CHAPITRE 3 : LE DÉBUT DES ENNUIS

Quelques jours plus tard, l'incident était déjà clos pour Tillia, qui n'avait pas jugé nécessaire de raconter ce qui s'était passé à Loïc, de peur de le blesser. Etant donné qu'elle ne partageait pas du tout l'avis de son père et qu'elle était toujours furieuse qu'il ait pu tenir un tel discours, elle fit comme si de rien n'était.


Le temps passa à une vitesse vertigineuse. Loïc et Tillia réalisaient avec peine que cela faisait déjà plus d'un an qu'ils se connaissaient. Leur complicité ne faisait que grandir de jour en jour, et leur amitié semblait indéfectible. Sans s'en rendre compte, ces deux grands solitaires s'étaient bien trouvés, et ne pouvaient à présent plus se passer l'un de l'autre.


Par une magnifique soirée de juin, Loïc et Tillia s'étaient confortablement installés près du grand chêne, comme à leur habitude. Cet endroit en retrait de la ville était véritablement devenu leur repaire.

Ils étaient accroupis au bord de la rivière, à la lisière de la forêt, et Loïc montrait à Tillia comment il arrivait à attraper plusieurs poissons d'un coup, sans l'aide d'une canne à pêche : il avait découpé une énorme ronce et avait lissé un des bouts de façon à avoir une prise. Il lui suffisait de laisser tremper la partie épineuse dans l'eau et d'épingler ainsi les poissons qui passaient. Tillia s'avéra plutôt douée pour l'exercice et ils s'improvisèrent un petit dîner, tandis que le soleil commençait à décliner dans le ciel, laissant place à une ambiance feutrée et paisible. Ils finirent la soirée déjà bien entamée en discutant auprès du feu.

- Tu es gé-nial Loïc ! s'exclama Tillia, en détachant bien les deux syllabes. Je n'aurais jamais pensé à pêcher comme ça ! Tu as toujours tellement d'idées.

- C'est juste une question d'observation, répondit Loïc d'un air modeste. Des expérimentations un peu foireuses parfois. Cette canne à pêche improvisée, ça vient en fait du jour où j'ai trouvé un gros poisson accroché à une ronce dans un cours d'eau. Ce n'est pas la découverte du siècle tu sais. Juste, des petits trucs assez pratiques quand tu vis et te balades tout seul.

Tillia buvait ses paroles. Ils éteignirent le feu et s'assirent dans l'herbe, restant un moment sans parler. L'horizon se teintait progressivement de rose pâle. Le soleil était bas dans le ciel et sa lumière de braise se reflétait dans la rivière. Tillia posa sa tête contre l'épaule de Loïc et se laissait bercer par le silence de la nature. Seul le bruit d'un poisson plongeant dans la rivière venait parfois troubler la tranquillité de la clairière.

- Dis, lança soudain Loïc en se redressant. Est-ce que ça te dirait de dormir à la belle étoile avec moi ce soir ?

Tillia se redressa d'un bond ; c'était une chose qu'elle avait toujours voulu faire mais elle n'en avait jamais eu l'occasion.

- Oh oui ! s'écria-t-elle. J'en ai toujours rêvé !

- Je vais te sortir quelques affaires, lança-t-il avec enthousiasme en se levant. Tiens, prends une couverture. J'en ai plusieurs, ne t'en fait pas. Et si jamais tu ne veux pas dormir à même le sol, tu peux de faire un petit matelas avec les autres couvertures.

- Je veux bien un petit matelas, dit Tillia avec une moue.

- Je vois, Mademoiselle saute-fenêtre est une aventurière en carton en réalité, lança Loïc avec un petit sourire narquois.

- Je ne répondrai même pas à cela Monsieur Le Rusé, répliqua-t-elle, un brin vexée.

Tillia s'enthousiasmait à l'idée de passer la nuit à la belle étoile, et Loïc était secrètement ravi de la garder un peu plus longtemps avec lui. Plus les jours passaient et plus il appréciait sa compagnie. Il regardait à la dérobée son amie qui s'activait joyeusement, d'un air songeur. Il ne s'était jamais encore attaché ainsi à quelqu'un. Depuis son plus jeune âge, son tempérament solitaire ne lui avait jamais vraiment permis de créer des liens avec quiconque. Et le fait d'avoir erré de ville en ville depuis l'âge de huit ans n'avait fait que renforcer ce côté vagabond, sans attaches.

Tillia, elle, ne songeait pas un seul instant à ses parents qu'elle n'avait pas prévenus et qui auraient pu s'inquiéter de ne pas la voir revenir, ou bien au sermon qu'ils lui feraient quand elle rentrerait. Elle passait de si bons moments avec Loïc qu'il lui arrivait souvent d'oublier la réalité. Elle vivait sur son petit nuage. La vie lui paraissait tellement plus passionnante depuis qu'elle le connaissait.

Ils installèrent leur campement non loin du chêne, près de la rivière. Tillia s'allongea et tira la couverture sur elle en poussant un léger soupir de contentement. Loïc s'installa à côté d'elle et croisa ses bras sur sa nuque. C'était une belle soirée de juin, et le soleil aux tons orangés déclinait lentement dans un ciel dégradé de couleurs vives, sans nuages. Ils restèrent un long moment silencieux, baignés par le calme et la sérénité de la forêt non loin. Lorsque la nuit tomba complètement, ils s'amusèrent à chercher les constellations d'étoiles au-dessus de leur tête, repérant tour à tour la Grande Ourse ou encore la constellation d'Orion. Ils se sentaient tous les deux tellement bien à l'instant présent.

Au bout d'un moment, Tillia étouffa un long bâillement et s'enroula dans sa couverture. Elle avait beau vouloir prolonger ce moment le plus possible, elle tombait de sommeil. Les quelques braises qui rougeoyaient encore dans le feu étaient sur le point de s'éteindre. Elle se rapprocha doucement de Loïc et posa sa tête contre lui. Loïc esquissa un sourire attendri et passa son bras autour de ses épaules, heureux d'avoir pu prolonger leur journée. Ils s'endormirent ainsi, bercés par les bruits de la nature environnante.


Le lendemain matin, Tillia ouvrit les yeux et se rendit compte qu'il n'y avait plus personne à côté d'elle. En se redressant, elle aperçut Loïc accroupi au bord de l'eau, torse nu, en train de faire sa toilette. Tillia le détailla machinalement d'un œil encore endormi et fronça les sourcils lorsqu'elle remarqua qu'une grande cicatrice lui barrait le dos, le long de sa colonne vertébrale. Elle se leva et s'approcha de lui.

- Tu es déjà réveillée ma belle ? fit Loïc en se retournant.

- Oui, j'ai drôlement bien dormi, dit-elle en s'étirant. Et toi ?

- Moi aussi, répondit-il en esquissant un sourire.

Tillia avait l'air rêveuse.

- C'était si bon, dit-elle. S'endormir loin des bruits de la ville, le ciel ouvert au dessus de nos têtes comme ça... J'espère qu'on le refera !

- C'est chouette hein ? J'ai l'habitude pourtant, je dors tout le temps dehors mais je ne m'en lasse pas. Du coup je me suis dit que ça te ferait peut-être plaisir de partager ça avec moi, dit Loïc.

Tillia ouvrit des yeux ronds.

- Tu dors tout le temps dehors ? Je croyais que tu ne faisais ça que de temps en temps.

- Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, déclara Loïc d'un ton chevaleresque en bombant le torse.

Sa superbe se dégonfla bien vite et il ajouta :

- Bon, en fait non, j'avoue, s'il pleut vraiment trop ou bien s'il fait trop froid, je préfère tout de même trouver une grange pour dormir au sec. Mais l'avantage d'être en Arizona, c'est que je n'ai pas vraiment besoin de me soucier de ça vu le temps magnifique qu'il fait toute l'année.

Tout en disant cela, Loïc plongea sa main dans l'eau et aspergea Tillia. Celle-ci se recula précipitamment et tomba assise en riant.

- C'est ça que j'aime chez toi, constata Loïc avec un grand sourire. Tu rigoles tout le temps. La joie de vivre incarnée !

- Tu préfèrerais que je fasse la tête ? lança Tillia, d'humeur taquine.

- Oh non ! Surtout pas ! Tu es un vrai rayon de soleil, c'est tellement agréable, ajouta-t-il en lui adressant un clin d'œil.

Tillia sourit et l'arrosa à son tour.

Au bout d'un moment, Tillia finit par se décider à poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Dis Loïc, qu'est-ce que c'est cette cicatrice que tu as dans le dos ?

- Oh, c'est rien, je me suis apparemment ouvert en tombant sur du fil barbelé qui entourait l'enclos des bisons quand j'étais petit. C'est mon père qui m'a raconté ça, je ne m'en souviens pas.

Tillia lui lança un regard horrifié.

- Mon Dieu, murmura-t-elle, pensant avoir posé une question plutôt anodine.

Loïc secoua négativement la tête pour lui signifier que ce n'était pas grave.

- Ce n'est vraiment rien, fit-il en haussant les épaules. Je n'y pense même plus maintenant, c'était il y a longtemps. Ça ne fait même pas mal, ni la colonne vertébrale ni les nerfs ont été touchés. Je vais juste garder cette marque à vie.

Tillia se remit debout sur ses jambes et réajusta son chemisier.

- Bon... Je me dépêche, je ne voudrais pas arriver en retard en cours, l'institutrice m'a déjà fait deux remarques ce mois-ci. Je n'ai pas envie qu'elle prévienne mes parents ils me feraient toute une scène pour rien, dit-elle d'un ton qui se voulait dramatique.

Loïc se mit à rire.

- On se retrouve à deux heures devant chez Stan ! N'oublie pas ! lui cria-t-il tandis qu'elle s'éloignait.


Malgré toute sa bonne volonté, Tillia arriva une fois de plus en retard en cours. L'institutrice la réprimanda et lui enleva cinq points sur le prochain devoir pour ses retards successifs. Tillia essaya de s'expliquer mais Miss Bowman, bien qu'étant gentille et compréhensive, était de nature très stricte, et ne voulut rien entendre. Tillia se dirigea vers sa place habituelle, penaude, tandis que ses camarades l'épiaient en coin, tous ravis que la première de la classe se soit fait enlever des points. Kelly la regardait comme si on venait d'annoncer que Noël allait tomber deux fois cette année. Certains commencèrent à ricaner mais ils s'arrêtèrent net quand Tillia les fusilla du regard. Elle se laissa tomber sur sa chaise et l'institutrice commença une nouvelle leçon. Mais Tillia était ailleurs : elle pensait à la réaction de ses parents. Elle venait de réaliser que, depuis un certain temps, elle se lassait d'aller à l'école ; elle ne faisait plus ses devoirs, et ses notes commençaient à s'en ressentir. Mais elle n'avait plus le temps : elle découvrait tellement de choses avec Loïc qu'elle trouvait les cours terriblement ennuyeux. Autrefois, elle était l'élève modèle de la classe, toujours sérieuse, intéressée, et l'institutrice ne tarissait pas d'éloges. Maintenant, elle se faisait régulièrement rappeler à l'ordre et n'écoutait pas la plupart des leçons, bien trop occupée à planifier ses après-midis.


Dès que l'institutrice sonna la cloche, elle fut la première à sortir et partit en courant. Elle ne prêta pas attention aux moqueries de ses camarades de classe qui repartaient de plus belle. En cours de route, elle se rappela qu'elle devait passer chez Stanley, le maréchal-ferrant, un ami de longue date de ses parents. Loïc et Tillia lui avaient laissé leurs chevaux en prévision d'une course à laquelle ils comptaient participer dans l'après-midi. Elle vérifia que tout était prêt et rentra tranquillement chez elle. Elle ne se doutait pas qu'une mauvaise surprise l'attendait : lorsqu'elle pénétra dans le salon, elle tomba nez à nez avec Miss Bowman, son institutrice. Elle était en grande conversation avec ses parents, visiblement peu ravis de leur entretien.

- Oh oh... se dit Tillia qui commençait à s'inquiéter.

Miss Bowman rendait très rarement visite aux parents d'élèves, sauf pour les cas vraiment catastrophiques. Son père prit la parole :

- Tillia, miss Bowman vient de nous informer de ton comportement en classe. Tu arrives régulièrement en retard et tu n'écoutes pas en cours. Tu peux me dire ce qu'il t'arrive ? Nous n'avons jamais eu de problèmes de ce côté-là, tu as toujours été sérieuse, alors qu'est-ce qui te prend ?

Prise de court, Tillia se contenta de baisser les yeux d'un air fautif.

- On se fait du souci pour toi, continua sa mère. Tu es toujours dehors à partir je ne sais où et tu ne travailles plus. Tu ne peux pas continuer ainsi.

Miss Bowman se pencha vers elle et posa une main sur son épaule.

- Tillia, je ne suis pas venue ici pour te piéger ou t'obliger à une confrontation, dit-elle d'une voix douce. Je sais juste que tu as toujours été une élève brillante et tu as toujours aimé apprendre. Peut-être que tu traverses une mauvaise passe en ce moment. En tout cas, promets-moi de ne pas oublier tes envies et tes rêves, et si jamais tu as besoin de parler à quelqu'un, n'hésite pas.

Tillia leva les yeux, un peu perdue. Elle se sentait à la fois énervée contre ces adultes qui ne comprenaient rien, et fautive d'avoir dévié du droit chemin dans lequel elle s'était engouffrée depuis qu'elle était née. Elle ne savait plus quoi penser.

- Je vous remercie Miss Bowman de nous avoir fait part de votre inquiétude concernant Tillia, coupa le shérif. Elle va se reprendre, cela ne se reproduira plus à l'avenir, ajouta-t-il en appuyant la fin de sa phrase d'un regard noir en direction de sa fille.

- Je vous laisse monsieur et madame Anderson, merci de m'avoir reçue, dit Miss Bowman en lui serrant la main. A demain en cours Tillia. J'espère que tu seras à l'heure cette fois-ci, ajouta-t-elle avec un sourire entendu.

- Au revoir, Miss Bowman, répondit son père. Bonne fin de journée.

A peine eût-il refermé la porte que l'orage ne se fit pas attendre.

- Tillia, je peux savoir où tu étais passée depuis hier ? Ta mère et moi nous sommes fait un sang d'encre !

Tillia baissa la tête. Elle était bien consciente d'avoir dépassé les limites.

- Je... On a passé la nuit à la belle étoile. Je suis désolée, j'aurais dû vous prévenir.

- La nuit à la belle étoile, et puis quoi encore ! explosa son père. Tu es d'une inconscience incroyable ! Tu as songé que nous étions en train d'imaginer le pire alors que toi, tu dormais la conscience tranquille quelque part dehors ?

Tillia se sentait mal.

- Je sais, je suis désolée. Mais vous ne m'auriez jamais laissée faire de toute façon ! répliqua-t-elle.

Son père, fou de rage, la coupa :

- Tillia je te préviens, si tu continues à n'en faire qu'à ta tête et si tu ne te remets pas au travail, tu seras privée de tout ! Alors dès maintenant, tu files dans ta chambre et tu as intérêt à y rester tout l'après-midi à travailler !

- Mais... bredouilla Tillia, réalisant soudain. Cet après-midi, je devais participer à la course annuelle du Ranch avec Loïc ! Stan nous a même préparé nos chevaux pour y aller !

Les yeux de son père s'arrondirent de surprise.

- La course du Ranch ? s'exclama-t-il. Et tu comptais nous le dire quand que tu participais à cette course ?

Tillia se tut, rageant intérieurement d'avoir laissé échapper cette information.

- Ce n'est pas un jeu d'enfants Tillia, c'est une véritable course, c'est bien trop dangereux pour toi ! C'est encore une brillante idée de ton ami j'imagine ?

- Mais non ! On voulait y participer tous les deux ! Je suis grande maintenant, je suis tout à fait capable de participer à une cours de chevaux ! Tu sais que je suis une excellente cavalière et que je ne me mettrais pas en danger volontairement enfin !

Tillia baissa les yeux ; décidément, ses parents ne lui feront jamais confiance.

Le shérif croisa ses bras sur sa poitrine.

- Tu nous as prouvé dernièrement que tu ne connaissais pas tes limites. Il n'y a pas de discussion, tu es punie. Et il est hors de question que tu participes à une course de ce genre. Maintenant, vas chercher ton cheval chez Stanley et reviens ici. Et dépêche-toi s'il te plaît, tu as du travail qui t'attend.

- Mais qu'est-ce que je vais dire à Loïc ? Il compte sur moi pour y participer avec lui ! s'écria Tillia qui commençait à paniquer.

Les traits du shérif se durcirent.

- Tu lui racontes ce que tu veux, mais tu ne feras pas cette course, c'est clair et net, gronda-t-il. Je veux que tu restes ici. Et maintenant, tu ne discutes plus !

Tillia sortit de la maison en courant, la mâchoire contractée et les poings serrés tant elle était énervée de voir ses plans contrariés.

- C'est trop injuste, se disait-elle. C'est trop injuste...

En arrivant devant chez Stan, elle aperçut Loïc qui venait de récupérer Tonnerre. Sa poitrine se souleva pour laisser échapper un long soupir et elle tenta de se calmer.

- Tu es prête ? lui demanda Loïc, plein d'entrain.

- Non... Loïc, je suis désolée mais je ne peux pas venir.

Le sourire de Loïc s'évanouit.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Tillia respira un grand coup et baissa la tête, un peu honteuse.

- Je... je suis punie, avoua-t-elle en baissant les yeux. Je suis venue chercher Arrow et je dois rentrer à la maison. Je n'ai pas le droit de sortir, je ne peux pas participer à la course avec toi.

Voyant que Tillia, d'ordinaire toujours souriante, semblait soudain avoir perdu toute sa joie de vivre, Loïc l'attira vers lui dans un coin. Son regard attentif et un peu inquiet fit fondre le cœur de Tillia.

- Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? lui demanda-t-il d'un air triste.

Tillia poussa un grand soupir et croisa ses bras contre sa poitrine.

- C'est rien, c'est... l'institutrice, mes parents... C'est pas bien grave.

Tillia détourna la tête et fixa le sol, le visage fermé. Mais Loïc sentait bien que quelque chose n'allait pas, lui qui venait de lui faire remarquer le matin-même à quel point sa joie de vivre était contagieuse. Il posa ses mains sur ses épaules et essaya de la calmer :

- Regarde-moi, je vois bien que ça ne va pas, tu sais que tu peux tout me dire, dit-il d'une voix rassurante.

Tillia releva la tête, les yeux brillants ; le regard doux de Loïc la réconfortait un peu. Elle aurait tant voulu se confier à lui, mais elle n'osait pas avouer qu'elle se désintéressait des cours et que ses parents l'avaient punie à cause de cela. Il était également hors de question de lui dire que c'était en partie parce qu'elle avait passé la nuit dehors avec lui, elle ne voulait pas qu'il se sente coupable alors qu'il n'y était pour rien.

- En fait, j'ai fait une bêtise et j'ai été punie, avoua-t-elle, ce qui n'était pas loin de la vérité. Je suis privée de sortie.

Elle laissa échapper un soupir de frustration.

- Et mes parents ne vont pas me lâcher, je ne pourrai jamais leur fausser compagnie pour te rejoindre... ajouta-t-elle après avoir envisagé cette solution. Je suis désolée, j'aurais tellement voulu venir avec toi ! reprit-elle.

- C'est pas grave, on ira ensemble une autre fois.

- Mais tu peux toujours y aller toi, ce n'est pas parce que je ne peux pas venir avec toi que tu dois y renoncer, dit Tillia.

Loïc secoua négativement la tête.

- Ne t'inquiète pas, je m'en fiche, on aura bien l'occasion d'y aller ensemble l'an prochain.

- Loïc, ne me dis pas que tu ne veux pas y aller, ça fait des semaines que tu m'en parles. S'il te plaît, le supplia Tillia, les yeux brillants. Il faut que tu fasses cette course, tu t'en voudras après.

Loïc hésita.

- S'il te plaît ! répéta Tillia. Promets-le moi.

- D'accord, mais dans ce cas, je la fais uniquement pour toi, se décida Loïc avec un sourire. Je te ramènerai la coupe !

Le visage de Tillia s'illumina.

- Quoi ? T'es sérieux ?

- Bien sûr, dit-il avec un clin d'œil.

Tillia jeta ses bras autour du cou de Loïc avec un petit cri de joie et l'embrassa tendrement sur la joue. Loïc se raidit de surprise à ce contact, mais il fut touché par ce geste d'affection et se détendit rapidement. Il referma ses bras autour d'elle et l'attira contre lui pour la consoler.

- Je t'adore tu sais, fit Tillia, la tête enfouie dans le creux de son épaule. Tu es vraiment un ami génial, et tu sais toujours comment me redonner le sourire.

Loïc prit un air modeste et rougit légèrement ; il n'avait jamais été très à l'aise lorsqu'il s'agissait de recevoir des compliments. Il allait lui répondre quand une voix tonna de l'autre côté de la rue.

- TILLIA ! Où es-tu bon sang ?

- Mon Dieu ! C'est mon père, murmura Tillia en tournant vivement la tête. Je vais me faire tuer si je ne rentre pas rapidement.

- Tu me fais un sourire et je te laisse partir, dit Loïc avec un sourire réconfortant qui lui remit du baume au cœur. A bientôt ma belle, je te promets que je reviens avec la coupe !

Le visage de Tillia s'éclaira d'un faible sourire. Elle s'éloigna en lui envoyant un baiser de la main. Loïc la regarda partir en soupirant et se dirigea lentement vers la boutique de Stan. Il récupéra Tonnerre et le regarda longuement il serra un poing et se dit :

- Cette course, je la gagnerai pour toi ma belle.

Sur ce, il enfourcha son cheval, muni d'une détermination farouche, et galopa jusqu'au Ranch de Playbill City où se déroulait la course. A partir de ce moment, il sut que rien ne le détournerait de son but.