
Cyphus, à l'autre bout de l'univers. Avec son peuple, sa religion, ses conflits. Mais dans ce monde, une personne est différente de toutes les autres. Une sorte de prophète, qui semblerait pouvoir changer leur monde.
Rated: Fiction M - French - Chapters: 4 - Words: 8,308 - Reviews: 2 - Follows: 1 - Updated: 02-14-13 - Published: 11-11-12 - id: 3073388
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Il y a une légende, l'une des plus anciennes légendes de ce monde, qui raconte qu'un visiteur étranger est venu sur Cyphus il y a des centaines de cycles. Les écrits le présentent sous les traits d'un homme, originaire de Terre. Bien que rien n'ait jamais montré que cet étranger ait fait usage de pouvoirs spéciaux, ou d'une quelconque technologie plus avancée, en quelques décennies, il est devenu le nouveau roi spirituel des Idris. Toutes les représentations que l'on a pu trouver de cet homme sont étranges. Que ce soient celles de son arrivée ou les plus récentes, il est toujours dessiné comme jeune. Comme si les années n'avaient pas eu d'emprise sur lui. Un jour, il a disparu, et plus personne n'a plus eu aucun contact avec lui. La foi des Idris n'en a été que plus forte. L'un d'eux est allé prétendre que l'homme lui avait révélé un secret sur sa nature : il serait incapable de vieillir. Une prophétie est alors née : cet étranger reviendrait un jour marcher dans les temples qui avaient vu sa grandeur, et reviendrait les guider dans les moments noirs.
« La religion est l'intuition de l'univers. »
Friedrich Schleiermacher
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Aodren se réveilla en sursaut. Son stylo venait de tomber de sa main, et gisait maintenant au milieu des feuilles et parchemins qui jonchaient son bureau. Il grommela, son esprit encore embrumé des volutes de sommeil. Jetant un regard par la fenêtre, il vit Gaius Baltar, la capitale, plongée dans son bain de nuit. A l'horizon, découpées par les pointes acérées du Grand Palais, les deux lunes de Cyphus étaient les seules sources de luminosité. L'Idris se passa une main sur le visage, puis soupira. Quand il regardait Gaius Baltar, la nuit, il se disait que rien ne pouvait troubler le calme d'une telle cité. Et pourtant, ils étaient en guerre.
Aodren se leva, laissant son fauteuil de toile se balancer un instant. Il était trop fatigué pour continuer ses recherches ce soir. Une longue nuit ne lui ferait pas de mal. Il quitta la pièce, laissant la nuit recouvrir ses livres et son bureau, qui croulait sous son travail depuis maintenant trop longtemps. L'Idris s'arrêta un moment devant son miroir, dans la chambre. Pièce de mauvaise facture, elle renvoyait une image faussée de la réalité, déformant certains traits, troublant la netteté de beaucoup d'autres. Mais Aodren était très loin d'avoir les moyens financiers de s'en offrir un autre. Avoir un miroir était en soi suffisamment rare, il n'allait pas verser dans le luxe total. Il s'observa néanmoins dans l'objet. Physiquement, le jeune Idris n'avait rien de plus que la moyenne des autres de son espèce. Taille moyenne, corps assez fin. Sa stature ne laissait pas vraiment apercevoir sa musculature. Même s'il regrettait souvent de ne pas avoir des muscles plus visibles, il ne se donnait pas le temps de les travailler. Son point fort était sous son crâne. Il préférait jouer de son intelligence. Et de sa ruse. Son allure sans particularités lui permettait de se fondre dans la masse et il obtenait toujours ce qu'il voulait en réfléchissant. C'était aussi ce qui lui avait permis de ne pas se faire enrôler dans les bataillons de guerre.
Il se tourna légèrement devant son miroir. Puis laissa tomber à terre ce qui lui servait de veste. Tout ce qui aurait pu faire la splendeur de son corps était maintenant étalé sous ses yeux. Mais rien ne le contentait vraiment. Ou seulement une chose. Il simula un frisson. Des milliers de paillettes d'argent commencèrent à refléter la lumière des deux lunes. Puis ouvrit un peu plus ses ailes, comme s'il avait voulu s'envoler. Ces deux magnifiques membres étaient sa seule beauté. Il passa ses bras dans son dos, venant palper les muscles qui retenaient ses ailes. Des muscles puissants, réactifs. Les seuls en lesquels il avait une totale confiance. Légèrement plus haut naissaient les premières plumes, au début un léger duvet gris, qui de muait en de magnifiques plumes argentées. Sa véritable fierté. Il se rappela des images du prophète de leur religion : quasiment identique aux Idris, si ce n'était qu'il était plus grand, que son crâne était plus rond, et qu'il souffrait d'une absence totale d'ailes.
Aodren termina de se déshabiller, laissant gésir à côté de sa chemise son pantalon léger, ceinture défaite. Complètement nu, il s'avança vers sa fenêtre, et d'un geste léger, dénoua son rideau, qui vint couvrir la lumière, plongeant la pièce dans une obscurité presque totale. Puis l'Idris se coucha, de côté. Il ajusta la position de ses ailes, puis ferma les yeux, imaginant une femelle couchée près de lui. Il battit des paupières. Il lui restait encore une année avant de pouvoir y prétendre. Il n'avait pas encore terminé son premier cycle de vie. Le jour de sa naissance avait été celui de l'éclipse d'Ena, la seconde lune, derrière Juvilo, la première. Quand cette éclipse aurait de nouveau lieu, il pourrait chercher femme. Il s'endormit sur cette pensée : il n'aurait plus à attendre longtemps…
« Au Ciel, un ange n'a rien d'exceptionnel. »
George Bernard Shaw
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Kaelig préférait s'entraîner plutôt que de dormir. Elle n'avait déjà absolument rien à faire ici, alors si elle se faisait découvrir à cause de quelque chose d'aussi stupide que des performances physiques, elle ne le supporterait pas. Elle eut une pensée pour sa mère, et le choix de son prénom. Si sa tutrice avait un instant pensé que donner un prénom mixte à sa fille lui permettrait de s'engager dans l'armée… Kaelig enchaîna, dans la salle d'exercice, une petite centaine d'abdominaux, quelques dizaines de pompes, avant d'exécuter sans adversaire des mouvements de combat. Pour elle, rester réactive était une question de vie ou de mort. Elle s'était engagée pour défendre sa partie, défendre les siens. Sur le champ de bataille, au milieu des flèches et des lances qui pouvaient tomber en pluie autour d'eux, ils devaient être les plus rapides et les plus efficaces.
L'Idris était couverte de sueur. Mais n'arrêtait pas pour autant. On aurait presque pu penser qu'elle dansait, si ses mouvements n'avaient pas été aussi agressifs. Sous sa peau, ses muscles affutés ressemblaient presque à ceux des plus jeunes soldats qu'elle côtoyait. Pour l'instant, elle rivalisait de piques masculins et jouait à se faire respecter auprès de ses camarades de rang, et personne n'avait encore découvert sa nature. Et c'était aussi pour ça qu'elle s'entrainait de nuit : elle ne pouvait pas partager les horaires de douche des hommes. Son masque aurait aussitôt été levé. Elle s'arrêta finalement, à bout de souffle, et se dirigea vers les douches. Se déshabillant au milieu de la salle vide, elle laissa l'eau tiède couler sur son corps brûlant, tout en étant attentive aux bruits qui pouvaient révéler la présence de quelqu'un. Mais au bout de cinq minutes, toujours rien. Elle ébouriffa ses cheveux courts, puis s'épongea consciencieusement avec son morceau de serviette de douche, aussi rêche qu'une barbe. Se rhabiller. Puis s'équiper. Elle était de garde ce soir. Elle enfila sa côte de mailles, toujours aussi lourde, puis ajusta sa veste de cuir dur au dessus. Faire en sorte que les ailes soient bien protégées dans la sorte d'excroissance de la combinaison. Les quelques fins morceaux de métal, qui se plaçaient le long des arêtes des ailes, pour les protéger un peu plus. Les bottes de combat, le pantalon de cuir. Un dernier plastron, qui lui couvrait tout le ventre. Elle ressemblait maintenant à n'importe quel soldat.
Elle quitta le bâtiment, arc et carquois à la main, pour se diriger vers le poste de garde.
- Tu as failli être en retard, soldat Kaelig.
- L'important, c'est que je ne le sois pas, lieutenant. Et à ma connaissance, votre tour de garde n'est pas encore terminé…
Rechignemenet. Kaelig, parmi tous les hommes du camp, détestait particulièrement celui-ci. Il n'était pas du tout hautement gradé, mais prenait chacun des simples soldats de toute la hauteur de son mépris. En quelques jours, elle aurait bien aimé le remettre plus d'une fois à sa place. Dans les vestiaires, après son départ, on n'entendait plus que des insultes à son égard. Kaelig eut un léger sourire.
- Qu'est-ce qui te fait encore rire ?
- J'étais en train de me dire que c'était une bien belle nuit, lieutenant. C'est presque à être dégouté de faire la guerre…
- Qu'oses-tu insinuer ? cria-t-il, en prenant Kaelig par le haut de son plastron. Il eut un regard amer en retour.
- Je dis seulement qu'il aurait été meilleur pour nous tous d'être chez nous ce soir. Je défendrai les Idris jusqu'à ma mort, comme chaque soldat ici, vous le savez bien. J'aurais simplement été bien mieux dans mon logement.
- Et bien, je ne veux plus t'entendre dire des choses pareilles, soldat. Ton logement est le lit que tu as l'honneur de te voir confié par notre armée. Et tu devrais l'en remercier, au lieu de…
Une cloche sonna légèrement dans la nuit.
- Je vais donc vous souhaiter de bien vous reposer, lieutenant.
Un murmure indistinct lui répondit. Dans quelques minutes, un de ses camarades viendrait rejoindre Kaelig, pour l'épauler. On s'endort moins facilement en étant deux qu'en étant tout seul. Mais en attendant, elle comptait admirer un peu le paysage nocturne. Elle essaya d'ouvrir légèrement son équipement, mais elle avait trop serré les sangles. A moins de se déshabiller complètement, elle n'arriverait à rien. Et devrait souffrir quelques heures encore de la pression de la côte de mailles contre sa poitrine. Elle soupira. A la guerre comme à la guerre…
« Toute guerre est un manichéisme. »
Jean-Paul Sartre
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Il est une légende, sans doute la plus ancienne de ce monde. Celle qui a bâti notre religion. Mais l'édifice qui était si grand il y a encore quelques cycles est sur le point de s'effondrer sous les coups de cette guerre. Beaucoup pensent que si le prophète ne réapparait pas, qu'il n'aide pas la nation Idris à gagner la guerre, alors cette religion s'effondrera. Parce que nous sommes en infériorité numérique. Et que l'ennemi ne laissera personne vivre sur nos terres.
Si le prophète ne revient pas, alors la nation Idris s'effondrera.
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