
Cyphus, à l'autre bout de l'univers. Avec son peuple, sa religion, ses conflits. Mais dans ce monde, une personne est différente de toutes les autres. Une sorte de prophète, qui semblerait pouvoir changer leur monde.
Rated: Fiction M - French - Chapters: 4 - Words: 8,308 - Reviews: 2 - Follows: 1 - Updated: 02-14-13 - Published: 11-11-12 - id: 3073388
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Note 52
Mes recherches sont de plus en plus fructueuses. A chaque jour qui passe, j'ai l'impression d'en découvrir toujours plus sur le Prophète. Et aujourd'hui, cela n'a pas manqué. J'ai passé les derniers mois à retracer un parcours hypothétique du Prophète sur nos terres, à retrouver l'origine des différents documents que j'avais en main, à éclaircir chaque référence.
Il y a si longtemps qu'aucun esprit vivant n'en a plus souvenir, le Prophète a quitté la capitale. Les Ecrits disent qu'à l'époque, la ferveur religieuse envers lui avait été tellement forte que pour la première fois, il avait parlé au nom de sa religion, et non en son nom propre. Il avait harangué la foule sur la religion, ses principes, et les avait tous recoupés avec ses valeurs propres. On se souvient de ces paroles : « Oui, je suis votre Prophète, et ensemble, nous bâtirons un monde nouveau. »
Et le lendemain, il avait disparu.
Il me reste encore a déterminer la raison réelle de son départ précipité, mais j'ai réussi, en datant précisément les textes, à découvrir que le Prophète avait quitté le territoire Idris pour se rendre dans ce qui est actuellement le terrain ennemi, et plus précisément dans la chaine des Venteuses, ces montagnes réputées pour leur inaccessibilité.
J'attends encore un retour de courrier du village situé au pied de ces montagnes avant de me mettre en route.
Terminé.
« Il y a deux sortes de bergers parmi les pasteurs du peuple :
ceux qui s'intéressent à la laine et ceux qui s'intéressent aux gigots.
Aucun ne s'intéresse aux moutons. »
Henri Rochefort
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Il chevauchait seul maintenant. La nuit était vite tombée, et après un repas très rapide pris au pied des arbres, les soldats qui l'accompagnaient avaient vite fait de ranger leurs affaires, et de remonter à cheval. Ils avaient donné à Aodren les directions à suivre pour traverser la ligne des combats, mais sans s'attarder sur les détails. Puis, ils s'étaient détournés, les silhouettes des chevaux disparaissant dans la pénombre de la campagne. L'Idris avait alors fait tourner son cheval dans l'autre direction, et l'avait lancé dans un trot léger. La nuit était claire, et les deux lunes donnaient une couleur entre le blanc cassé et le bleu délavé à tout ce qu'elles éclairaient. Mais Aodren n'arrivait tout de même pas à discerner nettement le sol, sous les sabots du cheval. Et maintenant qu'il chevauchait seul, en pleine nuit, il se sentait encore plus anxieux.
Le fond de l'air était assez frais, et calmait la brûlure des plaques rouges qui lui barraient les bras. Dans le déplacement de l'air, et avec les mouvements du cheval, la cape qu'Aodren avait sur ses ailes battait dans un sifflement feutré accompagné du bruit caractéristique des plumes contre le tissu. Le cheval, après quelques centaines de mètres de trot, commençait à respirer plus bruyamment, son souffle accordé sur son rythme de trot. Aux alentours, c'était le bruissement des feuilles les unes contre les autres dans le vent qui avait tous ses droits. Les sons les plus présents étaient ceux des sabots du cheval contre le sol, sons changeants avec la nature du terrain. Lorsqu'il retrouverait le bruit plus clair de la terre tassée, Aodren devrait orienter son cheval un peu plus vers la droite, suivre le chemin qui menait aux montagnes.
Encore plus loin, il retrouvait la campagne. En pays ennemi. Alors que l'aube allait pointer à l'horizon, à gauche de la masse noire et immense que faisaient les montagnes contre le ciel, il décida de faire une halte. Sa monture, épuisée par la chevauchée, s'avança vers le ruisseau, et but de tout son saoul. Aodren la dessella, et une légère fumée de sueur s'éleva de la peau brûlante de l'animal. Puis elle plongea tête la première dans une énorme touffe de verdure, qu'elle dévora à pleine bouche. L'Idris, quant à lui, s'assit par terre, malgré la rosée un peu froide, et déjeuna de viande séchée, et de céréales cuites. Il ne faisait pas encore suffisamment jour pour qu'il se risque à aller cueillir des baies.
Il décida se s'accorder jusqu'au lever complet du soleil avant de reprendre la route. Son cheval avait besoin d'un peu de repos, et il ne fallait pas qu'il arrive trop tôt dans l'auberge dans laquelle il comptait s'arrêter. Un voyageur qui avait chevauché de nuit était souvent assez mal vu. Il gagnait tout à ne pas se faire repérer dès le premier jour.
Il s'avança pour prendre une nouvelle petite tranche de viande dans son sac de vivres, commença à la mastiquer entre ses dents. C'est alors qu'il sentit la présence métallique d'une lame contre sa gorge. Il déglutit bruyamment. La cape qui lui couvrait les ailes fut arrachée de ses épaules.
- Qui êtes-vous, et que faites-vous ici ? demanda une voix ferme.
« Le meilleur soldat est celui qui ressemble à une pierre.
Sans sortir la lame du fourreau, il réussit à prouver que personne ne pourra le vaincre. »
Paulo Coelho
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Kaelig s'était depuis cachée. Il n'était plus pour le moment question de se battre contre l'ennemi. Elle était seule, n'avait aucune idée d'où elle pouvait être, et savait qu'autour d'elle, il y avait potentiellement des dizaines de personnes prêtes à la tuer. Alors, après s'être éloignée du cadavre de son camarade d'armes, elle avait traversé une partie de la forêt, sans but précis, seulement avec le besoin d'être le plus loin possible de la base. C'était lâche, et pourtant, elle savait que c'était la seule chose à faire. Sans doute que ce guet-apens avait été suffisamment bien organisé pour que leurs ennemis récupèrent au passage leur position. Cela leur faisait une belle avancée dans les terres de la nation Idris. Kaelig eut un pincement au cœur en y pensant. Plus les jours passaient, et plus leur défaite devenait probable. Depuis le début, ils étaient en sous-nombre par rapport à leurs ennemis, mais jamais ce dernier n'avait eu autant le dessus.
Elle s'était donc éloignée. Courant presque entre les arbres, son arc prêt à décocher dans sa main, le regard partout, les pieds les plus légers possibles contre la terre de la forêt. Et puis, à un moment, elle s'était arrêtée, contre un arbre. Et avait observé. Longtemps. Elle étudiait chaque ombre, chaque tâche de lumière entre les arbres, essayant de discerner le mouvement d'un corps ennemi. Mais rien n'avait bougé. Elle avait trouvé une zone de sécurité. Relative, certes, mais c'était toujours mieux que de se faire arroser par des flèches venues de la cime des arbres. Et alors, elle était montée à un arbre, s'était trouvée une niche entre le tronc et deux grosses branches. Cachée par les feuilles, elle n'avait plus bougé pendant plusieurs heures, et s'était endormie, l'oreille toujours tendue, avec la nuit qui tombait.
Au matin, elle s'était réveillée avec la fraicheur de la brise de l'aube. Sa cachette était plus confortable qu'elle ne l'avait espéré, et avait donc décidé d'y rester un peu plus avant de trouver un chemin. Elle en avait profité pour manger un peu. Dans les poches de son équipement, des pâtes de céréales sèches, et quelques fruits secs. Rien de très consistant, mais cela lui redonnerait un peu d'énergie.
Et moins elle bougeait, plus la vie dans la forêt devenait confiante. Les petits oiseaux qui se baladaient de branche en branche, en piaillant devant le danger de sa présence au tout début s'approchaient maintenant d'elle, curieux et envieux devant l'odeur de la nourriture qui passait de ses mains à sa bouche, sans bruit. Ils étaient là, à sautiller à distance de sécurité, à presque quémander des miettes que l'Idris hésitait à leur lancer. Cela l'adoucissait. Elle en avait presque oublié qu'à quelques dizaines de minutes de marche de sa position, son camp était à ce moment-là aux mains de l'ennemi.
Entre les piaillements, elle reconnut le bruit caractéristique d'une chevauchée. Un cheval isolé. Qui venait vers elle. Elle se redressa, faisant fuir les moineaux, et tendit l'oreille. Le cheval était passé au trot, mais s'approchait toujours. Le son de ses sabots contre la terre était maintenant très clair. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle était cachée à une petite vingtaine de mètres d'un ruisseau. Et de la lisière de la forêt. Grosse erreur. Le cavalier s'arrêta au niveau d'une boucle du ruisseau, dessella, et laissa son cheval boire. L'étranger s'assit contre un arbre, et commença à grignoter un je-ne-sais-quoi. De la position qu'avait Kaelig, elle pouvait l'observer de côté. Et notamment froncer les sourcils devant la bosse qu'il présentait dans le dos, sous ce qui semblait lui servir de coups-vent. Bosse qui avait tendance à se déplacer. Elle sentit les muscles de ses ailes se raidir dans son dos sous la pression de son équipement. Se pouvait-il qu'elle soit en territoire ami ?
Elle balaya cette question. En territoire ami, on ne cacherait pas ainsi des ailes… Et cette personne était loin de ressembler à un soldat. La démarche qu'il avait eu en descendant de cheval, la raideur et la douleur de la chevauchée qu'il montrait, cela n'était pas des attitudes qu'aurait montré un soldat, même peu entrainé. Elle décida de descendre de sa planque et de l'interroger. Prenant appui sur les aspérités du tronc, elle descendit en empêchant ses chaussures de faire trop de bruit, et se posa sur le sol, en appui sur le bout de ses pieds. Prenant son poignard dans une main, laissant l'autre libre, elle s'avança avec mille précautions vers l'inconnu, qui mastiquait sa nourriture. Et, le prenant par surprise, elle lui plaça la lame de sa dague contre la gorge. De l'autre main, elle arrachait le morceau de tissu qui cachait les ailes argentées de l'Idris. Elle le sentit déglutir, sous la pression de son poignard.
- Qui êtes-vous, et que faites-vous ici ? demanda Kaelig d'une voix ferme.
« La mort est tellement inéluctable qu'elle prend tout le monde par surprise. »
Frédéric Beigbeder
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Note 53
Il me faudra donc franchir la frontière. J'ai demandé à l'instant l'aval de l'armée pour me le permettre, mais cela risque d'être compliqué, et surtout long à mettre en place. Je dois bien avoir une semaine pour réaliser un plan du pays ennemi, et des différents lieux dans lesquels je devrai passer.
J'espère de tout cœur que le Prophète est encore en vie… Terminé.
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