Bonjour bonjour, bienvenue sur la page du premier chapitre de Visions passées. J'ai, heum, un court message à passer. Un message qui pourra paraître ce que je ne veux pas qu'il paraîsse (la phrase, toi…) Je tiens tout d'abord à spécifier que ces quelques lignes ne sont pas là pour m'attirer les compliments ou remontage d'ego, mais vraiment juste pour avertir quelque chose. (Rah la la…j'aime pas ça me justifier…) Enfin bref.

Je tiens simplement à m'excuser pour toutes les incohérences/contradictions/bêtises/répétitions que j'aurais pu écrire dans les chapitres 1 et suivants. Comme un an d'écriture, ça se fête, j'ai décidé de réécrire/corriger/couper tout ces passages qui me rendent malade chaque fois que je les lis. Bon…sauf si, vraiment, ce que j'ai changé est nécessaire à la compréhension de l'histoire (ou qu'il y avait une faute particulièrement honteuse) je ne changerai pas le chapitre pour un plus récent. Pourquoi? Parce que j'en ai pas envie, bon.

Alors vala. Amusez-vous bien!

Gadrièle

Un rêve parmi tant d'autres

Deux hommes couraient le long d'une rivière, profitant de l'obscurité pour prendre la fuite. L'un était grand, mince et à l'allure sévère. Son regard gris plutôt froid lui donnait un air soucieux. Il était vêtu de couleurs sombres, comme pour mieux se fondre dans le paysage. L'autre était plus petit, mais d'une certaine manière plus énergique, comme s'il tirait sa force de la terre. Dans ses yeux se lisait une frayeur absolue. Le premier homme commençait à être fatigué. Il y avait trop longtemps qu'ils couraient ainsi. Il ne savait plus où puiser ses forces et commençait à trébucher, ses jambes faiblissaient. Il courait par simple automatisme. Il perdit pied et manqua de s'étaler au sol de tout son long, mais son ami le rattrapa à temps.

- Frédéric, je n'en peux plus, admit-il d'une voix faible.

- Il ne faut pas s'arrêter, répondit ce dernier. Sinon ils vont nous rattraper et tu sais ce qu'ils vont nous faire…

L'homme pâlit. Ils avaient ralenti le pas. Martin, c'était ainsi que l'autre homme se nommait, fut parcouru d'un frisson glacé. Affecté d'un soudain mal de tête, il s'effondra à genou. Frédéric s'empressa de le relever.

- Qu'y a-t-il? s'alarma-t-il.

- Il est trop tard pour fuir. Ils sont tout autour de nous.

Frédéric pâlit à son tour.

- Nous ne nous reverrons plus, ajouta Martin.

- Combattons une dernière fois. Il ne sera pas dit qu'ils auront raison de nous aussi vite.

Il avait essayé de dire ça avec un ton encourageant, mais il ne se faisait pas trop d'illusions. L'un et l'autre savaient très bien qu'il n'y avait plus beaucoup d'espoir. Ils ne voulaient cependant pas s'avouer vaincus.

Il faisait trop noir pour qu'ils puissent y voir quoi que ce soit, ce qui n'était pas là pour arranger leur cas. Malgré cela Frédéric sentit lui aussi qu'ils étaient encerclés. Leurs ennemis n'étaient pas très nombreux, mais tout de même trop pour eux. Même avec un miracle, ils n'arriveraient pas à s'en sortir. S'ils n'avaient pas tant épuisé leurs forces avec cette course effrenée, ils auraient sans doute tenu plus longtemps.

Ils n'eurent même pas le temps de se défendre. Un homme dans les ténèbres hurla quelque chose. Martin se sentit aussitôt paralysé, autant par les paroles que par la voix. Il entendit le fracas d'armes qui s'entrechoquaient. Il y eut un nouveau cri et une lumière flamboyante aveugla Frédéric et Martin. Les deux hommes s'effondrèrent sur le sol dans un hurlement douloureux.

* * *

Benoît Chamberland se réveilla en sursaut. Il s'était redressé en criant de toutes ses forces. Sa respiration était terriblement rapide. Il avait l'impression d'avoir couru toute la nuit. Il était mouillé de sueurs froides. Ses joues devenues rouges étaient brûlantes. Le silence de sa chambre lui bourdonnait aux oreilles. Il y avait eu tant de bruit pourtant… Il s'aperçut qu'il tremblait de tous ses membres. Il tremblait sans pouvoir s'arrêter. Il avait eu peur. Très peur. Il était toujours effrayé d'ailleurs. Il venait encore de faire un mauvais rêve. Un de ces rêves trop réels pour être pris à la légère.

Habituellement, Benoît avait beaucoup de mal à se rappeler de ses rêves. Toutefois, celui-ci, il n'avait aucune difficulté à se le remémorer. Il avait mal à la tête, comme toutes les fois où il faisait un rêve semblable. Ce n'était en fait pas la première fois que ça arrivait. Il se sentait affaibli aussi. Ce n'était qu'un rêve pourtant. Alors pourquoi se mettait-il dans cet état? «Ça compte plus que ça, j'en suis sûr.» se disait-il.

Il se leva en titubant. Il se rendit à la salle de bain pour se passer de l'eau froide dans la figure, et peut-être aussi pour prendre une aspirine si son mal de tête ne passait pas. Il n'avait pas cessé de trembler. Il n'arrivait pas à se calmer, son esprit était encore hanté par les images troublantes de son rêve.

Ce n'était pas la première fois qu'il rêvait à ces hommes et c'était ça qui lui faisait peur. Souvent, il prenait la place de Martin. Il prenait son point de vue. C'était comme si son esprit était connecté au sien.

Le garçon revint dans sa chambre en s'appuyant aux murs. Il se sentait malade. Il avait l'impression que l'éclair dans le rêve lui avait fait autant de mal qu'aux deux hommes. Il se laissa tomber dans son lit sur le dos. Il était passé deux heures du matin. S'il continuait à dormir si mal, il ne tiendrait jamais le coup.

Benoît était à présent plus calme. Il ferma les yeux, dans le bien faible espoir de retrouver le sommeil. Il avait peur de dormir et de faire un autre cauchemar. La nuit était son seul moment de répis, du moins lorsque ses rêves le laissaient tranquille. Il s'endormit d'un sommeil léger peu après, vidé de toute énergie.

Benoît était un garçon plutôt émotif. Il n'avait aucun mal à comprendre les autres, sachant toujours ce que les gens autour de lui ressentaient. Seulement, le plus souvent il percevait la tristesse, la détresse, la peur, la défaite… Il ne se souvenait pas avoir déjà senti de la joie, du contentement, ou même du soulagement chez quelqu'un; que des sentiments qui donnaient envie de tout laisser tomber. Benoît essayait de se reprendre en s'amusant, mais ça ne marchait pas toujours. Il pensait trop à ses rêves… Pourquoi devait-il toujours supporter la douleur des autres?

Benoît avait quatorze ans. Il n'était pas spécialement grand, mais il n'était pas petit non plus. Il se situait dans la moyenne. Sa grandeur le satisfaisait amplement. Il n'avait pas envie de dépasser tout le monde d'une tête et de se faire surnommer «le grand» à tout bout de champ. Ses cheveux foncés étaient l'objet de nombreuses plaisanteries. Benoît n'avait tout simplement pas envie de se forcer pour les coiffer un minimum. De toute façon, il sentait que le avant et le après seraient assez semblables.

Cependant, dès que quelqu'un avait vu le regard de cet adolescent, il en oubliait les cheveux. Benoît avait de grands yeux clairs, entre le bleu ciel et le gris pâle. Il était en quelque sorte impossible de se cacher sous ce regard qui était attentif en permanence. Rien n' échappait à ces yeux et peu de gens avaient réussi à les fixer longtemps. Il s'en dégageait une sorte de malaise, comme si le regard du garçon était son intermédiaire pour entrer dans l'esprit de l'autre.

Or, se faire fouiller l'esprit n'est jamais une chose plaisante, même si c'est fait par un garçon aussi doux et raisonnable que Benoît Chamberland. Son regard troublant devint une sorte de barrière que personne n'osait approcher. Aussi il faisait bien attention de ne croiser longtemps le regard de personne, pour ne pas se faire éviter par tout le monde.

Jusqu'à il y a peu de temps, il avait vécu une vie plutôt ordinaire qui ne le dérangeait absolument pas. Pourtant, depuis un certain temps, il avait ces visions, toujours à propos de Frédéric et Martin.

Il ne savait pas trop pourquoi, mais il sentait que ces personnes n'existaient pas uniquement dans son monde onirique.

Le reste de la nuit se déroula très vite et ne reposa aucunement le pauvre adolescent. Puisque c'était la fin de semaine, Benoît dormit très tard. Il n'avait pas envie de descendre à la salle à manger. Malgré l'heure avancée, il était près de 11h, il n'avait pas du tout faim. Les événements de la nuit précédente lui coupaient l'appétit. Et il était encore fatigué.

Que fallait-il faire dans de telles situations? Parler à ses parents? Non. Ils avaient beau être compréhensifs, il ne leur parlerait pas de ça. Ses rêves n'étaient pas une chose à leur confier. Il préférait encore se morfondre dans sa chambre avec ses seules pensées pour compagnie. On cogna à sa porte. Il soupira d'agacement.

- Benoît… Es-tu réveillé?

- Oui, marmonna-t-il avec mauvaise humeur.

La porte de sa chambre s'ouvrit lentement. Une jeune fille se tenait là, immobile dans l'entrebâillement de la porte. Elle avait une longue chevelure noire désordonnée qui retombait sur ses épaules. Elle avait le même regard profond que Benoît, mais en moins fort. Les gens osaient encore la regarder dans les yeux, elle. Elle était encore en pyjama: un chandail à manches courtes qui lui arrivait aux genoux et un pantalon en coton trop large pour elle. Elle fixa un long moment le garçon. Il n'avait pas l'air très en forme, ni de très bonne humeur.

- Ça va? demanda-t-elle, perplexe.

- J'en ai l'air?

- Du tout.

- Entre si c'est ce que tu veux.

La jeune fille entra donc. Il s'agissait de Liane, sa petite soeur. Ils n'avaient que deux ans de différence. Dans toute la famille, c'était d'elle dont Benoît se sentait le plus près. Liane était une des seules personnes à pouvoir soutenir son regard. Elle alla s'asseoir à côté de son frère. Ce dernier n'avait pas bougé depuis qu'elle était entrée. Il avait peut-être cligné des yeux, mais ça ne comptait pas vraiment.

- Qu'est-ce que tu voulais? demanda-t-il lorsque la jeune fille se fut installée.

- Je m'ennuyais toute seule en bas. Je me suis dit que tu étais assez en forme pour que je vienne te voir.

- Il y a d'autres gens dans cette maison.

- Mais c'est toi que je voulais voir! s'énerva la jeune fille.

Liane se mit distraitement à jouer avec le bord de son chandail. Quelque chose la tracassait. Benoît le sentait. Il le ressentait aussi. Il se redressa et tira ses couvertures contre lui, car il avait froid.

- Qu'est-ce qu'il y a? s'inquiéta-t-il en plongeant son regard clair dans les yeux pâles de sa soeur.

Elle l'observa un long moment, ne sachant si elle devait vraiment dire ce qui l'embêtait. Elle avait froncé les sourcils, signe qu'elle avait un doute. Ses yeux étaient devenus songeurs et inquiets.

- Je t'ai entendu crier cette nuit, confia-t-elle, la voix faible.

C'était donc ça. Benoît se laissa retomber dans ses oreillers. Il se passa les mains devant les yeux, comme pour effacer le souvenir qu'il gardait de son rêve. Il resta un long moment silencieux. Liane ébouriffa ses longs cheveux, ne sachant trop ce qu'elle devait faire.

- J'ai fait un mauvais rêve, expliqua-t-il en espérant que sa soeur ne cherche pas plus loin.

- Comme la nuit dernière, et celle d'avant, et un tas d'autres fois aussi!

- C'est normal de faire des cauchemars…

- Ça fait plus d'un mois que ça dure!

- Et alors, je ne contrôle pas mon subconscient!

- Benoît, ils doivent être vraiment horribles tes cauchemars si tu cries autant! Tu n'élèves pas la voix, tu gardes toujours un ton calme, tu ne cries pratiquement jamais! s'énerva Liane en se levant. Et puis le jour, tu fais comme si rien n'était arrivé. Qu'est-ce qui se passe avec toi?

Le garçon restait immobile. Il contemplait le plafond. Il se sentait coupable, car il n'avait jamais parlé de cela à Liane. Pourtant ils se disaient toujours tout. Et là elle exigeait des explications qu'il ne pouvait donner.

- Je ne supporte pas de te voir comme ça.

- Pourquoi est-ce que ça t'énerve autant?

- Parce que tu es mon frère et parce que ce n'est pas normal de faire autant de mauvais rêves.

- Une fille de douze ans n'a pas à se préoccuper de son grand frère. Tu as d'autres choses à te soucier.

- Moi je te dis qu'un garçon de quatorze ans n'a pas plus à vivre sous la hantise du sommeil. Tu cries si fort que ça me réveille chaque fois.

- Est-ce que tout le monde en parle à la maison? s'inquiéta le garçon.

Il ne désirait pas vraiment que toute la famille s'interroge sur son cas. À son grand soulagement, la jeune fille secoua la tête.

- Je crois que je suis la seule à m'en être aperçu.

- Tu es la seule à se faire réveiller alors? s'étonna le garçon. Si je cries si fort, tout le monde doit forcément se réveiller aussi.

- Je ne t'entends pas qu'avec mes oreilles tu sauras.

Le garçon fronça les sourcils. Qu'avait-elle encore voulu dire? Parfois, il avait du mal à se rappeler que Liane était plus jeune que lui. Lorsqu'ils se parlaient, elle avait l'air presque adulte, un peu comme si elle avait vieilli trop vite. Ce qu'il ignorait, c'était que Liane avait la même impression à son sujet. C'était sans doute pour cela qu'ils s'entendaient si bien. Ils avaient grandi en même temps et de la même manière. Ils partageaient les mêmes soucis.

- Lève-toi donc si tu ne veux pas que tout le monde s'inquiète pour vrai. Aujourd'hui on part tous les deux.

- Pour faire quoi? s'étonna Benoît en se levant à son tour.

- On va voir Adèle. Elle a appelé tout à l'heure. Elle s'inquiétait pour toi.

- Elle aussi! s'écria le garçon sans pouvoir cacher sa surprise.

Liane haussa les épaules.

- Elle aussi elle t'a entendu crier.

Il n'y avait apparemment plus moyen de faire des cauchemars tranquille avec ces deux-là.

Liane quitta son frère pour le laisser s'habiller. Elle aussi devait se changer de toute manière. Benoît enfila rapidement un jeans et un chandail rouge. Il n'avait pas spécialement hâte de sortir de sa chambre, mais il se disait que voir Adèle lui ferait du bien. Adèle était sa meilleure amie, tout comme Liane. Et puis il avait peut-être passé trop de temps dans la pénombre de sa chambre. Il alla ouvrir le rideau, se demandant s'il faisait beau ou s'il allait pleuvoir. Soulagé, il regarda un instant les rayons du soleil inonder la pièce.

Il essaya de faire un peu de ménage dans sa chambre désordonnée, mais n'y parvint pas. Il était encore trop confus lui-même. Il descendit à la cuisine pour se faire à déjeuner.

- Bon matin mon chéri! dit sa mère en le serrant dans ses bras.

- Salut maman, répondit-il en se dégageant subtilement.

Liane vint rejoindre son aîné quelques minutes plus tard. Elle était toute souriante. Cependant Benoît vit au fond de ses yeux qu'elle était toujours aussi inquiète à son sujet. Il avala en vitesse son maigre déjeuner pour pouvoir partir au plus vite. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas sa mère, mais il ne voulait pas la mettre au courant de son léger problème.

- Lili et moi on va voir Adèle aujourd'hui, lança-t-il en rangeant son assiette pleine de miettes de pain dans le lave-vaisselle.

- Tu prends soin de ta soeur?

- Bien sûr, répondit-il, songeant que la plupart du temps, c'était Liane qui prenait soin de lui.

Benoît téléphona à son amie pour lui dire qu'ils arriveraient bientôt. Adèle n'habitait pas très loin de chez eux, à environ quatre rues. La température fraîche calma le garçon. Liane lança un sourire soulagé à son frère, le voyant enfin respirer calmement.

Ils arrivèrent en très peu de temps chez Adèle. Elle avait quinze ans et était dans la classe de Benoît depuis deux ans. C'était à l'école qu'ils s'étaient connus. Adèle avait une courte chevelure blonde contre laquelle elle se battait tous les matins pour avoir meilleure allure. Elle avait le teint plus foncé que son ami. Elle avait hérité des yeux couleur turquoise de sa mère. Son sourire était espiègle. Sauf que cette fois elle ne souriait pas. Elle se faisait du souci.

- Allons dehors, ordonna-t-elle avant même qu'ils ne puissent lui dire quoi que ce soit.

Elle sortit précipitamment et referma la porte derrière elle. Adèle marchait d'un pas décidé distançant sans le savoir Benoît et Liane qui avaient du mal à la suivre. Ils durent la supplier de ralentir le pas pour enfin la rejoindre. Ils se jetèrent un regard entendu: nul doute que sa famille l'avait encore fait perdre son sang froid et qu'elle exploserait d'une seconde à l'autre.

- Veux-tu bien me dire pourquoi toutes les nuits je rêve à toi? s'écria-t-elle au bout d'un moment.

- Je ne sais pas, tu dois faire une fixation sur mon beau grand frère, fit Liane en haussant les épaules.

- Lili, ce n'est pas le moment de plaisanter, s'énerva Adèle.

- Je sais.

- Je t'entends toujours quand tu te réveilles en sursaut. Je me réveille en même temps.

- C'est la même chose pour moi, ajouta Liane.

- Je savais qu'on était très liés tous les trois, mais pas à ce point-là! Ça me fait peur.

- Adèle et moi on en a souvent discuté ces derniers temps, et on en est arrivées à une conclusion.

- Ça ne peut plus se passer comme ça. Ça nous tue tout autant que toi.

- Benoît? Es-tu toujours parmi nous? répliqua Liane en passant sa main devant les yeux de son frère.

- Hein? Oh…je suis désolé. C'est que je suis tellement fatigué. J'ai mal dormi.

- Et bien c'est justement de ça qu'on parle. À quoi rêves-tu de si important?

- Comment ça «de si important»? Ce ne sont que des rêves.

- Tu ne comprends pas qu'on se fait du souci pour toi? répliqua Adèle, sentant monter en elle une bouffée de colère. Depuis un mois tu as changé. As-tu passé seulement une nuit sans faire de cauchemars?

Benoît baissa la tête. Elles avaient raison. Il devait tout leur raconter. Il trouvait ça trop dur de garder cette histoire pour lui seul.

Depuis un mois les personnages de Martin et Frédéric hantaient son sommeil. Ça ne venait jamais sur une longue période de temps. Ça venait peut-être une quarantaine de secondes par nuits, ce qui était tout de même suffisant pour le troubler jusqu'au matin.

Martin et Frédéric avaient grandi ensemble. Ils avaient toujours été de très bons amis. Martin avait très tôt démontré des dons particuliers dans le domaine de l'esprit, tel que le fait de percevoir les pensées des gens. Lorsqu'il avait été nommé gardien des songes, une sorte de sorcier qui s'occupait de garder les secrets, Frédéric s'était naturellement mis à son service.

Ensemble ils formaient un duo incomparable. Rien ne pouvait les arrêter. Contrairement à ce que plusieurs pensaient, Frédéric n'était pas sans talent. Il possédait l'étrange capacité de projeter son image dans l'esprit des gens.

À force de voyages, les deux hommes apprirent de nombreuses choses. Ils avaient découvert un secret, celui que Martin devait garder. Jamais Benoît n'avait su ce dont il s'agissait. À cause de cette chose dont ils étaient au courant, Frédéric et Martin avaient été traqués. Ils avaient fui très longtemps. Ils avaient tenu au moins trois ans à vivre cachés. C'était un condensé de toute leur histoire que Benoît voyait chaque nuit. Mais cette fois, Martin et Frédéric n'avaient pas pu se sauver. Ils avaient été capturés et cette information qu'ils détenaient allait passer aux mains de leurs ennemis.

- Martin et Frédéric existent, ou ont existé, j'en suis sûr, conclut le garçon, le regard vague.

- Réfléchis, il n'y a pas de sorciers dans ce monde, bafouilla Adèle.

- Je le sais bien, mais je ne peux pas y faire grand chose. Ce rêve, j'y crois. Il n'est pas comme les autres.

Liane préférait garder son avis pour elle. Il y avait quelque chose en elle qui l'empêchait de nier cette dernière affirmation. Elle savait que Benoît était différent de tous les autres. Son simple regard en témoignait.

Ils ne revinrent pas sur le sujet. Benoît avait de toute façon trop de choses dans la tête pour bien les exprimer et être compris. Il préféra rentrer chez lui et retourner à sa pénombre. Il avait besoin de réfléchir seul.

Il se sentait un peu lâche d'abandonner Adèle et Liane à leur inquiétude, mais il sentait que sa présence ne ferait qu'empirer la situation, ce qu'il voulait éviter à tout prix. Il les aimait beaucoup, elles étaient ses meilleures amies, les seules à vraiment le regarder. Benoît ne désirait pas les mêler à cette histoire de rêves. Il était sûr que ça pourrait devenir dangereux à la longue. C'était une sorte de pressentiment.

Les deux jeunes filles l'observèrent tandis qu'il s'éloignait. Liane se sentait terriblement triste et Adèle croyait avoir gaffé quelque part.

- On doit faire quelque chose, s'exclama Liane. On ne peut pas le laisser comme ça.

- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse? s'emporta la jeune fille blonde. Il ne veut pas qu'on s'inquiète. On ne peut rien contre ça.

Liane haussa les épaules et détourna le regard. Elle ne pouvait pas le laisser comme ça.