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Errance désertique
Author:
Tsumimaru PM
Ses pas s'effaçant derrière lui au fur et à mesure qu'il s'enfonçait plus profondément dans la tempête. Il n'était plus qu'une silhouette à peine existante derrière ce rideau de sable, et qui avançait inlassablement avant de disparaître dans un tourbillon de poussière...
Rated: Fiction T - French - Hurt/Comfort/Fantasy - Words: 1,693 - Reviews: 1 - Published: 11-26-12 - Status: Complete - id: 3077735
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Errance désertique

Le soleil de l'aube était voilé par une mer de nuages gris que les bourrasques violentes faisaient défiler en un épais manteau au-dessus de l'étendue de sable. Les grains s'élevaient en tourbillons sifflants autour de la silhouette claire, cherchant à s'engouffrer dans les pans de sa cape.
Ses yeux d'un gris pâle fixaient droit devant lui l'horizon de dunes sans prêter attention au sable qui cinglait son visage halé. Ses pas traînants s'enfonçaient dans la poussière claire. Seul son corps semblait être maître de cette marche dont les seules haltes étaient lorsque le soleil, d'habitude si brûlant, irradiait les dunes pâles, le forçant à s'arrêter à l'abri des rares roches semblant émerger du sable avant de pouvoir reprendre sa marche… interminable.
Avait-elle seulement une fin ? La question ne l'avait même pas effleuré. L'esprit sans vie, il marchait. Ses pas le guidaient où bon leur semblaient dans ce désert. Il n'avait plus aucun but depuis la destruction de son village. Tout avait disparu, englouti et lui avait survécu. Personne n'y avait réchappé, sauf lui. Au souvenir des corps gisants sur le sol de poussière, son cœur asséché se noua tandis que la légère cicatrice qui ornait son œil gauche se rappela à lui derrière les mèches de la même teinte que les dunes.
Son pas se suspendit un instant, avant qu'il ne le repose, restant immobile. Lentement, son bras halé s'extirpa de la cape élimée pour écarter ses mèches, que son bandeau ne retenait guère, pour effleurer la fine plaie. Le sable mordant profita de son geste pour s'acharner sur sa peau dévoilée, agressant la chair et cet orbe gris. Refermant brusquement sa paupière, le jeune homme baissa la tête, l'enfonçant dans le col de sa cape, alors qu'il cherchait à repousser la poussière qui s'était infiltrée et fit s'écouler une larme sur sa joue. Une seule. Il n'avait plus pleuré depuis ce jour…Combien de temps s'était écoulé ? Il avait arrêté de compter, il y a bien longtemps. Un mois ? Peut être plus, mais il s'en moquait cela lui importait peu. Ce n'était pas comme s'il avait un but, comme si quelqu'un ou quelque chose l'attendait de l'autre côté de cet horizon ensablé. Tout ce qu'il lui importait était d'avancer… marcher.

Comme s'il ressentait enfin les morsures du sable sur sa peau nue, l'homme enfouit de nouveau son bras sous le pan de sa cape avant de relever les yeux.
Au loin dans la tempête de sable, une forme sinueuse se dessina se rapprochant dans sa direction… Une caravane… Il en avait déjà croisées, frôlées, n'accordant aucun regard aux hommes du convoi, continuant sa route, comme un mirage… C'était ce qu'il était pour eux. Il le savait au cœur des oasis où il avait fait une halte pour reprendre de maigres vivres ou de l'eau. On soufflait entre les étales l'apparition de ce spectre à travers le désert. Les caravanes qui le croisaient racontaient que c'était un mirage annonçant le malheur et dont il ne fallait pas s'approcher. D'autres murmuraient un esprit. Une de ces âmes tourmentées qui hurlaient leur douleur le soir au milieu des dunes, emportant parfois avec le vent ses plaintes jusqu'aux oreilles des caravaniers. Une âme errante…
Un mince sourire s'étira sur ses lèvres gercées. Ils l'avaient entraperçu. La caravane se détourna de son chemin pour disparaître de nouveau dans un tourbillon de poussière. Il en détourna les yeux, sans intérêt… Il n'en attendait rien… de ces hommes, de tous, ni de lui-même. Dans un sifflement du vent, il recommença à marcher.

Le soleil commençait déjà à atteindre son zénith, le ciel encore voilé devenant lourd, brûlant. Cette chaleur suffocante se mêlant à la tempête qui ne faiblissait pas. Elle s'était levée à son départ de l'oasis où il s'était arrêté. Une journée à peine, disparaissant de la cité de pierre alors que le vent commençait à emporter dans son sillage les grains de sable cinglants. Il préférait le sable et sa cape à une paillasse comme couche… Il ne pouvait se permettre de s'arrêter. Il ne le pouvait plus désormais, comme si le désert l'appelait sans cesse à lui.
Dans un geste devenu habituel, il baissa ses yeux, il les posa sur le cadran fissuré d'une boussole au métal cabossé. Ses pas n'avaient cessé de le porter avec comme seul guide l'aiguille de métal jauni. Elle trembla dans son écrin pour tourbillonner comme les grains de sable autour de lui… Elle était inutile… Rangeant l'objet, le jeune homme se remit à marcher au milieu de cette tempête. Il ne pouvait que compter sur ses pas lents, hésitants. Il se retrouvait de nouveau sans repères.
La tempête continuait de battre et rabattre le sable en tourbillon autour de cette silhouette semblant la défier, entravant chacun de ses pas. La poussière s'infiltrait jusqu'à ses lèvres malgré l'abri de sa cape claquante au vent. Peut-être avait t-il été fou d'oser quitter l'oasis pour cette tempête. Elle était d'une rare force et ne semblait ne pas vouloir s'arrêter. Comme si son but était de vaincre cet humain insolent aux éléments. Perdant un instant son équilibre dans une brusque bourrasque qui lui cingla la peau découverte, il posa un genou à terre. Son souffle était faible et ses forces commençaient à avoir raison de sa marche. Pourtant, il devait continuer… ses jambes tremblantes le tiraient vers cette forme sombre à travers le sable balayé. Un de ses semblables : un mirage au milieu de cette mer de sable ? Il n'en savait rien… Posant une main sur sa cuisse il se redressa en silence ignorant le tremblement de ses jambes, sur le point de céder. Tout fou qu'il était il savait qu'il ne pourrait pas continuer ainsi sans un moment de répit… D'un pas hésitant, il continua sa marche.
Des formes sombres se dessinèrent plus précisément derrière le rideau de sable alors qu'il avançait vers elles. Récifs de pierres scellés dans leur gangue de sable, sur lesquels la tempête semblait n'avoir aucune emprise. Un sourire faible s'étira derrière le col de sa cape, un répit… enfin. S'écroulant au creux d'une fissure sous le promontoire rocheux, il laissa son dos aller contre la pierre, le souffle court et les paupières closes. A ses oreilles, sifflait le sable rageur attaquant les roches où il s'abritait. Ces alliés improbables qu'il avait offerts à cette âme errant dans son domaine.
Restant immobile quelques instants, pour reprendre son peu de souffle, il finit par extirper de sous sa cape une gourde, qu'il porta à ses lèvres. Apportant à sa gorge aride deux gorgés d'eau, il referma rapidement la gourde pour la ranger. Il ne pouvait se permettre d'en absorber plus même si son corps le réclamait. Cherchant à oublier sa soif, l'homme repoussa sa tête contre la roche, ses yeux gris fixant à travers la fissure le sable battu contre la stature rocheuse dans les mugissements de vent. Pourtant aucune pensée ne traversa son esprit devant ce spectacle. Le vide. Une longue attente d'une accalmie pour repartir au creux de ces dunes que les rafales auront redessiné… Aucun repère n'existait… Bientôt sa fatigue eut raison de ses forces, le faisant plonger dans un sommeil profond bercé par les sifflements de la tempête.

Alors que le temps s'écoulait, les tourbillons de sable attaquaient avec insistance la stature rocheuse s'infiltrant, dans les moindres strates zébrant la pierre, jusqu'au dormeur. Il chercha à se mouvoir dans son sommeil mais la poussière entrava ses mouvements, finissant de le réveiller lorsqu'une bourrasque fouetta son visage découvert. Ses yeux vides gris se posèrent sur son corps assoupi en réalisant le sable qui l'ensevelissait. Il n'était pas bon de rester plus longtemps. Une toux le prit lorsqu'une nouvelle vague de sable franchit l'entaille rocheuse qui l'abritait. A rester davantage, le sable ne tarderait pas à l'engloutir. Mains contre la pierre, le jeune homme se redressa lentement, son corps encore engourdi par la fatigue. Ses forces lui étaient à peine revenues mais il devait recommencer sa marche malgré cette tempête qui l'attendait au dehors.
Des tourbillons de sable balayaient les dunes en de grands rubans de poussière. Les mugissements du vent heurtant la pierre lorsqu'il s'extirpa de son abri de roches, faisant claquer sa cape qui dévoila son corps aux morsures vives du sable. L'intensité de la tempête l'obligea à passer un bras devant ses yeux alors qu'il avançait entravé par le sable où il s'enfonçait à mi-mollet.
Il progressa à l'aveugle dans les flux et reflux de poussière charriée par les rafales. Ses pas s'effaçant derrière lui au fur et à mesure qu'il s'enfonçait plus profondément dans la tempête. Il n'était plus qu'une silhouette à peine existante derrière ce rideau de sable, et qui avançait inlassablement avant de disparaître dans un tourbillon de poussière...

Un brouhaha habituel envahissait le marché de l'oasis à l'arrivée des caravanes. Elles s'étaient fait tant attendre durant ces sept jours de tempête… Bien vite les denrées comme les rumeurs remplirent les étales où s'attroupaient les curieux, qui tendirent l'oreille aux dires des caravaniers. Ce genre de tempête était si rare… un vieil homme souffla qu'elle n'était pas naturelle ! L'Œuvre d'un esprit ! Ses propos renforcèrent les messes basses autour de l'échoppe avant que l'un des hommes du convoi ne déclare que le Spectre leur était apparu lorsqu'ils avaient tenté de franchir la tempête, avant de s'en détourner… Ce mirage apparaissait quelques fois au détour d'une dune, vous perçant de son regard gris avant de disparaître… Ce voyageur errant dont on ignorait s'il appartenait au même monde que le notre.
Les semaines s'écoulèrent, les mois, comme les flots de caravanes qui faisaient étape dans l'oasis, transportant leurs marchandises comme leurs légendes. Pourtant, si certaines se perdaient dans la foule pour disparaître, l'une demeurait : celle de l'Âme Errante… personne ne l'avait jamais revu depuis la Grande Tempête… comme si cette dernière l'avait emporté avec elle. Et pourtant certains soufflaient encore que certains jours… lorsque le vent se levait sur le désert, emportant le sable dans de grands tourbillons, on pouvait apercevoir une silhouette au sein de la tempête, l'espace d'une seconde avant de s'évanouir dans un tourbillon de poussières. Mais peut-être n'était-ce finalement qu'un mirage…

Fin

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