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Pour faire au mieux malgré tout
Author:
boutchouross PM
Il y a les enfants perdus d'un côté et les enfants nobles de l'autre. Fesner n'est ni vraiment l'un, ni vraiment l'autre. Il essaye de faire sa vie et d'accepter les conséquences de ses choix et de ses obligations en tant que double-espion, même si ça veut dire kidnapper Fa, la soeur de son ami Ré, car elle l'avait suivi au moment où il rejoignait le roi des enfants perdus, Igar.
Rated: Fiction T - French - Drama/Romance - Words: 2,373 - Reviews: 1 - Published: 01-26-13 - Status: Complete - id: 3095771
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Bonjour, cette histoire est née il y a quelques années suite de l'écoute du film Les enfants de Timpelbach et c'est pourquoi aucun véritable adulte n'est trouvable. Je considère l'histoire complète en soi, mais je n'exclu pas la possibilité de la continuer plus tard, si l'envie se fait sentir.

De plus, voici une petite information utile : les sept notes de la gamme sont frères et sœurs.

Sur ce, bonne lecture!

OoOoO

Soirée banale sous le ciel de la cité des enfants perdus. On s'amuse, on festoie, on fait honneur à notre roi. « Igar! Igar! », que j'entends crier de tous les côtés.

Les gens me craignent et évitent d'être dans mon chemin quand je passe. Certains, plus rare, s'inclinent en s'éloignant. Je ne suis pas le roi, je ne suis pas Igar, je suis Fesner, ami et assassin du roi. Le mot assassin est un peu fort, on m'envoie faire des jobs délicates, je suis loin de d'être un tueur invétéré, je suis un espion.

–Fesner, tu t'amuses?

Igar, lui, s'amuse bien. Sa fiancé dans les bras, ses croustilles préférées devant lui, son visage fraîchement sorti de l'adolescence ne me sourit pas vraiment. Il est occupé par elle.

–Bien sûr, mais moins que toi, par contre.

Il rit, il a compris et en profite : il embrasse Sophie dans le cou et l'invite à danser.

Il y a des scintillements dans la foule, c'est subtil : une tache blonde, un peu poussiéreuse, qui se promène. Elle n'est pas heureuse, la petite note, mais elle est soumise l'insoumise. Elle fait ce qu'on lui a demandé, elle sert notre clan. Petite souris que tout le monde ignore en toute ingratitude, sauf moi… Moi, je l'ai capturé. Moi, j'en ai fait une servante. Moi, je suis le plus ingrat, j'ose me moquer pour faire pardonner aux miens ma manière de la regarder. Petite Fa, petite note, petite souris, tu ne me pardonneras pas, hein?

Peu importe, ton avis importe peu : tu es à nous maintenant. Elle est notre trophée de guerre, la sœur du général du gouvernement adverse, le général Do.

–Fa! tonnai-je.

Elle a peur, je le vois à la manière qu'elle a tremblée vers moi.

–Je n'ai toujours pas mon repas, lui fis-je remarquer.

Elle murmure qu'un jour Do me fera regretter mon comportement.

–Pardon? Je n'ai pas entendu.

–Je vous apporte votre repas tout de suite.

Elle tourne des talons sèchement et se dépêche à me servir.

Elle porte encore la robe qu'elle avait le jour où je l'ai amenée. Elle était magnifique avec cette robe au soleil, maintenant, la robe est défraichie, mais elle est toujours belle au soleil. Mon repas arriva. Je la retiens par le bras avant qu'elle ne décampe.

–Do, comme toutes tes autres notes, ne peut rien pour toi.

–Ils seront toujours mieux que toi, traître!

Ma main fusa, je la giflai. Sous la puissance du coup, elle recule sur la table. Le silence empli désormais la salle. Ils attendent tous la même chose de moi, que je la démolisse, que je la ridiculise.

–Mieux que moi? Do est si naïf qu'il me croit encore, Ré me prend pour son meilleur ami, Mi espère que je la demande en mariage, et les trois autres me prennent pour un héro! Mieux que moi? Ils ne te retrouveront jamais.

Elle quitta la salle et la fête reprit doucement son cours normal.

–Tu es très divertissant.

–Majesté, répondis-je à Igar.

Sophie avait de grosses boucles noires et un air ravi, tout le temps, même en ce moment accrochée à son bras. Elle dit bonne nuit à mon ami et partit pour mon grand bonheur : je n'aimais pas ce caniche.

–Tu dois les rejoindre, j'imagine?

Il me parlait de la famille du général, étant espion à sa solde, je devais souvent rejoindre la famille composée de notes. Je lui fis signe que oui et je partis.

J'arrivai devant la forêt peu avant l'aube, tel que convenu avec Ré. Je fus surpris de le voir arrivé avec Do et je me demandai nerveusement si j'étais grillé.

–Fesner! Tu ne l'as pas retrouvée?

Je fus soulagé de comprendre que la présence du général ne soit due qu'à son inquiétude.

–Non, répondis-je platement.

Je soupirai d'une manière vaincu, déçu, épuisé. Il m'était facile de produire un tel soupir en toute crédibilité, j'aimais vraiment cette famille. C'était juste nos croyances politiques qui étaient incompatibles.

–Je crois qu'elle s'est perdue dans la forêt, précisai-je en un vilain mensonge.

–Fa perdue dans la forêt? Ça ne se peut pas, me répliqua le plus jeune des deux, Ré.

–Ça ou pire, fus-je obligé de concéder.

–Attrapée par les enfants perdus? s'enquit-il en frissonnant.

Mon silence valu toute réponse.

–Comment va les quatre autres? voulu-je savoir.

–Mi se sent misérable, les autres révoltés.

Nous parlâmes de la suite des recherches et Do repartit vers son clan, nous laissant, Ré et moi, à notre travail.

–On pourrait aller les espionner?

Et qu'il découvre que j'étais espion?

–Non, c'est trop dangereux, ils te connaissent. Si quelqu'un y va, c'est moi. Je vous le dois bien. Elle est disparue en tentant de me rejoindre, après tout…

Et elle m'avait retrouvé, c'était bien ça le problème. Ah! Petite Fa…

–Alors vas-y.

J'étais, selon eux, un éclaireur, il était normal que je parte souvent de l'autre côté.

–Si je la vois, dois-je lui transmettre un message? Dans la possibilité où je ne puisse la ramener à l'instant, bien sûr.

Il se mit à écrire et me tendit la lettre.

–Je reviendrai demain… sinon, je me suis fait prendre.

Nous fîmes une brève accolage et je partis. Une fois de retour dans ma chambre, j'ouvris la lettre.

Chère Fa, ne t'inquiète pas, nous te ramènerons. Nous avons mis nos meilleurs hommes sur l'affaire. Même Do et Fesner s'occupe personnellement de toi. Tout le monde à hâte de te revoir saine et sauf.

Je remis la lettre à teneur fraternelle dans l'enveloppe et la mise sous mon oreiller avant de m'endormir. Je me réveillai en pleine noirceur. Je pris la lettre et allai dans le quartier des esclaves. Malgré tout ce que l'on peut dire de moi, je tiens mes promesses.

OoOoO

–Fa, réveille-toi.

L'éclat mouillé de ses yeux m'apprit qu'elle espérait s'être trompée, que je ne les avais pas trahi, que j'étais venu la libérer. Ses illusions ne durèrent pas longtemps sous mon regard dénué de complicité et son propre regard devint dur.

–Que veux-tu? me demanda-t-elle en se couvrant sous ses couvertures.

Son geste était inutile, voir nuisible, pudiquement parlant, son linge de nuit la couvrait plus qu'amplement… en fait, son linge de nuit était si emmitouflant que la voir sous ses couvertures était plus intéressant, laissant à plus de place à ce type d'imagination.

–J'ai une lettre pour toi, de Ré.

Je lui tendis.

–Tu l'as lu, remarqua-t-elle.

–Évidemment.

Elle lu la missive rapidement.

–Pourquoi me l'avoir remise?

–Tu ne voulais pas avoir des nouvelles de tes frères?

–C'est une lettre bien maigre en nouvelles.

–Il a confiance en moi, il ne jugeait sûrement pas nécessaire de mettre sur papier ce qu'il t'aurait dit en vrai. Peut-être que les suivantes seront plus complète.

–Un jour, ils sauront ta traitrise et se vengeront.

–C'est vrai, ce jour viendra. Tout le monde le sait, même Igar.

Elle grimaça en entendant son nom, elle avait appris à le détester.

–C'est ton supérieur, commenta-t-elle dédaigneusement.

–Et mon ami. Tu peux le comparer à Do si l'envie t'en prend, les deux représentes à mes yeux pratiquement la même chose.

–Quoi? Lui aussi tu le trahirais?

–Non, pas Igar. Enfin, c'est peu probable, il connaît mes limites.

–Parce que tu en as, peut-être!? explosa-t-elle, outrée.

–Certainement.

–Ça ne paraît pas!

–Ce n'est pas parce que je ne démontre pas beaucoup de limites à ton égard que je n'en possède pas. De plus, si tu n'avais pas franchi la limite en me suivant, cette fois-là, tu serais encore tranquillement chez vous, à t'amuser avec tes frères et sœurs. D'ailleurs, je m'en excuse, j'aurais dû être plus prudent et me rendre compte plus tôt de ta présence.

–Tu t'excuses de ce qu'il s'est passé? Elle est bien bonne!

–Je ne savais pas si tu m'avais démasqué, et même si ce n'était pas le cas, il était trop tard, tu allais l'apprendre. Je ne pouvais pas te laisser partir en sachant cela.

Un sombre silence prit place à mes paroles. Nous tombâmes chacun dans nos propres pensées, les miens m'amenèrent à Igar et à la famille de Fa. J'aimais beaucoup le rêve dans lequel baignait la famille du général, ils étaient si utopiques… mais le gouvernement qu'elle défendait était à l'origine de l'existence même des enfants perdus… des orphelins de guerre sans le sou. J'étais devenu orphelin à l'âge de 9 ans, Igar n'en revenait pas d'avoir trouvé un noble orphelin et délaissé comme je le fus, il a prit soin de moi, m'a protégé des autres, et m'a convaincu de prendre contact avec la famille du général, à l'époque c'était le père de Do le général, répondant au nom de Gamme. Maintenant, Gamme est mort, comme la majorité des adultes. Étant noble et orphelin, il m'a protégé de bonne foi, il m'a donné de quoi me loger, me nourrir et m'habiller. Gamme m'a demandé de devenir son éclaireur, de sorte que je puisse me faufiler dans les rues de la ville des enfants perdus sans être reconnu et pouvoir avoir une idée des mouvements ennemis. Si la famille du général ne s'est jamais douté que ma loyauté était tournée vers Igar, ce dernier était parfaitement au courant que je protègerais de ma vie celle de cette famille, tout comme je protègerais la sienne. Igar savait aussi que je n'étais pas toujours entièrement d'accord avec ses décisions, et ne me demandait pas de les appuyer, lorsque c'était le cas. Il acceptait mes limites sans condition, car le simple fait d'être un espion aussi bien placé lui suffisait. Gamme, et toute sa famille, n'avait jamais vraiment su mon double jeu : c'est quelque chose savoir que j'avais appris à vivre dans certains bas quartier de l'autre côté de la frontière, c'était autre chose de savoir qu'on m'y avait intégré. Je devais ma vie à Igar.

Fa me ramena sur terre :

–Leur donneras-tu mes correspondances?

–Je devrai les lire, mais bien sûr.

Ça devait la perturber de pouvoir encore, parfois, voir en moi l'ami dévoué que j'avais été, mais de ne plus pouvoir oublié que j'étais son ennemi… C'était un peu pour ça que je m'efforçais parfois à être si brutal envers elle, j'espérais quelque part que ce soit plus simple pour elle de me haïr…

–Fa! Habille-toi!

–Hein? lâcha-t-elle dans son sommeil.

Pressé par les derniers événements, je lui lançai son manteau.

–Tu t'habilles, on va dehors.

–Où va-t-on?

Je grimaçai à l'entendre encore trop endormi pour se rappeler qu'elle me détestait, mais en ce moment, c'était plutôt pratique, elle ne m'opposait pour l'instant aucune résistance. Elle enfila son manteau et ses bottes. Je lui pris le bras et l'entraînai avec force derrière moi. Elle m'opposa un peu de résistance, mais je l'ignorai et les bruits de cris et de rage la convainquirent de me faire confiance.

–Qu'est-ce qui se passe?

C'est les dents serrées que je lui répondis :

–Igar a été assassiné.

–Quoi!?

–Suis-moi et tais-toi!

Je la fis marcher toute la nuit. Nous tombâmes d'épuisement au lever du soleil. Je me réveillai peu après, je ne pouvais me permettre de baisser ma garde et de la laisser partir avant que je ne me réveille, ou que quelqu'un nous surprenne. Je la pris dans mes bras. Elle se débattu avec peu de force.

–Nous sommes bientôt rendus, tu peux dormir.

Bien qu'elle y lutta, elle sombrât dans le sommeil.

–Ré! Ré, ouvre la porte!

Mes bras portant le fardeau précieux, je ne pouvais que crier et frapper la porte de mes pieds.

–Ré? souffla-t-elle en écho à ma voix.

La porte s'ouvrit et Ré, en reconnaissant sa sœur, me l'arracha des bras.

–Fa!

–Ré? répondit-elle, confuse.

Il l'étreignit fortement. Je tournai les talons.

–Fesner, tu t'en vas déjà? Je ne t'ai même pas remercié de nous l'avoir ramenée.

–Ce n'est pas nécessaire, vraiment… et puis j'ai des choses à faire : les enfants perdus sont en ébullition, une révolution semblerait-il. En tout cas, ce fut d'une simplicité remarquable de la sortir de là dans ces circonstances.

C'était sans doute la dernière fois que l'on se parlerait amicalement, je n'osais plus me retourner pour le voir, j'avais trop peur que mon expression ne trahisse mon angoisse, mon appréhension. C'était mon meilleur ami, avec Igar, et voilà que je les perdais tous les deux, en vingt-quatre heures.

–Merci de l'avoir ramenée.

–Ré! s'écria Fa, maintenant bien réveillée.

Elle venait de réaliser ce qui se passait et j'en profitai pour filer. La prochaine fois, je ne serais plus la bienvenue dans le domaine… Elle leur dirait tout, mais ça n'avait plus d'importance… Igar n'était plus, elle ne m'aimait plus, et bientôt mon ami non plus, ne m'aimerait plus.

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