai pas de vœu à vous soumettre.

— Je suis persuadé que si.

Il darda ses prunelles sur Cassandra qui, mal à l'aise, finit par admettre :

— Peut-être... mais de toute façon, c'est un vœu que j'ai déjà demandé et que j'ai regretté.

— Ah oui ? Lequel ?

— Rencontrer mon âme sœur.

La jeune fille chercha à se justifier sans lui laisser le temps de répondre :

— Je croyais que c'était vraiment ce que je voulais, comme toute fille à l'âme romantique : l'aimer, construire ma vie avec... Il semblerait que ce ne soit pas ce que je veux vraiment, puisque cette existence me rendrait malheureuse. Peut-être que je ne suis pas faite pour la vivre... Non, j'ai bien un vœu, mais je n'y crois pas, ni ne souhaite le réaliser à nouveau. Je veux rester libre, finit-elle par avouer.

— L'amour et la liberté sont-ils ennemis ?

— Je n'ai pas dit ça, se défendit-elle avec maladresse.

Le vieil homme sembla réfléchir.

— Et ton cœur ? Que te dit-il ?

Il pointa du doigt le pendentif de Cassandra.

— Tu as déjà les réponses en toi. Tu sais. Il te faut juste la découvrir. La clé de ton cœur, elle est là.

— Est-ce une allégorie ? demanda-t-elle, perplexe.

Il saisit le bout du panneton et la regarda droit dans les yeux. Cassandra frissonna et comprit. Elle n'était pas venue ici par hasard, de même que ce bijou n'était pas ordinaire. Ou en tout cas, il ne l'était plus depuis cette rencontre.

— Tu dis vouloir être libre, mais l'amour est-il vraiment une prison ? Ta tête te murmure « oui », mais ton cœur, que te souffle-t-il ?

Cassandra baissa le menton en ne sachant que répondre. Le vieil homme sourit, puis tendit le bras vers le carrousel, de nouveau arrêté.

— Veux-tu essayer ?

Cassandra déglutit, mais finit par hocher la tête. Un vœu, un simple vœu pour ouvrir son cœur, pour savoir. Le vieil homme eut un gloussement. La jeune fille se dirigea vers le manège en serrant son pendentif avec force. Maintenant qu'elle y songeait, elle l'avait acheté dans une boutique qui ne payait pas de mine, dans une ville médiévale qui avait conservé son charme d'antan... Tout de suite, elle avait été attirée par ce dernier, comme s'il avait été créé pour elle. Il était devenu à cet instant le vecteur, le symbole de la clé de son cœur qu'elle pensait avoir égarée. Bien sûr, elle ne le comprenait que maintenant.

C'est un vœu auquel je ne crois plus, mais peut-être à tort... Peut-être dois-je le réaliser pour découvrir mon chemin de vie.

La jeune fille s'assit dans un carrosse bleu nuit, étrangement dénué de tout attirail et de chevaux en bois pour le traîner. Pourquoi avait-elle choisi cette nacelle-là et pas une autre ? Son cœur connaissait la réponse, mais sa raison la taisait encore. Elle jeta un dernier coup d'œil vers le stand. Ses yeux enregistrèrent un ultime détail, mais n'y prêtèrent pas attention.

Cassandra ferma les paupières et attendit patiemment que le voyage commence. La mélodie s'éleva de nouveau, claire et cristalline, peut-être un peu plus joyeuse que tout à l'heure. La jeune fille n'aurait su le dire. Elle porta la main à sa gorge, serra sa petite clé avec force, le cœur battant la chamade. Ne pas s'emballer, même si elle sentait plus que tout que quelque chose d'important se passait.

La rotation du manège s'atténua, pour finalement disparaître. Cassandra ouvrit les paupières, fixa la fenêtre du carrosse. Dehors, le jour avait succombé sous les étoiles et les jupons en velours de la nuit. Le paysage ne tournoyait plus autour d'elle, mais filait en ligne droite. Un « cataclop » régulier envahit ses oreilles, céda la place à la mélodie triste. À présent, le carrosse était tiré par un... non, deux chevaux. L'air était toujours froid, mais il revigorait Cassandra, qui reconnut les rues du village où elle créchait avec ses parents. Un sourire que son père aurait qualifié d'idiot fleurit sur ses lèvres. Un spectacle aussi incongru aurait dû attirer l'attention des habitants, et le trot des chevaux les sortir de leur lit, mais c'était comme si chacun était plongé dans un profond sommeil.

Est-ce la réalité ?

L'étrange attelage sans conducteur s'arrêta devant l'auberge de jeunesse aux colombages empruntés à d'autres temps. Cassandra descendit en tremblant et, avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, les chevaux se remirent en route. Elle les vit disparaître au fur et à mesure dans la brume, vers l'un des carrefours du village, comme s'ils venaient de franchir une porte. La jeune fille soupira, puis entra à l'intérieur de l'auberge avec la ferme intention de se réfugier sans plus attendre dans les bras de Morphée. Une bonne nuit de sommeil lui semblait salutaire.

Avant de fermer les yeux, Cassandra se rappela un détail qui la stupéfia : il concernait les poupées et les marionnettes du stand. Elles n'étaient pas nombreuses à l'arrivée de la jeune fille, et lorsque la fillette avait formulé son vœu de vouloir une poupée habillée en princesse, il ne s'était rien passé de particulier. Cependant, quand Cassandra était montée à son tour dans le carrousel, elle avait jeté un coup d'œil vers elles... et y avait aperçu une poupée qu'elle n'avait pas remarquée. Détail encore plus curieux : elle savait que cette dernière n'était pas présente avant qu'elle ne parlât au vieil homme. Cela voulait-il signifier que lorsqu'un vœu était sincère, il se manifestait de cette étrange manière... en créant un jouet ? Cassandra ne trouva pas la réponse.

Demain, elle repenserait sans doute à son aventure, chercherait à y deviner un sens qui n'existait pas. Au fur et à mesure du temps, elle parviendrait à se convaincre que cela n'avait été qu'un rêve, du moment où elle était sortie faire sa balade jusqu'à ce qu'elle se réveille le lendemain des événements. Son avenir, par contre, se chargerait de lui remémorer cette rencontre. Quel était-il ? Seule Cassandra le saurait.

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