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Je hais trop le jet-lag
Pour haïr la rancoeur
Elle telle une dague
M'a déchiré le coeur
Le premier lui endort
Amollit affaiblit
Tout comme un monceau d'or
Jeté sur l'établi
Annihile et corromps
L'âme et l'esprit des riches
Je sais ce discours rompt
Avec les clichés chiches
Si le bonheur me comble
Il ne fait que passer
Il est creux comme un romble
J'en ai vraiment assez
Le malheur lui est vrai
Il décuple ma vie
Sépare grain d'ivraie
Enfin c'est mon avis
C'est comme un peu de poudre
Dans une veine bleue
Une violente foudre
Qui déchire les cieux
Une affaire d'honneur
Qui finit en tuerie.
C'est un missile en pleurs,
Filant droit sur Paris.
Interprétation :
Voici l'analyse qu'un ami (Stéph, en fac de lettres) propose du poème de ma cousine :
Le titre est à prendre au 1e degré au début du texte, mais à partir de la ligne 21 il devient indéfendable et donc ironique.
La « personne » (que nous appellerons P) qui s'exprime n'est PAS l'auteur du poème, d'où l'ironie des derniers 8 vers.
Son avis peut toucher aux lignes 3 et 4 mais semble froid et vaguement inhumain.
Le discours devient vite « faux » et déraille complètement ligne 9, lorsque P prétend qu'aucun riche n'a d'âme, ce qui fait de lui un manipulateur du peuple et/ou un anar de pacotille (genre agitateur-provocateur à la Cohn- Bendit).
D'ailleurs P ne doit pas être lui-même pauvre comme un SDF, vu qu'il connaît bien le jet lag, la cocaïne, et utilise un langage précieux (« dague », « romble », « ivraie ». . .). D'où une déduction logique riche -- pas d'âme ni d'esprit -- con et méchant ?
Quand on prétend que son discours « romp avec les clichés » on est soi-même dans le cliché, et comme P qualifie les clichés de « chiches », nous voilà fixés sur la valeur de son opinion.
En effet, on passe dans ce poème de clichés en clichés, je serais tenté de dire : de Charybde en Scylla, pour arriver au côté vraiment effrayant, diabolique, de P.
P prétend que « le malheur décuple sa vie », or ne dit-on pas que le mal engendre le mal, abyssus abyssum invocat ?
Pour ce qui est du malheur qui « sépare le grain de l'ivraie », ne faut-il pas y voir la sélection nazie dans toute son horreur, ne se déguisant même plus ?
D'ailleurs P lui-même sent la note d'horreur pure qui affleure dans ses dires et se protège derrière la phrase préférée des extrémistes de tous bords : « C'est mon avis ! ».
Ensuite, une fois protégé par cette formule « sacrée » du droit d'opinion, P annonce enfin sa solution finale, son remède contre le bonheur, véritable programme électoral nazi, avec décadence, auto-destruction, foudre (comme sur l'uniforme des SS ?), honneur mal placé (nationalisme poussé à l'abject ?), tuerie, bombardements. . .
Ce texte serait donc un véritable cantique de la haine (il s'ouvre sur « Je hais ») ?
Trop simple ! En effet, ligne 27, le missile « EN PLEURS » sous-entend remords ou au moins souffrance, ce qui infirme la théorie « P nazi de service ».
Il faudrait donc plutôt voir dans les derniers vers un coup de folie (théorie que confirme l'absence de ponctuation, faisant du poème une logorrhée ininterrompue, une divagation) causé par un excès de malheur, et dans cette montée de violence ( drogue -- foudre -- tuerie -- bombardement ) ce qui arrive quand de plus en plus de gens acceptent puis se complaisent cyniquement dans le malheur, le leur comme celui d'autrui (« il fait froid dans le monde, c'est pour ça que de grands incendies s'allument un peu partout » L. Mayer).
Merci Stéph pour cette superbe interprétation !