
[OS lié à Fondue au Noir] Quand elle était arrivée au lycée, Louise s'était sentie bien. Elle était chez elle. Elle était sur son terrain. Elle était victorieuse. Elle retrouvait son univers, son élément. Rien ne pouvait entâcher ce moment... Vraiment ?
Rated: Fiction K - French - Drama/Humor - Words: 2,791 - Reviews: 3 - Published: 01-11-13 - Status: Complete - id: 3091169
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Deuxième OS issu de l'histoire Fondue au Noir, cette fois-ci, c'est un extrait du chapitre 19, écrit du point de vue de Louise de Cherfeuil. Je vous laisse découvrir lequel…
La lecture de l'histoire n'est pas totalement nécessaire pour comprendre ce texte, mais est préférable. Aucun fait, lieu, nom ou autre élément n'a été plagié.
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Choc
Quand elle était arrivée au lycée, Louise s'était sentie bien. Elle était chez elle. Elle était sur son terrain. Elle était victorieuse. Elle retrouvait son univers, son élément. Elle retrouvait ses familiers aussi, constata-t-elle avec une moue mi satisfaite mi dégoûtée en les voyant accourir tels des petits chiens fous, attendant à peine qu'elle ait passé la grille d'entrée.
Elle n'aimait pas particulièrement les vacances. Elle les avait passées presque seules. Ses parents travaillaient toute la journée et ensuite, ils allaient à des dîners auxquels elle n'était pas la bienvenue. Elle ne les avait presque pas vus. Elle avait une sœur, Jeanne, mais ça faisait bien longtemps qu'elle avait quitté la maison et elle ne donnait plus de nouvelles depuis ou presque. Si, il arrivait parfois qu'ils en aient par les magazines. Jeanne avait parfois une photo d'elle en double page, lorsqu'elle posait pour tel ou tel produit. Elle était mannequin. Elle était tout ce que Louise rêvait d'être. Tout ce à quoi elle avait droit. Tout ce qu'elle estimait devoir être. Et pourtant, elle la méprisait. Sa propre sœur ne l'aimait pas. Ou plutôt, Louise lui était indifférente. Ce qui était presque pire.
Profitant de l'absence de sa famille, elle s'était occupée d'elle, de son corps surtout. Ce n'était pas qu'elle en ait besoin mais bon, autant s'y habituer dès maintenant. Elle avait aussi pris le temps de faire un book, commandant un photographe pour la fin des vacances. Elle l'avait fait venir à domicile, payé par ses parents qui ne faisaient pas très attention à ses dépenses, du moment que ça leur permettait d'avoir la paix. Après cette séance, elle avait été convaincue de son don, de son obligation à faire cette carrière. Elle était faite pour ça. Quoiqu'on en dise. Ça lui avait remonté le moral aussi. Elle en avait presque oublié que si elle avait pu faire ça c'était parce qu'elle avait la maison pour elle seule. Elle avait accueilli le jeune homme à son étage et elle avait hésité à le laisser repartir sans y toucher. Il n'avait pas paru intéressé par elle. Cela avait suffit à ce qu'elle en conclut qu'il n'en valait pas la peine.
Autant dire qu'elle avait presque attendue la rentrée avec impatience. Presque. Parce que bon, ça restait quand même la reprise des cours, de ce flot d'informations tout à fait inintéressant et inutile pour ses projets d'avenir. Mais là au moins, elle était chez elle, dans son royaume. Elle avait préparé ce jour avec soin. Le matin, elle s'était levée plus tôt, pour être certaine d'être parfaite pour cette rentrée. Elle s'était brossé les cheveux et maquillée avec soin, n'hésitant pas à mettre un peu plus de poudre que d'habitude pour avoir un teint parfait. Elle avait ouvert sa garde-robe en grand, et prit quelques minutes pour englober tout d'un regard et savoir ce qui serait parfait.
Et elle avait trouvé. Elle sortit une minijupe noire de son placard en haut à droite. Ça n'était pas une tenue d'hiver, mais ça serait très bien. Elle se fichait bien du temps, ça ne l'affectait pas. Ça n'avait pas à l'affecter. Avec des collants transparents, ça serait parfait. Toutes les filles l'envieraient. Elle qui pouvait se permette d'exhiber ses jambes même en hiver. Surtout en hiver. Sans craindre le froid. Elle sortit d'une étagère à gauche, au milieu d'une pile de hauts, un petit chemisier rose bonbon qui serait parfait avec. Et une veste en jean noire. Elle mit le tout sur son lit avant de plonger dans ses sous-vêtements. En fouillant dans la pile, elle trouva enfin. Un soutien-gorge et une culotte rose bonbon, assorties à son haut. Elle s'habilla avec la satisfaction d'être la mieux vêtue possible. Elle serait unique. Exceptionnelle.
Avec les retrouvailles, ils étaient arrivés en retard en cours. Non pas que ça la dérangeait, mais un peu quand même. Ne rêvez pas, ça n'était pas sa conscience étudiante qui s'éveillait, non. Le problème était autre. Ils avaient des travaux pratiques toute la matinée. Et son regard avait tout de suite détecté l'erreur dans le tableau. Lucas était à côté de cette peste de Raindrop. Comme s'il ne pouvait pas la lâcher l'espace d'un cours. Alors qu'elle n'était même pas très douée en TP, cette fille.
Si seulement elle était arrivée un peu plus en avance, elle aurait pu se placer à côté de lui, il ne l'aurait pas repoussée, elle en était sûre. Elle ne lui en aurait pas laissé le temps, elle se serait installée, aurait sorti ses affaires et il n'aurait rien osé dire. Car malgré tout ce qu'on pouvait croire, ce garçon-là au moins était poli et galant. Ça changeait de l'imbécile à côté duquel elle avait dû s'assoir. Elle n'aimait pas s'imposer comme ça. Elle avait l'impression de le dégoûter, de lui imposer sa présence. Mais s'il avait seulement daigné lui accorder de l'importance dès le départ, elle n'en serait pas arrivée là. Elle le voulait. Il le savait. Elle n'abandonnerait jamais. Elle n'y pouvait rien, c'était dans sa nature. Il l'aurait laissée approcher, il l'aurait laissée l'apprivoiser, elle se serait sans doute plus rapidement lassée. Et elle l'aurait laissé tomber.
Au lieu de ça, elle était à côté de Charles. Et elle commençait à en avoir marre qu'il cherche à regarder sous sa blouse tandis qu'elle se penchait pour observer leur expérience. Elle aimait être regardée, oui. Mais avec cette concupiscence malsaine dans les yeux, pas tellement. Heureusement qu'il se contenait et qu'elle restait leur chef, sinon, elle était presque sûre qu'il lui aurait déjà sauté dessus.
Il avait déjà essayé à la soirée d'Halloween, et plusieurs fois encore après, dans des soirées, mettant à chaque fois son attitude sur le compte de la boisson. Comme si elle allait le croire. Elle ne sortait jamais avec les garçons de sa bande. Il devrait le savoir. Ça n'était pas faute de l'avoir repoussé. Quand elle voulait des coups d'un soir, elle allait les chercher ailleurs. Ça évitait bien des problèmes par la suite. Elle passa le reste du cours à surveiller ses arrières, de ce fait. Elle n'avait pas totalement imaginé sa rentrée ainsi. C'était sans doute le lot de toutes les belles femmes, soupira-t-elle.
La sonnerie annonçant le déjeuner lui permit de se sortir de ce guêpier. Elle sortit tout de même de la salle sans se presser, ne voulant surtout pas que quiconque croit qu'elle avait été affectée par les gestes de Charles pendant le cours. Il fallait que tout le monde pense qu'elle s'en fichait. Lui le premier. Ça calmerait peut-être sa libido. Personne ne devait savoir ce qu'elle pensait. C'était un principe clé de sa stratégie. Parler, c'était se dévoiler, se révéler. C'était s'affaiblir. Et il n'était pas question qu'elle soit faible un jour. Elle était forte. Elle était inaccessible. Et il n'était pas question que ça change.
Elle le voyait dans le regard de tous ces lycéens qu'elle croisait. Elle était connue ici. Ça faisait déjà trois ans qu'elle y avait installé son règne. Ça serait sa dernière année ici. Une page qui se tournerait ensuite. Elle n'était pas idiote, elle savait qu'elle aurait du mal à retrouver un royaume tel que celui-ci. Il était bien trop simple à prendre, bien trop simple à manipuler, bien trop simple à contrôler. La vie réelle n'était pas comme ça. Elle ne serait pas la seule à chercher le pouvoir. Elle avait toutes ses chances, toutes les cartes en main. Il suffirait de bien jouer. Et même si on la croyait imbécile, ce qu'elle s'employait à ne surtout pas démentir, elle était tout de même parvenue en terminale avec une moyenne respectable. Certes, pas très élevée, mais elle se fichait totalement de tous ces cours de toute façon.
Elle fendit la foule sans plus se préoccuper d'en bousculer sur son passage. Les autres membres de son groupe la suivaient comme les bons toutous qu'elle avait dressés. Tous croyaient la connaître, être son ami, mais l'un d'eux seulement pouvait-il l'affirmer vraiment ? Elle savait que non. Elle se contentait de leur donner de temps en temps une information, un avis, pour les sustenter pendant quelques jours.
Alors qu'ils discutaient à table, elle sourit soudainement. D'un sourire mesquin. Elle allait voir combien de temps une information mettait à faire le tour de l'école quand c'était elle qui la révélait. Et elle sentait qu'elle allait rire. Bien rire. Bien sûr, elle prenait un risque. Mais qui dans la vie n'en prenait pas ? Et puis cette peste de Raindrop n'oserait pas. Jamais. Elle était trop gentille, se dit-elle, avec une moue totalement écœurée. Alors elle chuchota la nouvelle à toute sa tablée. Bien sûr, cela fit le tour comme une traînée de poudre. Et bientôt, Margaux se leva même pour le baver un peu partout.
Très efficace. Vraiment efficace, cette petite. Pile ce qu'il lui fallait. Bientôt, tout le monde saurait que Kyoko Deliga n'était pas au Japon mais dans un asile de fous. Et ça, ça clouerait bien le bec de la peste. Bien sûr, on pouvait se demander comment elle avait eu cette information. Et Constance n'y avait pas manqué. Mais un petit mensonge ne pouvait pas faire de mal. Pas quand la vérité sur la Deliga était bien plus intéressante.
En sortant du self, elle se rendit compte que beaucoup de gens étaient déjà au courant. La nouvelle se répandait. Et n'allait pas tarder à arriver aux oreilles de la blondasse. Elle eut un sourire satisfait. La réputation de la japonaise était faite. Et ça allait la briser. Brisant au passage la folle. Et ça ne pouvait qu'être jouissif. Cette idée la mit de bonne humeur tout le reste de la journée.
A la sortie des cours, elle attendit un peu près de la grille, avec son groupe, ils papotèrent sur tout et n'importe quoi. En réalité, elle surveillait surtout la sortie d'un certain jeune homme blond. Et quand il arriva, toujours à côté de la Raindrop, riant en plus avec elle, elle marcha dans sa direction. D'un pas décidé, elle s'avança vers lui. Sa jupe se balançait au rythme de ses pas, découvrant parfois sa culotte mais après tout, elle s'en fichait, elle n'avait rien à cacher.
D'une voix aguicheuse, elle lui demanda s'il ne voulait pas la raccompagner chez elle. Elle ne demandait rien, juste à être raccompagnée. Mais ce simple geste serait déjà une victoire sur la Raindrop. Et toute victoire était bonne à prendre. Et puis, qui sait, peut-être obtiendrait-elle plus ? Bon, elle devait l'avouer, elle n'avait pas lésiné niveau voix et sous-entendus pour qu'il comprenne qu'elle en attendait plus sans toutefois le forcer. Mais était-ce un tort de dire au garçon qui nous plaisait qu'il nous plaisait ? Elle ne le pensait pas. Surtout que c'était tout de même flatteur. Peu pouvaient se vanter d'avoir eu le même genre de remarque de sa part.
Et là, elle avait vu cette grue de Raindrop s'accrocher à son cou comme un bulot à son rocher. Elle avait cru halluciner. Depuis quand cette fille prenait cette voix mielleuse et pathétique pour chuchoter dans l'oreille de Wolf ? C'était ridicule. Elle était complètement ridicule. Et pathétique. Et puis sincèrement, qu'est-ce qu'elle croyait, qu'il allait réagir ?
Pourtant, quand elle avait vu le jeune homme frissonner à son contact, à la sensation de sa voix proche de son oreille, elle avait compris. Elle avait compris que c'était fini pour elle. Il réagissait. Il réagissait et bien comme il fallait. Elle ne savait pas si la Raindrop s'en rendait compte ou pas, mais clairement, ce type était dingue d'elle. Il ne réagirait pas devant elle comme ça, dans le cas contraire.
Louise resta tout de même. On ne savait jamais. Des fois que la folle tire mal ses cartes, elle avait peut-être sa chance. Quand elle se retourna vers elle pour lui annoncer qu'ils sortaient ensemble, elle en resta bouche bée. Cette fille savait-elle au moins ce que cela signifiait ? Eux deux, ensemble ? C'était impossible. Ils n'allaient pas du tout ensemble. Et ça n'était pas parce qu'elle-même voulait sortir avec Wolf qu'elle disait ça, non, c'était l'évidence même, ils n'allaient pas ensemble. Ils paraissaient complètement différents. Déjà, elle avait du mal à les voir amis, mais alors amoureux, même pas la peine. Elle en restait sur les fesses. Comme deux ronds de flan.
Et si elle ne se reprenait pas tout de suite, elle allait finir par ressembler à un merlan frit. Et ça, il n'en était pas question. Elle avait peut-être perdu une bataille, mais pas la guerre. Et croyez-la, elle n'avait pas déposé les armes, loin de là. Elle flairait le coup fourré. Ça se sentait à des kilomètres. Si Lucas avait l'air réceptif aux faits et gestes de la Raindrop, elle était certaine qu'il n'en était pas de même pour la folle. Elle ne devait pas avoir réfléchi aux conséquences de ses actes, celle-ci. Et foi de Louise De Cherfeuil, si tout ceci était une mascarade, elle le découvrirait, elle le prouverait et elle les démasquerait publiquement.
Oh elle le ferait par intérêt bien sûr, pas par sens de la justice. Le fait que ça soit un mensonge ne la gênait pas, elle aussi avait menti, surtout en amour. Le fait que ça bloque Lucas par rapport aux autres filles aussi, elle s'en fichait, elle le voulait pour elle seule. Non, ce qui l'énervait, c'était que cette petite idiote ose lui mentir à elle. On ne lui mentait pas. Jamais. Pas à elle. On ne se le permettait pas. Et ça n'était pas le blondasse qui allait en avoir le droit.
D'autant qu'elle faisait du mal à Lucas. Elle ne s'en rendait pas compte, la petite sorcière, mais elle allait lui faire du mal. Elle allait le tromper, le faire miroiter un amour quand il n'y aurait rien. Et Louise le voyait bien, à peine un regard tendre et elle l'avait compris, il était amoureux d'elle. Il avait eu la bêtise de tomber amoureux de la folle. Et elle-même n'était pas stupide au point de penser que ce genre d'attitude ne pouvait pas faire de mal.
Il fallait qu'elle l'aide. Sinon pour elle, au moins pour lui. Elle ne pouvait pas décemment le laisser comme ça. On ne fait pas ça, n'est-ce pas ? Pas quand on s'en rend compte ? Pas quand c'est son ennemie qui cause du tort ? C'était une trop belle occasion n'est-ce pas ? Rien qu'une belle occasion.
Et une part d'elle-même ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il se consolerait peut-être dans ses bras. Une toute petite part. La part fleur bleue qu'elle écrasait le reste du temps. Elle n'avait pas le droit de penser à ça. Elle aurait ce garçon parce qu'il était un défi. Rien de plus. Rien de moins non plus. Elle devait se reprendre.
Elle se redressa, leur jeta un regard dédaigneux avant de susurrer une dernière parole blessante:
« Je vous souhaite beaucoup de bonheur, les bizarres. »
Ils verraient bientôt à qui ils avaient affaire. Et ils s'en souviendraient. Elle briserait Zou Raindrop. Elle y parviendrait enfin. Et tous les moyens seraient bons. Elle souriait déjà à l'idée qu'elle venait d'avoir...
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