
Nouvelle yaoi inspirée de faits réels.
Rated: Fiction T - French - Angst - Words: 1,435 - Reviews: 1 - Published: 02-15-13 - Status: Complete - id: 3101130
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Au dessous de moi, le vide.
Immense, sidéral, envoutant, attirant…
Ce vide qui m'attire !
Ce que j'aime dans le vide c'est ce néant, cet espace rien qu'à soi où tout est possible. Cet espace libre de création avec son corps. L'extinction des pensées, des sentiments, des émotions. Une sorte de tantrisme spatial. Un nirvana alambiqué.
Le bruit des voitures ne m'importune pas outre mesure. Au contraire, le vrombissement continu dégage une sorte de mélodie continuellement perchée sur la même note monotone.
Ce n'est pas l'heure de pointe, donc peu de voitures s'aventurent sur l'autoroute, leur permettant ainsi de rouler à une vitesse rapide.
Au-delà du parapet, le vent souffle fort et me fais du bien. J'ai l'impression de mieux respirer, et quelques mèches éparses volettent et fouettent légèrement mes yeux.
Mon corps est bien droit, les pieds joints et les bras étendus à l'horizontal. Une sorte de Jésus Christ sur la croix.
Je ne pleure plus, non, c'est au-delà de ca. Je souhaite juste arrêter la machine et faire le saut de l'ange. Arrêter la batterie de ce corps épuisé. Arrêter ce tourbillon, cette tornade qui à élu domicile dans mon âme depuis trop longtemps.
Un dernier souffle, un pied dans le vide, l'autre s'avançant inexorablement et…
Mais t'es malade ou quoi !
Une main m'attrape le poignet violement.
Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je suis censée être dans les nuages mais quelque chose me raccroche à la réalité. Je gesticule et je tente de me dégager de cette poigne. J'ai l'impression qu'une corde enserre mon cou plutôt que ma main.
Arrête tes conneries mec, tu vas tomber ! C'est ca que tu veux ?
Oui, c'est ca que je veux ducon ! Mais je ne lui ferais pas le plaisir de décrocher un mot ! Je ne veux pas établir le dialogue, je veux fuir ! Tout !
Buté, je me remets à gesticuler : je veux tomber !
T'es vraiment une triple buse ! Tu vas pas me laisser te sauver la vie, hein ?!
Je ne réponds rien
Très bien, tu l'auras voulu !
Et d'un mouvement sec il me soulève à la force de ses bras, tire ma fine silhouette et me fait passer par-dessus le parapet.
Abasourdi, je suis littéralement sous le choc et je n'en reste que plus coi. Seul mon expression furibonde lui répond.
Qu'est ce qui ta poussé à vouloir en finir ?
Je m'assois et observe le paysage alentour. L'autoroute sous le pont, et des arbres hauts et majestueux de tous côtés. Des collines et une bicyclette échouée sur le bas côté ponctuent le reste. Le temps est maussade, ni pluvieux, ni ensoleillé, juste…gris.
Je me prends la tête entre les mains et je le sens s'assoir à mes côtés. Il ne dit rien et semble attendre une réponse.
C'est pas tes oignons
J'estime que ce sont mes affaires, quand j'ai empêché un mec de s'écraser au sol, 20 mètres plus bas. Empêchant par là un potentiel accident de voiture, une mort sur la conscience du conducteur et une vision d'horreur devant de pauvres enfants innocents.
Si tu avais remarqué, je ne me suis pas jeté à une heure de pointe, et encore moins quand une voiture passait. Je voulais juste être sure de ne pas m'en sortir.
Comment tu peux vouloir ne pas t'en sortir ? Tu es jeune, en bonne santé, beau garçon, tu manges à ta faim, ta un toit sur la tête.
Parle de ce que tu sais, veux-tu ?!
Raconte-moi, j'ai tout mon temps.
Qu'est ce que tu en as à faire de ma vie ? Je voulais pas être entendu, je voulais pas faire une stupide tentative de suicide, je veux me suicider tout court, sans personne pour m'en empêcher.
Ca j'avais bien compris. Une chance que je sois passé dans cet endroit pommé ! Alors raconte, tu me dois bien ca !
Je.. Je quoi ?! Connard, c'est à cause de toi si je suis toujours en vie. Je t'avais rien demandé moi ! Je voulais juste mourir en paix.
Hé ho ! On se calme. Faisons un deal : si on histoire ne me convainc pas, je te balance moi-même du pont. Aucune chance de t'en sortir !
T'es vraiment bizarre comme gars. Ok, deal.
Alors ?
Je suis pd.
Ouai, et ? je suis pd aussi, si tu veux aller par là. Ya pas mort d'hommes pour autant.
Sauver par un gay, c'est le pompon !
Bon, alors, c'est quoi ces malheurs ?
Tu veux m'écouter oui ou merde ? par ce que c'est pas avec tes réflexions à la con que je vais t'en dire plus.
Ok, je ferme ma bouche.
J'avais une nana depuis 5 ans, elle m'a plaqué car elle n'était plus amoureuse de moi. Sur cette entrefaite, mon voisin amoureux de moi a voulu me réconforter. Et ca à dérapé… Jamais première fois ne fut aussi délicieuse. Je me suis découvert. J'ai pour la première fois de ma vie l'impression d'être un et indivisible. J'étais bizarrement bien dans ma peau. Après cela, mon voisin devenu mon copain a eu des problèmes de famille. Il s'est replié sur lui-même et m'a largué. Du coup, j'étais assez triste mais je ne voulais pas en rester là, alors j'ai commencé à flirter avec des mecs. En sortant d'un bar, on plaisantait sur le sujet de l'homosexualité avec un gars, on s'est smacké pour ce dire au revoir. Sauf que j'étais relativement inconscient de l'homophobie ambiante. Je n'ai pas vu les trois mecs qui nous suivaient et ils ont décidés que ma gueule ne leur revenait pas. Alors, ils m'ont fait la peau. Résultat une côté cassée, l'arcade sourcilière fendue, une entorse au poignet, la gueule écrabouillée et un petit coma pour arroser le tout. Du coup, urgences et un mois d'arrêt maladie. Du coup, mes parents ont été prévenus. Ils sont venus me voir dans ma chambre d'hôpital et j'en ai profité pour faire la lumière sur toute l'histoire. Mon père m'a alors assené que j'aurais du crevé sous les coups, au moins là j'aurais servie à quelque chose. Ma mère ma crachait au visage qu'elle espérait que je crèverais du sida que c'était la seule échappatoire qui restait pour un pd comme moi. J'étais effondré mais je survivais encore. Le bel infirmier qui vint à mon domicile juste après m'aidait brièvement à remonter la pente. Deux semaines après, pendant qu'il changeait mon bandage il m'a caressé et puis embrassé. Mais il venait de se découvrir bisexuel et il n'assumait pas. Or moi, j'avais besoin d'assumer pour survivre. On est resté ensemble un mois, et un jour j'ai eu le malheur de lui tenir la main en public. Il n'a pas supporté et ma largué comme une merde. Et aujourd'hui, j'ai eu le plaisir de découvrir un grand carton devant ma porte. Dans ce carton se trouve 25 ans de ma vie, celle que m'ont laissé gentiment mes parents. Et un mot accompagnait ce cadeau : « tu n'existe plus pour nous. Voici toutes tes affaires, tu n'as plus besoin de venir nous voir, tu n'es plus notre fils ».
25 ans de vie résumée dans un carton, voilà l'histoire de ma vie…
…
Alors, tu vois aujourd'hui c'était la fois de trop et j'ai voulu en finir…
Je comprends.
Tu comprends ?
Oui. Je ne suis pas sans cœur, je comprends bien la profonde tristesse qui doit t'envahir présentement. Je ne sais pas comment j'aurais réagit à ta place, certainement pas mieux je suppose.
…
J'ai envie de t'aider. Après tout, toi et moi on forme une même communauté. Dans une autre vie, ca aurait très bien pu être moi à ta place.
Pourquoi tu voudrais m'aider ? Je suis certes gay comme toi, mais je suis un inconnu.
Regarde-moi et tu auras ta réponse.
Surpris par sa réponse inattendue, je relève ma tête et croise mon regard noir dans le sien ambré. Je détaille sa physionomie : aussi blond que moi mais en beaucoup plus baraqué, plutôt grand. Je plonge finalement mes yeux dans les siens. Et là je le sens. Le fil ténu de la vie, je le vois qui passe à travers lui pour se plonger en moi. L'or de ses yeux rempli mon âme de couleurs chaudes. Après avoir tout perdu, une nouvelle connexion s'est créée.
Et le vide est devenu plein.
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